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    UNIVERSITÉ PARIS‐SORBONNE    ÉCOLE DOCTORALE « Concepts et Langages »   Laboratoire de recherche « Patrimoines et Langages musicaux »    T H È S E   pour obtenir le grade de   DOCTEUR DE L'UNIVERSITÉ PARIS‐SORBONNE    Discipline/ Spécialité : Musique et Musicologie  Présentée et soutenue par :  Monsieur Giedrius GAPSYS‐HUTIN    le : 13 décembre 2011    Versaria polyphoniques aquitains du XIIe siècle :  identification des graphies particulières.      Sous la direction de :  Monsieur Frédéric BILLIET  Professeur, Université Paris‐Sorbonne      JURY:  Monsieur Jean François GOUDESENNE   Docteur habilité, IHRT – CNRS,  Monsieur Richard CROCKER   Professeur émérite, Université de Californie  Madame Claire Maître  Docteur habilité, IHRT ‐ CNRS  [Civilité Prénom NOM]  [Titre, établissement] 
  • chant monodique latin de la tradition liturgique
  • nature polyphonique du chant
  • notation monodique
  • xe-xiiie siècles
  • polyphonies aquitaines
  • corpus
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  • latines
  • latin
Publié le : mercredi 28 mars 2012
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Source : paris-sorbonne.fr
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UNIVERSITÉPARISSORBONNE
ÉCOLEDOCTORALE«ConceptsetLangages»Laboratoirederecherche«PatrimoinesetLangagesmusicaux»THÈSEpourobtenirlegradedeDOCTEURDEL’UNIVERSITÉPARISSORBONNEDiscipline/Spécialité:MusiqueetMusicologiePrésentéeetsoutenuepar:MonsieurGiedriusGAPSYSHUTINle:13décembre2011e VersariapolyphoniquesaquitainsduXIIsiècle:identificationdesgraphiesparticulières.
Sousladirectionde:MonsieurFrédéricBILLIETProfesseur,UniversitéParisSorbonneJURY:MonsieurJeanFrançoisGOUDESENNEDocteurhabilité,IHRTCNRS,MonsieurRichardCROCKERProfesseurémérite,UniversitédeCalifornieMadameClaireMaîtreDocteurhabilité,IHRTCNRS[CivilitéPrénomNOM][Titre,établissement]
La position de la thèse.
La polyphonie aquitaine – les chants latins à deux voix pratiqués en Aquitaine au cours e e des XI et XII siècles – subsiste de nos jours dans uncorpusd’à peu près soixante-dix pièces, 1 notées dans quatre manuscrits de la même époque . Ce répertoire, s’inscrivant dans l’évolution de la polyphonie vocale occidentale, y tient une place importante. Celle-ci découle 2 principalement de la nouveauté du style – lediscantus– que ce orné corpus initie et développe. Son étude nous met donc devant une étape bien circonscrite et représentative de l’écriture musicale à deux voix, antérieure à l’avènement de l’Ecole Notre-Dame de Paris.
Les principaux manuscrits constituant cecorpus de pièces – lesversariaaquitains – 3 sont d’une notation neumatique aquitaine « à points superposés » . Ce système de notation fut conçu et utilisé tout d’abord pour noter le chant monodique latin de la tradition liturgique e romano-franque. Les premiers témoignages de cette neumatique datent de la fin du IX et du e 4 début du X siècle . Deux siècles plus tard, quand la mise en notation des polyphonies aquitaines est entreprise, le système « à points superposés » se trouve déjà stabilisé depuis 5 près d’un siècle . Cependant, l’application de cette notation monodique pour transcrire le chant à deux voix simultanées n’est pas sans difficultés. Il y a là une inadéquation manifeste entre le système notationnel de conception monodique et la nature polyphonique du chant noté. Devant certaines réalités du chant polyphonique ce système se révèle insuffisant : il en résulte de nombreuses ambiguïtés de notation. Les plus fréquentes sont les ambiguïtés du contrepoint dans l’alignement et la coordination des voix («occursus »). D’autant plus que, dans une partie des sources principales – lesversaria3549, 3719c et 3719d – certains neumes présentent des faits qui relèvent de la modification graphique ou de la transformation d’usage. D’une apparence des signes liquescents, ces neumes se trouvent dans un contexte d’écriture mélismatique – peut-on dire,« sine litteræ »et sont donc – disjoints du phénomène phonétique. Nous les dénommons par le terme«graphies particulières ».Notre travail de recherche vise à identifier ces graphies, à interpréter leur fonctionnalité et à circonscrire la diffusion de ce phénomène dans le contexte de la notation aquitaine neumatique.
La méthodologie que nous déployons pour atteindre ce but est fondée sur une corroboration entre une écriture et une notation, entre un contenu noté et un contenant notationnel. Car, dans de nombreux cas de cecorpus, il n’est possible d’élucider une ambiguïté de notation que si l’on recourt à l’analyse de l’écriture musicale, de même que – dans d’autres 1 Il s’agit de trois manuscrits de Paris, Bibliothèque nationale de France, fonds latin, les mss. 1139, 3549 et 3719 et d’un manuscrit de Londres,British Library, add. 36881. Tous étant descodicicomposites, ils contiennent en tout au moins neuf sources différentes des polyphonies aquitaines. Nous les indiquons par des sigles : 1139a, 1139b, 3719a , 3719b, 3719c, 3719d, 36881a et 36881b. Cesversariasont publiés en fac-similé par Bryan GILLINGHAM,The Saint-Martial Sources,Ottawa : Institute of Mediaeval Music, 1987. 2 florens(lat.) : fleurissant, orné. Un terme de Jean d’AFFLIGHEM(Corpus scriptorum de musica,1, éd. Joseph Smiths van Waesberghe, Rome, 1950) 3 Nous suivons Michel Huglo pour l’usage de ce terme. 4 Par exemple, les manuscrits Paris, BnF, lat. 1240 et Albi, Bibliothèque municipale Rochegude, 44. 5  La notation neumatique aquitaine de son état « mûr et classique » est représentée dans de tels manuscrits comme par exemple : le graduel de St.-Yrieix (BnF, lat. ms. 903), le graduel de Gaillac (BnF, lat. ms. 776), le tropaire-prosaire de Moissac (BnF, lat. nouv. acq., ms. 1871) et le graduel de Toulouse (Brit. Lib. Add. 4951). Ce groupe des e manuscrits date autour du milieu du XI siècle. Les premières sources notées des polyphonies aquitaines – dans les versaria1139ab et le 3719ab – leur sont postérieures d’un demi-siècle au moins.
– l’on n’apercevra des faits du langage musical que si l’on dispose d’une « clef » paléographique adéquate. Nous dénommons notre approche méthodologique par le terme de e lecture.siècle etElle s’inspire librement de l’herméneutique allemande du début du XX 6 notamment de son concept decompréhension .
Notre thèse s’articule donc en trois parties : L’approche méthodologique : les paramétrages de lecture ; L’approche paléographique : les particularités neumatiques ; L’approche analytique : les faits de l’écriture musicale.
La première partie de notre thèse tire les leçons de lecture à partir des études que la e musicologie moderne a menées sur la polyphonie aquitaine depuis le XIX siècle, le temps 7 d’Edmond de Coussemaker et de Félix Raillard . Nous y distinguons trois courants paradigmatiques de lecture : pro-rythmique, anti-rythmique et arythmique.
Tout au long du siècle passé, la question la plus discutée concernant la lecture fut celle de l’applicabilité des diverses organisations rythmiques à cette écriture musicale. Trois générations de musicologues – tels que Friedrich Ludwig, Ewald Jammers, Walther Krüger, Bruno Stäblein, Theodore Karp, Bryan Gillingham, Barbara Barclay et Jens Bonderup – ont argumenté en faveur des divers paradigmes de lecture rythmique, allant du système 8 d’inspiration modale jusqu’à divers systèmes métriques . La totalité ducorpusété éditée a 9 deux fois – dans les années 1980 et 1990 – selon deux paradigmes rythmiques distincts .
Sarah Fuller fut la première, en 1969, à éditer la totalité ducorpusrythme libre en (non-mesuré), même si l’opposition paradigmatique au déterminisme rythmique au sein de ce 10 répertoire était apparue trois générations auparavant . Pour résoudre les problèmes de lecture causés par l’ambiguïté de la notation – notamment ceux du contrepoint – elle a utilisé le critère de la consonance et a tenté d’élaborer celui de correspondances des sources. En 1993 Hendrik van der Werf a accompli une nouvelle édition du corpus, au paradigme arythmique. Il a restreint considérablement les interventions éditoriales, les jugeant comme des conjectures de lecture. Il s’est alors trouvé dans l’obligation de laisser irrésolus de
6  Elaboré par Wilhelm DILTHEY:sciences de l’esprit » , comme une pièce maîtresse de sa méthodologie pour les « id., Gesammelte Schriften,Stuttgart-Göttingen, XX t., 1914-1990 ; la traduction française de ses œuvres choisies : id., Œuvres,vol. I-VII, Paris, 1988-1999. 7 Félix RAILLARD,Explication des neumes ou anciens signes de notation musicale /…/avec un recueil de chants religieux e extraits d’un manuscrit du XI s.1852. Cet ouvrage publie pour la première fois certains textes de la Paris, polyphonie aquitaine. Edmond de COUSSEMAKER,Histoire de l’harmonie au Moyen Age,Paris, 1862 publie un premier fac-similé gravé d’une polyphonie aquitaine (pl. XXIII). 8  Un résumé de la bibliographie sur les questions rythmiques au sein de ce répertoire : STÄBLEIN, Bruno „Modale Rhythmen im Saint-Martial Repertoire?“,Festschrift Friedrich Blume zum 70 Geburtstag, éd. Anna Amalie Abert / Wilhelm Pfannkuch, Kassel, 1963, p. 340-62 ; plus récemment : BARCLAY, Barbara,The Medieval Repertory of Polyphonic Untroped Benedicamus Domino Settings,Thèse de doctorat, Université de Californie, Los Angeles, 1977, vol. I, p. 146-162 ; GILLINGHAM, Bryan,Modal Rhythm,Ottawa : Institute of Mediaeval Music, 1986, p. 10-27.9  GILLINGHAM, Bryan, „Saint-Martial Mehrstimmigkeit“,Wissenschaftliche Abhandlungen, n°44, Henryville, 1984. KARP, Theodore,The Polyphony of Saint Martial and Santiago de Compostela.Vol. 2, Berkeley and Los Angeles : University of California Press, 1992. 10 Sarah FULLER,Aquitanian Polyphony of the Eleventh and Twelfth Centuries,en 3 vol., Thèse de doctorat, Université de Californie, Berkeley, 1969. Les pionniers du paradigme anti-rythmique furent Jacques Handschin et Willi Apel.
11 nombreux problèmes du texte musical . James Grier, le dernier en date à avoir présenté une thèse universitaire concernant le répertoire des polyphonies aquitaines, a élaboré – sans proposer d’édition complète ducorpusde nouveaux critères de lecture et d’amendement – 12 des sources . Après avoir établi, selon les méthodes du critique textuel de Karl Lachmann et de Johann Wettstein, unstemmade transmission du répertoire, il a construit une méthode qui distingue les variantes des sources manuscrites de leurs erreurs.
La leçon principale de ce parcours bibliographique relève la dialectique entre les éléments de lecture qui sont déterminés et ceux qui sont indéterminés. Si un consensus semble se dégager dans la bibliographie plus récente qualifiant l’indéterminisme comme un phénomène intrinsèque du contrepoint aquitain, son ampleur et ses effets pour la lecture restent discutés. Nous retenons principalement deux positions : l’indéterminisme est limité par une « zone », notamment celle d’une syllabe, et il ne s’exerce que là où les faits notationnels le 13 permettent .
Notre recherche se tourne donc – dans la seconde partie de la thèse – vers les faits notationnels caractéristiques desversaria 3549, 3719c et 3719d, les sources qui utilisent les graphies particulières. Par l’observation de l’usage de ces neumes, nous établissons leur nature 14 ornementale, ce qui corrobore certaines hypothèses de la bibliographie . Cette identification, au niveau le plus général, permet de les distinguer des neumes de nature phonétique(liquescence), qui, sur le plan graphique, leur sont semblables. Allant vers l’identification plus spécifique, nous démontrons qu’en grande partie l’usage de ces neumes s’oppose à ce qu’ils 15 soient desplicæou encore desquilismata,d’après les autres hypothèses de la bibliographie. L’hypothèse desstrophiciégalement écartée, au moins en partie. Par l’observation de la est « position neumatique d’usage » effectuée sur l’ensemble des graphies particulières du versarium3549 – dont l’inventaire recense près de 500 cas – nous établissons que l’identification la plus vraisemblable de ces graphies se trouve dans une filiation à l’oriscusaquitain et à ses composés (pressus, franculus, salicus). L’état des concordances avec les autres versaria confirme cette identification. Les graphies particulières, présentes au sein de la neumatique desversaria3549, 3719c et 3719d sont, en effet, les neumes composés à partirde la deuxième formede l’oriscus aquitain. Il convient, en effet, de parler de l’oriscus de la deuxième forme, compte tenu du fait, que cesversariautilisent également la forme normative de l’oriscusaquitain.
Cette deuxième forme de l’oriscus aquitain peut être qualifiée également par le terme de l’oriscus spécial, tant certaines fonctions spécifiques que ce neume remplit dans le cadre de
11 Van der WERF, Hendrik.The Oldest Extant Part Music and The Origin of Western Polyphony,en 2 vol., Rochester, New York : à compte d’auteur, 1993 12  GRIER, James,Transmission in the Aquitanian Versaria of the Eleventh and Twelfth centuries. Thèse de doctorat, Université de Toronto, 1985. 13 Ces positions sont, respectivement, celles de Richard CROCKER(”Rhythm in Early Polyphony »,Current Musicology, 45/47 (1990), p. 147-177) et de Marianne DANCKWARDT(„Zur Notierung, klanglichen Anlage und Rhythmisierung der Mehrstimmigkeit in den Saint-Martial-Handschriften“,Kirchenmusikalisches Jahrbuch68 (1984), p. 31-88). 14 Notamment, celles de Sarah Fuller, de Richard Crocker et de Marianne Danckwardt (op. cit.) 15 Notamment, celles de Bryan Gillingham (op. cit.), de JensBONDERUP,The Saint Martial Polyphony – Texture and Tonality. A Contribution to Research in the Development of Polyphonic Style in the Middle Ages, Studier og publikationer fra Musikvidenskabeligt Institut Aarhus Universitet, n° 4, traduction anglaise : S. Olsen / J. McVeigh, Copenhagen, 1982.
l’écriture polyphonique le distinguent de l’oriscusaquitain normatif. La principale fonction de l’oriscusspécial consiste à orner un intervalle – le plus souvent, une consonance – sur la voix se trouvant « à l’aigu ». Cette ornementation peut avoir lieu aussi au croisement des voix, ou encore sur un intervalle – le plus souvent, une dissonance – « à la pose » de la cadence. L’oriscussurtout dans le normatif, versarium3549, n’est appelé à remplir de telles fonctions que rarement, son principal usage étant lié à l’ornementation des voix au début ou à la fin d’une structure. L’oriscus spécial fait donc siennes certaines fonctions que l’oriscus normatif possède habituellement au sein de la neumatique aquitaine et en assume de nouvelles. La neumatique duversaria3719cd, qui utilise de cette même manière l’oriscusest spécial, pourtant plus complexe. Elle est caractérisée par la différenciation des formes dutractuluset les liaisons entre les éléments neumatiques descendants – phénomènes notationnels que nous qualifions comme « adjacents aux graphies particulières ».
Afin de comprendre son avènement et cerner sa diffusion, nous avons effectué une recherche de l’oriscusde la deuxième forme au sein des manuscrits à la notation neumatique aquitaine monodique. Nous avons consulté tous les manuscrits et les fragments des e e manuscrits pourvus de la notation « à points superposés » aquitaine des X -XIII siècles conservés à la Bibliothèque nationale de France. Ils sont au nombre de 150. A cela nous avons ajouté uncorpusde plus d’une cinquantaine d’exemples tirés des manuscrits choisis provenant des autres bibliothèques. Ce sondage montre sans équivoque que l’oriscusla de deuxième forme est un neume aquitain rare, connu dans un petit nombre des manuscrits 16 aquitains monodiques . Un certain nombre des manuscrits présente aussi les « phénomènes notationnels adjacents aux graphies particulières » et témoigne donc de l’usage de l’oriscusde 17 la deuxième forme de façon indirecte . La datation incertaine de ces témoignages, dont la plupart sont des sources fragmentaires, ne permet pas d’établir précisément si l’oriscusspécial a été conçu au sein des manuscrits monodiques, pour ensuite être transmis aucorpus des versariaou si c’est un processus inverse. Cependant, il est clair, que les polyphoniques, graphies particulières, que nous identifions comme l’oriscusspécial et les phénomènes notationnels qui lui sont adjacents, ne sont pas les neumes circonscrits strictement au sein des versariapolyphoniques aquitains, comme cela a été supposé jusqu’à présent.
La troisième et dernière partie de notre thèse traite d’une autre particularité des polyphonies aquitaines : les formules caractéristiques de cette écriture musicale. Notre analyse s’est focalisée sur deux occurrences-lieux les plus fortement représentatifs de l’usage de formules : l’incipit et la cadence. La formule, en tant qu’élément récurrent pourvu, cependant, d’une certaine variance, permet d’appréhender les faits de l’écriture musicale liés directement à l’expression de la dialectique entre le déterminisme et l’indéterminisme. Deux principaux types de formules se dégagent dans notre analyse : les formules à l’action horizontale (mélodique et ornementale) et les formules à l’action verticale, celles où la corrélation entre les voix joue un rôle important. Certaines formules, indépendamment de leurs types, sont dotées des formes neumatiques caractéristiques, qui relèvent du groupement
16 L’exemple de la notation du ms. Paris, BnF, lat. 1129 (dans les ajouts) est parmi les témoignages les plus démonstratifs de deux formes de l’oriscus.17 Comme, par exemple, les fragments de l’Antiphonaire, Clermont-Ferrand, Bibliothèque Interuniversitaire, ms. 237.
neumatique et, dans des cas plus rares, de l’usage des neumes ornementaux, y compris de l’oriscusspécial.L’état de variance des formules démontre que la rencontre des voix (l’occursus) est un processus dynamique de l’écriture musicale de la polyphonie aquitaine et non un fait statique. L’occursus, en tant que processus, est donc lié intrinsèquement à l’indéterminisme du contrepoint aquitain. Une formule délimite souvent la « zone » où cet indéterminisme s’exerce ; un neume ornemental, exprimant souvent la variance de la formule, permet ce fonctionnement. Le cadre del’occursusainsi dynamisé et assoupli. Le constatse trouve analytique sur les formules rejoint ainsi le constat paléographique sur les neumes, l’oriscusspécial en particulier. Fort de ces constats et conformément aux possibilités contrapuntiques que nous avons théorisées en « une typologie de lecture » dans la partie méthodologique de la thèse, nous proposons, au sein de certaines formules d’incipit, une interprétation d’attaque « hétérophone », c’est-à-dire, indéterminée, où les voix ne sont pas tenues d’entrer de façon simultanée. Cependant, nous nous abstenons d’extrapoler cette lecture « à desoccursushétérophones » pour les formules du corps du chant, se trouvant notamment dans un contexte de l’écriture «cum litteræ». Une telle lecture serait lourde de conséquences, forçant les arrivées des syllabes à devenir indépendantes dans les voix. Dans ce sens, notre lecture reste fidèle aux leçons tirées de la bibliographie sur les conditions de l’indéterminisme et de son expression au sein du contrepoint aquitain.
La conclusion générale de notre thèse met en avant le fait que l’oriscusspécial se différencie et s’émancipe par son usage – surtout dans leversarium 3549 – de l’oriscusaquitain normatif. Interprétés ensemble avec les aspects du fonctionnement des formules, ces faits nous font conclure que l’oriscusspécial est l’un des moyens notationnels par lesquels la neumatique aquitaine desversarias’adapte adéquatement aux besoins du polyphoniques langage innovant dudiscantusorné, qui est la texture prédominant dans cecorpus.
Les apports de notre thèse se situent dans le domaine d’une meilleure compréhension de la polyphonie aquitaine : tant au niveau paléographique, qu’au niveau analytique et musical. Même si nous n’avons pas eu pour objectif une édition complète ducorpus, le processus de l’identification des graphies particulières et la mise en avant de leur fonctionnement dans les formules apportent de nouveaux critères et de nouvelles solutions de lecture pour ces célèbres manuscrits et cette belle musique, qu’est la polyphonie aquitaine.
RésuméLesneumesaquitainsdontlesformessontprochesdecellesdesliquescences,bienqu’ilssoientutilisésindépendammentdessituationsphonétiques,sonttraditionnellementconsidéréscommeles«graphiesparticulières»propresauxversariapolyphoniques:Paris,BibliothèquenationaledeFrance,fondslatin,3549et3719.Laprésentethèseidentifiecesneumescommel’oriscusspécial,d’uneformerare,employéenplusdel’oriscusaquitainnormatif.Dansleversarium3719l’usagedel’oriscusspécialestliéaussiauxautresphénomènesnotationnels,commelesliaisonsentrelesélémentsneumatiquesdescendants.Lathèserelèvel’existencedel’oriscusspécialdansunpetitnombredemanuscritsdelanotationaquitainemonodique,parmiles150manuscritsdelaBibliothèquenationaledeFrance.Quantauxphénomènesnotationnelsadjacentsàl’oriscusdecetteforme,ilsappartiennentàuneévolutiongraphiquedutractulus/punctumaquitainleplusfortementprononcéeauSudouestdudomainedelanotationaquitaine.Lesgraphiesparticulièresnesontdoncpascirconscritesstrictementauseindesversariapolyphoniquesaquitains,commecelaaétésupposéjusqu’àprésent.L’oriscusspécialremplitdesfonctionsspécifiquesdanslesversariapolyphoniquesaquitains,principalement,l’ornementationdesintervallesenverticaletlacoordinationdelarencontredesvoix.Ainsi,enintégrantcetoriscusdansl’arsenaldesaneumatique,lanotationaquitainedeconceptionmonodiques’adapteàlatâchedenoterleschantspolyphoniques,adéquatementauxbesoinsdel’écrituremusicaledudiscantusorné.e Motsclés:paléographie;neume;oriscus;aquitain;polyphonie;discantusorné;versarium;XIIsiècle.
AquitanianPolyphonicVersariaoftheTwelfthCentury:theIdentificationoftheirNeumaticPeculiarities.
AbstractTheneumeswhicharecloseinshapetotheAquitanianliquescencesigns,butareusedindependentlyofthephoneticcircumstances,areusuallyconsideredasthe“neumaticpeculiarities”specifictotheAquitanianversaria:Paris,BibliothèquenationaledeFrance,lat.3549andlat.3719.ThepresentthesisidentifiestheseneumesastheAquitanianspecialoriscusofanuncommonshape,employedintheversariainadditiontotheAquitanianoriscusofthecommonshape.Thisoriscusisconnectedtosomeothernotationalphenomenaoftheversarium3719,suchastheligaturesthatoccurinthedowngoingneumes.Thepresentthesisrevealstheexistenceofthespecialoriscusinasmallnumberofmanuscripts,amongthe150manuscriptsoftheBibliothèquenationalethatcarryAquitanianneumaticnotation.Astotheothernotationalphenomenaconnectedtotheoriscus,thesebelongtoagraphicaldevelopmentoftheAquitaniantractulus/punctumwhichismostnotableintheSouthwesternreachesofAquitaniannotation.TheneumaticpeculiaritiesarethereforenotcontainedexclusivelyinthecorpusofAquitanianpolyphonicversaria,asitwasheretoforesupposed.Thespecialoriscuscarriessomespecificfunctionsinthepolyphonicversaria.Thesefunctionsareprincipallyrelatedtotheornamentationofanintervalbetweenthevoicesandtheprocessofthevoicealignment.Therefore,weconcludethattheAquitaniannotation,byintegratingthespecialoriscusandconferringonittheaforementionedfunctions,adaptsitselfadequatelytotheneedsofthepolyphoniclanguagewhichwasdevelopedbythefloridAquitanianth th discantusinthelateXIandearlyXIIcenturies.th Keywords:Paleography;Neume;Oriscus;Aquitanian;Polyphony;FloridDiscantus;Versarium;XIIcentury.
Discipline:MusiqueetMusicologie/spé siqueédiévale. cialisation:mu m
EcoleDoctoraleV«ConceptsetLangages»,EA4087«PatrimoinesetLangagesMusicaux».
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