De la nécessité d’une culture informationnelle pour réussir ses études

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Dans un monde où la quantité d’informations augmente inexorablement et où, par voie de conséquence, la recherche devient plus complexe, l’objectif de rendre les jeunes compétents pour leur permettre de tirer parti de toutes les ressources d’Internet qu’ils utilisent intensivement devient décisif. Reste à déterminer quelles approches seront les plus adaptées pour acquérir et évaluer les compétences du XXIe siècle. C’est sur ces questions que se sont penchés plusieurs intervenants lors du Congrès des milieux documentaires du Québec, qui s’est tenu à Montréal du 3 au 5 novembre 2010.
Publié le : mardi 6 septembre 2011
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De la nécessitéd’une culture informationnellepour réussir ses études Dans un monde où la quantité d’informations augmente inexorablement et où, par voie de conséquence, la recherche devient plus complexe, l’objectif de rendre les jeunes compétents pourleur permettre de tirer parti de toutes les ressources d’Internet qu’ils utilisent intensivement devient décisif. Reste à déterminer quelles approches seront les plus adaptées pour acquérir et évaluer les compétences du e XXIsiècle. C’est sur ces questions quese sont penchés plusieurs intervenants lors du Congrès des milieux documentaires du Québec, qui s’est tenu à Montréal du 3 au 5 novembre 2010.La formation documentaire des étudiants est intégrée depuis plus de trente ans à la politique documentaire des bibliothèques universitaires canadiennes. Mais, contrairement à ce qui s’est passé en France, la réflexion a très vite cédé le pas aux réalisations qui continuent de se poursuivre. Au Québec, cette formation est depuis longtemps un objet d’intérêt pour la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), qui organise des colloques réguliers sur la question. Depuis la publication en 1992 duGuide des outils de formation documentaire, la formation a largement évolué, sous l’impulsion de l’American Library association (ALA), dans le sens d’une logique d’intégration progressive à l’enseignement universitaire, faisant appel au partenariat, à la décentralisation (les outils et ressources sont utilisables en dehors de la bibliothèque) et au renforcement des équipes pédagogiques. Quelques exemples de formations L’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) a choisi de développer la formation aux compétences informationnelles en l’intégrant aux programmes d’études et en ciblant des cours « porteurs » dans lesquels 1 les conseillers en information documentaire peuvent intervenir. Il s’agit d’un apprentissage progressif donné au moment où les étudiants en ont besoin et en fonction des travaux académiques. Il repose sur une démarche collective et nécessite une étroite collaboration avec les directeurs des programmes. Proposé par l’Université Laval, InukTIC,Exploiter les technologies pour apprendre, est un tutoriel d’autoformation dynamique et interactif visant, grâce à un parcours personnalisé, à rendre l’étudiant 2 autonome dans ses tâches courantes d’utilisation des technologies et de recherche d’information. À l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la bibliothèque des sciences de l’éducation a créé un cours dans la plate-forme d’enseignement Moodle pour développer et évaluer les compétences informationnelles 3 des étudiants. BaptiséL’information au cœur de l’apprentissage, ce cours comporte deux parties. La première, généraliste, contient deux cents questions tests ponctuelles,très interactives, à rétroaction immédiateprovenant du projet SAILS (Standardized Assessment of Information Literacy Skills), à trois niveaux de difficulté. La deuxième comprend treize activités intégrées aux programmes d’enseignement. Les enseignants disposent eux aussi d’un cours, sorte de livre du maître, qui leur permet de contrôler la progression et l’acquisition des compétences. Le tout renvoie vers de nombreux outils comme Infosphère.Les outils classiques de découverte des catalogues sont revisités. C’est ainsi qu’un groupe de travail a 4 produit une collection de capsules animées :Les minutes brillantes, pour aider l’étudiant à se familiariser avec les fonctionnalités de la nouvelle interface du portail des bibliothèques des établissements de l’Université du Québec.
1 www.uqac.ca/direction_services/depc/creation_prog/documents/integration_comp_inform_bacc.pdf 2 http://inuktic.qc.ca 3 www.bibliotheques.uqam.ca/recherche/competences_info/index.html 4 http://minutebrillante.uquebec.ca
Quelle(s) stratégie(s) adopter ? C’est finalement la question que chacun se pose aujourd’hui.Le projet intituléInquiry Strategies for the Information Society in the Twenty-first Century(ISIS-21) visant la maîtrise de l’information chez les 10-14 ans a été présenté par Anne Wade de l’Université Concordia. Ce projet réunit, entre autres, le Centre d’études sur l’apprentissage et la performance (CÉAP), le Leading English Education and Resource Network (LEARN), la Commission scolaire English-Montreal, l’Association des bibliothécaires du Québec et l’Association canadienne des directeurs d’école. Les deux premiers modules,PlanningetSearching, déjà testés, sont conçus de manière à initier les élèves des dernières années du primaire et des premières années du secondaire (et leurs enseignants) aux aspects essentiels de la maîtrise de l’information.À côté des thèmes classiques abordés à l’intérieur des modules – parexemple, le lien entre un sujet de recherche et les sous-sujets, le choix des bons outils de consultation, l’évaluation de l’information, etc. –, un sous-ensemble de compétences complémentaires a été développé comme la pensée critique, la capacité de résoudre desproblèmes et l’apprentissage autorégulé, liées au portfolio électronique CÉAP-LEARN appelé 5 ePEARL (Electronic Portfolio Encouraging Active Reflective Learning). Les modules sont conçus en prenant en considération les résultats récents de la recherche portant sur des stratégies pédagogiques efficaces pour l’apprentissage en ligne et les curriculums constructivistes centrés sur l’élève.L’apport des sciences cognitives remet en cause certains modèles et incite à se décentrer des outils pour prendre davantage en compte les processus mentaux en jeu. Ginette Lapierre a fait particulièrement référence aux travaux de chercheurs français (Tricot, Rouet), à la redéfinition de la notion de résolution de problème (référence à la GPS,general problem solving), et évoqué des actions mises en place utilisant notamment les cartes de concepts. Jean-Louis Durpaire, inspecteur général de l’Éducation nationale, citant le programme national français 6 Parcours de culture de l'information et de formation à l'information(PACIFI)qu’il a coordonné, insiste sur la nouveauté de l’approche par capacités et attitudes, celles du Socle commun de connaissances etde compétences institué en France en 2006 et à partir desquelles a été bâti ce parcours, et sur la démarche spiralaire qui lui est associée. 7 Une autre piste est explorée, celle des jeux sérieux en ligne. Ainsi SOS Devoirs et sonCoffre à outilset SOS jungle, jeu de puzzle destiné aux 8-12 ans et élaboré avec le concours d’étudiants de l’EBSI où le joueur doit réussir 45 énigmes qui sont divisées en dix étapes de la recherche documentaire ; le premier est déjà disponible sur les sites web des bibliothèques de la ville de Montréal, une des capitales dans le développement des jeux vidéo. De nombreuses pistes pour un nouveau modèle éducatif Globalement, on peut dire que de nombreuses pistes sont offertes pour développer chez les élèves les compétences informationnelles essentielles qui leur permettront d’apprendre tout au long de la vie et de devenir des citoyens responsables. Mais, si les compétences transversales ont toujours été comprises comme indispensables par les professionnels des bibliothèques et centres de documentation, elles ne sont pas encore perçues à leur juste mesure par les principaux partenaires de l’éducation, cadres et enseignants. Les résultats d’une enquête panquébécoise portant sur les compétences informationnelles des futurs enseignants démontrent qu’ils ne maîtrisent pas les habiletés nécessaires pour enseigner cette compétence de façon adéquate aux jeunes. Tous utilisentquotidiennement Internet mais presque la moitié n’est pas en mesure de nommer un moteur de recherche scientifique et déclare ne pas évaluer l’information trouvée.
5 http://doe.concordia.ca/cslp/ICT-LTK.php 6 France, Ministère de l’Éducation nationale,Repères pour la mise en œuvre du Parcours de formation à la culture de l’information,octobre 2010, www.educnet.education.fr/veille-education-numerique/octobre-2010/parcours-formation-culture-information 7 http://68.168.117.22/sosdevoirs/coffre -a-outils#aide
Thierry Karsenty regrette que la grande réforme du système éducatif québécois des années 2000n’ait pas 8 intégré ce concept dans les programmes de formation des élèves et des enseignants. 9 Mario Asselincorrobore le propos en citant une étude récente relative à la maîtrise des TIC par les cadres éducatifs. Les trois premiers outils cités comme les plus utiles parmi les quinze présentés ont été: le traitement de texte, le courrier électronique, la recherche d’information. Pas d’outils sociaux, relève-t-il en rappelant que la communauté est plus riche de réponses que peut en apporter une seule personne. Ce faisant, il plaide pour que les outils du numérique deviennent des outils d’apprentissage, pour que les enseignants fassent participer pleinement les jeunes en utilisant et en développant leur créativité. Ce qui nécessite qu’ils aient préalablementles changements dans un univers en rupture et pensé assimilé 10 l’«éducation autrement». C’est bien à un nouveau modèle éducatif qu’appelaient ces différentes interventions, celui qui permettra 11 d’avoir «la bonne vue» et qui sera capable de s’adapter aux nouvelles conduites induites par les pratiques numériques.Mireille Lamouroux mireille.lamouroux@crdp.ac-versailles.fr
8 Cf. Thierry Karsenti et Gabriel Dumouchel, « Former à la compétence informationnelle : une nécessité pour les enseignants actuels et futurs »,in Danielle Boisvert, dir.,Le développement de l’intelligence informationnelle, Éditions ASTED, 2010, p. 215-240, www.thierrykarsenti.ca/pdf/publications/2009/Karsenti_Dumouchel2009.pdf 9 http://carnets.opossum.ca/mario 10 Cf. « Clair 2010: pourvoir l’éducation autrement», http://clair2010.wikispaces.com/Accueil 11 Formule reprise à Milad Douelhi, auteur deLa grande conversion numérique, citant Pascal : «Les principes sont dans l’usage commun, et devant les yeux de tout le monde… il n’est question que d’avoir bonne vue, mais il faut l’avoir bonne.»
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