Paroles et institution judiciaire

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Objet d'étude : LA PAROLE EN SPECTACLE. Séquence proposée: L'Institution judiciaire et la représentation de la parole. • Quelques raisons de lier paroles et Justice : Dans le dispositif policier et judicaire, la parole est essentielle : il s'agit de déterminer, par son exercice et selon une mise en scène, la culpabilité ou l'innocence d'un Homme. Cette fonction d'émergence de la vérité est assurée par des acteurs divers, individus et institutions : accusé, Police, Justice.
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Publié le : mardi 27 mars 2012
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Source : lhgmontpellier.fr
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Objet d’étude : LA PAROLE EN SPECTACLE. Séquence proposée: L’Institution judiciaire et la représentation de la parole.• Quelques raisons de lier paroles et Justice : Dans le dispositif policier et judicaire, la parole est essentielle : il s’agit de déterminer, par son exercice et selon une mise en scène, la culpabilité ou l’innocence d’un Homme. Cette fonction d’émergence de la vérité est assurée par des acteurs divers, individus et institutions : accusé, Police, Justice. La parole de l’accusé a un statut central, encore que son autorité soit évidemment faible ; elle est notée, datée, confrontée à d’autres déclarations, à la recherche d’inconsistances, d’incohérences, de contradictions. (D’où l’importance de l’implicite, des sous-entendus.) La parole au sein de l’institution judiciaire relève de la théâtralisation : le face-à-face avec le Procureur, le moment de l’audience, la délibération du Jury sont des moments solennels, dans des lieux circonscrits voire clos, où le sort d’un homme se décide et où le potentiel dramatique des paroles n’exclut pas le comique, quand, en réponse à la parole implacable de l’Institution, la parole de l'accusé tend à pratiquer le déni, l'esquive, l'euphémisation, etc. S’intéresser à la mise en spectacle de la parole dans le cadre judiciaire, c’est prendre conscience que cette mise en spectacle est là pour réguler la société et qu’elle relève du rituel. Elle redouble la réalité pour la rendre acceptable et permet, par un processus codifié et contradictoire, qu’un jugement accepté se dégage. Là, la dimension collective de la mise en spectacle de la parole conjure la violence. Ce qu’elle apporte, 1 c’est la préservation d’une communauté . L’étude de la parole dans ce cadre permet aussi d’étudier le lexique de la norme et de l’écart, de l’émotion, d’étudier les procédés de l’éloquence judiciaire, de mesurer le fossé qui existe entre la dénégation immédiate et l’argumentation. Dans cette séquence, il s’agit aussi de discerner deux « spectacles » : celui de l’institution judiciaire, et celui du dispositif cinématographique qui témoigne de la 2 parole dans ce cadre, que ce soit par une fiction ou par un documentaire . Il peut sembler maladroit de choisir des supports qui doublent les mises en spectacle. Pourtant, c’est non seulement là une obligation (l’enseignant étudie un phénomène à partir de supports), mais aussi une situation quotidienne qu’ont à affronter, comme nous, les élèves, et qui semble une des caractéristiques de la modernité : les mises en spectacle s’additionnent et parfois s’emboîtent. De plus, avec Lumet et Depardon, ces mises en spectacle ne relèvent pas de la recherche du vertige, mais de démarches pédagogiques voire militantes, (Lumet affectionne le champ/contre-champ, Depardon choisit les plans fixes). 1 Antoine Garapon précise - in TDC, n° 1002, 15 octobre 2010, p. 24 et 25 - que ce cadre est d’autant plus important, aujourd’hui, que les mises en scène pour mettre à distance les pulsions manquent, que la démocratie perd en transcendance, que nos sociétés hypermédiatisées, où l’on pense communément que tous les discours se valent et où l’interexplication passe pour le remède souverain, nous prive de discours frustrants à partir desquels nous structurer. 2 Si l’enseignant peut organiser une telle sortie, les élèves assistent, en prolongement, à un procès.
Enfin, la projection d’œuvre au statut différent -œuvre de fiction et documentaire-donne un relief particulier à la question de la mise-en-scène : dans une fiction, elle est dirigée par un récit et prise en charge par le réalisateur tandis que dans un documentaire, l’ « acteur » fait face, avec une conscience imparfaite, à un moment important de sa vie. • Supports : - Douze hommes en colère, S. Lumet, 57, (en œuvre complète). -Délits flagrants, R. Depardon, 1994, (extraits). 3 -.Dixième chambre, instants d’audience, R. Depardon, 2004, (extraits) • Les aspects que la séquence permet de travailler sont écrits en caractères gras :
Interrogations:- Dans le dialogue, utilisons-nous seulement des mots ? - Comment la mise en spectacle de la parole fait-elle naître des émotions (jusqu’à la manipulation) ? - Qu’apporte à l’homme, d’hier et d’aujourd’hui, la dimension collective de la mise en spectacle de la parole ?Capacités- Comprendre comment la mise en scène de la parole contribue à son efficacité. - Situer la visée d’une parole dans son contexte. - Analyser une scène de théâtre en saisissant sa dimension scénique. ConnaissancesChamp littéraire :Périodes : XXe - XXIe siècles.Les mises en scène de la parole (plateaux de télévision, tribunes politiques, théâtres…).Champ linguistique :-Lexique:norme/écart.- Lexique des émotions, lexique de la parole et des discours. - Les procédés de l’éloquence. - L’énonciation dans le texte théâtral. - Les procédés de soulignement et d’effacement du discours. -Implicite, sous-entendus, lieu commun.Histoire des arts:Périodes:XXe - XXIe siècles.Domaines artistiques : « arts du spectacle vivant », «arts du visuel». Thématiques: « Arts, sociétés, cultures », «Arts, corps, expressions», « Arts, informations, communications ». Attitudes- Être conscient des codes culturels et des usages sociaux du langage. - Mesurer les pouvoirs de la parole. - Prendre de la distance par rapport à une parole.• Séquence pédagogique : La séquence qui suit propose une structure et des pistes. Chaque séance demande à être développée et finalisée.
SÉANCE 1 : LE CADRE : LES LIEUX OÙ LA JUSTICE S’ÉLABORE ET SE DIT
 Prendre conscience de l’importance de la mise en scène de la parole dans le cadre judiciaire. 1) Présentation de la séquence. 2) Définir ce que doit être le rôle de la justice, et les étapes par lesquelles elle doit atteindre son but, la procédure : dégager les faits, dire le droit, plaider, délibérer, prononcer le jugement. L’accent est mis sur l’intervention nécessaire d’un tiers, entre le plaignant et la victime.
3 Un autre support peut être utilisé : Cleveland contre Wall Street de Jean-Stéphane Bron, (2010). Ce film s’intéresse au scandale dessubprimes et met en scène, avec des participants directement intéressés au(x) drame(s) - victimes, banquiers, juges proches du parti républicain ou démocrate-, le procès contre Wall Street qui n’a pu avoir lieu. La parole mise ici en spectacle est une parole privée de destinataire juridique. Le tiers de justice, pourtant fondamental à toute société, s’est dérobé à Cleveland et à Wall Street. Le cinéaste nous fait prendre conscience de la disparition de la construction juridique élémentaire, et la rétablit au moins symboliquement, en créant une œuvre qui relève de la fiction et du documentaire, le temps d’une séance de cinéma. Quel est le statut de la parole montrée ? Comment l’absence du tiers juridique est-elle montrée, compensée ?
3) Faire rapidement le point sur les différences entre le système judiciaire français et anglo-saxon. Dans celui-ci, la procédure est contradictoire : c’est au cours de l’audience que la vérité s’élabore, les surprises peuvent être nombreuses, d’où les effets de suspense qui servent de trame aux films judiciaires américains. Dans le système français, la vérité doit avoir été saisie au moment de l’instruction, et le procès est surtout le lieu où les parties défendent leur cause, pas celui où sont redistribuées les cartes de la culpabilité. 4) L’architecture. S’interroger sur le lieu où ce rôle doit être rempli. Qu’en connaissez-vous ? Quelle impression en ressort ? Support 1: Séquence d’introduction de Douze hommes en colère. Extrait : l’entrée dans le tribunal : début du film jusqu’à la fin du générique (l’escalier à l’entrée, l’inscription sur le frontispice, la salle des cent pas, les couloirs, les portes gardées, et la disposition de la salle du procès où chacun est placé selon son rôle). Support 2: Extrait de l’intervention de Raymond Depardon, disponible en bonus de l’édition de la Dixième chambre. (Dans l'absolu, voici le plan du tribunal correctionnel : au milieu : le président (juge) avec ses assesseurs (jusqu'à 2 éventuellement), face à eux : la barre où chacun vient témoigner, à gauche : le ministère public (procureur), en face, à droite : le prévenu et la défense (avocat), à proximité du procureur : l'huissier audiencier. A proximité du prévenu : le greffier, dans le prétoire = le public, les témoins et la partie civile (avec avocat) et un agent de police pour la sécurité.) Les élèves visionnent l’extrait en établissant eux-mêmes un plan. Comment qualifier ces architectures ? Pourquoi selon vous ont-elles été conçues ainsi ? Site :http://xxi.ac-reims.fr/collegedormans/enseignement/matieres/education_civique/tribunal/audience_trib06.htmSÉANCE 2 : Projection de Douze hommes en colère.Visionnage accompagné d’une fiche. PLAN DU JURY  1. ……………………..  12. …………………….… 2. …………………….…
 11. …………………….…
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 4. …………………….…
 5. …………………….…
 6. …………………….…
 7. …………………….. Pourquoi cette disposition ? Est-elle prise au sérieux ? Est-elle acceptée ? Comment ce Quels sont les Quel(s) personnage est-il liens que ce argument(s) ce caractérisé ? personnage personnage
Y a-t-il changement, au cours du film, dans
VISAGES
(nom, métier, habit, passé…)
entretient avec les autres ?
donne-t-il ? Sur quoi se fonde(nt)-il(s) ?
la façon dont nous les percevons ? Justifiez.
Ce jury vous semble-t-il représentatif d’une société ? Comment le doute arrive-t-il à s’insinuer en ces personnages ? SÉANCE 3 : Douze hommes en colère : le spectacle de la justice qui s’élabore, et le spectacle de la mise-en-scène. le fonctionnement du jury montré par Lumet et la façon dont il montre ce Comprendre fonctionnement. Analyser un trajet argumentatif dans sa dimension scénique. Dans le dialogue, utilisons-nous seulement des mots ? 1) Le cadre : la météo, le contexte historique. 2) Le cadre scénaristique : la façon dont les paroles mettent en spectacle le hors champ (l’audience qui précède ne fait l’objet d’aucun retour en arrière, la salle de procès restera close), afin de délivrer aux spectateurs les informations essentielles, qui permettront de décider de la culpabilité ou de l’innocence de l’accusé. 3) La fiche est relue, complétée, puis analysée avec les élèves. 4) La mise en spectacle de la transformation de l’opinion du jury : les arguments donnés, l’identité de l’émetteur avec ses vêtements, son âge, son métier, ses intonations, ses mouvements, la mise à nu de ses traumatismes. Dans le dialogue les personnages ont-ils utilisé seulement des mots ? Extrait étudié : la scène où il est fait mention de la parole de l’accusé, entre le moment où l’arme du crime est demandée et où elle est présentée (24 mn 51 à 27 mn 41). Quelle est la place de la parole de l’accusé ? S’agit-il d’une simple citation ? Comment qualifier la place qui lui est accordée ? Justifiez. Peut-on relier l’apparition du couteau avec la place de la parole de l’accusé ?
SÉANCE 4 : Les paroles qui préparent une audience : une prévenue, le procureur et l’avocat. Réfléchir au statut de la parole de l’interpellé, et à la façon dont elle est mise et se met en spectacle dans un dispositif judiciaire et documentaire. Support : Délits flagrants, R. Depardon. Extraits choisis : -entretien dans le bureau -secret, du moins isolé- du procureur. Ce lieu préliminaire au jugement est essentiel, puisqu’il marque le passage de l’interpellé vers une comparution immédiate, ou la liberté, dans l’attente du procès. De 1 h 18 mn 42 s à 1 h 22mn 19 s. Muriel Leferle devant le procureur. Y a-t-il mise en spectacle ? Justifier. Quelle est la défense de Muriel ? Peut-on parler de stratégie ? -les coulisses de la mise en spectacle, la préparation du moment spectaculaire où la justice s’exprimera : l’avocat de Muriel lui donne des « éléments de langage ». 1h 27 mn 10 s à 1h 33 mn 49 s. Etude des procédés de soulignement et d’effacement du discours proposé par l’avocat. Quel est le statut de la parole de l’interpellé? (Statut central mais faible voire modelable.)Vous semble-t-il légitime que l’avocat modèle cette parole ? Justifier. SÉANCE 5 : Les paroles au cœur de l’audience. Comment la loi parle-t-elle aux citoyens quand ils ont transgressé son ordre ? La présomption d'innocence permet en partie de penser cette question de la parole et du statut de la parole sous un angle intéressant : les statuts divergents de la parole du présumé innocent, la parole de l'accusé, celle du supposé coupable... Support : Dixième chambre, instants d’audience, R. Depardon, 2004. 4 Extraits choisis : - la jeune femme face à son ancien amant 31 mn 27s. 49 mn 02 s à 45 mn 46 Délibéré 47 mn 33s à 48 mn 38 s - La comparution immédiate du jeune vendeur de cannabis 1 h 02 mn 48 s à 1 h 10 43 s. Les procédés de l’éloquence sont étudiés dans les interventions du ministère public et de l’avocat. SÉANCE 6 : La fiction et le documentaire, le cinéma face à la parole dans le cadre judiciaire.
 Amener les élèves à prendre conscience que la parole, dans la fiction et dans le documentaire, peut connaître des traitements très différents. Pourquoi, en vertu de quelle démarche ? Pour quels effets ? (Une parole d’un documentaire ne relève pas de l’écriture du dialogue. Sur le plan cinématographique, Lumet rapproche peu à peu la caméra des personnages. Depardon les cadre fixement, dans des longs plans, avec un cadrage serré. La vision de l’humanité qu’expriment ces procédés.)
4 Les supports sont à étudier en soulignant les moments où la parole est répartie, où l’on voit la confrontation pouvoir/atténuation, où la victime intervient ; où les signes de la culpabilité -signes toujours fondamentalement ambigus bien sûr- peuvent se donner dans la parole : hésitations, incohérences dans le récit, obstination dans l’illogisme, paroles accusatrices adressées en retour à l’Institution…
Sur le plan établi lors de la première séance, les élèves sont amenés à se demander où étaient placées les caméras de Raymond Depardon, et pourquoi il a choisi ces positions. La question de la prise de son est soulevée : comment faire pour qu’elle n’entrave pas la parole ? Trace écrite :selon vous, le cadre de la justice que vous avez vu est-il compatible avec la télévision ou Internet ? Répondez en donnant au moins deux arguments pour étayer votre réponse. (L’objectif de ce travail est de montrer l’importance du huis clos, de faire émerger la conscience de la fragilité du dispositif contradictoire.) Il est possible de préparer ce travail écrit par le commentaire oral du propos d’Antoine 5 Garapon « Deux avocats portant la même robe et parlant le même langage tout en opposant des arguments contraires vont accepter un énoncé commun, compris comme tel par toutes les parties. La télévision ne peut témoigner de cela. En revanche, je suis très admiratif des fictions américaines qui toutes, d’une manière ou d’une autre, évoquent ce retour au commun.» En prolongement, se rendre dans un palais de Justice. Faire des jeux de rôle / amener à interpréter une scène de Douze hommes en colère. Il semble aussi utile de montrer un extrait de film africain ou indien, de sorte que l’on voie que l’exercice de la justice implique toujours un cérémonial, des codes.
5 TDC, n° 1002, 15 octobre 2010.
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