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emke

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  • cours - matière potentielle : la séquence
1 Synthèse des délibérations démocratiques réalisée lors de la session 2011, « La démocratie, une idée neuve » RENE POUJOL* Mesdames, messieurs, chers amis. Il m'a été fait don de 15 petites minutes, en ce début de séance. Mais un don qui, pour reprendre les « catégories » de Jean-Luc Marion dans son intervention d'hier, n'est pas sans contrepartie, puisqu'il s'agit pour moi - rien de moins - que de vous restituer le travail de réflexion effectué hier après-midi au cours de la séquence de « délibération démocratique ».
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Synthèse des délibérations démocratiques
réalisée lors de la session 2011,
« La démocratie, une idée neuve »



*RENE POUJOL



Mesdames, messieurs, chers amis.

Il m’a été fait don de 15 petites minutes, en ce début de séance. Mais un don qui, pour
reprendre les « catégories » de Jean-Luc Marion dans son intervention d’hier, n’est pas sans
contrepartie, puisqu’il s’agit pour moi - rien de moins - que de vous restituer le travail de
réflexion effectué hier après-midi au cours de la séquence de « délibération démocratique ».
Bref, vous l’avez compris, voilà un don qui n’en est pas un et dont je ne suis pas sûr qu’il soit
vraiment un cadeau.

***
eEn vous proposant cet exercice, l’équipe de préparation de cette 86 session a souhaité - et le
Conseil des Semaines Sociales avec elle - que sur ce thème de la démocratie, nous ne nous en
tenions pas à de savantes réflexions, à l’analyse des tenants et aboutissants d’une crise dont
nous vérifions l’ampleur et les conséquences dans le quotidien de nos vies, mais que nous
expérimentions l’acte même, éminemment citoyen, de la délibération démocratique.

Un acte qui suppose, de la part de chacun : prise de parole, capacité d’écoute, accueil de la
contradiction, recherche du compromis susceptible de constituer la base, légitime, de l’action
en vue du bien commun. Même si, au passage, ce compromis doit être - naturellement - payé
du renoncement des uns et des autres à telle ou telle proposition. Etant sauves, par ailleurs,
les convictions personnelles de chacun.

Je vous dois cet aveu que nous étions dans la plus totale incertitude sur la manière dont vous
répondriez à notre invitation. C’est assez dire notre satisfaction et notre gratitude à votre
égard que près de 250 groupes aient accepté de «jouer le jeu», de travailler hier, deux heures
durant, dans des conditions de confort, parfois difficiles. Et qu’autant d’animateurs se soient
engagés spontanément dans cette démarche.

Je ne m’étendrai guère, ici, sur le choix des quinze thèmes proposés à votre délibération.
Sinon pour rappeler qu’ils ont été choisis parmi les propositions formulées lors de la session de
2006, enrichies de l’apport des Antennes régionales et des Mouvements. Les textes qui vous
ont été soumis, vous l’avez compris, n’engagent pas officiellement les Semaines Sociales de
France, tant pour ce qui concerne « l’état de la situation » décrite que les « propositions
d’action » formulées.

Mais il serait faux et désobligeant à votre égard, de considérer qu’il ne s’agissait-là que d’un
simple exercice de style. Les contributions que vous avez apportées et qu’il m’appartient
d’aborder maintenant, en forme de synthèse, seront reprises, réexaminées par le Conseil des
Semaines Sociales, lors d’une prochaine réunion. Il lui reviendra alors de décider de la suite à
donner à cette démarche et des moyens de vous en tenir informés.

***
A vous lire, deux impressions fortes surgissent qui s’imposent à l’observateur et autour
desquelles je structurerai mon intervention avant que de conclure.


* Membre du Conseil des Semaines socials de France
1
La première est le poids du contexte de crise profonde dans laquelle nous vivons. Ce contexte
vous fait adhérer au débat actuel sur la nécessaire réduction de la dette (j’y reviens dans un
instant). Une réduction de la dette qui n’est pas sans lien, dans votre esprit, avec la bonne
santé de nos économies qui, elle-même, suppose de replacer l’homme et la femme, au cœur
de l’entreprise, tout en essayant d’articuler harmonieusement parcours de vie et parcours
professionnels.

Cette réduction de la dette n’est pas sans lien non plus, à vos yeux, avec l’exigence d’une
autre répartition, plus juste, des richesses et l’adoption d’un mode de vie nouveau, plus sobre,
respectueux de l’avenir de la planète. Il y a là un vaste chantier que vous n’imaginez pas
pouvoir être mis en œuvre de manière pertinente, autrement qu’à un niveau Européen.

Par contraste, la seconde impression qui se dégage de vos contributions est l’importance
déterminante que vous accordez à la re-dynamisation de la démocratie locale, à la
réhabilitation du dialogue dans la vie civile et dans la Cité, indispensables, par-delà toutes les
législations, pour apporter des réponses concrètes aux questions de l’éducation, du logement,
de la santé, de la sécurité ou de l’intégration des migrants.

Enfin, et je terminerai par là, il vous semble que les chrétiens ont toute leur place à prendre
dans la réponse à ce formidable défi, avec l’ensemble des citoyens de ce pays, sans
revendiquer quelque privilège que ce soit ni se résigner à quelque forme d’ostracisme. Et que
cela n’est possible qu’avec une juste compréhension du rôle spécifique des médias.

***
Sur le poids de la dette, il y a bien évidemment consensus entre vous sur cette idée formulée
par l’un de vos groupes : «Nous considérons inacceptable de laisser en héritage à nos enfants
un problème d’une telle ampleur.» Votre souhait est donc tout à la fois de voir développer une
pédagogie sur l’origine et les causes de cette dette, et mettre en place une forme de « règle
d’or » qui contiendrait la dépense sans pour autant sacrifier ceux des services publics
répondant à des exigences de cohésion sociale.

Vous l’affirmez avec conviction : rien ne se fera sans une reprise de la croissance - fut-elle
repensée comme durable - et donc sans garantir le dynamisme et la pérennité de nos
entreprises. A la condition que soit réhabilitée ce qui reste, plus que le capital, sa première
richesse : les hommes et les femmes de l’entreprise porteurs d’un projet. Et cela suppose :
une réactivation du dialogue social entre syndicats et chefs d’entreprises, une réforme du
fonctionnement des instances représentatives, voire une réflexion sur un meilleur partage des
richesses produites par l’entreprise entre salariés et détenteurs du capital. Cela ne se fera pas,
non plus, sans prendre en compte la difficile articulation entre les exigences de l’entreprise et
les aspirations des personnes à individualiser leurs parcours professionnels. L’un de vos
groupes suggère plus globalement : « D’inviter toutes les entreprises à définir ses règles de
gouvernance économiques capables d’assurer sa pérennité tout en respectant la dignité de
chacun. »

Réduire la dette, assurer l’avenir de nos entreprises suppose, à vos yeux, la mise en œuvre
d’une réforme fiscale que certains d’entre vous n’hésitent pas à qualifier de systémique.
L’heure n’est plus au bricolage. C’est tout un système qu’il faut remettre à plat, au besoin à la
faveur d’un « Grenelle de la fiscalité » propose l’un de vos groupes. « Le système fiscal doit
être réformé, écrivez-vous, car il est incompréhensible, injuste et pénalisant pour l’activité
économique. Cette réforme doit être globale. » Et l’on vous devine disposés à envisager, si les
circonstances l’exigeaient, une augmentation de la pression fiscale pour peu, mais c’est là une
exigence absolue, que cela se fasse dans la transparence et l’équité, chacun participant à
l’effort commun à la hauteur de ses capacités contributives réelles. L’un de vos groupes qui se
dit « constitué majoritairement de retraités, se déclare favorable à la suppression de
l’abattement de 10%. » Au-delà, vous préconisez de : fusionner IRPP et CSG, renforcer la
progressivité de l’impôt, initier une forme de TVA sociale, rétablir une égalité fiscale entre PME
et grandes entreprises, entre revenus du capital et revenus du travail, réduire l’échelle des
rémunérations.

2
Contenir la dépense, dynamiser l’économie, augmenter les recettes dans la justice et l’équité
certes, mais tout cela ne dispensera pas de l’ardente obligation de « vivre autrement » pour un
développement durable, à la fois parce qu’il y va de la survie de la planète, de l’avenir de nos
enfants, de la possibilité offerte aux peuples du Sud d’accéder au développement, mais peut-
être et aussi surtout d’une certaine conception de la dignité de l’homme et, pour nous
chrétiens, du respect de la Création. Dans ce domaine, vous préconisez : une éducation au
développement durable, à tous les âges de la vie, pour lesquelles la famille, l’école et les
médias vous semblent avoir un rôle irremplaçable à jouer. Vous proposez, je vous cite : « De
favoriser, voire de créer des lieux d’échange, d’information, de partage d’expérience dans le
domaine de la consommation quotidienne et responsable.» Des modes de consommation
moins énergivores, ce qui passe, selon vous, par « la définition d’une politique énergétique
commune au niveau européen...» Est-il nécessaire de souligner ici, au vu de l’actualité,
combien nous en sommes loin !

Et pourtant ce désir d’Europe, cette exigence de « plus d’Europe », surgit de partout ici et là
parmi vos contributions. Elle touche à tous les domaines de l’emploi, de l’enseignement, de la
cohésion sociale et, nous l’avons dit plus haut : de la mise en œuvre d’une règle d‘or, de la
recherche d’une autre forme de croissance ou d’harmonisation fiscale... Sans que l’on sache
bien toujours discerner si cette Europe correspond, dans vos esprits, à une volonté de
remettre en chantier un réel projet collectif ou à la tentation de faire appel au niveau
européen, de nos échecs et de nos insatisfactions nationales.

Vous le savez, certains amis Européens, sont là, parmi nous, qui ont participé à ces
délibérations démocratiques. De leurs contributions je retiens ici, volontiers, l’accent mis sur le
renforcement nécessaire des liens, au niveau européen, entre universités et entreprises et
également cette proposition de reformulation du thème du groupe 7 sous la forme suivante :
« Europe, un espace de respect de la diversité et de la dignité de tous, pour mieux vivre
ensemble. »

***
Il me reste à aborder devant vous et peut-être le ferai-je de manière plus concise, cette autre
tension exprimée dans vos groupes qui porte sur la revitalisation de notre démocratie locale.

Il faut, dites-vous, permettre aux jeunes - et aux moins jeunes - de faire l’apprentissage de la
vie démocratique. C’est, écrit l’un de vos groupes : « Une question de lieux (famille, école,
entreprise, vie associative), d’actions parmi lesquelles la rencontre de l’autre et la capacité
offerte à chacun de s’exprimer sur ce qui le concerne, d’attitude enfin par la reconnaissance de
l’utilité de chacun. »

Une question qui n’est pas sans lien avec l’autre thème proposé à votre réflexion sur le
dialogue dans la société civile et qui nous vaut cette suggestion, en résonance profonde avec
les propos précédents : « Une société civile forte exige que dès le plus jeune âge les jeunes
soient éduqués à la citoyenneté par l’écoute, le dialogue, leur participation effective à la vie de
la cité. » Notamment au travers de conseil municipaux d’enfants ou d’autres lieux à inventer.

Le dialogue, c’est également, à vos yeux, la réponse la plus pertinente à la question de la
sécurité. « Nous constatons, écrivez-vous, une multiplication des incivilités qui sont à l’origine
d’un sentiment d’insécurité. Nous pensons qu’un manque de dialogue, que la construction de
barrières entre les individus et les groupes sociaux participent de cette situation. Y répondre
implique donc, d’abord, de rétablir et favoriser le dialogue. »

Dialogue encore pour dépasser, localement, les tensions liées à la politique migratoire. On
perçoit, au travers de vos contributions, comme l’écho de la session consacrée l’an dernier, ici-
même, aux exigences de ce « vivre ensemble ». Si certains parmi vous préconisent
l’élaboration d’une sorte de « loi cadre » au niveau européen, l’essentiel de vos propositions
porte sur la nécessité de gérer la question au niveau local, voire intercommunal, au travers de
réponses concrètes aux questions que sont pour les migrants, comme pour l’ensemble des
citoyens : l’accès à l’emploi, à l’éducation et à la santé, mais également l’incitation à la mixité
sociale à travers le logement et les transports.
3

« Au niveau des moyens, écrivez-vous, il parait important de travailler concrètement et
collectivement sur le terrain, à des démarches d’accueil et de partage, de réalisations
multiculturelles, sans oublier de peser en même temps sur la sensibilisation du corps social (y
compris chrétien) et de nos représentants politiques, pour une véritable inflexion des décisions
politiques. »

Il me reste à évoquer ici trois domaines, qui touchent plus que d’autres à notre vie quotidienne
: la santé, le logement, l’éducation.

Concernant la santé, deux propositions dominent : l’une qui confirme la priorité donnée à la
préservation du libre accès aux soins, notamment pour les plus modestes (même si l’on
perçoit, dans tel ou tel groupe, des débats plus âpres sur l’opportunité d’ouvrir sans conditions
l’accès aux soins à tous les migrants). L’autre proposition met l’accent sur la nécessité de
protéger le système français perçu comme le meilleur au monde, par une «éducation à la
santé, dès l’enfance, à tous les âges de la vie» et dans tous les lieux de travail ou de loisir, de
manière à ce que chacun se sente responsable de son capital santé et ne pèse pas indûment
sur la collectivité.

La question du logement semble avoir recueilli, parmi vous, une forme d’assentiment sur la
troisième proposition de la fiche qui était soumise à votre délibération. Elle développe l’idée
d’une « mobilisation démocratique continue » d’autant plus urgente qu’il s’agit là d’une
question de dignité. Je vous cite : « L’absence de logement dégrade les personnes et a un coût
important pour la société. Il existe quantité de logements vacants. Il faut développer les
formes de médiation avec les propriétaires pour les convaincre de mettre fin à ce scandale.
C’est au plan local qu’il faut traiter ces questions. Mais il reste de la responsabilité de chaque
citoyen d’interpeller sur ce point tous les candidats qui sollicitent leurs votes. »

L’éducation, enfin, qui a suscité de nombreuses contributions. L’accent y est mis fortement -
c’était une omission, peut-être coupable, de la fiche qui vous a été distribuée - sur le rôle
premier des familles et, partant, sur l’importance de la communauté éducative, autour de
l’enfant. « Ecole et famille, formule l’un de vos groupes, sont associés pour l’éducation de
l’enfant. D’où l’importance de lieux d’échange, de parole, de partage, de débats, de rencontres
où chacun puisse s’exprimer sans avoir le sentiment d’être mis en accusation.» Une
proposition qui, on le devine, va de pair avec l’exigence d’une meilleur formation pédagogique
des enseignants.

***
Il me faut conclure. Je le ferai en abordant les deux derniers thèmes qui vous ont été proposés
: celui de la presse et des médias. Et celui de la place des religions dans l’espace public.

Signe des temps, sans nier l’importance de l’avenir de la presse, de son indépendance et de
son pluralisme, l’essentiel de vos commentaires porte sur la montée en puissance du
numérique, notamment au travers d’Internet. Une culture numérique dont vous soulignez les
apports extraordinaires en termes de liens transgénérationnels et d’ouverture à l’international.
Mais en développant une double exigence : l’éducation « critique » des jeunes à ce formidable
outil, la nécessité d’imposer, au niveau international, une charte éthique numérique
susceptible de garantir les libertés individuelles. L’un de vos groupes s’est même risqué à
l’écriture des « 13 commandements du cyber citoyen » dont j’extraie ces quelques attendus :

- Toujours curieux tu resteras
- Ton esprit critique tu exerceras
- Ton identité sociale tu préciseras
mais aussi :
- Sur Internet tu voteras,
- Ton voisin de pallier tu salueras
- A tout candidat aux élections, cette charte tu enverras...

4
Chers amis, l’idée de faire vivre les religions dans l’espace public ne pouvait, bien sûr, vous
laisser indifférents. On trouve dans vos contributions, moins de préconisations de portée
politique sur les conditions ou les modalités de cette présence que de réflexions sur ce que doit
être le comportement chrétien. Vous avez intégré et semble-t-il admis l’état de laïcité de la
société française, et l’aspect désormais minoritaire de la communauté catholique. Pour autant,
et peut-être précisément à cause de cela, vous exprimez : le désir d’être présents dans le
débat, la nécessité d’oser parler et la légitimité à le faire renforcée, précisément, par le fait
que vous acceptez la différence de l’autre, et la richesse de sa propre appartenance religieuse.

Il vous semble aujourd’hui urgent de faire une plus large et juste place, dans les médias, au
fait religieux, à la richesse de la culture que représente la présence, sur notre sol, d’autant de
traditions religieuses. Et vous vous montrez, de ce point de vue, critiques, vis à vis de la
presse, des radios et télévisions.

Ce qui conduit l’un de vos groupes à formuler cette ultime proposition : «Nous proposons une
action ponctuelle significative : que chaque participant à cette session des Semaines Sociales
sur la démocratie écrivent au rédacteur en chef du journal télévisé de leur choix pour lui faire
partager, à l’approche des présidentielles, le bilan personnel de ce qu’il a vécu au cours de ce
week-end.»

Je vous propose de recevoir cet appel comme un « don ».

Je vous remercie.

René POUJOL
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Publié le : 28/03/2012
Langue : Français
Nombre de pages : 5
Type de la publication : Ressources pédagogiques
Thème : Education >

Cours

Source : ssf-fr.org

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