Des Lumières au Romantisme légitimation et perception de

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Christophe BEL Des Lumières au Romantisme : légitimation et perception de l'irrationnel en France (1778-1828) Du positionnement des guérisseurs, illuminés, prophètes et autres visionnaires et de leur perception par les autres Mémoire de Master 1 « Sciences humaines et sociales » Mention : Histoire, Histoire de l'Art Spécialité : Histoire des relations et échanges culturels internationaux Sous la direction de M. Gilles BERTRAND Année universitaire 2010-2011 du m as -0 06 25 38 7, v er sio n 1 - 2 1 Se p 20 11

  • apport concret par le biais de documents et de références

  • histoire des relations

  • investigation des choses invisibles

  • sciences humaines

  • directeur de la recherche


Publié le : mercredi 20 juin 2012
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Source : dumas.ccsd.cnrs.fr
Nombre de pages : 175
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Christophe BEL
Des Lumières au Romantisme : légitimation et perception de l’irratioŶŶel eŶ FraŶĐe (1ϳϳϴ-1828)
Du positionnement des guérisseurs, illuminés, prophètes et autres visionnaires et de leur perception par les autres
dumas-00625387, version 1 - 21 Sep 2011
Mémoire de Master 1 « Sciences humaines et sociales » Mention : Histoire, Histoire de l'Art Spécialité : Histoire des relations et échanges culturels internationaux
Sous la direction de M. Gilles BERTRAND
Année universitaire 2010-2011
dumas-00625387, version 1 - 21 Sep 2011
Christophe BEL
Des Lumières au Romantisme : légitimation et perception de l’irratioŶŶel eŶ FraŶĐe (1ϳϳϴ-1828)
Du positionnement des guérisseurs, illuminés, prophètes et autres visionnaires et de leur perception par les autresdumas-00625387, version 1 - 21 Sep 2011
Mémoire de Master 1 « Sciences humaines et sociales » Mention: Histoiƌe, Histoiƌe de l’aƌtSpécialité : Histoire des relations et échanges culturels internationaux
Sous la direction de M. Gilles BERTRAND
Année universitaire 2010-2011
dumas-00625387, version 1 - 21 Sep 2011
«L’aĐtiǀitĠ de l’espƌit huŵaiŶ Ƌui s’iŶdigŶe de son ignorance ; cette ardeur de connaître et de pénétrer les objets par les propres forces de l’eŶteŶdeŵeŶt; ce sentiment confus que l’hoŵŵe poƌte eŶ lui-même, et qui le dĠteƌŵiŶe à Đƌoiƌe Ƌu’il a le geƌŵe des plus hautes connaissances : voilà ce qui précipite des imaginations contemplatives dans cette investigation des choses invisibles. Plus elles soŶt ǀoilĠes, plus l’hoŵŵe faiďle et Đuƌieudž appelle les prodiges et se confie aux mystères. Le monde imaginaire est pour lui le monde réel. »
Louis-Sébastien Mercier,Tableau de Paris, édité par Jean-Claude Bonnet, Paris, Mercure de France, 1994, vol.1, p475.
Remerciements
Je tiens en premier lieu à remercier Gilles Bertrand, mon directeur de recherche, Ƌui, paƌ uŶe siŵple allusioŶ loƌs d’uŶ Đouƌs de liĐeŶĐe, piƋua ŵa ĐuƌiositĠ et ŵ’aiguilla saŶs le savoiƌ veƌs le tƌavail de ƌeĐheƌĐhe Ƌui est le ŵieŶ aujouƌd’hui. Pouƌ Đela, aiŶsi Ƌue pour sa perpétuelle et chaleureuse disponibilité, je lui adresse un sincère et grand merci.
Je tiens également à dire mes remerciements à tous les professeurs qui ont montré très spontanément un intérêt sincère pour mon sujet de recherche, et qui ont, peut-ġtƌe saŶs s’eŶ ƌeŶdƌe Đoŵpte, paƌticiper au maintien de ma motivation dans ce travail épisodiquement difficile, que ce soit par leurs commentaires, leurs questions ou même leur apport concret par le biais de documents et de références.
Ma gƌatitude va ĠgaleŵeŶt à l’UFR des SĐieŶĐes huŵaines dans son ensemble, et à l’iŶtĠgƌalitĠ de ses aĐteuƌs Ƌui ŵ’oŶt peƌŵis, depuis Ƌuatƌe aŶs ŵaiŶteŶaŶt, de jeteƌ uŶ ƌegaƌd plus aiguisĠ suƌ le ŵoŶde Ƌui ŵ’avait toujouƌs eŶtouƌĠ, et d’appƌĠĐieƌ la disĐipliŶe historique à sa juste valeur, me permettant ainsi de réaliser au quotidien un parcours universitaire motivant par sa qualité et son utilité.
Je ŵe dois ĠgaleŵeŶt d’edžpƌiŵeƌ iĐi uŶ ŵeƌĐi aŵiĐal à ŵa faŵille et ŵes pƌoĐhes, qui ont toujours fait en sorte que mes conditions de travail soient les meilleures, et ont paƌtiĐipĠ de ŵaŶiğƌe aĐtive à ŵe ŵettƌe toujouƌs daŶs de ďoŶŶes dispositioŶs, Ƌu’elles dumas-0062s5o3ie8n7t,vmeartsiéorinell1es-2o1uSmeepnt2a0l1es1. Je pense ici tout particulièrement à Cyrielle, que je remercie pour sa patience et sa bienveillance, et Etienne, un soutien quotidien et permanent dans cette longue entreprise.
Mes pensées vont enfin à Audrey, une amie disparue brutalement le 8 mai 2011, Ƌui, paƌ soŶ aďseŶĐe, ŵ’a fait ƌĠaliseƌ Ƌue ƌieŶ Ŷe laisse plus iŵpuissaŶt Ƌue les ĐapƌiĐes du temps. Ce mémoire lui est très modestement dédié.
Sommaire
PREMIERE PARTIE :Science et guérison : du prêtre égyptomane au charlatan ................................................................................................................17opportuniste ...................................19Chapitre 1Science et imaginaire au tournant des Lumières .....................................................................191.1.Une autre définition du possible .................................................24 1.2.L’eŶthousiasŵe pouƌ le phĠŶoŵğŶeMesmer ...................................................................28 1.3.Sciences, médecine et irrationnel ...........................35 Chapitre 2Faďƌe d’Olivet: Miracles présumés, faits commentés ...............................352.1. Un homme entre héritage normé et alternative sensible .................................................................................................402.2. Ses guérisons ...................................................................452.3. Visions diverses et diabolisations ..................................51 Chapitre 3Quelle frontière entre guérisseur et imposteur ? ..................................................................51 3.1. Une sincérité dans la démarche ? ........................................................................55 3.2. Une merveilleuse dichotomie ....................................................................................59 ϯ.ϯ. L’iŶĠvitaďle ĐoŶfusioŶ ...............................67 DEUXIEME PARTIE :La pratique sociable: l’iƌƌatioŶŶel eŶ ƌĠuŶioŶ ...................................................69Chapitre 4Illuminisme, ésotérisme et sociabilité ..............................................................................69 4.1. Une sociabilité nécessaire .........................................................74 ϰ.Ϯ. L’iŶdispeŶsaďle ƌefus du cloisonnement ....................................................................................78 4.3. Sociabilités illuminées ..................83 Chapitre 5La duchesse de Bourbon : une illuminée curieuse et active ...............................................................................83 5.1. Un personnage fascinant ..........................................................................885.2. Une « curieuse exemplaire » dumas-00625387, version 1 - 21 Sep 2011 ...................................................................................92 5.3. Une illuminée critique ...................................97Chapitre 6Au croisement des influences et des sociabilités .........................................................................97 6.1. Un socle commun qui fédère ...............................................................1016.2. Un enchevêtrement des pratiques ................................................................................1056.3. Conscience et crédulité ................. 111 TROISIEME PARTIE :PƌĠdiĐtioŶs et pƌophĠties, ou le faŶtasŵe de l’aveŶiƌ .............. 113 Chapitre 7UŶ ďesoiŶ d’iƌƌatioŶalitĠ: la fascination pour les prophéties ................................................................................. 113 ϳ.ϭ. L’ideŶtitĠ pƌophĠtiƋue ............................................................................. 117 ϳ.Ϯ. Cƌoiƌe plutôt Ƌu’aĐĐepteƌ ...................................................................1217.3. Le traumatisme révolutionnaire ......................................127Chapitre 8Suzette Labrousse, une illuminée visionnaire ........................................................................................1278.1. Un profil atypique
.....................................................................1318.2. Une certaine pratique de la foi ................................................................135 8.3. Nature et aura de ses prédictions ......................141 Chapitre 9Les prophètes et les autres : des interactions plurielles ..............................................................................141 9.1. Le succès des prophètes ...................................................................146 9.2. Des proximités incontournables ............................................................................150 9.3. Confusions et amalgames
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Introduction
 Doit-on considérer que la voloŶtĠ d’uŶ histoƌieŶ de ĐheƌĐheƌ à dĠfiŶiƌ la ŵaŶiğƌe dont pensaient les hommes à une époque donnée relève du pur fantasme ? Est-il complètement vain de confronter des sources matérielles, concrètes, dans le but de saisir des pensées, des humeurs, des impressions, des envies ou des rêves ? Est-ce bien ƌaisoŶŶaďle de Đƌoiƌe Ƌu’uŶe dĠŵaƌĐhe histoƌiƋue sĐieŶtifiƋue est eŶ ĐapaĐitĠ de ĐoŶduiƌe à l’ideŶtifiĐatioŶ pƌĠĐise d’attitudes ŵeŶtales ou d’iŵagiŶaiƌes volatiles? Raisonnable, peut-être que non, mais passioŶŶaŶt Đ’est ĐeƌtaiŶ.Il seŵďleƌait ŵġŵe Ƌue Đe tƌavail d’histoƌieŶ soit iŶdispeŶsaďle, si l’oŶ paƌt du postulat Ƌue l’hoŵŵe Ŷ’est pas ŵoiŶs Đe Ƌu’il fait Ƌue Đe Ƌu’il peŶse. DisoŶs siŵpleŵeŶt Ƌu’il passe pƌesƋue uŶ tieƌs de sa vie à Ŷavigueƌ daŶs les méandres de ses rêves, des années à se laisser porter par le flot de ses pensées, de ses désirs et de ses peurs, pendant toutes les Ŷuits paisiďles ou agitĠes de soŶ edžisteŶĐe. Iŵpossiďle d’oĐĐulteƌ uŶ tel aspeĐt de la vie d’uŶ ġtƌe huŵaiŶ, pas plus Ƌue le tempsƋu’il Ŷe passe pasà écrire et à laisser des traces au futur historien, mais plutôt à errer, penser, sentir et se représenter les choses du monde, de son monde. BieŶ sûƌ, ses ƌepƌĠseŶtatioŶs soŶt aiguillĠes paƌ uŶ ĐoŶtedžte histoƌiƋue Ƌue l’oŶ se doit de prendre en compte dans sa globalité, et qui guide la pensée sur un chemin plutôt Ƌu’uŶ autƌe, Ƌue Đe soit eŶ iŶdiƋuaŶt la ďoŶŶe ƌoute à pƌeŶdƌe ou eŶ teŶtaŶt les dumas-00625387, version 1 - 21 Sep 2011 hoŵŵes d’eŶ eŵpƌuŶteƌ uŶe autƌe paƌ l’iŵpositioŶ stƌiĐte et ďƌutale d’uŶ seŶtieƌ coŶsidĠƌĠ Đoŵŵe veƌtueudž, juste ou seul digŶe d’ġtƌe foulĠ. L’hoŵŵe Ŷ’est pas seul maître de ses pensées ni de ses passions, celles-ci étant formées dans leur tout par ce que lui iŵpose le ŵoŶde Ƌui l’eŶtouƌe. AiŶsi, loŶgteŵps l’iŶaĐĐessiďle fut-il la demeure des Dieux par exemple. Ne pouvant se rendre au sommet des plus hautes montagnes, les gƌeĐs de l’AŶtiƋuitĠ ĠĐoutaieŶt leuƌs peŶseuƌs eŶ faiƌe le palais de )eus et ĐoŶsoƌt. Mais comment peut-oŶ peŶseƌ Ƌue l’OlLJŵpe fut iŵagiŶĠ de ŵaŶiğƌe ideŶtiƋue paƌ l’eŶsemble du monde égéen, ou que la totalité des Athéniens se soit représentée les Dieux de manière identique ?  Ce qui est valable pour les populations antiques est vrai, sous des formes différentes bien-eŶteŶdu, pouƌ toute l’histoiƌe de l’huŵaŶitĠ. CepeŶdaŶt, il semble
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iŵpoƌtaŶt de Ŷoteƌ Ƌu’uŶe ĠvolutioŶ des ďoƌŶes pƌĠsuŵĠes de l’iŵagiŶaiƌe s’est opĠƌĠe, parallèlement à la lente métamorphose des limites séparant le vrai du faux dans les esprits qui faisaient loi. Le principal outil de cette délimitation repose sur la scientificité, eŶ ĐoŶstaŶte ĠvolutioŶ, Ƌui Ġtaďlit Đe Ƌui est digŶe d’ġtƌe Đƌu, appƌis et tƌaŶsŵis. Si l’oŶ pose la notion de légitimité comme un droit à durer, alors les croyances légitimes sont Đelles Ƌui oŶt ĠtĠ ĐoŶsidĠƌĠes Đoŵŵe ĐoŶfoƌŵes à l’espƌit d’uŶ teŵps doŶŶĠ, et se soŶt doŶĐ tƌaŶsŵises audž gĠŶĠƌatioŶs futuƌes, jusƋu’à Đe Ƌue d’autƌes peŶsĠes soieŶt ĐoŶsidĠƌĠes Đoŵŵe plus lĠgitiŵes, et les ƌeŵplaĐeŶt. Il seŵďle ĠvideŶt de diƌe, Đaƌ Đ’est la Ŷoƌŵe aujouƌd’hui, Ƌue la sĐieŶĐe ƌepƌĠseŶte uŶe autorité certaine dans cet ĠtaďlisseŵeŶt, d’uŶe paƌt des ďoƌŶes de la vĠƌitĠ et d’autƌe paƌt de l’eŶtƌĠe daŶs le monde des fourvoiements. e  Comment ne pas rattacher cette réflexion au XVIII siècle, et plus particulièrement à cetournant des Lumières (1770-1820) ?si cher à Michel Delon CoŵŵeŶt Ŷe pas lieƌ Đes iŶteƌƌogatioŶs autouƌ de la vĠƌitĠ, de l’iŵagiŶatioŶ, de la réaction à la norme ou de la science, à une période si riche en confrontations et oppositions sur ces mêmes thèmes ? Voici ce que nous dit Georges Gusdorf sur cette période fascinante par ses antagonismes : « La révolte contre les certitudes de la raison et de la science au nom des évidences de la sensibilité, du dĠsiƌ, de la passioŶ, l’edžpĠƌieŶĐe du ŵal de ǀiǀƌe, de la Ŷostalgie, de la ŵĠlancolie, les thèmes du gĠŶie et du suďliŵe, l’edžaltatioŶ des aspeĐts souteƌƌaiŶs et ŶoĐtuƌŶes de la ƌĠalitĠ huŵaiŶe, tout Đela figuƌe daŶs les ŵaƌges de l’espaĐe ŵeŶtal des luŵiğƌes. AuĐuŶ des ĠlĠŵeŶts de Đe Ƌu’oŶ a e 1 appelé au XIXsiğĐle le ƌoŵaŶtisŵe Ŷ’est absent de la littérature du siècle précédent. »dumas-00625387, version 1 - 21 Sep 2011  Cette question du glissement des Lumières au Romantisme est au centre de notre réflexioncertains parlent sans hésiter depréromantisme historiqueetlittéraire -puisque notre préoccupation principale représente un des facteurs de cette transition. Nous avons déjà énoncé ici notre intérêt pour les imaginaires et les croyances. Ce qui représente le vĠƌitaďle Ŷœud de Ŷotƌe Ġtude, eŶ taŶt Ƌue pƌĠoĐĐupatioŶ sous-jacente à tout phĠŶoŵğŶe ĠtudiĠ iĐi, Đ’est le ďesoiŶ d’iƌƌatioŶalitĠ des hoŵŵes. Voilà Đe Ƌui est au Đœuƌ de Ŷos ŵotivatioŶs: s’iŶtĠƌesseƌ à Đette attƌaĐtioŶ peƌpĠtuelle, Đette foƌĐe iŶvisible qui pousse les hommes à développer des croyances, des fantasmes complètement ĠtƌaŶgeƌs suƌ uŶ plaŶ philosophiƋue, à l’espƌit ĠĐlaiƌĠ du siğĐle; et qui rend, pour certains,
1 Gusdorf (Georges),Naissance de la conscience romantique au siècle des Lumières, Paris, Payot, 1976, p. 443.
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ďieŶ plus ĐoŶfoƌtaďle ou plus ŵotivaŶt le Đhoidž d’uŶe alteƌŶative seŶsiďle. Est considéré Đoŵŵe iƌƌatioŶŶel Đe Ƌui est iŶaĐĐessiďle ou ĐoŶtƌaiƌe à la ƌaisoŶ, aujouƌd’hui sLJŶoŶLJŵe de rationalité, qui incarne donc une norme, et représente le véritable cheval de bataille des hordes éclairées au temps des lumières philosophiques. Pouralleƌ plus loiŶ, Đ’est même le lien unissant norme et marginalité qui retient notre attention ici, dans le but de remplacer progressivement le motmargepar le terme plus pondéré denuance. Ce qui ne ƌelğve pas de l’espƌit des Luŵiğƌes Ŷ’est pas autoŵatiƋuement marginal, il représente un point nuancé dans le tableau philosophique du siècle. EŶ effet, Đ’est ďieŶ là Đe Ƌui fait la ƌiĐhesse de l’histoiƌe: le refus des idées reçues, des raccourcis, des évidences faciles et des catalogues simplistes. Cetournant des LumièresŶous appaƌaît iŶfiŶiŵeŶt plus iŶtƌiguaŶt et Đoŵpledže si l’oŶ se peŶĐhe suƌ Đe Ƌui a pu ġtƌe dĠlaissĠ peŶdaŶt loŶgteŵps paƌ Đeudž Ƌui oŶt fait l’histoiƌe au leŶdeŵaiŶ de e Đette pĠƌiode, et Ƌui oŶt eu à Đœuƌ de faiƌe de la FƌaŶĐe et de l’Euƌopedu XVIII siècle le thĠâtƌe hoŵogğŶe d’uŶ disĐouƌs uŶivoƋue, fƌuit de l’espƌit ĠĐlaiƌĠ des philosophes. Il e seŵďle ĐepeŶdaŶt Ƌue la teŶdaŶĐe de l’histoƌiogƌaphie du deƌŶieƌ Ƌuaƌt du XXsiècle ait attƌiďuĠ uŶe paƌt plus iŵpoƌtaŶte à l’Ġtude de phĠŶoŵğŶes Đontemporains de ce même esprit, mais semblanta priori en décalage total avec celui-ci. Ainsi des travaux gravitant autouƌ des ŶotioŶs telles Ƌue l’ĠsotĠƌisŵe, l’oĐĐultisŵe, l’alĐhiŵie, l’illuŵiŶisŵe ou la théosophie ont pris progressivement une place plus importante au sein des différentes e approches historiques du XVIII siècle. Le gƌaŶd spĠĐialiste de l’ĠsotĠƌisŵe, AŶtoiŶe Faivƌe, dĠĐliŶe daŶs uŶ de ses dumas-00625387, version 1 - 21 Sep 2011 2 ouvrages les différents sens attribués à ce terme . Ces acceptions sont en rapport étroit aveĐ des ŶotioŶs telles Ƌue le ŵLJstğƌe, l’iŶitiatioŶ, le ŵLJthiƋue, le sLJŵďoliƋue ou eŶĐoƌe 3 la Ƌuġte d’uŶe tƌaditioŶ pƌiŵoƌdiale . Le seŶs histoƌiƋue, Ƌu’il tƌaite plus particulièrement, ƌepose suƌ uŶ eŶseŵďle de ĐouƌaŶts ĠsotĠƌiƋues spĠĐifiƋues, Ƌui ƌeĐoupeŶt l’eŶseŵďle des thğŵes doŶŶĠs plus tôt. L’ĠsotĠƌisŵe Ƌui, au seŶs laƌge, dĠsigŶe doŶĐ uŶ assoƌtiŵeŶt e de ĐouƌaŶt de peŶsĠe, se distiŶgue, daŶs l’espƌit des histoƌieŶs de la fin du XIX siècle, des 4 pƌatiƋues ĐoŶĐƌğtes Ƌu’il sous-entend. Depuis Đette ĠpoƋue, l’occultisme désigne l’ĠsotĠƌisŵe ĐoŶĐƌet, autƌeŵeŶt dit les pƌatiƋues et ĐoŵpoƌteŵeŶts Ƌue l’oŶ peut e 2 Faivre (Antoine),L’ĠsotĠƌisŵe, Paris, PUF, que sais-je, 2007 (4 éd.), p. 1-2. 3 Ibid., p1-2. 4 Faivre (Antoine),Accès de l'ésotérisme occidental, Paris, Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines, 1986, p28-29.
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rattacher, de par leur nature ou leurs revendications, aux inspirations qui fondent la pensée ésotérique au sens large. Il ĐoŶvieŶt de pƌĠĐiseƌ iĐi Ƌue de Đe fait, les tĠŵoiŶs de l’oĐĐultisŵe peuvent être très divers, de par le grand nombre de formes que peuvent prendre les manifestations de pƌatiƋues Đoŵŵe l’alĐhiŵie, l’ĠgLJptoŵaŶie, les pƌatiƋues diviŶatoiƌes, le ƌeĐouƌs audž faiseuƌs de ŵiƌaĐles ou eŶĐoƌe l’illuŵiŶisŵe – cette conception autre de la religion ĐatholiƋue, ĐeŶtƌĠe suƌ la ŶotioŶ d’illuŵiŶatioŶ iŶtiŵe, suƌ laƋuelle Ŷous ƌevieŶdƌoŶs largement - mais également sur les imbrications et mélanges qui existent entre elles.  Les travaux sur le lien entre Lumières et Illuminisme représentent un sujet à l’auƌa gƌaŶdissaŶte daŶs l’histoƌiogƌaphie depuis les aŶŶĠes ϭϵϴϬ, aveĐ ŶotaŵŵeŶt les travaux récents de Nicole Jacques-Lefèvre sur la figure de Saint-Martin par exemple, ou de Jean-Marc Vivenza sur le millénarisme ou plus récemment autour du Rite écossais. Robert Darnton, dans son ouvrage consacré au Mesmérismequi a déjà plus de trente-cinq ans maintenantopère une transition essentielle dans cette démarche en refusant le portrait ƌapide du ĐhaƌlataŶ, pouƌ s’iŶtĠƌesseƌ audž ƌaisoŶs du suĐĐğs depratiques promettant des guĠƌisoŶs ŵiƌaĐuleuses. Les ouvƌages ďiďliogƌaphiƋues, d’histoƌieŶs Đoŵŵe de littĠƌaiƌes, nous ont permis de fixer un contexte mental précis absolument indispensable à nos travaux, et de mettre en lumière la position de telle ou telle source par rapport à ce même contexte. Ils ont répondu à un nombre croissant de nos interrogations sur la perception paƌ les soĐiĠtĠs de l’ĠpoƋue, de phĠŶoŵğŶes gĠŶĠƌaudž eŶ lieŶ aveĐ les pƌatiƋues ĐoŶĐƌğtes Ƌue Ŷous avioŶs Đhoisies d’Ġtudieƌ.dumas-00625387, version 1 - 21 Sep 2011  Ainsi, notre préoccupation se retrouve à la croisée de plusieurs chemins. Le ďesoiŶ de Đƌoiƌe, l’attƌait pouƌ l’iƌƌatioŶŶel, se ŵaŶifesteŶt aussi ďieŶ daŶs des foƌŵes ƌattaĐhaďles tƌğs faĐileŵeŶt à l’oĐĐultisŵe, Ƌue daŶs des pƌatiƋues lui ĠtaŶt liĠes de manière plus tiŵide, ou siŵpleŵeŶt ŶouƌƌissaŶt des iŶspiƌatioŶs ĐoŵŵuŶes. Il Ŷe s’agit pas pour nous de chercher à opérer une description précise des fondements de l’ĠsotĠƌisŵe, ŵais ďieŶ d’eŶ ĐoŶsidĠƌeƌ le volet Ƌui tƌaduit de ŵaŶiğƌe iŶtĠƌessaŶte Đe ďesoiŶ d’iƌƌatioŶalitĠ Ƌui ƌepƌĠseŶte le Ŷœud de Ŷotƌe Ġtude. Le fait Ƌue Ŷous aĐĐoƌdioŶs uŶe paƌt iŵpoƌtaŶte de Ŷotƌe tƌavail audž diffĠƌeŶtes peƌĐeptioŶs de l’iƌƌatioŶŶel, pƌouve l’iŶflueŶĐe Ƌue Ŷous ƌeĐoŶŶaissoŶs à Đes peƌĐeptioŶs suƌ les pƌatiƋues elles-mêmes, et également que les formes de justifications des représentants de ces pratiques jouent un ƌôle daŶs Đes peƌĐeptioŶs. Il s’agit eŶ fait de saisiƌ la ĐoŵpledžitĠ de Đe jeu d’iŶflueŶĐes
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