SYMPLECTIC GEOMETRY AND HAMILTONIAN SYSTEMS

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SYMPLECTIC GEOMETRY AND HAMILTONIAN SYSTEMS E. LERMAN Contents 1. Lecture 1. Introduction and basic definitions 2 2. Lecture 2. Symplectic linear algebra 5 3. Lecture 3. Cotangent bundles and the Liouville form 7 4. Lecture 4. Isotopies and time-dependent vector fields 10 Detour: vector fields and flows. 10 5. Lecture 5. Poincare lemma 12 6. Lecture 6. Lagrangian embedding theorem 15 Vector bundles 16 Normal bundles 18 7.
  • symplectic subspace
  • e. equiva
  • symplectic vector space
  • symplectic manifold
  • hamiltonian vector field of the function
  • hamiltonian systems
  • proof
  • basis
  • map
Publié le : mardi 27 mars 2012
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Source : ciefullcircle.fr
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TABLE DES MATIERES





AMORCE .......................................................................................................2
DEBLAIEMENT PREALABLE........................................................................10
1. JEUX IDENTITAIRES. ........................................................................................................................ 10
2. JEUX DE MOTS D’ IMAGES................................................................................................................. 23
3. JEU. ................................................................................................................................................. 24
L’ECRITURE ET L’IDEOGRAMME CHINOIS................................................36
L ESTHETIQUE CHINOISE .....................................................................42
L ACRONYME : A.L.I.S. ..........................................................................48
A : ASSOCIATION.. 48
L : LIEUX.............. 50
I : IMAGES........................................................................................................................................... 53
S : SONS (ET )............................................................................................................................. ...... 59
L IDEOGRAPHIE D ALIS .........................................................................63
LA PO SIE 2 MI-MOTS .......................................................................78
T AS DE BEAUX YEUX... ..............................................................................82
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ..................................................90


On pØtrit l’argile pour en faire
un vase
Mais sans le vide interne
Quel usage en ferait-on ?

Portes et fenŒtres sont percØes
Pour b tir une chambre
Seul le vide en permet l usage.

L Œtre crØe des phØnomŁ nes
Que seul le vide permet
1d utiliser .


AMORCE

La forme d expression dØnommØe « thØ t re visuel », participe-t-elle
vØritablement l art thØ tral ? Est-elle rythme, mouvement, forme ? Est-
elle ØvØnement ? DØpourvue du verbe, quel est son langage ?
S exprime-t-elle par symbole, mØtaphore, mØtonymie, synecdoque ?
Comment le poŁte et le spectateur du thØ tre visuel arrivent-ils un
2dialogue commun ? Le groupe ALIS , crØØ en 1982 par Pierre Fourny et
Dominique Soria, pousse ce genre de questionnement l extrŒme.
Didier Plassard dØcrit leur travail :

A la croisØe du thØ tr e de figures, de la danse et de l installation, ses
manipulations « furtives » usent des mille ressources de plusieurs
ØlØments : l image projetØe (les diapositives, seul Øclairage des
spectacles), ou contrecollØe (les ØlØments disjoints d affiches
publicitaires) ; l objet rØel mais improbable (la « machine lever la
patte » du Catalogue d un bonheur sans histoire et tant d autres
inventions mi- chemin entre Duchamp et Carelmann) ; la scŁne
miniaturisØe (« bo te mir oir » ou bureau insolite d En attendant
Mieu) ; le corps, enfin, savamment incongru (mais que font-ils l , au
3juste ?).

C est une description judicieusement succincte et appropriØe : elle ne
dØcrit pas vraiment des spectacles, ne nous dØrobe pas l ØtrangetØ de ce
travail, et se termine par un point d interrogation. C est assurØment pour
nous donner des repŁres que Plassard situe ce travail « la croisØe

1 LAO TSEU. Tao Te King. Le livre de la voie et de la vertu. Traduction par Ma Kou. Editions
Albin Michel, Paris : 1984. Vers numØro 11 (les pages ne sont pas numØrotØes).
2 Association Lieux Images Sons.
3 PLASSARD, Didier. « La Cage aux merveilles. A propos d’ ALIS. » in Puck, La Marionnette
et les autres arts. NumØro 4 : « Des corps dans l espace. » 1991. p. 57.
2de ». Veut-il dire par l qu il y voit une ce rtaine analogie avec le
thØ tre de figures, la danse, l installation ? Si analogie il y a, il ne s agit ni
du thØ tre de figures, ni de la d anse, ni de l installatio n pour autant. Si
une certaine modalitØ de construction dans leurs compositions
s apparent e au cinØma, il ne s agit bi en Øvidemment pas de cinØma non
plus. Si notre fa on de nous reprØs enter le thØ tre suppose un texte et
des comØdiens, il ne s agira mŒme pas du thØ tre. De quoi s agit-il,
alors, dans ALIS ?

Ecrivant nouveau s ur ALIS plusieurs annØes plus tard, Didier Plassard
se ravise :

Ce n est donc pas au carrefour des arts de la scŁne et de quelques
autres que s Ølaborent les spectacles d ALIS, dans un nouveau
Gesamtkunstwerk cumulant les sØductions du geste, de la couleur, de la
musique et du poŁme, mais bien dans un Øcart ou une bØance, sur la
plage laissØe vacante par l absence soulignØe de tous ces pouvoirs : un
espace neutre, ne mobilisant aucune mØmoire ni aucun habitus,
4seulement dØterminØ par l ØvØn ement de la reprØsentation.

Le groupe ALIS jouit souvent d une bonn e presse, mais Dominique Soria
et Pierre Fourny avouent Œtre en mŒme temps un peu dØ us par la
description faite de leur travail. Comment pourrait-il en Œtre autrement ?
D une part, l expØrience que fait l individu d une crØation artistique est
plus ou moins subjective, et ne peut guŁre, de toute fa on, correspondre
parfaitement l expØrience de l artist e. D autre part, les observations
verbales transmettent malaisØment la perspective exacte de cette
expØrience, d autant plus qu il s agi t dans les crØations d ALIS d une
expØrience purement sensorielle.

Didier Plassard commence l article, que nous venons de citer, en
reproduisant le court Øchange, surpris d un couple sur le point d assister
un spectacle d ALIS :

- Tu sais de quoi il s agit ?
5- D images, je crois.

En effet, sans parole, sans fable, sans personnages, il s agit d images
dans les compositions d ALIS : des images photographiques dØcoupØes

4 « Promener les objets, dØplacer les signes : les image furtives d ALIS ». i n La ScŁne et les
images, ouvrage collectif sous la direction de B. Picon-Vallin. CNRS : Paris, 2001. Collection :
Arts du Spectacle. SØrie : Les Voies de la crØation thØ tr ale, vol. 21. p. 277.
5 Idem. p. 275.
3…

à

et des images projetØes. Sur la scŁne elles fonctionnent ensemble,
disons, comme un Ønorme collage temporel en continuelle
transformation : ces images se dØplacent, s associent, disparaissent,
reviennent. Elles figurent des corps humains, des parties de corps Øpars
(mains, visages, torses, membres ), des animaux, des objets
quotidiens, des formes gØomØtriques, des lettres, ainsi de suite. Elles
sont de toutes les dimensions (par exemple, une main traverse l espace,
si grande qu elle semble tenir la personne qui la dØplace ; l autr e
extrŒme, appara t l avant-scŁne une foule de gens, vue de dos - dont
chacun pourrait tenir dans la main de ceux qui les installent). Les deux
6« manutentionnaires » , vŒtus de blouses noires d atelier, effectuent les
dØplacements et la mise en place des configurations de ces objets-
images avec une prØcision musicale et dans un silence corporel
envoßtant. Les transitions ainsi que les transformations des images
tiennent souvent du tour de passe-passe. Le spectateur rØceptif
dØcouvre matØrialisØ devant ses deux yeux physiques l encha nement
d un rŒve sans commencement ni dØnouement ; ou bien, peut-Œtre ces
images rØsonnent-elles l uniss on avec cette partie alogique du mental
qui apprØhende le monde travers la perception directe des objets et
des Œtres.

Les spectacles d ALIS ne sont pas faciles, ne plaisent pas tout le
monde :

Mon il et mon esprit sont enchantØs, mais parmi les cent mobiles mon
c ur n e trouve aucun mobile s Ømouvoir. ( ) Est-c e que mon me de
spectateur, comme la lumiŁre, invitØe seulement voir les choses, se
plaint de ne pas les toucher, de ne pas les manger, de ne pas les sentir,
de ne pas les jeter ou de ne pas les retrouver dans sa propre
histoire ? ( ) ALIS a le manque de l’Øpoque, elle ne veut pas se poser
des questions de sens. Elle joue de cette pauvretØ. ( ) Oui, ALIS, il
n y a pas de petite chose au monde qui ne mØrite la lumiŁre, oui, mais
7
pourquoi ?

Les poŁtes du thØ tre visuel ont au moins une caractØristique en
commun : ils refusent systØmatiquement de parler du sens, de ce qu ils

6 Appellation qu i ls se donnent eux-mŒmes. Cf. leur article : « GØomØtries variables. Le corps
agite l esprit. » in Puck, La Marionnette et les autres arts. NumØro 4 : « Des corps dans
l espace. » 1991. pp. 53-56. Voici Øgalement l Øve ntail de qualifications donnØes par des
journalistes et d a utres Øcrivains au « r l e » que jouent Pierre Fourny et Dominique Soria sur
scŁne : actants, exØcutants, officiants, plasticiens, opØrateurs, manipulateurs, techniciens, artistes,
protagonistes, abeilles ouvriŁres, corps de personnes, auteurs-acteurs, performeurs
7 Raymond Godefroy. « Spectateur en roue libre ». ( propos du spectacle Cent Mobiles pa rt
1) in Mß , numØro 8. p. 29.
4voulaient dire en crØant telle ou telle composition. C est assez
comprØhensible, d ailleur s. Pendant un colloque sur le thØ tre d objets
la CitØ Internationale Paris, le commentaire de Michel Laubu (Turak)
ce sujet est un excellent exemple. A toute question posØe sur le sens de
ses spectacles, explique-t-il, il rØpond en disant qu il n en sait rien, qu il a
dØj dit tout ce qu il av ait dire au tr avers de ses images. Quant Pierre
Fourny d ALIS, il affirme que « faire du sens, en soi, n est pas
intØressant. Une fois que c est fait, c est fait. C est dans le dictionnaire,
8le sens. Une fois que a y est, il faut passer autre c hose » Nous y
retrouvons un Øcho de Roland Barthes :

Faire du sens est trŁs facile, toute la culture de masse en Ølabore
longueur de journØe ; suspendre le sens est dØj un e entreprise
9infiniment plus compliquØe, c es t, si l on veu t, « un art ».

Si d autres spectateurs sont dØcontenancØs par le travail d ALIS, ils
pourront certainement trouver un soutien dans les mots de Raymond
Godefroy, le « spectateur en roue libre », citØ plus haut. Mais serait-ce
une erreur de le prendre au premier degrØ, lorsqu il o ppose son il et son
esprit enchantØs, son c ur et s on me dØ us ? Choisit-il ces mots
simplement pour une question de style ? Quoi qu il en soit, de toute
Øvidence, au fond de lui-mŒme, il Øprouve un conflit au sujet de ce
spectacle. Il se peut, d ailleurs, que ce soient plut t son c ur et son
me, les enchantØs, et que la dØception n appartienne qu s on esprit.
Paul ValØry remarque que la plupart des gens voient par l intellect bien
10plus souvent que par les yeux . Nous sommes tellement sursaturØs par
le bombardement perpØtuel d images et d informations, que nous
subissons quotidiennement, que peut-Œtre nos facultØs de perception
s atrophient. Comment devrions -nous regarder un spectacle du groupe
ALIS ? Quelle attitude, quel Øtat d esprit devrions-nous essayer
d adopter ?

Pierre Fourny : Il y a cette distinction entre « Øcouter » et
« entendre », et entre « regarder » et « voir ». Les gens ont
tendance voir et entendre, alors qu’il faut d’abord Øcouter et
regarder pour avoir une chance d entendre autre chose.

8 Lors d’ un entretien personnel la CitØ Un iversitaire Internationale, le 21 janvier, 2000. Sauf
exception, toute citation de Pierre Fourny et de Dominique Soria seront prises, soit de cet
entretien, soit d’ un entretien qui a eu lieu le 29 mars, 2000 FŁre -en-Tardinois.
9 BARTHES, Roland. Essais critiques. Editions du Seuil, Paris, collection « Points » : 1964.
P. 269.
10 « MØthode de LØonard de Vinci », citØ dans L univers des signes. Questions d aujourd hui.
Textes rØunis par J. Bodin et Y. Pelanne. Masson et Cie, Paris : 1974. p. 102.
5…
Dominique Soria : Nous, on dit souvent, un « l chØ-prise » du
spectateur. Il faut qu il l che, il faut qu il se mette dans un Øtat
de perception, de rØception. ( ) Je dis toujours que le spectateur
idØal est quelqu un qui est « vierge » d a priori, et puis, qui est
curieux, qui a envie de dØcouvrir le travail d autrui .

Comme le veut Kenneth Burke, les progrŁs florissants de la science et de
la technologie depuis un siŁcle ont-ils dØrØglØ notre jugement
11esthØtique ? Burke insinue que, sous l influence puissante des
sciences, notre soif d approfondir nos connaissances passe trop par la
recherche des faits et des informations concrets, par des expØriences
empiriques et des tests pragmatiques, qui ne sont, au fond, que
strictement intellectuels, et aux antipodes de l expØrience esthØtique.
Que faut-il l cher ? Comment fai re ?

Or le grand opØrateur est aujourd hui le discours. L inflation
contemporaine de la notion de discours s explique par un souci
d emprise. Nous sommes plus sßrs d avoir prise sur les mots que sur
les choses, - et pour la raison que dit Freud dans son Øtude des
aphasies : parce que les images de mots sont fermØes et les images
12de choses ouvertes.

Susanne Langer n est pas la seule philosophe proposer que les limites
du langage verbal ne sont pas les derniŁres limites de l expØrienc e. Les
choses inaccessibles au langage peuvent avoir leurs propres formes de
conception, c est- -dire, leurs propres mØcanismes symboliques. Elle se
joint d autres aussi en affirmant que la loi verbalement inexprimable,
mais pas indicible, de l expØr ience vitale, se manifeste dans l expression
13artistique. L esprit scientifique juge facilement infØrieure une activitØ
« perceptuelle » si elle n aboutit pas des concepts prØcis dØpassant la
perception. Mais est-ce que rester au stade de la perception, au lieu de
passer un stade d abstraction discurs ive, Øquivaut s attarder un
niveau qui ne mŁne nulle part, ou l ouverture d autres voies qui mŁnent,
elles aussi, de nouvelles connaissances ? Si les connaissances
acquises par la perception diffŁrent de celles spØcifiques la pensØe
abstraite, ne sont-elles pas, cependant, des connaissances (au moins)
aussi « vraies » que ces derniŁres ?


11 BURKE, Kenneth. Counter-statement. The University of Chicago Press, Chicago, Illinois :
1957. p. 20 et passim.
12 MALDINEY, Henri. Art et Existence. Librairies des MØridiens Klincksieck et Cie, Paris :
1986. p. 29.
13 Philosophy in a New Key. p. 265, 257.
6…
Le groupe ALIS explique que depuis le dØbut de son travail de crØation,
ils sont obligØs de dØfendre ce qu ils font, et surtout auprŁs des gens du
thØ tre. D une c ertaine maniŁre, c es t aberrant, et pourtant, pour eux il
s agit d un vØritable enj eu d existence. Les gens du thØ tre ont non
seulement la ma trise de la parole, mais aussi pas mal d institutions
culturelles entre leurs mains. « Tant que nous n avions pas nous-mŒmes
ØlaborØ quelque chose », dit Pierre Fourny, « nous Øtions leur merci.
S ils nous trouvaient sympathiques, ils pouvaient nous aider par leur
verbe. Dans le cas contraire, on ne faisait pas le poids. D a illeurs, on
continue ne pas faire le poids. » Leur travail poØtique sur l image peut
produire de la pensØe l i ntØrieur du spectateur rØceptif. Mais Dominique
Soria s ins urge : « Maintenant qu on so it obligØs, par rapport l extØrieur,
et pour rØpondre des normes, de r edonner cette pensØe, pour moi c est
dØj falsifiØ. C est- -dire que d avoir expliquer ce que je fais, comment
je fais, a dØnature dØj le proc essus dans lequel on est. Pour moi les
mots ne sont jamais dans l exacte perspective de ce qui se passe, et
dans ce sens-l , a me gŒne. »

Que nous jugions nos contemporains est nØcessaire. Il faut bien
choisir et guider. Toutefois il serait sain et sage de penser que ces
jugements si pØremptoires seront rØvisØs par les gØnØrations
futures. ( ) Nous devons Œtre d’une prudente modestie en nos refus.
Aller l exc Łs de la louange a ses dangers ; ils sont moindres que ceux
du dØnigrement. Nier ou railler ce que l’on ne comprend pas n’est
lØgitime qu aprŁs un sØrieux effort pour comprendre. (AndrØ
14Maurois)

Pourrions-nous mieux apprendre voir, ou plut t, regarder le travail
d ALIS en cherchant des liens avec des artistes ou des mouvements
passØs ? Plassard trouvait leurs inventions « mi-chemin entre
Duchamp et Carelmann », par exemple. Ce serait sans doute un
exercice tout fait intØressant, et en tous les cas, bon grØ mal grØ,
trouver des rapprochements fait partie de la gymnastique discursive.
Mais les Øtiquettes se lisent ; elles ne sauraient nous aider voir. Les
commentaires les plus riches et les plus pØnØtrØs ne peuvent jamais se
substituer la poØsie. La lecture ne pe ut se substituer la per ception.
Les poŁmes sensoriels d ALIS, qui pr ennent vie dans l es pace et dans le
temps, s offrent nos yeux, nos orei lles, notre Œtre intime. Dans ce
prØsent travail, nous avons nØanmoins affaire au verbe. Sans dØshonorer
la poØsie, alors, que peut nous apporter le langage Øcrit, et de quelle
maniŁre ?

14 L univers des signes. Questions d aujourd hui. Op. Cit. p. 112.
7”

Dans son ouvrage, Qu est-ce que la LittØrature ?, Jean-Paul Sartre fait
l obs ervation suivante :

Il ne faudrait pas croire, en effet, que la lecture soit une opØration
mØcanique et qu il [le lecteur] soit impressionnØ par les signes comme
une plaque photographique par la lumiŁre. S il est distrait, fatiguØ,
sot, Øtourdi, la plupart des relations lui Øchapperont, il n arrivera pa s
faire prendre l ob jet (au sens oø l on dit que le feu prend ou
ne prend pas ) ( ). S il est au meilleur de lui-mŒme, il projettera
au-del des mots une forme synthØtique dont chaque phrase ne sera
plus qu une fonction partielle : le thŁme , le sujet ou le sens .
Ainsi, dŁs le dØpart, le sens n est plus contenu dans les mots puisque
c’est lui, au contraire, qui permet de comprendre la signification de
chacun d eux ; et l objet littØraire, quoiqu il se rØalise travers le
langage, n est jamais donnØ dans le langage ; il est, au contraire, par
15nature, silence et contestation de la parole.

Apprendre que Pierre Fourny est sinologue en rassure certains. Il
l e xplique : « ˙a Øclaire ØnormØment. En fran ais, dire de quelque chose,
c est du chinois , c est dire que c est incomprØhensible. A la limite, il
suffirait de dire que c est incomprØhensible, pour que les gens soient
rassurØs ! » Il ne nie pas, pourtant, l influen ce de sa formation la poØsie
chinoise sur son travail scØnique, mŒme s il ne s en est aper u que
rØtrospectivement.

Dans son texte sur la littØrature, Sartre n est pas loin de comparer des
mots des idØogrammes. Cette notion ne serait-elle pas encore plus
sØduisante en tant que mØtaphore pour parler d une scŁne mise en
images ? Dans Le ThØ tre et son double , Artaud parlait dØj d une
poØsie dans l es pace qui « appartient au langage par signes, ( ) ayant
une valeur idØographique, oø des gestes reprØsentent des idØes, des
attitudes de l esprit, des aspects de la nature, et cela de maniŁre
effective, concrŁte, c est- -dire ( ) comme ce langage oriental qui
reprØsente la nuit par un arbre sur lequel un oiseau qui a dØj fermØ un
16 il commence fermer l autre. » Il n est Øvidemment pas question ici
d images iconographiques ou symboliques ; il s agit plut t de
juxtapositions Øvocatrices.

Eisenstein s inspirait ouvertement de l Øcriture chinois e pour Ølaborer sa
conception du montage au cinØma. Il apprØciait le potentiel polysØmique

15 Idem. pp. 16-17.
16 Editions Gallimard, 1964. p. 58-9.
8de l image, et surtout, mises en juxtaposition comme dans l idØogramme,
le fait que des images puissent suggØrer ou Øvoquer des idØes, des
sentiments, des concepts. Cette juxtaposition des images disparates est
le moyen qu utilise un grand nombre d artistes pour briser les
automatismes de notre perception. Les surrØalistes en ont fait presque
un dogme, et les futuristes, eux aussi, dØcouvraient de nouvelles
analogies entre des choses lointaines et opposØes. Marinetti Øcrit, dans
Les Mots en libertØ futuristes : « Les images ne sont pas des fleurs
choisir et cueillir avec parcimonie, comme le disait Voltaire. Elles
constituent le sang mŒme de la poØsie. La poØsie doit Œtre une suite
ininterrompue d images neuves, sans quoi elle n est qu anØ mie et
chlorose. Plus les images contiennent de rapports vastes, plus elles
17gardent longtemps leur force ahurissante. »

Le groupe ALIS fait un travail poØtique de mise en relation de disparitØs
visuelles ou encore, d ØlØments vi suels hØtØrogŁnes, depuis 1982. Par
obligation, disent-ils, ils ont ØtØ obligØs d « Ølaborer une pensØe »
parallŁle et, bien entendu, depuis vingt ans des commentaires Øcrits par
d autres s accumulent . Nous ne souhaitons ni confirmer ni infirmer le
tØmoignage de quiconque dans ce travail, mais la dØcouverte d une
modalitØ de perception qui s’apparente la lect ure des idØogrammes est
notre point de mire. Puisque ce « flux de parole » risque de troubler notre
vision au cours de nos recherches, et dans le seul dessein de faciliter un
peu le chemin que nous espØrons ouvrir, nous allons commencer par
passer au crible un certain nombre d ØnoncØs et de commentaires
extØrieurs ALIS mais surtout, ceux formulØs par le groupe ALIS mŒme.


17 MARINETTI, F.T. Les Mots en libertØ futuristes. Editions L Age d’ Homme, Lausanne :
1987. p. 43.
9…
ô
DEBLAIEMENT PREALABLE

1. Jeux identitaires.

« Les mots resserrent toujours les propos. ˙a va un peu
l encon tre de ce qu on essaie de dØvelopper sur scŁne. Sur scŁne
on essaie de provoquer une ouverture sur le sens, sur la
perception. Mais a se rØduit par le langage. ( ) Le simple fait
d Øn oncer, a arrŒte les choses. Il y a un c tØ comme a dØfinitif
autour d une mØthode. Je comprends que pour communiquer c est
mieux d avoir ØlaborØ une pensØe. Mais en mŒme temps cette
pensØe, elle te limite. Elle rØpond au bon sens. »
(Dominique Soria)

Et pourtant, selon le groupe ALIS, il faut des mots foison pour exister
en tant qu entitØ crØatrice ; dit sans ambages : pour la vendre, il ne suffit
pas de montrer une crØation scØnique - il faut aussi savoir bien en parler,
surtout si elle est issue d un c heminement inhabituel dont le « produit »
est difficilement classable. Des recherches sur le bien-fondØ de cette
attitude dØpasseraient le champ de ce prØsent travail. A priori, et sans
doute de fa on na ve, nous aimeri ons croire qu il s’agit d une
exagØration. Quoi qu il en soit, d aprŁs Pierre Fourny et Dominique
Soria, les professionnels dans le domaine du thØ tre tiennent leurs
rØfØrences conventionnelles. Par consØquent, pour produire, il faut livrer
bataille, il faut Œtre la hauteur de leur Verbe. La question, savoir si le
groupe ALIS lutte contre « des ennemis » vØritables ou contre de simples
moulins, restera sans rØponse ici. Elle serait creuse de toute fa on, car
cette bataille fait aussi indiscutablement partie de l univers d ALIS.

« On peut dire que le thØ tre fran ais la plupart du temps est l a
merci des moyens qui lui sont nØcessaires pour exprimer quelque
chose. Il n y a pas suffisamment de rØflexion par rapport cela.
Et cela fait que le thØ tre en France est en Øtat de reproduire ce
qui a dØj ØtØ produit, et par consØquent qu il n est pas dans une
1dynamique de recherche. » (Pierre Fourny)

D une certaine maniŁre, cette bataille tient d un jeu de mots (dans tous
les sens). A la question « Pourquoi certaines pratiques de l objet en

1 Entretien avec la DRAC, 08/97. Cf. http://alisfr.free.fr/fr/info/textes/apropos/interview-
DRAC.html
10

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