Une haine sans fin

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Une haine sans fin Michel Vincent* C'est à une relecture de Freud à laquelle je vous invite. Qu'il le cite expli- citement ou non tous, les psychanalystes puisent à cette même source. Je citerai quelques — unes des contributions d'auteurs contemporains de Freud ou plus tardifs pour la lumière qu'ils apportent à mon propos. Ceci étant, j'examinerai rapidement les chances qui se présentent à nous avant que cette haine nous emporte.
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Publié le : lundi 26 mars 2012
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Source : srdp.ro
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Une haine sans fin
*Michel Vincent
C’est à une relecture de Freud à laquelle je vous invite. Qu’il le cite expli-
citement ou non tous, les psychanalystes puisent à cette même source. Je
citerai quelques — unes des contributions d’auteurs contemporains de
Freud ou plus tardifs pour la lumière qu’ils apportent à mon propos. Ceci
étant, j’examinerai rapidement les chances qui se présentent à nous avant
que cette haine nous emporte.
La référence à la haine arrive tardivement dans l’œuvre de Freud. Tout
d’abord dans L’Interprétation des rêves (1900a) la haine apparaît liée à un
amour malheureux, puis surtout comme expression de l’ambivalence,
associant amour et haine dans Remarques sur un cas de névrose de contrainte
(1909d) et dans Considérations actuelles sur la guerre et la mort (1915b). La
haine apparaît dans Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un
cas de Paranoïa (1911c) comme transformation d’affect soutenue par le
langage, le refoulement opérant contre la formule narcissique « je l’aime
» -moi un homme, lui un homme — par un retournement, « il me hait ».
Dans cette première période, « haïr » trouve sa définition par référence à
« aimer » ; dans deux des trois oppositions à aimer nous trouvons :
aimer/haïr, aimer et haïr pris ensemble/indifférence. Haïr est même la
forme que prend l’amour quand la conservation du moi le réclame, pour
* Membre Titulaire de la Société Psychanalytique de Paris512 Haine de la culture
des motifs réels et actuels, ainsi dans Pulsion et destins de pulsion (1915c).
Enfin à propos de la mélancolie, Freud a montré, dans Deuil et Mélanco-
lie (1917e), que la haine de soi, en se tournant contre l’objet incorporé,
visait à épargner l’objet extérieur. La première interprétation proposée par
Freud dans Totem et Tabou (1913) associe la prescription morale ancienne
« Tu ne tueras pas » et le sens plus précis apporté par le christianisme :
Jésus, le fils de Dieu-le-père, pour délivrer l’humanité du péché originel,
dût suivre la loi la plus ancienne, celle du talion. Il devait faire le sacrifice
de sa vie pour expier le meurtre du père originaire de la horde humaine
primitive. La signification de la haine et son interprétation seront renou-
velées par l’introduction d’une dialectique nouvelle dans Au-delà du prin-
cipe de plaisir (1920g).
Que la haine soit dirigée contre un objet ou contre soi, l’expérience cli-
nique est révélatrice des questions liées à toute vie, depuis la naissance
jusqu’à la mort. De ce fait elle s’impose à notre attention.
Dans les Trois Essais sur la Théorie Sexuelle, S. Freud (1905d) développe
selon trois axes les découvertes rendues possibles par l’étude de l’hystérie
et par celle des rêves. La sexualité y apparaît clairement associée à la
transmission de la vie d’une génération à l’autre. Cette transmission a une
histoire qui fait découvrir l’importance de la sexualité infantile et de ses
transformations pubertaires. Le lecteur relève les annotations nombreuses
apportées à chaque étape de l’élaboration de la théorie freudienne qui sont:
l’adaptation du cadre analytique pour le traitement des enfants (1909b)
et il faut rappeler que les considérations sur la sexualité infantile reposaient
jusque-là essentiellement sur les résultats du travail psychanalytique avec
des adultes).
Les autres indications viendront de :
l’introduction du narcissisme (1914)
la description d’une pulsion de mort (1920).
la deuxième topique ça-moi-surmoi (1923).
la nouvelle interprétation du masochisme (1924).
Le premier des Essais est consacré aux perversions. Il permet de recon-
naître la souffrance qu’aujourd’hui nous associons aux effets des pulsions
destructrices, quand elles sont liées au plaisir érotique des pulsions sexuel-
les. Il en est ainsi tout particulièrement dans la relation sado-masochiste513Michel Vincent
dont André Green (2007) a souligné la fausse symétrie. Nous verrons que
Freud, dans la suite de ses conceptions, produira une théorie du maso-
chisme qui tiendra compte de l’introduction de ce que, en France, nous
appelons une deuxième topique et que les anglo-saxons appellent un
modèle structural de la personnalité : « ça-moi-surmoi ». La fausse symé-
trie tient à ce que le masochisme est primaire et que le sadisme originaire
est d’abord dirigé contre le moi, contre le narcissisme et ensuite repoussé
à l’extérieur vers l’objet ainsi connu dans la haine. Dans son article, Les pul-
sions et leurs destins (1915), Freud souligne que c’est lorsque s’instaure la
période génitale que l’amour devient le contraire de la haine. Du point de
vue de la relation d’objet, la haine est antérieure à l’amour. Disons dès
maintenant que c’est après s’être heurté à la difficile interprétation du fan-
tasme « Un enfant est battu » (1919e) et après avoir introduit une dialec-
tique nouvelle opposant les pulsions sexuelles, (tant les pulsions destinées
aux objets que les pulsions destinées au moi) aux pulsions destructrices
(1920g) que Freud proposera une interprétation nouvelle du masochisme
à partir d’un masochisme érogène ayant le moi pour objet. Par ailleurs,
l’homosexualité présentée dans ce premier essai comme « inversion » est
aujourd’hui, et en dehors de la psychanalyse, un terme souvent employé
pour décrire un comportement. Au contraire, l’interprétation psychanaly-
tique de l’homosexualité depuis Freud (1910c) conduit à privilégier, d’une
part ce qui appartient à l’organisation Oedipienne ainsi qu’il l’a montré à
propos de Léonard de Vinci (1910c), et d’autre part ce qui appartient au
narcissisme dont la compréhension a si profondément évolué, en particu-
lier sous l’impulsion de Herbert Rosenfeld (1949) et d’André Green
(1983). Notons ici déjà le caractère purement libidinal de l’interprétation
initiale de S. Freud.
Le second Essai est dédié à la sexualité infantile et à certains de ses
aspects qui font dire à Freud que l’enfant est un pervers polymorphe. Il
souligne ainsi que la sexualité dans ses composantes orale, anale et phal-
lique peut être décrite chez l’enfant dans les mêmes termes que ceux uti-
lisés pour décrire les perversions des adultes. Il faut donc souligner que leur
signification est ici différente, car l’enfant ne connaît encore du destin ana-
tomique de la différence des sexes que ce qui oppose pour lui son père et
sa mère. Il faut également souligner que cette différence anatomique est
seulement envisagée par l’enfant à partir de son expérience auto-érotique.514 Haine de la culture
L’auto-érotisme du jeune enfant doit être envisagé différemment de l’auto-
érotisme plus tardif. Au début, il s’agit de l’intérêt du bébé pour sa zone
génitale quand il n‘a pas encore découvert que la satisfaction de ses
besoins et le plaisir qui en résulte (dans les domaines de l’alimentation et
de la propreté par exemple) sont suspendus à la présence aimante, et de ce
fait attentive, de sa mère, ou de la personne à laquelle cette fonction est
*déléguée, et tout cela avec l’accord de l’enfant . Très rapidement après, la
découverte du rôle de la mère en ce qui concerne son plaisir conduit l’en-
fant à utiliser l’activité auto-érotique pour s’identifier à la personne absente
qui apporte habituellement la satisfaction désirée. Très rapidement encore,
les différentes satisfactions, orales, anales et phalliques entrent en concur-
rence avec la satisfaction de s’assurer la présence de la personne qui est
l’agent de la satisfaction. Une présence fantasmatique peut suffire tempo-
rairement pour permettre une satisfaction hallucinatoire. Mais cette solu-
tion se heurte à la limite du besoin d’une satisfaction appropriée que seul
l’objet de la pulsion est en mesure d’apporter. Cette première période est
le plus souvent oubliée des adultes dont l’amnésie infantile témoigne des
**années qui constituent « une sorte d’époque préhistorique » qui exerce
une force attractive sur les dérivés pulsionnels auxquels s’oppose une
force refoulante consciente. Le résultat est surtout sensible chez les adul-
tes quand ils rapportent des souvenirs d’enfance à propos de ce qu’il
convient de reconnaître comme le début de leur adolescence. Nous voyons
entre cette adolescence et leur enfance proprement dite une période de
latence sexuelle au cours de laquelle ne manque pas de se manifester la
cruauté et le plaisir de regarder-et-de-montrer. La cruauté est d’abord asso-
ciée par Freud à la pulsion sexuelle dont elle serait une composante
décrite comme emprise sur l’objet pour parvenir à la satisfaction propre-
***ment dite . La violence des pulsions partielles, voyeurisme — exhibition-
nisme et cruauté, est parfois si grande que la présence d’un adulte est indis-
pensable pour protéger l’enfant. Freud est ainsi conduit à souligner
* En 1910, dans la seconde édition des Trois Essais …, une note justifie l’emploi du
terme « libido », car dans la langue allemande le seul terme approprié « Lust » dési-
gne aussi bien le « besoin » éprouvé que le « plaisir » ou satisfaction ressentie.
* Freud S, 1905d, p .111.
* Paul Denis a particulièrement étudié ce montage de la pulsion en ses composantes libi-
dinale et d’emprise.515Michel Vincent
l’importance de l’ambivalence qui affecte les organisations prégénitales. Un
premier choix d’objet est fait dans cette période infantile, entre deux et cinq
ans, au cours de la première vague de la sexualité humaine. Son refoule-
ment, qui inaugure la période de latence, réduit sans les éteindre les buts
sexuels infantiles qui constitueront le courant tendre de la vie sexuelle.
Le troisième Essai est consacré aux Métamorphoses de la puberté. Il est
intéressant de noter que le titre allemand Die Umgestaltungen a été traduit
en français d’abord par transformations, puis métamorphoses et enfin par
reconfigurations, soulignant l’importance du contexte culturel propre aux
moment de ces traductions successives. Freud décrit ici un deuxième
temps du choix d’objet définitif. Les transformations propres à la puberté
introduisent un courant sensuel qui va converger avec le courant tendre vers
*l’objet et le but sexuels . La pulsion sexuelle se met au service de la fonc-
tion de reproduction, mais tout cela va prendre du temps. Pour décrire ces
transformations j’ai proposé (2005) de décrire trois positions. C’est à la
théorie de Freud que j’ai emprunté la cohérence de leur contenu. A Méla-
nie Klein, j’ai emprunté l’usage fait par elle du concept de position asso-
ciant un affect, les mécanismes de défense qui lui sont associés et les rela-
tions d’objet qui en résultent. La première position est celle de Chaos. Elle
est le résultat de la désorganisation de l’organisation oedipienne infantile
sous la pression des transformations pubertaires qui sont précédées par les
changements observés à la fin de la période de latence par Selma Fraiberg
(1966). Une deuxième position, Position narcissique centrale de l’adoles-
cence souligne le repli sur soi de l’adolescent dans un mouvement de dés-
illusion et de réunion en lui de ses mouvements pulsionnels. J’utilise par-
fois la désignation de Position dépressive centrale de l’adolescence pour
indiquer le rôle majeur de l’affect dépressif, et la place de cette dépression
encadrée par le Chaos et par la position de découverte de l’objet qui marque
la fin de l’adolescence. Si les aspects libidinaux sont habituellement préva-
lents et masquent de ce fait les aspects destructeurs, ceux-ci sont néan-
moins bien présents et responsables des ruptures du développement décri-
tes par Moses et Eglé Laufer (1984). L’accent mis sur la découverte de
l’objet à ce point des « Umgestaltungen » donne toute son importance au
narcissisme et à sa contribution au choix d’objet, selon les modalités indi-
* Freud S., 1905d, p. 137.516 Haine de la culture
quées par Freud (1914c). Aujourd’hui nous devons compléter la perspec-
tive du narcissisme comme orientation de la libido, par le narcissisme
comme orientation de la pulsion de destruction dont témoignent tant de
pathologies graves, non seulement psychiques, mais somatiques aussi.
A partir de notes prises au cours de la traduction d’allemand en hon-
grois des Trois Essais sur la Théorie Sexuelle de Freud, Sandor Ferenczi
publiera dix ans après leur rédaction son essai sur la théorie de la génita-
lité, Thalassa (1924). Les idées de Ferenczi tournaient autour d’une inter-
prétation de la fonction d’accouplement. L’introduction de la psychologie
en biologie lui apparut comme une spéculation répréhensible. Il a finale-
ment publié cet essai en s’autorisant de la démarche de Freud. Ce dernier
a tiré de l’expérience du traitement psychanalytique d’adultes névrosés les
bases nouvelles du chapitre de la biologie consacré à la théorie du dévelop-
pement sexuel. Ferenczi développe ces idées en adoptant le point de vue
selon lequel l’histoire de l’individu, l’ontogenèse, récapitule celle de l’es-
*pèce, la phylogenèse Dans la partie ontogénétique, sous le nom d’amphi-
mixie des érotismes dans le processus d’éjaculation, il décrit la façon dont
les différents niveaux d’organisation libidinale où pulsions partielles, oral,
anal et phallique se trouvent associés. Le coït est alors interprété comme
une tentative du Moi pour retourner dans le corps de la mère. Ainsi est
alors rétabli un état antérieur jugé plus heureux que l’état présent, car la
rupture si douloureuse entre le moi et l’environnement n’existait pas
encore. Cette régression est assurée par le coït de trois manières :
Hallucinatoire, pour l’organisme tout entier.
Symbolique, pour le pénis qui en est le double érotique.
Réel, pour le sperme qui représente le Moi et son double érotique.
Dans la partie phylogénétique, c’est à partir de la clinique, des rêves et
des névroses que la naissance est décrite comme une catastrophe indivi-
duelle, celle d’un assèchement de son environnement après la gestation. Le
coït est finalement interprété comme le rétablissement du plaisir de l’exis-
tence intra-utérine, et la joie d’avoir échappé au danger angoissant de la
naissance. Cette régression thalassale, véritable désir de retourner à l’océan
qui fut abandonné dans les temps primitifs, entraîne une lutte des sexes
* Ernst Haeckel –1834/1919- loi biogénétique fondamentale.517Michel Vincent
pour pénétrer dans le corps du partenaire et retrouver l’humidité rempla-
çant l’océan. Accouplement et fécondation conduisent, au terme de l’étude
phylogénétique, à décrire une série de catastrophes, chacune ayant une
implication dans l’ontogenèse :
— La première des catastrophes est l’apparition de la vie organique et
de la maturation de la vie sexuelle.
— La catastrophe suivante est l’apparition des organismes unicellulai-
res individuels.
— La prochaine catastrophe sera le début de la reproduction sexuée…
et le développement de la vie marine, suivi de …la catastrophe de l’assè-
chement de l’océan et de l’adaptation à la vie terrestre … et l’apparition
d’espèces animales pourvues d’organes génitaux, engageant une lutte pour
savoir qui pénétrera l’autre et connaîtra le bonheur de rétablir un environ-
nement océanique.
Le dernier chapitre de Ferenczi prend en considération les travaux les
plus récents, au moment de la publication de Thalassa. Dans une perspec-
tive qui lui est personnelle, Ferenczi propose de compléter la physiologie
et la pathologie par une biologie du plaisir. Ferenczi a pris connaissance de
la perspective ouverte par Freud d’un Au-delà du principe de plaisir. Son
lamarckisme lui fait écrire (p.322) : « il paraît plus plausible d’admettre
que d’une façon générale il n’existe pas de désintrication totale entre pul-
sion de mort et pulsion de vie, que même la matière dite « morte », donc
inorganique, contient un « germe de vie », et par conséquent des tendan-
ces régressives vers le complexe d’ordre supérieur dont la décomposition
leur a donné naissance. … Alors nous devrions définitivement abandon-
ner le problème du commencement et de la fin de la vie et imaginer tout
l’univers organique et inorganique comme une oscillation perpétuelle
entre pulsions de vie et pulsions de mort où ni la vie ni la mort ne parvien-
drait jamais à établir leur hégémonie. »
Revenons à Freud et au besoin de retrouver les bases de la métapsycho-
logie. Le principe de plaisir qui règle automatiquement l’écoulement des
processus psychiques est réaffirmé en 1920. Mais il ajoute que d’autres for-
ces s’y opposent et l’issue finale ne peut pas toujours correspondre à la ten-
dance au plaisir. En particulier, le principe de réalité s’est vu reconnaître
l’énergie nécessaire pour obtenir l’ajournement de la satisfaction. D’autres518 Haine de la culture
sources de libération de déplaisir émanent des conflits et clivages au ser-
vice du processus de refoulement. Par exemple, dans l’ordre des névroses,
le déplaisir est un plaisir qui ne peut être éprouvé comme tel. Dans les
névroses traumatiques, le facteur de surprise et l’absence de préparation à
l’expérience douloureuse sont soulignés par Freud. Le jeu de la bobine
auquel se livre son petit-fils, âgé d’un an et demi, au départ et au retour de
sa mère, conduit à une interprétation complexe. En particulier du fait de
son accompagnement par une vocalisation répétée o-o-o-o, que Freud
interprète comme « fort » en allemand, « parti » en français, et suivi d’un
joyeux « da » en allemand, « voilà » en français, correspond au départ et
au retour de sa mère. Freud souligne également que le jeu transforme une
situation passivement subie : le départ de sa mère, situation déplaisante
pour l’enfant, en un jeu dans lequel il prend un rôle actif soutenant une
identification avec les adultes aimés et admirés. Cependant, il reste scep-
tique car cette étude des jeux des enfants tourne court ; en effet Freud écrit
: « ils ne nous servent à rien car ils présupposent l’existence et la domina-
tion du principe de plaisir et ils ne prouvent pas que des tendances soient
à l’œuvre au-delà du principe de plaisir, c’est-à-dire des tendances plus ori-
ginaires que celui-ci et indépendantes de lui » Freud se tourne alors vers
l’évolution du travail analytique dans les vingt-cinq années qui le séparent
des Etudes sur l’hystérie. Le but de la technique était de rendre conscient
l’inconscient et l’art résidait dans l’interprétation. Les résultats étant insuf-
fisants, l’accent se porta sur les résistances du névrosé à confirmer ou infir-
mer les interprétations à partir de ses propres souvenirs. L’analyste en vint
à privilégier le transfert dans lequel le passé refoulé est répété. Cette répé-
tition permet une interprétation du transfert conduisant à la remémora-
tion et à l’élaboration de celle-ci. A ce mouvement Freud donne le nom de
compulsion de répétition qui vient signaler une résistance rencontrée par la
pulsion et qui est éprouvée maintenant comme un déplaisir par le moi qui
résiste. Freud rappelle que cette observation ne contredit pas le principe de
plaisir, si le déplaisir dans un système (le moi) est en même temps une
satisfaction pour l’autre système (les pulsions du ça). Freud ajoute enfin
que l’expérience clinique montre que la compulsion de répétition ramène
aussi des expériences du passé qui ne produisent pas davantage de plaisir
maintenant, qu’elles n’avaient pu apporter de satisfaction dans le passé,
avant d’être refoulées. Deux circonstances font échec à la sexualité infan-519Michel Vincent
tile : la réalité qui comporte un péril pour le moi et le développement insuf-
fisant de l’enfant qui n’ a pas le pouvoir le pouvoir de s’unir au parent
oedipien, et se voit inviter à attendre quand il sera grand. Le danger de
perte de l’amour et l’échec de ses aspirations entraînent une atteinte de son
narcissisme. Cette atteinte est marquée par un abaissement de l’estime de
soi de l’enfant qui en souffre. Force est ainsi d’admettre avec Freud qu’il
existe dans la vie psychique une compulsion de répétition qui se place au-
dessus du principe de plaisir. Cette compulsion de répétition, pour être
observable, réclame souvent la collaboration d’autres motifs connus, mais
insuffisants pour rendre compte des faits. Ce résidu qui constitue la com-
pulsion de répétition « apparaît plus originaire, plus élémentaire, plus pul-
sionnel que le principe de plaisir qu’elle met à l’écart » écrit Freud, à la fin
du chapitre III d’Au-delà du principe de plaisir. En suivant Freud, nous
sommes conduit à une spéculation à partir d’un point de l’investigation des
processus inconscients dans le cadre d’un système dynamique. Nous som-
mes invités à remarquer que le processus du devenir conscient se produit
dans un système qui n’en garde pas de trace durable. Les traces sur lesquel-
les repose la mémoire se disposent dans les systèmes internes voisins, la
conscience apparaît à la place des traces mnésiques. Nous concevons l’or-
ganisme vivant comme une vésicule avec une surface, tournée vers l’exté-
rieur, équipée d’organes récepteurs soumis parfois à des excitations consi-
dérables. Une hypothèse complémentaire devient nécessaire, celle d’un
pare-excitation situé dans la couche la plus superficielle. Il abandonne la
structure propre au vivant, et prend une structure anorganique pour
repousser l’excitation externe chargée d’énergie destructrice. Ce système
peut subir des effractions limitées auxquelles s’opposent les ressources de
l’angoisse par laquelle le moi se prépare en disposant des contre-investis-
sements vis-à-vis de l’extérieur, comme il dispose de la projection contre
celles de l’intérieur, quand sa capacité de liaison de l’énergie pulsionnelle
est défaillante. L’étude du rêve est ici aussi la voie royale pour observer
dans le transfert ces processus de répétition des événements de l’enfance.
Cette compulsion se place en dehors et au-dessus du principe de plaisir.
Nous sommes ici à nouveau confrontés à la reconnaissance d’une dispo-
sition du fonctionnement mental, restée négligée. La pulsion est une
poussée, inhérente à l’organisme vivant, vers le rétablissement d’un état
antérieur que cet être vivant a dû abandonner, sous une influence pertur-520 Haine de la culture
batrice. Ce qui est pris alors en considération c’est la mort, à la fois
comme issue, voire comme but de toute vie tournée vers ce qui était là
avant le vivant. Nous voyons se dessiner une nouvelle perspective. Les pre-
mières interprétations de la souffrance de ses patients ont conduit Freud
à opposer les pulsions sexuelles, dont l’expression est la libido, aux pulsions
non sexuelles de conservation du moi. Avec la reconnaissance de l’impor-
tance du narcissisme comme investissement libidinal du moi, une autre
opposition est introduite entre pulsion sexuelle destinée à l’objet et pulsion
sexuelle narcissique destinée au moi. A ce moment-là, et après le recours
à des justifications biologiques, Freud présente des pulsions de vie réunis-
sant les pulsions libidinales adressées aux objets et la libido narcissique
adressée au moi, et il les oppose aux pulsions de mort du moi dont l’ex-
pression est la destruction et la haine.
Dans Au-delà du Principe de Plaisir (chap. VII), Freud nous invite à
déterminer la relation chez chaque patient entre les processus pulsionnels
de répétition et la domination du principe de plaisir. C’est en effet le rôle
de l’appareil psychique de lier les motions pulsionnelles, remplaçant ainsi
les processus primaires (inconscients) par des processus secondaires
(conscients) susceptibles de transformer leur énergie d’investissement en
décharge génératrice de plaisir. Nous avons vu que la recherche du plaisir
se heurte à des obstacles, tant extérieurs qu’intérieurs, tout au long de la
vie. Freud propose d’établir une différence entre :
La sensation de tension parvenant à notre conscient, qui est en relation
avec le niveau d’investissement, définissant ainsi un point de vue écono-
mique à partir des quantités liées.
Le plaisir-déplaisir qui exprime la variation d’investissement dans
l’unité de temps, définissant un point de vue dynamique traduisant ces
qualités.
Les pulsions de vie sont des perturbatrices, dont la liquidation par
décharge est ressentie avec plaisir.
Les pulsions de mort sont silencieuses. Elles apparaissent servies par le
principe de plaisir qui procède par décharge entraînant des variations d’in-
vestissement pour atteindre le niveau zéro définissant le principe de Nir-
vana. Ainsi comprenons nous, avec Freud que, ‘si le sadisme originaire ne
se voit ni tempéré, ni mélangé, alors s’établit l’ambivalence bien connue de

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