Un cadeau pour le Dr Watson - Noël magique - Un rêve damour

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71. — Hé ! Qu'est-ce qui ne va pas ? Emergeant de son bureau en compagnie d'une char- mante kinésithérapeute blonde, Nick Watson, consultant en pédiatrie, s'aplatit contre le mur pour éviter Eden Hadley qui fonçait droit devant elle, visiblement bouleversée. Eden ne savait pas dissimuler ses émotions, et sa jolie bouche sensuelle avait un pli contrarié, ses grands yeux noisette flamboyaient de colère. Nick lui saisit le bras et elle se tourna vivement vers lui, faisant valser les longues boucles blondes échappées de sa queue-de-cheval.
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Publié le : mercredi 28 mars 2012
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Source : harlequin.fr
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— Hé ! Qu’est-ce qui ne va pas ? Emergeant de son bureau en compagnie d’une char-mante kinésithérapeute blonde, Nick Watson, consultant en pédiatrie, s’aplatit contre le mur pour éviter Eden Hadley qui fonçait droit devant elle, visiblement bouleversée. Eden ne savait pas dissimuler ses émotions, et sa jolie bouche sensuelle avait un pli contrarié, ses grands yeux noisette flamboyaient de colère. Nick lui saisit le bras et elle se tourna vivement vers lui, faisant valser les longues boucles blondes échappées de sa queue-de-cheval. — Laissez tomber, Nick, marmonna-t-elle, les dents serrées. — Laisser tomber quoi ? s’enquit-il, les sourcils froncés. Il lui fit signe de l’attendre et salua la physiothérapeute : — Merci, Amber, votre aide m’a été très utile. — A votre service, Nick. Appelez-moi si vous voulez approfondir le programme de rééducation de Rory, répliqua la belle blonde avec un sourire dévastateur, indifférente à la présence d’Eden. J’attendrai votre coup de fil avec impatience… — Eh bien, elle sait faire passer le message ! commenta Eden comme Amber s’éloignait de son pas dansant, ses longs cheveux blonds se balançant sur ses épaules. — Elle s’est juste montrée serviable, commenta Nick en riant. Qu’est-ce que vous avez contre les kinés ? — Leur santé florissante, grommela Eden. Leurs corps
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musclés, leurs sourires éblouissants, et j’en passe. Elles n’ont aucun défaut. Elles se contentent d’une salade légère pour déjeuner et ne fument jamais, c’est comme ça ! — Vous non plus, remarqua-t-il. Mais revenons-en à nos moutons. Il s’agit de mon service, Eden, et s’il y a un problème, je dois le savoir. — Il n’y en a pas. Ou plutôt il n’y en a plus. — Eden… Elle se tourna vers lui en soupirant. — Donna vient d’organiser une réunion pour revoir le tableau de service de Noël. — Oh… Le planning infirmier était le cadet des soucis de Nick Watson. Du moment que ses précieux patients étaient heureux, il l’était aussi. Mais c’était lui qui avait exigé de savoir ce qui se passait, eh bien, elle allait le mettre au courant ! songea Eden. — Ce sera mon deuxième Noël dans ce service, expliqua-t-elle. Et, apparemment, je vais devoir assurer les deux gardes de nuit ! Donna voulant que je prenne mon reliquat de congés annuels, je devais prendre une semaine entière de vacances puisque l’an dernier… Elle se tut soudain, prenant conscience de l’inoppor-tunité de cette conversation, mais Nick acheva pour elle. — L’an dernier, vous avez dû travailler à Noël et au Nouvel An à cause de ce qui est arrivé à Teaghan… Bon sang ! Eden se frappa le front, regrettant de ne pouvoir ravaler ses propos. Seigneur, pourquoi Nick avait-il choisi cet instant pour sortir de son bureau ? Et pourquoi diable lui avait-il demandé ce qui n’allait pas ? Eden était si furieuse qu’elle avait préféré prendre sa pause café loin du service pour se calmer et éviter ainsi toute parole regrettable. Mais, hélas, c’était plus fort qu’elle ! Les événements tragiques qui avaient eu lieu en décembre de l’année précédente n’avaient pas seulement affecté les projets personnels d’Eden, tout le service avait été sous le choc quand Teaghan Camm, infirmière-chef
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adjointe et fiancée de Nick Watson, s’était endormie au volant en regagnant son domicile après une garde de nuit. Ses blessures étaient si graves qu’elle était décédée avant même d’arriver aux urgences. Eden se rappelait ce jour-là comme si c’était hier.
De garde ce matin-là, c’était elle qui avait reçu l’appel des urgences. L’ardente jeune femme qui avait quitté son service une heure plus tôt gisait maintenant sans vie, quelques étages plus bas. Eden avait sorti le dossier personnel de Teaghan et transmis le numéro de téléphone de ses parents à Sharon, la surveillante qui veillait Teaghan aux urgences. Elle entendait encore Sharon lui demander d’une voix brisée si elle voulait bien se charger d’avertir le personnel. — Je m’en occupe, avait répondu Eden sans hésiter. Elle n’en avait aucune envie, mais elle savait que Sharon devait rester sur place pour accueillir les parents de Teaghan. — Et… Nick doit être prévenu en privé, Eden, avait balbutié Sharon. — Je lui parlerai en premier, à l’écart des autres. — Peut-être devrais-je lui envoyer Brad, le consultant des urgences… Par la fenêtre de son bureau, Eden avait alors vu un homme de salle s’arrêter pour parler à l’agent de sécu-rité, et elle avait compris à son air choqué que l’affreuse nouvelle avait déjà filtré. Au chevet d’un jeune patient, Nick plaisantait avec la mère de l’enfant, sans savoir qu’à cet instant, dans ce même immeuble, le cadavre de sa jeune fiancée gisait sur un chariot des urgences. — Je ferais mieux de le lui dire maintenant. La nouvelle est arrivée jusqu’ici et je ne veux pas qu’il l’apprenne par la bande. Faites quand même venir Brad, car Nick aura des questions à lui poser. Ce fut une des choses les plus dures qu’elle ait jamais eue à faire. Infirmière expérimentée d’un service de
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pédiatrie surchargé, elle avait connu plus que sa part de drames et, trop souvent, elle avait dû s’entretenir avec des parents dévastés ou, pire encore, leur apprendre d’horribles nouvelles. Pour tenir le coup, elle arrivait à garder un certain détachement professionnel, et si elle versait parfois des larmes en cachette, elle les maîtrisait toujours. Elle se rappelait constamment que, quelle que soit sa souffrance, celle des parents était infiniment pire, et ils n’avaient pas besoin qu’une infirmière trop émotive se répande en lamentations déplacées. Mais cette fois, c’était personnel. Très personnel. Elle n’aimait pas spécialement Teaghan et n’avait jamais particulièrement sympathisé avec la jeune femme un peu trop tapageuse et suffisante à son goût, mais jamais au grand jamais elle ne lui aurait souhaité pareil destin. En outre, Eden était assez lucide pour se rendre compte que son jugement était probablement faussé par le fait que, comme tout ce qui portait jupon à l’hôpital, elle était un peu amoureuse de Nick Watson. — Nick… Il avait froncé les sourcils d’un air interrogateur quand elle lui avait demandé si elle pouvait lui dire un mot. — Quel est le problème ? s’était-il enquis, heureux, souriant, en prenant le siège qu’elle lui désignait. Qu’est-ce que j’ai encore fait ? — Rien, avait-elle répondu avant de s’éclaircir la voix. Ils étaient amis. Elle n’était là que depuis trois mois, mais dès le premier jour où ils avaient travaillé ensemble, ils s’étaient entendus à la perfection, se taquinant gentiment et anticipant les plaisanteries de l’autre comme seuls savent le faire les amis. Et voilà qu’elle devait lui briser le cœur. — Nick, il y a eu un accident en ville ce matin… — Oui, c’est ce qui m’a retardé. Pourquoi ? Des enfants ont été blessés ? Dois-je descendre aux urgences ? — Nick, c’était la voiture de Teaghan, coupa-t-elle
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presque durement, soutenant son regard vert pendant qu’elle lui portait les coups mortels. — Non, dit-il en secouant la tête, tendu comme un arc. Elle ne devait pas aller en ville… Elle avait fini sa garde de nuit. Elle est chez elle et elle doit dormir… — Nick, c’était bien Teaghan qui se trouvait dans la voiture. Elle portait son badge, et Sharon Kennedy, la surveillante, l’a identifiée. Elle a été conduite ici il y a quelques minutes… Sa formation lui avait enseigné que des phrases comme « elle n’a pas souffert » ou « on a tenté l’impossible » n’avaient rien à faire dans cette horrible conversation. Elles viendraient plus tard. Il ne pouvait pas y avoir de place pour de faux espoirs. Tremblant intérieurement, elle asséna le coup fatal : — Nick, Teaghan a été déclarée morte à son arrivée. Elle vit alors ce visage insouciant se décomposer sous ses yeux, prendre dix ans en l’espace de quelques secondes. Tous les bruits semblaient amplifiés, le cri d’un enfant dans une chambre, les pleurs distants d’un bébé, le sifflement des pompes intraveineuses, le cliquetis d’un chariot passant devant la porte. Le monde continuait à tourner alors que pour Nick, il s’était figé. Elle ne savait pas quoi faire, consciente que rien de ce qu’elle pouvait dire ne soulagerait sa peine Alors, franchissant la courte distance qui les séparait, elle le prit dans ses bras. Elle sentit sa main lui presser le bras, son souffle tremblant dans son cou, l’unique sanglot qu’il réprima. Incapable de contenir ses larmes, elle le garda contre elle les quelques instants où il perdit pied, à l’agonie. — Il faut que je la voie… Le moment était passé, remplacé par le besoin impératif de voir Teaghan, de faire quelque chose, n’importe quoi. Il se leva, passa la main sur sa bouche sans doute pour réprimer un hurlement. Ses yeux rencontrèrent les siens, des yeux torturés qui la suppliaient d’effacer ce qu’elle venait de dire. Mais elle ne put que lui rendre son regard
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avec impuissance, les larmes ruisselant sur ses joues. Puis il s’en alla. Il renversa une pile de papiers dans sa hâte à rejoindre sa fiancée, une chaise vacilla quand il la bouscula, et il entra en collision avec l’homme de salle qui poussait le chariot de linge. Le bruit de sa course résonna dans le couloir et elle resta pétrifiée et tremblante, jusqu’à l’arrivée de Brad Jenkins, consultant aux urgences. — Vous l’avez manqué de peu, prononça-t-elle dans un souffle, rassemblant ses forces pour convoquer ses collègues et leur apprendre l’effroyable nouvelle. Il est parti voir Teaghan.
— Je suis désolée. Eden n’avait pas dit ça, ce jour fatal, mais elle le dit maintenant en tournant vers lui son regard troublé. Comment osait-elle se plaindre du planning ! Cela parais-sait si mesquin après ce qu’avait traversé Nick et ce qui était arrivé à Teaghan. — C’était vraiment inconsidéré de ma part, pardonnez-moi. Nick lui adressa un petit sourire indulgent. — Pourquoi devez-vous travailler cette année ? — Ça n’a pas d’importance, répondit-elle, embarrassée. — Allons en parler dans mon bureau. Elle secoua la tête. — Le tableau de service des infirmières n’est pas votre problème, Nick. J’avais juste besoin de me défouler. — Eh bien, venez vous défouler devant un café. Il regagna son bureau, s’attendant visiblement qu’elle le suive, et elle hésita un moment. Elle avait les nerfs à vif et un quart d’heure en tête à tête avec Nick était bien la dernière chose qui puisse la calmer ! N’était-ce pas précisément à cause de lui qu’elle avait demandé à prendre son congé à Noël ? Une semaine chez elle, en famille, une semaine loin de la ville, une semaine à monter à cheval pour s’éclaircir l’esprit, loin de la tension qui l’étouffait en présence de Nick.
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— Eden ! dit la voix impatiente de Nick. Elle prit une profonde inspiration et pénétra dans le bureau, déterminée à lui cacher l’effet qu’il avait sur elle. Il avait un ego suffisamment démesuré comme ça ! — Toujours du sucre ? demanda-t-il sans lever les yeux. — S’il vous plaît, répondit-elle avec un sourire forcé en prenant la tasse qu’il lui tendait. Je regrette sincèrement ce que j’ai dit… — Ne vous inquiétez pas, dit-il, balayant l’argument de la main. Je vais bien. — Vous en êtes sûr ? Cette période de l’année doit être épouvantable pour vous. — En fait, non. Je suis bien trop occupé pour m’apitoyer sur mon sort. Il y a trop de soirées, de dîners, et bien sûr… — De femmes, acheva-t-elle d’un ton légèrement crispé. — J’allais dire detravail, dit-il en souriant. Mais assez discuté de ma vie sociale. Comment se fait-il qu’on vous fasse encore travailler à Noël ? Je croyais que la politique du service était garde une année, congé l’année suivante. — Elle l’était, soupira-t-elle. Jusqu’à ce que Ruth parte prématurément en congé de maternité.Apparemment,sa tension est élevée. — Apparemment ? — Je vous parais méchante, n’est-ce pas ? Mais il y a des mois que je me doute qu’elle ne tiendra pas jusqu’à Noël, d’autant plus qu’elle devait assurer les gardes de nuit le soir et le jour de Noël. Et Donna nous a toutes réunies pour demander des volontaires pour la remplacer. — Je suppose que vous n’avez pas levé la main. — Non ! répliqua-t-elle en portant sa tasse à ses lèvres. Personne ne l’a fait. C’est alors que ça a commencé. — Quoi donc ? — Les arguments typeTimmy n’a que deux ans, ou encorec’est le premier Noël de Jamie. Même Becky, qui est censée être mon amie, s’est mise de la partie en arguant :c’est le dernier Noël où Conner croit encore au Père Noël…
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Nick ne put s’empêcher de sourire en l’entendant imiter ses collègues. — Que voulez-vous que je réponde ? Je suis infirmière en pédiatrie et je suis bien placée pour comprendre que les enfants ont besoin d’avoir leur maman auprès d’eux à Noël. Alors, Donna m’a demandé si je voulais bien prendre la garde ce jour-là. — Vous auriez pu refuser. Pourquoi ne lui avez-vous pas dit non, tout simplement ? — J’ai essayé, gémit-elle. — Comment ? — J’ai objecté qu’en assurant la garde de nuit le soir de Noël, je ne pouvais pas prendre la route pour Coffs Harbour le matin de Noël au risque de m’endormir au volant… L’an dernier, mon père a fait le trajet jusqu’à Sydney et a passé la nuit chez moi pour me ramener parmi les miens le jour de Noël, mais c’était très fatigant pour lui. Il y a six heures de route, et c’était trop, même pour moi. Finalement, nous avons passé la majeure partie de la journée à dormir, tous les deux, alors vous parlez d’un Noël ! Je ne peux décemment pas lui demander de recommencer cette année. — Et votre colocataire, Jim ? Que fait-il pour les fêtes ? — Il va dans le Queensland. En fait, il essaie de me persuader de les accompagner, lui et son amie. — Vous devriez peut-être accepter. — Non. Il y a des limites à ce que peut endurer un foie. Se gaver de bière et de crevettes au barbecue n’est pas vraiment l’idée que je me fais de Noël. — Vous ne pouvez pas rester seule. Elle eut un sourire désabusé. — Croyez-moi, je préfère encore l’être, Nick. J’ai déjà reçu trois invitations pour le repas de Noël de collègues qui se sentent coupables… — Et ? — Timmy n’a peut-être que deux ans, mais c’est un véritable monstre ! dit-elle, levant les yeux au ciel. Et même
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si j’adore Conner, je subis assez de caprices d’enfants en une journée de travail… Vous pouvez le comprendre ! — Oui, admit-il avec un sourire. Et le fait que Beck soit végétarienne n’y est pour rien, bien sûr… — D’accord, vous m’avez démasquée. Je suppose que si je veux ma dinde, je devrai la cuisiner moi-même. — Il y a toujours la cantine. Le regard qu’elle lui jeta n’avait rien d’amical, mais il éclata de rire. — J’imagine que vous ne courez pas particulièrement après les plats traditionnels. — Erreur. J’adore le repas de Noël, leChristmas pudding, les tartelettes aumincemeatFermant les yeux un instant, Eden imagina la salle à manger de ses parents, avec la table croulant sous le jambon, la dinde, le porc rôti, les petites saucisses enveloppées de bacon et les montagnes de papillotes avec leurs devises idiotes. Mais Nick eut vite fait de doucher sa nostalgie. — Eh bien, si ça peut vous réconforter, j’aimerais avoir votre problème. J’ai pratiquement supplié pour travailler ce Noël, mais les autorités ont décidé qu’étant donné ma situation, j’avais besoin d’une petite pause pour passer les fêtes en famille, grommela-t-il. Elle lui jeta un regard effaré. — Mais enfin, Nick, c’est Noël ! Noël ! Comment pouvez-vous ne pas vouloir le passer avec les vôtres ? Je croyais que vous les adoriez. — Je les adore, répondit-il en soupirant. Et ils m’adorent tellement qu’ils veulent me voir heureux, ce que je suis, bien entendu, mais ils ne sont pas de cet avis. Pour eux, heureuxsignifie… — Vouspouvezle dire, Nick, dit-elle avec un sourire malicieux. — D’accord… Ils veulent que j’aie une relation amoureuse ! — Je croyais que c’était le cas, commenta-t-elle inno-cemment. Avec Shelly des urgences… Ah non, désolée, je
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veux dire Phoebe, des soins intensifs… Et cette interne, comment s’appelle-t-elle déjà ? Tanya, c’est ça ! ajouta-t-elle en claquant des doigts comme Nick rougissait légèrement. Que lui est-il arrivé, au fait ? Elle connaissait déjà la réponse ! Après la mort de Teaghan, le désespoir initial de Nick avait peu à peu fait place à une arrogance singulière tandis que son charme indéniable opérait dans tout l’hôpital et faisait des ravages. C’était presque un affront pour une femme de ne pas être sortie avec lui au cours des douze derniers mois, mais pas une fois, il n’avait tenté de franchir le pas avec elle. Et même si elle appréciait ce qui restait de leur amitié, même si elle ne tenait pas du tout à figurer parmi ses conquêtes, son indifférence à son égard lui brisait le cœur. — Tanya et moi sommes juste amis, protesta-t-il. Vous tirez des conclusions un peu hâtives. Noussommes amis, Nick, du moins nous l’étions, répliqua-t-elle en se levant après avoir vidé sa tasse. — Que voulez-vous dire ? — Juste que les choses ont changé ces derniers temps, répondit-elle après un instant d’hésitation. Parfois, j’ai l’impression que je ne vous connais plus. — Vous dites des bêtises… — Peut-être, néanmoins vous pouvez me croire, ce que Tanya ressent n’est pas purement amical, alors soyez prudent. Mais assez parlé de votre vie amoureuse. Je ferais mieux de regagner mon service. J’entends le chariot des plateaux-repas, et j’ai l’impression qu’une certaine fillette va piquer sa crise quand elle découvrira que j’ai changé sa commande. — Priscilla ? demanda Nick, faisant allusion à une jeune patiente de neuf ans qui avait un penchant maladif pour les nuggets de poulet. Il va encore falloir que je parle à sa mère. — Allez-y doucement, Nick. Rappelez-vous que Rose est une avocate très influente. — Justement, peut-être appréciera-t-elle qu’on lui
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parle avec franchise. Bon sang ! Nous sommes tellement englués dans le jargon politiquement correct ces temps-ci, nous avons si peur d’être traduits en justice, que c’est un miracle que nous arrivions à nous rendre utiles. Priscilla est une enfant géniale, mais si on ne met pas les choses au point avec Rose, si on ne lui dit pas d’arrêter de donner des saletés à manger à sa fille, autant renvoyer la gamine chez elle avec une boîte de pilules anticholestérol et une lettre de recommandation postdatée au psychologue qui devra gérer ses problèmes relationnels. Eden lui jeta un regard inquiet. — Les autres enfants commencent déjà à la taquiner. — Si j’avais neuf ans, je l’asticoterais, moi aussi. Il ne la regardait pas, et il ne vit pas le sourire qu’elle esquissa en l’imaginant en blondinet effronté. — A quoi pense donc Rose en l’appelant « Princesse » devant les autres enfants ? — C’est son surnom. — Eh bien, elle devrait le garder pour la maison… Alors, vous allez travailler à Noël, finalement ? demanda-t-il en se dirigeant vers la porte. — J’en ai bien l’impression, soupira-t-elle. — Il vous faudrait un bébé à vous, remarqua-t-il avec un sourire malicieux. — C’est probablement la seule chose qui me garantirait un congé au prochain Noël… Je ferais bien de me dépêcher. — Vous avez intérêt. Etant donné qu’il faut neuf mois… — Je parlais de retrouver mon service, Nick.
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