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Site académique Aix-Marseille Histoire et Géographie Colonisation et sous-développement Alain Sidot Le 20 juillet 2004 Professeur au Lycée Alphonse Benoit L'ISLE-SUR-LA-SORGUE Madame Sylvie BRUNEL, Messieurs Marc FERRO, Pierre KIPRE et Jacques MARSEILLE étaient réunis [Blois 2004] autour de François LEBRUN pour un débat sur la responsabilité de la colonisation dans le sous-développement africain. Les termes mêmes appellent au débat, particulièrement pour l'Afrique qui a été objet d'intérêt pour l'Europe avant le XIXème siècle ; ensuite, il convient de distinguer l'époque coloniale et l'époque qui a suivi les indépendances, ne serait-ce que discuter de la responsabilité ou non des puissances coloniales dans le sous-développement Colonisation et sous-développement : définitions Premier écueil à éviter, la confusion entre colonisation et impérialisme. Le premier terme est le mouvement de populations qu i vont contrôler d'autres territoires, le second se passe de colons. Après l'indépendance, on parle de néo-colonialisme qui admet la souveraineté politique et juridique d'un pays, mais les décisions essentielles, notamment en matière économique, viennent d'un autre pays ; ceci est actuellement illustré par le rôle des F.M.N. Comment a été ressentie l'installation des colons ? En terre d'islam, la colonisation a pu être vécue comme le résultat d'une faute : « comment avons nous fait pour devenir les esclaves de ceux qui ont été nos esclaves ? » Par contre, en Afrique, il n'y a pas de richesse ancienne : entre l'an 1000 et

  • responsabilité

  • extraversion des économies

  • rafles de la part des habitants de la côte

  • stabilité politique

  • africain

  • lancinant rappel du problème de l'identité


Publié le : jeudi 1 juillet 2004
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Colonisation et sous-développement
Alain Sidot
Le 20 juillet 2004
Professeur au Lycée Alphonse Benoit
L’ISLE-SUR-LA-SORGUE
alain.sidot@orange.fr
Madame Sylvie BRUNEL, Messieurs Marc FERRO, Pierre KIPRE et Jacques MARSEILLE étaient réunis [
Blois 2004
] autour de François LEBRUN pour un débat
sur la responsabilité de la colonisation dans le sous-développement africain. Les termes mêmes appellent au débat, particulièrement pour l'Afrique qui a été objet
d'intérêt pour l'Europe avant le XIXème siècle ; ensuite, il convient de distinguer l'époque coloniale et l'époque qui a suivi les indépendances, ne serait-ce que
discuter de la responsabilité ou non des puissances coloniales dans le sous-développement
Colonisation et sous-développement : définitions
Premier écueil à éviter, la confusion entre colonisation et impérialisme. Le premier terme est le mouvement de populations qui vont contrôler d’autres territoires, le
second se passe de colons. Après l’indépendance, on parle de néo-colonialisme qui admet la souveraineté politique et juridique d’un pays, mais les décisions
essentielles,
notamment
en
matière
économique,
viennent
d’un
autre
pays ;
ceci
est
actuellement
illustré
par
le
rôle
des
F.M.N.
Comment a été ressentie l’installation des colons ? En terre d’islam, la colonisation a pu être vécue comme le résultat d’une faute : « comment avons nous fait
pour devenir les esclaves de ceux qui ont été nos esclaves ? » Par contre, en Afrique, il n’y a pas de richesse ancienne : entre l’an 1000 et 1870, le P.I.B/hab gagne
10% quand celui de l’Europe occidentale est multiplié par 5 (cf. tableau 1 p. 6), ce qui entraîne le discours colonialiste : « il y a des famines, profitons-en » attribué à
l’Italien Crispi. Mais, la sécheresse, responsable de famines, et partant, de la faiblesse est une explication un peu courte ; c’est l’incorporation au marché mondial
qui a favorisé le colonialisme : la traite tout d’abord qui a profondément déstabilisé l’Afrique et qui impose d’envisager la colonisation sur une période beaucoup plus
longue (cf. tableau p. 3).
Et le sous-développement ?
Le continent y correspond largement, ne serait-ce que par le concept politiquement correct de P.M.A. Si l’on accepte que l’I.D.H soit « la capacité pour chacun
d’exercer ses choix » (Sylvie BRUNEL), nul doute que l’Afrique est faiblement développée. Comment en serait-il autrement avec un taux de mortalité infantile de
100%o, quand deux enfants sur 10 n’arrivent pas à l’âge de cinq ans, quand l’espérance de vie est de 47 ans, quand l’analphabétisme touche deux femmes sur
trois, la moitié des enfants et que moins de 3% des échanges internationaux concernent l’Afrique ? Toutefois, depuis les indépendances, corrige P.KIPRE, l’Afrique
a accompli un triple prodige : l’explosion démographique a rempli les campagnes dont le trop-plein part actuellement vers les cités, favorisant ainsi la transition
démographique ; enfin, la stabilité politique est au moins relative.
Maintenant est-il possible de noter des différences entre la période coloniale et celles de l’indépendance ?
L’époque coloniale
Deux poids pèsent encore sur l’Afrique actuelle, la traite et la conquête par les puissances européennes.
La traite
Sur le temps long, la traite est un phénomène majeur qui a saigné le continent de plus de 15 millions d’hommes, mais l’esclavage est aussi un phénomène
endémique : au XIXème siècle, au sud du Sahara, 25% des hommes ont le statut d’esclaves. L’Afrique centrale a subi des rafles de la part des habitants de la côte.
S’ajoute à cela le problème des frontières actuelles, héritées de la colonisation, qui obligent à cohabiter des populations anciennement esclavagistes et des
dominés ; certes, les Européens ont une large responsabilité, mais de nombreuses ethnies ont profité de ce système qui marque actuellement encore très
profondément les sociétés africaines. Ceci est particulièrement prégnant dans le récit d'Ahmadou KOUROUMA "Allah n'est pas obligé", publié en 2000.
Le pillage
J. MARSEILLE nie avec véhémence et des statistiques, cette notion ; par contre, il reconnaît un « choc » entre une économie traditionnelle et une économie
en voie d’industrialisation. C’est pour lui, un problème de mauvaise conscience ; comme on assiste, depuis vingt ans à une stagnation de l’Afrique, face à l’immense
développement de l’Asie (cf. tableau 1 p. 6), on invoque la responsabilité des puissances coloniales qui auraient pillé. Il s’inscrit en faux puisque l’Afrique dans la
période coloniale s’est enrichie beaucoup plus que l’Asie (cf. tableau 1 p. 6). Le même sort est réservé à la dégradation des termes de l’échange. Analysant
l’économie de l’arachide (cf. tableau 1 p. 4), corroborée par l’étude des balances commerciales, il conclut à des transferts massifs de capitaux de la métropole vers
l’Afrique (cf. tableau p. 5).
Pourtant, « l’Afrique était mal partie en 1960 ! » proteste P.KIPRE ; au-delà du « retard sur le plan culturel et social », la colonisation a laissé perdurer l’économie de
traite fondée sur une fixation des prix par les acheteurs, ce qui se poursuit avec les F.M.N actuellement. « On a hérité d’un commerce colonial : toutes les routes,
toutes les voies de chemin de fer menaient à la côte ». Pour construire un commerce africain, il aurait fallu tout modifier. M. FERRO lui emboîte le pas : « l’Africain
ne se pose pas le problème des statistiques, il voit les bateaux partir pleins ; la perception n’est pas la même, il ressent le pillage. »
Après l’indépendance
Un certain consensus se fait sur la responsabilité des élites africaines : « il y a une fonction publique de prédation ». Ceux qui ont pris le pouvoir politique et
économique ont satisfait leur appétit de richesse ; d’autres, diplomés, ont intégré les organismes internationaux comme le F.M.I, la Banque Mondiale, et autres,
desservant parfois ainsi les intérêts de leur propre pays. En outre, la notion d’Etat est peu intégrée et l’extraversion des économies est encouragée par les élites
locales, par exemple, les hommes d’état encouragent les importations de produits alimentaires qui permettent des recettes douanières et fiscales faciles à
ponctionner. (cf. S. BRUNEL p. 3) J.MARSEILLE renchérit sur le fort différentiel culturel des Africains et des Asiatiques ; les seconds ont massivement investi dans
l’alphabétisation développant ainsi des savoir-faire, alors que l’Afrique aujourd’hui comme hier vend des matières premières qui intéressent moins le monde. (cf.
tableau 2 p. 7)
Politiquement, depuis 1989, l’Afrique est totalement marginalisée. Pendant la Guerre Froide, l’Europe a eu intérêt à garder des liens avec l’Afrique ; des réseaux ont
été créés et entretenus, souvent responsables de dégâts ; l’Europe s’est tue par intérêt ; « pour le pétrole, on est prêt à soutenir des dictatures ». Depuis septembre
2001, l’Afrique semble être le lit de toutes les frustrations.
Le débat, qui a débuté dans l’hilarité générale d’un amphithéâtre bondé, en raison des nombreux lapsus et erreurs de l’animateur, s’est révélé riche dans son
contenu scientifique et par les documents d’appui distribués. Mais au-delà des apports des uns et des autres, vivifiants et argumentés, c’est le ton qui s’est imposé
entre deux au moins des quatre protagonistes qui a fait le sel de cette conférence-débat. J. MARSEILLE qui déclare « je joue le rôle du méchant », s’oppose vite à
P. KIPRE historien africain qui feint de s’étonner, en substance, du bien fondé des luttes pour l’indépendance, devant tous les bienfaits apportés par les colons…En
fait, les deux attitudes correspondent à deux visions de cette époque troublée ; les nombreux chiffres et statistiques apportés par J.MARSEILLE le conduisent à
affirmer : « la colonisation n’a pas laissé de traces dramatiques. » Mais les chiffres ne sont pas tout ; d’autres statistiques se révèlent catastrophiques. « Si les
statistiques étaient exactes, nous serions tous morts ! » tonne P.KIPRE.
Tous seront d’accord pour ne pas exonérer de responsabilité les hommes politiques africains actuels du marasme dans lequel restent leurs pays. « Avec 200 000 €,
on peut acheter un homme politique africain », mais la stabilité politique relative de l’Afrique « fait que la bouteille est au moins à moitié pleine ! » Après cette charge
P. KIPRE aura le mot de la fin, déclarant : « Le sous-développement n’est pas un retard par rapport aux autres, mais par rapport à soi, à sa propre dignité. » Et son
humour dévastateur aura, en permanence, affleuré, tout au long des débats : « d’ailleurs 15 000 Français, des vieux, qui meurent, n’est-ce pas du sous-
développement ? »
Et finalement, en quarante années, rien n’a changé ; au début du XXIème siècle, on peut, avec des statistiques nier le rôle négatif de la colonisation comme le fait le
roi Baudouin le 30 juin 1960, à Léopoldville (cf. Texte 1 p. 2) ; que fait P.KIPRE d’autre que P. Lumumba toujours à Léopoldville stigmatisant les mots de
l’humiliation « tu », « nègres », et les réalités quotidiennes de la spoliation et des cachots.(cf. texte 2 p. 2).
C’est finalement une question de regard ; l’Histoire a probablement besoin d’humanité…
Regard encore, celui des femmes sur leur continent géré par les hommes, rencontrées lors d’une table ronde.
Traditionnellement, les femmes sont ambivalentes : responsables de la famille, gardiennes de la tradition, elles sont honorées ; elles n’en restent pas moins
confinées aux tâches domestiques et aux activités informelles, quasi invisibles de toutes façons. Que la colonisation ait maintenu ceci, rien d’étonnant, mais
« l’imaginaire politique est masculin » et donc, rien ne change ensuite. Les femmes diplômées, entrepreneures, déclarent : « Nous ne voulons pas de ce que vous
nous proposez. », « Nous sommes des êtres humains, nous avons des droits, nous voulons une place dans la cité ! ». L’irruption de l’Afrique dans la mondialisation
permet aux problèmes de se poser avec davantage d’acuité ; les violences faites aux femmes dans tous les conflits, dont l’Afrique a l’écho, ont permis de parler des
violences faites aux femmes en Afrique. Les repères masculins sont bousculés : un Africain, dans la salle apostrophe les intervenantes rappelant le rôle
éminemment noble de la femme gardienne de la tradition ; la réponse : « Et si je parle dans un micro, est-ce que je cesse d’être africaine ? » le laisse avec ses
doutes.
Ce bref dialogue femme-homme, rejoint le débat ci-dessus ; l’Afrique décolonisée, ignorée et ballottée dans un monde globalisé est avant tout en quête de repères,
avec le lancinant rappel du problème de l’identité.
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