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Châteauneuf-le-Rouge - 12 octobre au 26 novembre 2011 S U I T E A R L É S I E N N E G a b r i e l D E L P R AT G é r a r d E P P E L É M i c h e l H O U S S I N Heribert Maria STAUB
  • vaste pièce blanche sous les toits
  • série des peintures
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  • apparente diversité des formats et des techniques
  • exposition noir sur blanc
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Publié le : lundi 26 mars 2012
Lecture(s) : 95
Source : mac-arteum.net
Nombre de pages : 32
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S U I T E
A R L É S I E N N E
G a b r i e l D E L P R A T
G é r a r d E P P E L É
M i c h e l H O U S S I N
Heribert Maria STAUB
Châteauneuf-le-Rouge - 12 octobre au 26 novembre 2011AVANT-PROPOS
Qui sont-ils ? Où vivent-ils ? Que font-ils ? Pourquoi les avoir rassemblés sous ce titre factice de Suite arlésienne, plus
musical que plastique ? Autant de questions auxquelles les expositions présentées à ARTEUM, à la Galerie Alain Paire et
à la Galerie du Lézard à Aix-en-Provence apporteront, nous l’espérons des réponses. Celles-ci appartiennent aux visiteurs
dans ce partage entre création et regard en miroir, dans l’échange fructueux du dialogue, de la pensée intime. Pour nous
y aider, je voudrais particulièrement insister sur la « nécessaire » et enrichissante lecture des écrits critiques de Florence
Laude et Alain Paire qui témoignent tout autant des hommes, de leurs ateliers que de leurs travaux.
La résidence de ces quatre artistes aux confins des Bouches-du-Rhône, vaste département s’il en est, s’est avérée
la première raison du montage de cette exposition, qui se veut « thématique » suivant le principe adopté par ARTEUM
depuis ces dernières années. Dans ces « limites » élargies à la Camargue, peu de liens se tissent entre les artistes sinon
la présence d’Actes Sud comme pôle culturel et soutien à la création. La « Lumière du Midi » et de la présence tutélaire
de Van Gogh n’est pas, non plus, une explication de regroupement. Dés lors cette Suite arlésienne quoique géographique
peut paraitre factice !
Par la suite, en (re)découvrant des travaux plus anciens des uns et des autres autour du corps et du portrait, l’exigence
commune d’une pratique quasi ascétique du dessin sur un papier savamment choisi en fonction du trait à y déposer (allant
pour Gabriel Delprat jusqu’à la nécessité matérielle et formelle de créer son papier en terme de « support et de surface »,
richement rehaussés à l’encre ou à l’acrylique), notre choix s’est confirmé. Dans cette Suite, la sculpture vient en
« contrepoint ». Elle accompagne par son volume, d’une expressivité particulière à Heribert Maria Staub, cet ensemble dans
un tête à tête que nous avons souhaité élargir aux formes et aux animaux qui peuplent la Camargue autour de son atelier.
Ainsi donc:
Gabriel Delprat s’installe à Arles en 1968. Il retrouve ici ses origines catalanes. La présence tutélaire de Van Gogh
le hante en permanence. Dans la série des acryliques sur papier intitulées Le jardin déplié de grandes arabesques
colorées viennent presque oblitérer la description figurative du jardin du cloître où Van Gogh fut enfermé quelque temps.
Les travaux sur papier que nous présentons datent pour partie des années quatre-vingts. Ils n’ont jamais été exposés. Ils
se référent au temps ou Gabriel Delprat, tel un « artisan » (lui-même se plaît à le dire !) fabriquait son propre papier et ses
couleurs. Des œuvres plus monumentales, qu’il vous faudra aller voir dans son atelier, gardent leurs secrètes et lointaines
attaches avec le groupe Support-Surface.
Gérard Eppelé est un peintre « voyageur ». Né à Cherbourg, il séjourne au Maroc, puis à Toulouse, Paris, Nice (professeur
à la Villa Arson) et quitte Tourrettes-sur-Loup pour s’installer à Arles en 1998. Son œuvre nous parle de l’Homme
2singulier, de Dormeur, de Chute, de Dérive ou du Jugement dernier. À l’image d’un peintre secret, son travail nous
donne à voir la profondeur de l’âme humaine. Il faut à notre tour traverser les méandres des traits et des coups de
pinceau pour déceler une faible lueur d’espoir dans cette vision du monde... mélancolique (série de peintures du même
nom). La Galerie du Lézard présentera (en compagnie des pastels de Berbiger - qui n’est pas Arlésien !) une série de
portraits et de grands dessins à la mine de plomb dans le prolongement des travaux accrochés à ARTEUM.
Michel HOUSSIN déploie « une science exacte du dessin ». Sous le crayon s’épanche, dans une infinie et patiente
attention, doublée d’une extrême précision quasi « photographique », toutes les nuances du gris (en histoire de l’art :
le genre « Grisailles »). Des Foules naissent ainsi dans la monumentalité et la diversité constituées de ces visages de
personnes, mais ô combien chargées de présence, que l’on voit dans les cortèges. Cette même observation qui dévoile
l’âme (ici aussi comme pour G. Eppelé) opère aussi sur les portraits et les grands nus. Dans les Nuages ou les Broderezh
Michel Houssin nous donne encore plus à voir malgré un apparent camouflage du réel. (Pour mémoire Michel Houssin
avait exposé à ARTEUM en mars 2007 dans l’exposition Noir sur Blanc.)
Heribert Maria STAUB naît en Allemagne en 1940. Des sculptures monumentales jalonnent son propre pays mais aussi la
Tchéquie, les Etats-Unis. Il réalise pour la ville de Saint-Germain-en-Laye une fontaine. Il s’installe en Camargue dans une
nature sauvage, ventée, qui participe elle aussi de cette quête du réel propre à son œuvre. Les formes : bustes, oiseaux,
taureaux ou chevaux sont comme « violentées » par l’outil et les éléments. Les lignes de force sont puissantes. Une
architecture subtile de pleins et de vides dégagent des sculptures entre abstraction et figuration. Très connu par la publication
de l’ouvrage tête à tête édité chez Actes Sud (dialogue formel entre M. Staub et une pléiade d’artistes, écrivains et musiciens
célèbres), ARTEUM et la Galerie du Lézard montreront pour la première fois les différents aspects de son travail.
Dans cette Suite arlésienne, la présence des artistes est forte, qualitative et amicale. S’il nous est donné de temps à autre
de voir ici ou là leurs travaux, de les croiser dans les vernissages aixois ou marseillais, les avoir réunis sur trois lieux aixois
est une conjonction et un bonheur à la fois, que nous espérons partager avec vous.
Pour conclure, cet avant-propos laisse volontairement la place aux critiques de Florence Laude et d’Alain Paire. Vous
trouverez dans leurs textes qui accompagnent les photographies toute la sensibilité et l’acuité de leur regard. Leur analyse
personnelle des œuvres et/ou leur approche sensible des artistes sont une contribution importante à ce catalogue qualifiant
ainsi la mission d’ouverture sur l’art contemporain et le rôle de médiation qu’ARTEUM s’est fixé. Ils souhaitent partager
avec nous cette quête du « réel », de la beauté, de l’émotion ressentie. Ils font émerger des liens presque fraternels entre
ce quatuor et nous-mêmes. À bien des égards, ces artistes qui nous invitent dans l’intimité de leur création, y compris
Florence et Alain, « réinventent le monde », ce dont nous avons tant besoin. Qu’ils soient ici remerciés.
Pierre VALLAURI
Président d’Arteum / Musée d’Art Contemporain
3Gabriel DELPRAT
Gabriel Delprat est devenu arlésien dans l’année 1968. Il s’installe avec sa femme dans une vieille maison familiale située
dans le périmètre des arènes d’Arles. On devine que pour l’artiste, la vie et l’art ne sont jamais distingués, mais entrelacés
comme deux fils de chaîne et de trame dans un tissu. L’atelier est indistinct de l’appartement de Gabriel Delprat, il en est une ramification, si ce n’est la veine principale. Une vaste pièce blanche sous les toits dont les fenêtres donnent sur
la rue. Un poêle pour chauffer en hiver. De grandes tables, une pour entreposer des travaux, préparer des encadrements,
une autre pour les travaux en cours, une table ronde autour de laquelle nous prendrons un verre. Une table d’architecte
aussi. Partout des visibles, en cours de réalisation, des papiers blancs, des cadres, des outils utiles à l’artiste
et quelques objets sculptés. Contre le mur, au sol, empilements de tableaux de divers formats adossés, ils sont classés
par thèmes. De grandes toiles d’arbres, des platanes, ceux qui figuraient dans l’exposition Le jardin déplié en
2007 à l’Espace Van Gogh et à la chapelle Saint-Martin du Méjan. Les œuvres montrées abordent plusieurs thèmes
poursuivis depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui. Gabriel Delprat y travaille en même temps, prolongeant pour chacun
ce qu’il appelle un cheminement, soulignant que dans tout ce qu’il fait il y a toujours un lien.
L’œil, qui peut d’une portée saisir l’ensemble des travaux de Gabriel Delprat depuis une trentaine d’années, ne s’arrêtera
pas à l’apparente diversité des formats et des techniques. Ces cheminements divers se rejoignent. Ils témoignent de
l’attachement du peintre au travail du paysage. Exploration du terroir, des herbages de la Crau, des marais salants de
Camargue, des platanes de la ville d’Arles. Il parcourt les espaces, en posant ses pieds sur le sol, au même rythme que
les hommes qui travaillent dans les prés de la Crau, les faucheurs d’herbe, les aiguadiers qui, à vélo, vont d’une martelière
à l’autre pour gérer le flux des eaux selon le sens du vent - quand le vent vient de la mer, on les ouvre pour laisser l’eau
entrer. Puis on les ferme et on laisse évaporer. Gabriel Delprat prend son identité dans le terroir où il puise. Il regarde,
interroge la terre qu’il parcourt au même rythme que ces hommes dont le métier est de la soigner, de veiller sur elle, d’en
vivre. Lui aussi est un veilleur, un contemplatif, un marcheur, un glaneur... Ainsi ses œuvres sont-elles sinon sa récolte, du
moins sa production. Pour autant, la peinture de Gabriel Delprat n’est pas une imitation de la nature, s’il s’en nourrit, elle
devient ferment de son imagination d’artiste, de son travail de peintre dans l’atelier.
4L ’enjambée
Acrylique sur papier
40 x 50 cm - 2001
5Processus complexe de la maturation de l’œuvre, depuis le paysage parcouru à l’œuvre peinte. Gabriel Delprat, issu du
mouvement d’avant-garde des années 1969 Support-Surface, accorde un intérêt constant aux matériaux servant à la
réalisation de l’œuvre, au geste créatif et à l’œuvre réalisée. Il intervient d’un bout à l’autre, créant ses matériaux comme
ses papiers de la série Plis-Replis, fabriquant les pinceaux en fonction de l’effet voulu, inventant des procédés de
découpage par brûlage pour obtenir des images identiques en vue de la réalisation d’un livre. On pourrait qualifier son
travail d’œuvre totale, ayant souvent été attiré par le désir d’une vie - vie créative - en autarcie. Maîtrisant sa création d’un
bout à l’autre, il crée et se suffit à lui-même.
Dans la série des peintures sur papier, Plis-Replis, commencée dans les années 80, ces formats de belle taille (55 x 75 cm)
présentent un papier plissé et teinté dans le cœur même de la matière. Pour travailler sur le pli, de la manière qu’il le
souhaitait, c’est-à-dire réaliser un pli plein qui ne soit pas obtenu par froissement mais par plissement, au sens géologique,
Gabriel Delprat a été conduit à fabriquer lui-même son papier. Ainsi, il apparaît que le pli n’est pas un état secondaire
ou une altération de la surface, mais une émergence résultant de poussées internes. Le papier est ainsi perçu comme
matière vive laissant imaginer, dans les circonvolutions mousseuses aux reliefs sensuels, des trognes grimaçantes ou
des masques grotesques. Toutefois, elles s’inspirent d’abord de l’observation du paysage, plus particulièrement de l’action
du vent qui, effleurant la surface des marais salants, fait mousser l’écume à sa surface, l’agrégeant au rivage en formes
délicates et nuageuses. Une autre série, Martelière, propose une variante aux premiers reliefs Plis-Replis. Le papier,
toujours travaillé en plis dans la masse, semble alors contenu par des dessins - peinture acrylique noire appliquée au
pinceau fin - de formes géométriques, rectangulaires et verticales, figurant les martelières, ces plaques de métal qui,
comme des couperets de guillotine, sont levées ou abaissées dans les canaux pour gérer le flux de l’eau entrant dans les
bassins. Dans la série Martelière, les contrastes sont multiples. Contraste coloré du noir sur blanc, du relief blanc paraissant
tranchés ou absorbés par les rectangles sombres. Les plis ici semblent organisés de façon plus symétrique, telles des
voiles affalées, bouillonnant de trop de matière, butant sur quelque obstacle. Certains tableaux, jouant sur les effets de
dédoublement ou de miroir semblent désorienter l’espace sitôt construit. Deux éléments statiques sont représentés, l’écume
et la martelière, mais c’est le vent, immatériel et impalpable qui crée le dessin et le volume. Ainsi le pli et le repli sont-ils la
manifestation d’une cause invisible, mais tangible, le vent qui lèche les marais.
L’artiste est un inlassable arpenteur, observateur de la nature et du travail de l’homme qui façonne le paysage arlésien
et plus particulièrement les prairies de la Crau. Longtemps, souvent, il a voulu accompagner tous ces gens qui font des
métiers particuliers, ces hommes qui, à pied ou à vélo, chaussés de grandes bottes, vêtus de coupe-vent, parcourent les
prés, font pousser l’herbe, la coupent, entretiennent les fossés et, en hiver, mettent le feu aux troncs des saules laissant de
grandes béances noires, comme des ventres fendus, éviscérés que Gabriel Delprat a figuré dans quelques dessins titrés
Saules calcinés. De cette moisson d’impressions est issue la série des peintures à l’acrylique sur papier L’enjambée,
dans les années 2001. Il a puisé à la source, livré ses impressions colorées, formelles, poussé vers l’abstraction, gardé
la sensation épurée d’une vibration de l’herbe dans le vent, un sillon, un bouquet de fleurs, le bleu d’un ciel, la botte d’un
homme, le cadre ou la roue d’un vélo, une pelle, le reflet d’une image dans l’eau. Tout cela retravaillé dans l’atelier,
découpé, recomposé par-delà le réel, sur la base de quatre carrés juxtaposés pour former des rectangles de 40 x 50 cm.
Il est des gestes, presque symboliques, que l’on perçoit de façon récurrente dans l’élaboration du travail de l’artiste, celui
de faire l’image, de dégager, d’extraire l’icône à partir de l’observation, puis, par découpages et assemblages successifs,
6Plis-replis
Technique mixte
55 x 75 cm - 1980
7de recomposer un dessin, un paysage intérieur visible. De même qu’il fait figurer la martelière, sorte de couperet, Gabriel
Delprat coupe lui aussi dans le flux des matériaux vivants auxquels il puise. De même le paysan fabrique-t-il le paysage
et qu’une vue surplombante fait apparaître la juxtaposition des parcelles, avec papiers, peintures et ciseaux, l’artiste
compose un paysage imaginaire ancré dans le réel d’un territoire, mais juxtaposant des impressions plus personnelles,
plus abstraites, sans masquer les lignes de rupture, de suture. Deux gestes qui semblent s’opposer: séparer - assembler,
mais essentiels pour laisser place dans l’ouverture du geste suspendu, à l’inattendu de la rencontre. Il est toujours possible
de renouveler, de donner naissance. Comme le saule qui repousse après le feu qui l’a rongé de l’intérieur, l’œuvre est
un phénix qui ne cesse d’être à nouveau, un renouveau. Tout ce qui est créé est à la fois la fin d’un parcours, autant dire
quelque chose d’ achevé, mais aussi ce que l’on dépose ou que l’on écume pour aller au-delà.
Longtemps Gabriel Delprat s’est interdit, bien que fasciné par la figure tutélaire, de travailler autour du peintre autant que
du personnage Van Gogh. Il a enfin réalisé une série de portraits - acrylique sur papier - de l’artiste hollandais tenant le
couteau à raser (encore ici l’image du couperet) avec lequel il s’entailla l’oreille. Silhouette de visage avec une main qui
monte vers l’oreille, le couteau déployé. Instant saisi avant le geste fatal. La réalisation est sobre, va à l’essentiel, épure
la lutte héroïque, mais vouée à la défaite, de l’homme contre la fatalité. Ce geste que Van Gogh n’a pu retenir. Par des
lignes qui ne dessinent que l’essentiel, la qualité des noirs denses, ultimes, la force du trait qui ne pouvant plus se contenir
vacille à en éclabousser la surface, Gabriel Delprat peint la tragédie d’un individu, mais aussi la tragique condition de
l’homme. En contrepoint du geste fatal, Gabriel Delprat opère un retrait, il choisit l’instant qui précède, ce fil du côté de la
vie qui résiste. Celui qui peint, au moment où il crée, reste du côté de la vie, vainqueur encore des forces qui l’assaillent,
angoissant mélange de grandeur et de faiblesse. Quelque part, il est celui qui luttant affirme qu’il est vivant avec
une opiniâtre adversité.
Florence Laude, août 2011.
8Portraits
Acrylique sur papier
60 x 80 cm -2008/2009
9Gérard EPPELÉ
Lorsque Gérard Eppelé choisit de poser son atelier à Arles en 1998, il quitte Tourettes-sur-Loup, où il vivait depuis
l’année 1973, enseignant à la Villa Arson, École nationale supérieur d’art située au nord de Nice, pendant plus de vingt
ans, jusqu’en 1992. Né à Cherbourg en 1929, il a grandi au Maroc, est rentré en France en 1942. D’abord formé au métier
d’ajusteur, il fréquente ensuite l’École des Beaux-arts de Toulouse, puis, pendant deux ans encore, l’École nationale de
tapisserie d’Aubusson pour laquelle il obtient une bourse. Il travaille quelques années comme peintre décorateur dans
le cinéma avec Max Douy et Claude Autant-Lara. En 1959, des problèmes de santé lui imposent de s’installer dans le
sud-est. Etabli à Vence, il rencontre Jean Dubuffet et devient son assistant. Ce dernier le recommande à Alphonse Chave
qui lui permet de faire sa première exposition, Les dormeurs, en 1960 à Vence.
Pendant l’entretien dans son atelier, Gérard Eppelé a souhaité me présenter son travail dans un ordre chronologique,
évoquant à propos de ses premiers travaux, une petite mémoire qui se déroule pour redonner une idée du départ des
choses. Je me suis laissée conduire par cette proposition, songeant que les dessins et les peintures que j’avais vus lors
de précédentes expositions qui plaçaient l’humain au centre de ses préoccupations - il dit volontiers que c’est la nature
de l’homme et son existence qui le préoccupent, taraudé par les questions: D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ?
Où allons-nous ? - devaient pouvoir s’éclairer d’un retour aux sources. Il a ouvert une pochette en papier kraft étiquetée
gouaches 59, 60, 61. Elles montraient plusieurs versions d’un petit personnage qui commençait à poindre dans l’immensité
de paysages indéfinissables de montagnes et de ciels et une matière picturale très noyée d’eau. Ce petit bonhomme
récurrent tenait toujours un journal dans la main, représentation du lien social, de la volonté de se lier à l’autre et au monde,
à la fois autoportrait et figuration de l’autre. Ce personnage à veste bleue, évoquant le bleu de l’ouvrier, du travailleur
manuel parfois coiffé d’un béret, fut bientôt suivi d’un homme au pull noir et au visage lunaire si caractéristique du dessin
de Gérard Eppelé, sorte de portrait archétypal figurant par sa vêture banale, presque misérable, cachant un corps tout
aussi misérable, l’absurdité de la condition humaine telle qu’un Beckett pouvait la donner à voir. Dès cette époque, Gérard
Eppelé entreprit de classifier son travail avec méthode notant sur chaque œuvre, un titre, une signature, une date et un
numéro d’ordre.
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