FRANCOPHONIE

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L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 M A R S 2 0 1 1 INTERNATIONAL N O R M A N D T H É R I A U L T «I l serait paradoxal, etpour le moins incohé-rent, de prétendre orga-niser et développer unecommunauté mondiale de langue française si, dans le même temps, nous laissions se dégrader cette langue dans chacun de nos pays, se multiplier les che- vaux de Troie clandestins et s'affaiblir ou s'étioler les ins- truments de
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LE DEV OIR, LES S A MEDI 12 ET DIMANCHE 13 MARS 20 1 1
INTERNATIONAL
FRANCOPHONIE G
te AUPELF devenue l’AUF, l’Agen-En 1953, c’était une idée, un «rêve » auquel Jean-Marc Léger allait don-
ce universitaire de la Francopho-ner forme. Aujourd’hui, au moment où l’Agence universitaire de la Fran-
nie, compte aujourd’hui 774 établis-Et s’il était cophonie devient cinquantenaire, il est une planète à la fois française et sements membres répartis dans 91
francophone. À propos d’un combat pour l’affirmation des identités et pays, dont 55 sont membres de
l’Organisation internationale de lades différences.
Francophonie.
«Rêvez»établir et démontrer le respect desNORMAND THÉRIAULTune planète où origines. Il existe donc une planète francopho-
l serait paradoxal, et ne, à défaut d’être entièrement françai-
Et vint l’OIFpour le moins incohé- se. Et elle englobe les continents, fai-
rent, de prétendre orga- Et, au temps de cette fondation, ce sant le lien entre le Nord et le Sud, car
niser et développer une Jean-Marc Léger ajouta un autre titre l’univers universitaire a la qualité d’être«I communauté mondiale en tant que premier secrétaire, en moins dominateur, moins contraignant
de langue française si, dans le même 1969, de l’Agence de coopération cul- qu’un autre, l’économique, qui fait fipartout le français temps, nous laissions se dégrader cette turelle et technique, cet organisme des différences et envisage les régions
langue dans chacun de nos dont allait émerger l’actuel- d’abord comme des lieux de diffusion
pays, se multiplier les che- le Organisation internatio- de produits: on ne vend pas la connais-
Au long desvaux de Troie clandestins et nale de la Francophonie. sance, on l’acquiert.
s’affaiblir ou s’étioler les ins- Localement, au Québec, au Et cette planète qui se transforme,
décennies àse laisserait truments de sa défense et de temps d’une révolution tran- où hier encore tout semblait se façon-
sa promotion.» quille, on lui confie aussi ner sous forme de grandes et de pe-venir, le
Nous étions en novembre une première présidence, tites puissances, voit son univers se
1986 et, en cette année où celle de l’Office de la langue configurer autrement. Ainsi, demainQuébec se
eon célébrait alors le 25 an- française. C’était en 1962. le français sera peut-être une affaire
battra encoreniversaire de la fondation de Mais ce discours d’accep- africaine: ne prévoit-on pas que, dèsentendre... l’Association des universités tation ne s’arrêtait pas là. Et, 2050, ils seront dans la seule Afrique
pour survivrepartiellement ou entière- dès la phrase qui suit ce qui près de 600 millions à utiliser cet idio-
ment de langue française, précède, il annonce les luttes me, alors que sans doute, au long desen français
l’AUPELF, un homme était à venir: «Nous avons d’autant décennies à venir, le Québec se battra
honoré par la Sorbonne qui plus en la matière une ardente encore pour survivre en français etL’Agence universitaire
lui remettait un doctorat honoris cau- obligation de vigilance et d’intervention que la France, la patrie mère, n’aura
sa, le premier ministre français du que le français n’est pas seul en cause et plus le poids démographique pour jus-de la Francophonie compte temps, Jacques Chirac, se trouvant que son évolution aura valeur exemplai- tifier toute préséance dans les ma-
même dans l’assistance: Jean-Marc re.» Déjà, le débat était ouvert pour ce tières d’autorité.
Léger prononçait ainsi une allocution qui deviendra le dossier de la «diversi- Aussi, au pouvoir de l’argent, il fautaujourd’hui 774 établissements
pour la réception du titre. té culturelle», ce combat imposé par en opposer un autre. Et le premier
Car c’est à lui qu’on devait l’ini- une future mondialisation où, au nom qu’on voit serait celui de la connais-membres répartis dans 91 pays tiative de cette association universi- de l’hégémonie économique, il avait sance, à égalité avec un autre qui per-
taire dont il avait eu l’idée dès été pensé que nulle frontière ne devait mettrait d’être fier de ce qu’on est,
1953, constatant alors que, si les tenir et que le rouleau compresseur français ou francophone, mais à la
universités québécoises étaient re- d’une autre lingua franca, l’anglais culture propre.
groupées dans un organisme du pour la nommer, pouvait faire fi des C’était le rêve d’un Jean-Marc Léger,
Commonwealth, il n’en était rien différences. et comme l’avait dit Gilles Vigneault à
du côté français. Car c’était du fran- Aussi, au moment où il décède, l’occasion de la présence du Québec
çais qu’il était d’abord question c’était le mois dernier, les hom- au Salon du livre de Paris, c’était celui
pour celui qui considérait qu’un mages fusent, localement certes, de 1999, «rêvez, parce que le mot “rêve”
parlant français au Québec était un mais aussi de l’Europe, de l’Asie, de contient la possibilité de la réalité».
Québécois français et surtout pas l’Afrique, car c’est son action pas-
un Québécois francophone: il fallait sée qui explique qu’aujourd’hui cet- Le Devoir
CAHIERG 2 LE DEV OIR, LES S A MEDI 12 ET DIMANCHE 13 MARS 20 1 1
FRANCOPHONIE
Organisation internationale de la Francophonie
La Francophonie prône l’universalisme
par l’ouverture et le savoir
«Nous avons besoin que toutes les opinions s’expriment, mais dans un cadre républicain»
aujourd’hui le plus grand réseauLe secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, a
mondial d’établissements d’ensei-prononcé une conférence sur le thème de la Francophonie
gnement supérieur: 774 établis-
associée à la gouvernance mondiale, à l’occasion d’un déjeu- sements à travers 91 pays, dont
ner-causerie du Conseil des relations internationales de 55 sont des pays membres de
l’Organisation internationale deMontréal, lors de son récent passage au Québec, en février
la Francophonie.»dernier. De retour à Paris, il a répondu aux questions du
Devoir portant sur la thématique de la Francophonie et du Forces et limites
haut savoir. Abdou Diouf apporte d’a-
bord cette distinction sur le
que les sociétés politiques de de- haut savoir dans l’universRÉGINALD HAR VEY
main soient vraiment des socié- francophone: «Il convient de
Montréal, M. Diouf a rap- tés laïques, démocratiques et so- distinguer la recherche de hautÀ pelé que les francophones ciales. Nous avons besoin que niveau au sein de la Franco-
s’étaient ouverts au monde toutes les opinions s’expriment, phonie de la recherche univer-
avant même que ne prenne for- mais dans un cadre républicain, sitaire dont la Francophonie
me et ne se déploie le courant dans une citoyenneté qui en sera est matière d’étude. Dans ce
de la mondialisation; à cet une de partage et de tolérance.» deuxième cas, des instituts et
égard, il a notamment cité en Il a insisté sur un point: «En- réseaux y veillent, comme les
exemple l’Agence universitaire core une fois, seule la laïcité peut Chaires L.-S.-Senghor par
de la Francophonie (AUF), permettre que toutes les reli- exemple. La situation de la re-
dont les cinquante ans d’exis- gions, que toutes les opinions cherche francophone est évi-
tence seront sous peu célébrés s’expriment, mais dans le cadre demment liée à la place du
ici; d’autres organismes ratta- d’un État qui soit impartial sur français dans le monde en gé-
chés à la grande famille de cet- le plan politique.» néral, dans l’univers des scien-
te organisation internationale ces en particulier. Elle est donc
L’AUF a 50 ansde prestige ont également rete- tributaire de la place dominan-
JACQUES GRENIER LE DEVOIRnu son attention et ont servi à Le secrétaire général ex- te occupée par l’anglais, à la-
Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonieétoffer son discours dans le plique comment, selon lui, quelle nous répondons par le
sens de cette ouverture d’avant- s’inscrivent les 50 ans de l’AUF plurilinguisme. L’AUF a ainsi
garde aux autres. dans le paysage de la Franco- engagé, sur cette base, une dé- mais sur le terrain. Partout, les les principaux bénéficiaires. Le une recherche en mesure d’accé-
Délaissant son texte, il a tenu phonie: «Ce cinquantenaire est marche prioritaire dans les gouvernements investissent recteur de l’AUF est d’ailleurs der à tous les domaines du savoir.
ces propos au sujet des événe- un grand moment de dialogue et sciences dures destinée à favo- dans l’éducation supérieure et membre du Comité de pilotage. En ce sens, le savoir qui importe
ments qui secouaient à ce mo- de réflexion solidaire. De nom- riser l’expertise francophone la recherche pour stimuler la est celui que dictent les besoins du
Dans la foulée développement, d’un développe-ment-là des pays de la Franco- breuses manifestations seront or- dans les revues scientifiques productivité. En Afrique, il reste
d’un monde en mutationphonie comme la Tunisie et l’É- ganisées. Elles sont des carre- en regard des autres langues beaucoup à faire. En tant que ment durable, s’entend. L’AUF est
gypte, pour lancer encore une fours où discuter de nos valeurs de recherche.» réseau, l’AUF a mis en place Comment mesurer les re- également partie prenante d’ini-
fois un appel à la démocratie et de diversité culturelle et linguis- Il fait le point sur les efforts des actions visant à enrayer la tombées du haut savoir sur le tiatives communes avec l’OIF
à l’universalisme: «Il ne faut pas tique, de solidarité et de partage. consentis envers les pays du fuite des cerveaux et à renforcer maintien ou l’essor de la Fran- (Organisation internationale de
que cette révolution partie du L’Agence universitaire de la Sud: «Le rôle fondamental exer- la recherche dans les pays du cophonie dans le monde pour la Francophonie) ayant trait à la
peuple égyptien puisse être récu- Francophonie est un laboratoire cé par l’enseignement supérieur, Sud. L’Agence universitaire de le futur? «En se faisant l’inter- formation des instituteurs afri-
pérée par des forces obscuran- de tout premier plan de la dans le développement des pays la Francophonie est également prète direct et reconnu de la cains ou encore à la didactique
tistes, par des forces extrémistes, construction du projet francopho- du Sud et des échanges universi- du nombre des grandes associa- communauté scientifique inter- dite de convergence des langues,
par ce que j’appelle des idéologies ne, qui allie créativité, innova- taires Sud-Sud, inspire à l’AUF tions universitaires qui soutien- nationale de langue française, où le français est enseigné en s’ap-
tion et excellence. Elle représente puyant sur les langues nationalesdestructrices. Nous avons besoin l’action qu’elle conduit désor- nent le projet de chaires pour l’Agence contribue aussi à souli-
l’Afrique porté par le professeur gner l’importance du rôle de la africaines. L’AUF s’y montre ac-
Strangway, un universitaire ca- société civile qu’elle a pour mis- teur de développement, mais aus-
nadien, connu et reconnu, qui sion d’instruire et de former. Or si partenaire pour l’évaluation
plaide actuellement, dans l’op- l’actualité de ce début d’année est scientifique des projets-pilotes et
tique des G8 et G20, pour la marquée d’un signe très fort: ce- partenaire de recherche concer-
mise en place d’un projet de lui d’aspirations à l’état de droit nant ces derniers.»
chaires universitaires pour l’A- et à la démocratie.» Finalement, M. Diouf se
frique sur le modèle qu’il a déve- La Francophonie s’inscrit montre plutôt confiant devant
loppé au Canada.» dans cette mouvance: «L’avenir les percées scientifiques en
de celle-ci passe par la prise en matière de communication:Il s’agissait ici, par un pro-
gramme de chaires spécifiques, compte des aspirations citoyennes «Le rôle fondamental exercé
d’encourager l’essor de jeunes de la jeunesse et de l’attente géné- par l’enseignement supérieur,
universités canadiennes, si- rale à l’égard de l’État de droit. dans le développement des pays
tuées loin des métropoles, qui Notre programmation y veille; la du Sud et des échanges univer-
peinent à attirer un corps pro- recherche menée en français par sitaires Sud-Sud, inspire à
fessoral de talent. Si le pro- l’AUF l’éclaire et la consolide. Un l’AUF une action de terrain ré-
gramme du professeur Strang- des rôles essentiels de l’agence est solument déconcentrée, repo-
way était retenu, il est évident la valorisation de l’expertise fran- sant notamment sur les res-
que les universités africaines cophone. Une langue et des va- sources des Campus numé-
leurs universelles s’appuient sur riques francophones qui font, àfrancophones seraient parmi
juste titre, sa fierté. Les techno-
logies de l’information, dont on
voit partout comment la nou-
velle génération en maîtrise leINTERNA TIONAL
bon usage, permettent d’accéder
FRANCOPHONIE au savoir francophone mon-
dial, encouragent l’expressionCE C AHIER SPÉCIAL
des talents et des forces inno-
EST PUBLIÉ P AR LE DEV OIR vantes, mais ces technologies
ont su également s’imposerResponsable NORMAND THÉRIAULT
comme des instruments au ser-
vice de la liberté de pensée et dentheriault@ledevoir.ca
parole. N’oublions pas que ces
e principes citoyens sont aussi la2050, rue de Bleury, 9 étage, Montréal (Québec) H3A 3M9.
condition même de la recherche
Tél.: (514) 985-3333 redaction@ledevoir.com universitaire.»
F AIS CE QUE DOIS
Collaborateur du DevoirLE DEV OIR, LES S A MEDI 12 ET DIMANCHE 13 MARS 20 1 1 G 3
FRANCOPHONIE
L’Agence universitaire de la Francophonie
Il y a 50 ans à Montréal...
L’AUF construit et consolide un espace scientifique français
En septembre prochain, l’Agence universitaire de la Franco- plus, car elle est fondamentale,
autant historiquement que politi-phonie (AUF) soufflera ses 50 chandelles. Depuis sa fonda-
quement», répond le recteur. tion au tournant des années 60, elle contribue à la construc- «Notre second défi, ce sera
tion et à la consolidation d’un espace scientifique français, d’approfondir notre dialogue
autant au Québec qu’ailleurs dans le monde. Présente sur avec chacune des universités, no-
tamment du Sud, afin detous les continents, elle s’impose aujourd’hui comme l’un
connaître ce dont elles ont besoin
des plus importants acteurs de la Francophonie. dans une perspective globale,
poursuit M. Cerquiglini. Leur
nales et qui a porté le projet», ex- stratégie implique-t-elle qu’onÉMILIE CORRIVEAU
plique Bernard Cerquiglini, installe un campus numérique,
egroupant des établisse- recteur de l’Agence universitai- qu’on forme mieux certains deR ments d’enseignement supé- re de la Francophonie. leurs professeurs ou encore qu’on
rieur et de recherche qui ont Si M. Léger a eu un rôle dé- offre plus de bourses de doctorat
choisi le français comme langue terminant à jouer dans la créa- afin de développer une discipline
d’enseignement, l’AUF est une tion de l’AUF, M. Mohammed en particulier? Je crois que, en
association mondiale qui a au- el-Fasi, ancien recteur de l’Uni- entretenant un dialogue structu-
jourd’hui pour mission de favori- versité Qaraouyine et créateur rel complet avec nos membres,
ser l’avancement de l’enseigne- de l’Université Mohammed-V à nous pourrons parachever l’évo-
ment supérieur et de la re- Rabat, a pour sa part été un ac- lution que je perçois depuis
cherche en français dans le mon- teur-clé du développement de quelques années.»
de en misant sur la coopération l’agence à l’étranger, particuliè-
Festivitéset la solidarité multilatérales. rement au Sud. Grâce à lui, l’or-
Fondée à Montréal en 1961 et ganisation a fait le choix de Les 23 et 24 septembre pro-
d’abord désignée sous le nom s’adresser non seulement aux chains, l’agence réunira ses
d’Association des universités par- universités francophones, mais membres à Montréal afin de cé-
tiellement ou entièrement de aussi aux universités partielle- lébrer son demi-siècle d’activi-
langue française (AUPELF), ment francophones, ce qui té. À cette occasion, un col-
l’AUF est née dans un contexte n’avait pas été prévu au départ loque international sera tenu à
particulier, alors que la province et qui a permis à l’agence l’Université de Montréal et ac-
était en pleine ébullition. d’élargir considérablement son cueillera plus de 600 partici-
À l’époque, l’idée de réunir champ d’action. pants. Sous le titre général «La
des établissements d’enseigne- «On lui doit aussi la solidarité Francophonie des savoirs, ac-
ment supérieur partageant francophone Nord-Sud, ajoute teur du développement», les ac-
l’usage de la langue française M. Cerquiglini. Lors de la fonda- tivités s’articuleront autour des
JACQUES GRENIER LE DEVOIRs’avérait particulièrement nova- tion de l’Agence, c’est lui qui a thèmes «Santé publique», «État
Bernard Cerquiglini, recteur de l’Agence universitaire de la Francophonietrice et n’avait aucun pareil apporté le point de vue des pays de droit et démocratie», «Diver-
dans le monde. Elle témoignait en développement. Grâce à lui, sité culturelle et linguistique»
non seulement d’une affirma- l’AUF permet aujourd’hui aux gré l’omniprésence de l’anglais sances dans l’espace universi- l’organisme, soit l’animation et «Développement durable et
tion politique des identités cul- universités du Sud de rejoindre en milieu universitaire, la taire francophone. de la vie associative et le pas- climat». Les festivités seront
turelles à l’échelle internationa- sur tous les plans la communau- langue française est plus que ja- sage de l’aide individuelle à couronnées par un grand ban-
Perspectivesle, mais aussi de la volonté des té internationale universitaire mais attrayante dans ce milieu. l’aide structurelle. quet, le 24 septembre en soirée,
Québécois de revendiquer une francophone.» «Ces universités ont compris Interrogé sur les défis qui «Maintenant que nous avons au Centre des sciences.
souveraineté en matière lin- que le monde est plurilingue, qu’il animeront l’AUF au cours des uni près de 800 universités à tra-
Le français commeguistique et éducative. y a des communautés scientifiques prochaines années, le recteur vers le monde, nous devons ani- Collaboratrice du Devoir
langue de formation«Ce n’est pas un hasard si différentes dans le monde et que la de l’agence juge que deux mer davantage la vie associati-
l’agence est née à Montréal en Cinquante ans après sa fon- Francophonie est l’une d’entre grands objectifs seront au ve. Nous devons trouver les ■ Pour plus de détails:
elles. Elles ont compris que l’AUF moyens de la développer encore1961. À l’époque, on était dans dation, l’AUF fédère un réseau cœur des préoccupations de http://auf-50ans.org/50ans.
un contexte de montée en puis- de 774 établissements répartis permet à leurs universitaires
sance de la revendication souve- sur tous les continents. Présen- d’évoluer dans des réseaux diffé-
rainiste québécoise. Jean-Marc te dans 91 pays, dont plus du rents. Pourquoi veulent-elles adhé-
Léger, qui a eu l’idée de créer tiers ne font pas partie de l’Or- rer à l’AUF? Parce que leurs uni-
une association d’universités de ganisation internationale de la versitaires pourront participer à
langue française, souhaitait Francophonie, l’AUF rejoint des colloques, à des rencontres et à
désenclaver les universités québé- des francophones et des franco- des échanges dans un réseau qui
coises, comme il souhaitait philes dans des lieux aussi sur- est différent de ceux auxquels ils
désenclaver le Québec. Pour lui, prenants que la Chine, la Rus- adhèrent généralement», affirme
M. Cerquiglini. l’université était un lieu de créa- sie, le Brésil et l’Iraq. Chaque
tion et de recréation de la socié- année, elle propose plusieurs Il faut dire que l’AUF soutient
té. C’est pour cette raison qu’il a programmes de coopération et largement la création de ré-
fait le choix de passer par le mi- distribue plus de 2000 bourses seaux institutionnels, lesquels
lieu universitaire pour engager dans le cadre de son program- sont d’une importance capitale
le changement. Pour ce faire, il a me de mobilités. pour stimuler la recherche et
grsollicité l’appui de M Irénée D’après M. Cerquiglini, cette développer des programmes
Lussier, recteur de l’Université de adhésion massive et diversifiée d’études. Grâce à ses campus
Montréal, qui a accueilli la ré- à l’AUF d’universités provenant numériques implantés dans
union fondatrice, et celui de M. de pays qui ne sont pas franco- une cinquantaine d’universités,
elle favorise aussi grandementAndré Bachand, qui était son di- phones témoigne du succès de
recteur des relations internatio- l’agence et démontre que, mal- la circulation des connais-
Universités francophones canadiennes
Que deviendraient les
francophones hors Québec
sans leur réseau universitaire ?
À travers le Canada, les treize universités qui enseignent en universités autonomes qui of-
frent la gamme des programmesfrançais jouent un rôle déterminant dans la survie des com-
et, d’autre part, les établisse-
munautés francophone hors Québec. «On constate aisément ments affiliés à de grandes uni-
que, là où il y a une certaine vitalité dans les communautés versités anglophones. Je dirais
que chacun fait face aux mêmesfrancophones, c’est souvent où se trouve un établissement
défis — aux mêmes difficultés —universitaire francophone, relate Yvon Fontaine. Il faut com-
que les universités anglophones
prendre que notre mission est unique au Canada parce que de leur province respective.»
nous œuvrons dans des milieux minoritaires.» Par contre, ajoute-t-il, les uni-
versités francophones ont da-
dont M. Fontaine est toujours vantage de difficulté à recruterCLAUDE LAFLEUR
membre, compte deux établis- de nouveaux étudiants. «Dans
von Fontaine est un ancien sements dans les provinces de le cas de l’Université de Monc-Y président de l’Association l’Atlantique: l’Université de ton, par exemple, notre bassin de
des universités francophones ca- Moncton, au Nouveau-Bruns- recrutement est bien entendu
nadiennes, qui regroupe ces trei- wick, et l’Université Sainte- l’Acadie.» Toutefois, la popula-
ze établissements situés hors du Anne, en Nouvelle-Écosse. tion de celle-ci est en déclin
Québec. Il préside actuellement L’Ontario compte huit établis- constant, de sorte que l’univer-
l’Agence universitaire de la Fran- sements: l’Université d’Otta- sité doit recruter hors de son
cophonie, qui regroupe 774 éta- wa, l’Université Saint-Paul et le bassin naturel.
blissements universitaires situés Collège universitaire domini- «Il est difficile pour nous de re-
dans 91 pays. Il est en outre le cain (tous à Ottawa), l’Univer- cruter au Québec, étant donné
recteur de l’Université de Monc- sité laurentienne et l’Universi- que les droits de scolarité y sont
ton, qui dessert la communauté té de Sudbury (à Sudbury), le plus “raisonnables” que les
acadienne. Il est par conséquente Glendon nôtres, lance M. Fontaine en
au fait de ce que vivent les mino- associé à l’Université York riant. Nous nous sommes par
rités francophones d’un bout à de Toronto, l’Université de conséquent orientés vers la fran-
l’autre du pays. Hearst ainsi que le Collège mi- cophonie internationale.» C’est
«Savez-vous que les Acadiens litaire royal du Canada à King- ainsi que son établissement fi-
sont l’un des groupes les plus sco- ston. Enfin, l’Ouest canadien gure parmi les 20 % de toutes
larisés au Canada?, lance-t-il. compte trois établissements: les universités canadiennes qui
L’Acadie s’est transformée de fa- le Collège universitaire de ont le plus haut pourcentage
çon extraordinaire ces cinquante Saint-Boniface (Manitoba), le d’étudiants étrangers. «Nous ac-
dernières années grâce au fait, Campus Saint-Jean de l’Uni- cueillons des étudiants de l’Euro-
me semble-t-il, que l’Université versité de l’Alberta et l’Institut pe, du Maghreb, de l’Afrique de
de Moncton y est présente.» français de l’Université de Re- l’Ouest et subsaharienne ainsi
gina (Saskatchewan). que quelques étudiants asia-
Réalités méconnues «Nous regroupons deux types tiques», dit-il. Elle compte mê-
L’Association des universi- d’établissements, souligne Yvon
tés francophones canadiennes, Fontaine. Il y a, d’une part, des VOIR PAGE G 4: CANADAG 4 LE DEV OIR, LES S AMEDI 12 ET DIMANCHE 13 MARS 20 1 1
FRANCOPHONIE
Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone
«L’avenir démographique de la
francophonie va se jouer en Afrique »
Il y aura 700 millions de francophones sur la planète en 2050
Créé en 2009, l’Observatoire démographique et statistique
de l’espace francophone (ODSEF) a lancé un travail d’obser-
vation et de documentation sur la place de la francophonie
dans le monde. Sous la direction de Richard Marcoux, pro-
fesseur au Département de sociologie de l’Université Laval,
cet observatoire est amené à jouer un rôle important dans
notre connaissance de la francophonie et des moyens à
mettre en œuvre pour assurer son avenir.
EnquêtesASSIA KETTANI
Foyer de la plus grande
n 2010, une vaste étude in- augmentation des populationsE ternationale intitulée La francophones, l’Afrique est
Langue française dans le monde donc au cœur des travaux me-
2010, publiée chez Nathan, à la- nés par l’ODSEF et ses cher-
quelle a participé l’ODSEF, a ré- cheurs. Ainsi, le premier ob-
vélé les bouleversements socio- jectif de l’ODSEF est un tra-
démographiques de la franco- vail de sauvegarde du patri-
phonie à venir. Cette étude moine démographique, parti-
montrait notamment que, à culièrement menacé en
l’échelle mondiale, la langue Afrique, qui passe par la nu-
française se porte plutôt bien. mérisation des données re-
SOURCE ODSEFAvec 220 millions de franco- cueillies par recensements.
Richard Marcoux, professeur au Département de sociologie dephones dans le monde, répartis «Les recensements sont des ou-
l’Université Lavalsur les cinq continents, le fran- tils riches pour les démo-
çais est non seulement une graphes. Ils permettent d’avoir
langue parlée et étudiée mon- des informations précises sur de statistiques qui ont des permet de mettre en place des
dialement, elle est aussi une les pratiques linguistiques, cul- contacts sur toute la planète et stratégies claires pour assurer
langue de plus en plus utilisée. turelles, sociales et écono- nous nous appuyons sur des ré- l’avenir de la francophonie
Associée à un univers culturel miques des populations», sou- seaux de chercheurs, notamment mondiale. «Notre travail s’ins-
réputé riche, elle est dotée d’une ligne Richard Marcoux. Pour de l’AUF. L’ODSEF accueille par crit dans une lutte pour que la
dimension prestigieuse qui en cela, c’est l’expertise québécoi- exemple une dizaine de cher- langue française continue
fait dans certains pays, comme se et canadienne qui sera mise cheurs par an, surtout en prove- d’être une langue importante»,
l’Iran ou les Émirats arabes unis, à contribution: «Nous avons nance de l’Afrique. Nos travaux, estime Richard Marcoux. Sur
la scène internationale, leune langue réservée à l’élite. À une expertise en matière de sau- utilisés par l’Organisation inter-
ce titre, elle apparaît comme une vegarde des recensements: nous nationale de la Francophonie Québec bénéficie d’une expé-
langue qui peut faire la différen- disposons d’informations sur (OIF), améliorent l’estimation rience utile en matière de ré-
ce dans un univers où tout le notre démographie depuis 400 du nombre de francophones et de flexion sur la place de la
monde parle anglais. ans. Nous avons voulu rendre la place du français dans le mon- langue dans l’espace démogra-
Mais c’est surtout l’ampleur cela accessible et répéter ces pro- de», explique Richard Marcoux. phique. «Nous avons une exper-
de l’évolution démolinguistique grammes dans d’autres pays de tise dans le domaine de la dé-
Contrastes que souligne Richard Marcoux: la francophonie.» molinguistique: nous avons une
en 2050, il y aura 700 millions L’observatoire vient de termi- Le travail mené par les cher- réelle politique linguistique, qui
de francophones sur la planète, ner avec succès la sauvegarde cheurs de l’ODSEF éclaire des passe notamment par la loi 101
et l’Office québécois de la lan-dont 85 % sur le continent afri- du premier recensement au réalités démographiques et lin-
cain. «L’avenir démographique Mali, en 1976, qui s’est soldée guistiques contrastées. En ef- gue française. Aucun autre
de la francophonie va se jouer en par la numérisation de 1,2 mil- fet, même si le français est la pays ne pose autant de ques-
Afrique. Il s’agit d’une popula- lion de documents. À l’avenir, langue officielle dans une tren- tions sur la langue.»
tion qui connaît une forte crois- les efforts se tourneront vers taine de pays, il se déploie dans Ces stratégies d’intervention
sance démographique — con- les recensements de 1987, de des dimensions différentes: «Il en matière linguistique se-
trairement aux pays occidentaux 1998 et de 2009, ainsi que l’im- y a une pluralité de rapports à raient donc amenées à intégrer
— qui est de plus en plus scolari- plantation de projets similaires la langue française. En Afrique, des politiques différentes se-
sée et dont la langue d’enseigne- en République démocratique le français n’est pas toujours la lon les pays et à tenir compte
ment est le français.» À titre du Congo et au Sénégal. L’OD- langue parlée à la maison. Au notamment de l’articulation de
l’apprentissage du françaisd’exemple, le directeur de l’OD- SEF a également des échanges Mali, par exemple, le français
SEF remarque, à travers les re- avec le Cameroun, le Bénin, le est la langue officielle, elle est la avec les langues locales, afri-
censements successifs, la crois- Burkina Faso et le Niger. langue de la justice, des débats à caines et créoles. Alors que, en
sance phénoménale de la fran- Le deuxième axe de re- l’Assemblée nationale et des mé- 2050, 92 % des jeunes franco-
cophonie au Mali: 66 000 per- cherche de l’ODSEF est un tra- dias écrits, mais elle côtoie une phones seront en Afrique, le
sonnes savaient lire et écrire en vail de documentation des dy- douzaine de langues nationales, maillon incontournable de
français en 1960, au moment de namiques démolinguistiques et dont la plus importante est le l’avenir de la francophonie sera
l’indépendance, contre deux de la place du français dans le bambara. Le rapport à la lan- l’éducation. Pour augmenter la
millions au dernier recense- monde. L’ODSEF déploie, pour gue française n’est pas le même proportion de gens scolarisés
ment, en 2009. L’équilibre ac- ce travail d’analyse démogra- en Algérie, où, pendant 70 ans, en français, l’investissement
il a été interdit d’enseigner l’ara- dans l’éducation, l’appui de latuel des continents se verrait phique à grande échelle, un ar-
ainsi bouleversé: alors qu’au- senal méthodologique précis, be, ou encore au Québec, où le communauté internationale et
jourd’hui plus de la moitié des permettant d’obtenir désormais rapport à la langue est un rap- la coopération Nord-Sud joue-
francophones se trouvent en une idée plus juste de l’évolu- port militant.» ront un rôle déterminant.
Europe, cette part chuterait à tion de la francophonie. «Nous Ce minutieux travail d’ob-
12 % dans 40 ans. travaillons avec des organismes servation mené par l’ODSEF Collaboratrice du Devoir
CANADA
SUITE DE LA PAGE G 3 bec. «Je m’en réjouis, lance M.
Fontaine. Je pense que la pré-
me le plus grand nombre sence des universités franco-
d’étudiants haïtiens avec visa. phones hors Québec est très bé-
«Notre stratégie a en fait porté néfique pour le système québé-
des fruits.» cois, puisque, si nous n’existions
Rappelant que le Canada est pas, moins de nos étudiants fe-
réputé sur la scène internatio- raient leurs études universi-
nale pour la qualité de ses éta- taires en français au Québec.
blissements d’enseignement, C’est une belle synergie qui per-
le président de l’Agence uni- met à nos jeunes de saisir les
versitaire de la Francophonie réalités québécoises.»
constate que c’est un avantage Il déplore cependant l’absen-
dont cherchent à profiter ce de programme de mobilité
toutes les universités. En ce qui permettrait, entre autres,
qui concerne la sienne, elle aux étudiants québécois de
tire en outre avantage du fait passer une année ou un se-
que, en 1999, elle a accueilli mestre dans une université
les chefs d’État du Sommet de francophone hors Québec —
la Francophonie. «Beaucoup comme certains le font à Paris
de politiciens étrangers ont ou ailleurs dans le monde
alors découvert l’université — ainsi qu’à ceux du reste du
d’une ville de taille humaine Canada de séjourner au Qué-
dotée d’installations modernes bec. «J’ai toujours pensé qu’il
et extraordinaires, explique fiè- serait très intéressant pour la
rement le recteur. Je crois que solidarité francophone du Ca-
ce fut un beau tremplin pour nada qu’on développe un pro-
nous à l’international, et on en gramme de mobilité entre nous,
profite encore!» dit-il. En principe, rien n’em-
En outre, à travers le Canada, pêche quelqu’un qui étudie à
les universités francophones l’Université Laval de passer un
cherchent à recruter un certain semestre ou une année à Monc-
nombre d’anglophones issus ton… et ce serait bon pour tout
des programmes d’immersion le monde. Pourquoi valorise-t-
en français. «Nos universités ont on le séjour de nos étudiants à
beaucoup de succès auprès des l’étranger mais pas à l’intérieur
anglophones qui désirent étudier même de notre propre réseau?!»
dans leur langue seconde», dit-il. «Je pense que nous avons des
richesses extraordinaires à par-
Synergie Québec-Canada tager autant entre nous, franco-
Étant donné que beaucoup phones, qu’entre francophones et
d’universités francophones ca- anglophones à l’intérieur du Ca-
nadiennes n’offrent pas de pro- nada, estime Yvon Fontaine.
gramme d’études de maîtrise Nous avons beaucoup à recevoir
et de doctorat, bon nombre de et beaucoup à donner!»
leurs étudiants viennent com-
pléter leur formation au Qué- Collaborateur du DevoirLE DEV OIR, LES S A MEDI 12 ET DIMANCHE 13 MARS 20 1 1 G 5
FRANCOPHONIE
Collaborations interuniversitaires
«On essaie de développer des relations
qui ne sont pas à sens unique»
L’Université de Montréal souhaite mettre sur pied des programmes conjoints
Des universités québécoises entretiennent des liens avec des
établissements universitaires de divers pays de la francophonie,
tant au Nord qu’au Sud. C’est notamment le cas de l’Université
de Montréal. Coup d’œil sur ces échanges et collaborations.
[Agence canadienne de déve-BRIGITTE
loppement international] ne fi-SAINT-PIERRE
nance pas la mise à niveau des
Université de Montréal a systèmes d’enseignement supé-L’ conclu diverses ententes rieur dans les pays en dévelop-
avec des universités de la Fran- pement, alors que par exemple
ce, de la Belgique et de la Suisse, la France le fait. Donc, on joue
qui donnent lieu à des échanges à armes inégales», déplore le
d’étudiants et de professeurs, directeur de la DRI de l’UdeM.
sans compter les recherches
Échanges avec l’Europeconjointes. Elle entretient aussi
francophonedes liens avec des établisse-
ments de pays de la francopho- Par ailleurs, M. Guay sou-
nie au Sud. «De plus en plus, on ligne qu’une des particularités
essaie de développer des relations de l’Université de Montréal, à
qui ne sont pas à sens unique», in- l’instar probablement des diffé-
dique le directeur de la Direction rentes universités québécoises
des relations internationales francophones, est que ses
(DRI) de l’Université de Mont- chercheurs entretiennent des
réal (UdeM), Yves Guay. liens importants non seule-
L’UdeM peut par exemple ai- ment avec des collègues des
der des établissements de pays États-Unis, mais aussi de l’Eu-
francophones du Sud à mettre rope francophone. De nom-
au point des programmes. Elle breuses collaborations de re-
souhaite aussi que certains de cherche en découlent.
ses étudiants puissent y faire des Des professeurs de l’Universi-
stages. «Je rentre du Sénégal et té de Montréal ont obtenu des
du Maroc. On cherche des lieux de fonds pour développer des colla-
stage pour nos étudiantes en borations de recherche avec des
sciences infirmières, en sciences de chercheurs d’autres pays franco-
l’éducation. Aller faire un stage phones, notamment dans le
dans des pays comme ceux-là, c’est cadre d’un programme propre à
vraiment un enrichissement pour l’établissement et d’un program-
les gens d’ici, pour des étudiants me du Conseil franco-québécois
qui ne seraient pas normalement de coopération universitaire
exposés à des réalités comme (CFQCU). Des projets de Mi-
celles-là», estime M. Guay. chel Bouvier, professeur au Dé-
L’Université de Montréal sou- partement de biochimie, de
EDUARDO MUNOZ REUTERS
haite aussi favoriser les échan- Christian Reber, du Départe- Le Centre hospitalier du Sacré-Cœur, au centre de Port-au-Prince. La Faculté de médecine de l’Université de Montréal collabore avec
ges de professeurs, par exemple ment de chimie, et de Monique celles de Laval et de Sherbrooke dans le but d’apporter une aide à la mise à niveau de la formation médicale en Haïti.
avec l’École inter-États des Desroches, de la Faculté de mu-
sciences et médecine vétéri- sique, mis en partenariat avec
naires de Dakar au Sénégal. Des des collègues français, ont par
professeurs de l’Université de exemple bénéficié d’un finance-
Montréal s’y rendraient pour y ment dans le cadre du concours
enseigner et, en échange, des 2009-2010 du CFQCU.
professeurs de cet établissement La France est en outre le pays
donneraient des cours à l’UdeM. qui attire le plus grand nombre
Les étudiants de l’Université d’étudiants de l’Université de
de Montréal pourraient ainsi Montréal en échange. C’est aus-
«bénéficier d’un autre point de si le pays d’où proviennent la
vue sur leur discipline, d’une grande majorité des étudiants
autre façon de voir les choses, étrangers en échange avec
fait valoir M. Guay. Il n’y a pas l’UdeM, suivi de la Belgique.
de frontières pour les maladies.
Programmes conjoints Puis, évidemment, que nos étu-
et cotutellesdiants soient en contact avec
des réalités d’autres pays, géo- Pour l’avenir, l’Université de
graphiquement éloignés, c’est Montréal souhaite mettre sur
très important.» pied des programmes conjoints.
«Notre département de communi-
Liens privilégiés au cation est en train de développer
Burkina Faso et en Haïti un diplôme conjoint avec l’Uni-
Dans sa stratégie d’internatio- versité libre de Bruxelles en Bel-
nalisation rendue publique en gique, indique M. Guay à titre
2006, l’Université de Montréal a d’exemple. C’est une tendance de
indiqué vouloir établir des fond. De plus en plus, il y a des di-
«contrats de solidarité» avec plômes conjoints qui se dévelop-
deux universités du Sud. Les pent. Ça vient de l’Europe pour
deux établissements en ques- des raisons politiques, mais c’est
tion sont l’Université d’Ouaga- en train vraiment de se dévelop-
dougou, au Burkina Faso, et per à travers le monde.»
l’Université d’État d’Haïti. L’Université de Montréal ai-
Grâce au soutien de l’Universi- merait pouvoir aller de l’avant
té de Montréal et en particulier avec ce type de programmes.
du professeur Claude Carignan, «Il y a des problèmes de diplômes
un programme d’astrophysique et de déclarations au ministère
a vu le jour à l’Université d’Oua- [de l’Éducation, du Loisir et du
gadougou en 2007. Cet établisse- Sport du Québec], qu’on essaie
ment du Burkina Faso compte de régler. Quand ça va être réglé,
aussi désormais un observatoire ça va se développer très rapide-
d’astrophysique. Et, dans le ment», mentionne le directeur
cadre d’une entente entre l’Uni- de la DRI.
versité de Provence-Aix-Mar- Les programmes conjoints ne
seille-I, l’Université de Montréal seraient pas limités à la franco-
et l’Université d’Ouagadougou, phonie. «Mais c’est sûr que notre
un télescope a pris le chemin du point d’ancrage premier, ce se-
Burkina Faso en 2009. L’objectif raient la France, la Belgique et
est qu’il soit fonctionnel d’ici la la Suisse», précise M. Guay.
fin de l’année 2011. L’UdeM désirerait aussi étendre
Outre l’astrophysique, l’Uni- le programme de cotutelles de
versité de Montréal a égale- thèses à un plus grand nombre
ment des collaborations avec de pays, notamment à certaines
l’Université d’Ouagadougou grandes universités de la franco-
en sciences biologiques, en phonie du Sud, par exemple
démographie et en sciences l’Université de Cheikh-Anta-
de l’éducation. La Faculté de Diop à Dakar.
médecine de l’Université de À l’heure actuelle, des cotu-
Montréal a pour sa part déve- telles se font avec des établisse-
loppé des contacts en Haïti de- ments français, belges et
puis environ une quinzaine suisses. «On aimerait vraiment
d’années. Aussi, créée sous développer ces programmes-là,
l’égide de l’UdeM, l’Unité de sauf que les règles actuelles du
santé internationale offre un ministère font en sorte que
soutien dans ce pays. M. Guay chaque étudiant qui est inscrit
mentionne que la Faculté de nous coûte une fortune à nous.
médecine de l’Université de Les gens du ministère sont au
Montréal collabore avec celles courant. On a fait des dé-
de Laval et de Sherbrooke marches de façon bilatérale et
dans le but d’apporter une on a fait des démarches via la
aide à la mise à niveau de la CREPUQ [Conférence des
formation médicale en Haïti. recteurs et des principaux des
L’Université de Montréal universités du Québec] pour
souhaiterait pouvoir bénéficier faire modifier ces choses-là»,
de plus de fonds externes pour mentionne M. Guay.
soutenir des établissements
francophones du Sud. «L’ACDI Collaboratrice du DevoirG 6 LE DEV OIR, LES S A MEDI 12 ET DIMANCHE 13 MARS 20 1 1
FRANCOPHONIE
LIVRES TÉLÉVISION
«Les chaînes francophones devraient êtreGallimard
traitées à parité avec les chaînes anglophones »ou Mémoire d’encrier ?
TV5 Québec Canada est une le. On a effectué notre entrée unique pour que les consomma-La Francophonie « a permis de décentraliser dans le monde de la publicité il teurs ailleurs au Canada aientchaîne privée dont la mission
y a maintenant près de cinq accès à un produit francophone àla littérature francophone » est publique. Ce télédiffuseur ans et nos revenus publicitaires un prix abordable.»
travaille avec un partenaire ne cessent d’augmenter depuis, La majorité des «télédistribu-
Le concept de Francophonie existe depuis 1969. En plus de ce qu’on doit à un effort impor- teurs» anglophones placent pré-européen qui est TV5 Monde.
tant à l’interne des gens de la sentement les chaînes franco-quarante d’ans d’existence, donc, la Francophonie a-t-elle su Ce phare de la diffusion d’une
production et des ventes; on est phones dans un bouquet théma-transformer le monde de la littérature francophone? Entre- télé francophone à travers le aussi tributaire de ce succès tique, «de telle sorte que le télé-
tien avec Rodney Saint-Éloi, écrivain et directeur-fondateur monde est en bonne santé fi- grâce à la compréhension de spectateur doit acheter un produit
SOURCE TV5de la maison d’édition québécoise Mémoire d’encrier. plus en plus grande de nos an- global qui comprend un paquet denancière ici et souhaite re-
Suzanne Gouin, p.-d.g. de TV5nonceurs envers la qualité du chaînes anglophones pour unejoindre davantage l’auditoire
tion d’écrire de telle ou telle ma- produit que représente TV5.» seule qui soit francophone». TV5PIERRE VALLÉE
canadien de langue française.nière, selon l’endroit d’où l’on Dans le domaine de la télédis- blique que nous avons est ren- se trouve de la sorte pénalisée:
a Francophonie réunit provient. Dany Laferrière a tribution, les revenus sont éga- forcée par notre capacité de «Pour la bonne raison que nous«L tous ceux qui ont reçu en même intitulé un de ses romans lement en croissance. pouvoir générer des revenus.» sommes la seule chaîne spécialiséeRÉGINALD HAR VEY
héritage la langue française. Je suis un écrivain japonais. Les Il tombe sous le sens que qui soit généraliste; on travaille
Nouvelle donneElle réunit donc tous ceux qui écrivains africains vont au-delà a présidente et directrice cette petite télévision indépen- donc très fort pour que soit présen-
écrivent en français, qu’ils pro- du folklore africain. Il existe une L générale de l’organisme à dante demeure plus fragile À compter de septembre tée l’originalité de notre produit.»
viennent de la France ou de certaine altérité qui fait que but non lucratif qu’est TV5, Su- que des chaînes appartenant à 2011, les règles du jeu vont chan- Ce mode de fonctionnement
l’Europe, de l’Amérique, de l’autre n’est plus fixé dans son zanne Gouin, laisse voir la natu- des empires comme ceux de ger avec la déréglementation im- semble quelque peu inusité
l’Afrique ou des Caraïbes. La seul territoire.» re du partenariat avec TV5 Quebecor ou de Rodgers, mais posée par le Conseil de la radio- dans un pays officiellement bi-
Francophonie a donc joué un De plus, les écrivains d’ori- Monde: «Nous procédons à des elle tire profit de sa structure diffusion et des télécommunica- lingue: «On devrait favoriser le
rôle important en permettant le gine étrangère qui vivent échanges d’émissions, mais nous de fonctionnement: «On est la tions canadiennes (CRTC): les rayonnement de nos produits à
décloisonnement des littératures ailleurs que dans leur pays avons deux structures de fonc- seule chaîne à but non lucratif, télédiffuseurs entreront dans travers le pays. Toutes les chaî-
francophones, estime Rodney profitent aussi de ce nouvel es- tionnement entièrement auto- indépendante et francophone une nouvelle ère. Suzanne nes francophones devraient être
Saint-Éloi. Et cela est propre à pace de liberté imaginaire. «Il nomes et qui diffèrent quelque qu’on retrouve sur le marché Gouin éprouve une certaine ap- traitées à parité avec les chaî-
la littérature même, dont l’un est aujourd’hui possible de po- peu quant au mode d’activité et canadien.» Par contre, il est préhension dans ce contexte: nes anglophones. Ici, au Qué-
des rôles essentiels est d’ouvrir ser un regard critique sur le de financement; par contre, nous possible de tirer profit de ce «Nous sommes présentement sou- bec, les anglophones bénéficient
des fenêtres.» pays d’accueil. Ce n’est plus né- sommes complémentaires sur le statut: «Comme on est un orga- cieux par rapport à la distribu- de toutes les chaînes anglo-
La Francophonie a aussi per- cessaire d’être né au Québec plan de la mission.» nisme à but non lucratif, tous tion hors Québec, étant donné phones disponibles; je ne crois
mis de mettre fin à un certain pour écrire sur le Québec.» Il fut un temps où TV5 Qué- les profits que nous faisons sont que, malgré les demandes de plu- pas qu’il y ait un problème
colonialisme culturel. «Il fut un bec Canada a éprouvé des dif- réinvestis automatiquement sieurs chaînes francophones ca- d’approvisionnement de ce côté-
Soutien de l’Étattemps où la France était le ficultés financières, mais cette dans la programmation ou la nadiennes, le CRTC n’a pas forcé là à un prix abordable.»
grand cousin et tous les autres Mais cette littérature fran- période est révolue: «On se promotion de nos activités; les distributeurs anglophones à
n’étaient que des petits cousins. cophone, pour prendre raci- porte très bien à l’heure actuel- dans ce sens, la mission pu- offrir celles-ci dans un bouquet Collaborateur du Devoir
C’était la métropole littéraire à ne, doit s’inscrire dans le réel,
l’égard des villages littéraires. c’est-à-dire être éditée et pu-
Mais la Francophonie a créé bliée. Les éditeurs québécois
plus de fluidité entre les littéra- peuvent-ils compter sur le La télé québécoise francophone regorge
tures, ce qui a permis de mettre soutien des pouvoirs publics?
fin à une certaine condescendan- «Si un éditeur québécois choi-
ce. Elle a aussi permis à la litté- sit de publier l’œuvre d’un au- de talents, mais…
rature francophone d’entrer dans teur étranger, il le fait en assu-
l’ère postcoloniale.» mant tous les risques finan-
Rodney Saint-Éloi croit que ciers. Les programmes québé- faut donc que collectivement, À cet égard, force est d’ad- voie ensuite en diffusion dansLoin de faiblir, l’écoute des
la Francophonie a aussi per- cois comme canadiens de sou- dans un monde qui est en pro- mettre une réalité qui cause toutes les directions, ça coûte deproductions télévisuelles
mis de décentraliser la littéra- tien à l’édition sont conçus fonde mutation, on préserve nos un problème pour l’instant: «Il l’argent, alors qu’il n’y en pas
francophones augmente.ture et d’élargir la littérature pour promouvoir uniquement moyens pour produire de la n’y pas un sou à faire du côté de plus dans le système.»
française. «On n’a qu’à regar- les auteurs québécois et cana- bonne télévision qu’on va pou- la webtélé, mais produire des
der la rentrée littéraire françai- diens, c’est-à-dire ceux qui sont a tarte de la télévision fran- voir regarder partout.» émissions de qualité qu’on en- R. H.
se pour s’en convaincre. On nés ici ou qui ont la citoyenne- L cophone québécoise se divi-
compte aujourd’hui, parmi les té canadienne.» se grosso modo comme suit:
auteurs publiés chaque année, Mais l’État n’est pas pour au- TVA occupe 30 % des parts du
un nombre toujours croissant tant entièrement absent dans marché, Radio-Canada, 15 %,
d’auteurs qui ne sont pas d’ori- cette littérature francophone Canal V, 10 %, et Télé-Québec,
gine purement française. Elle a décloisonnée. «Je pense notam- 3 %. De son côté, Astral Média a
aussi permis de décentraliser la ment au programme Québec été le premier à se lancer dans
littérature francophone. Paris, Édition, de l’Association natio- les chaînes spécialisées et
malgré son importance, n’est nale des éditeurs de livres, qui payantes; il s’est positionné
est soutenu par les organismesplus le centre littéraire franco- comme le leader dans ce domai-
phone. On peut maintenant publics, comme la SODEQ, et ne en devenant propriétaire de
réussir ailleurs qu’à Paris.» qui permet d’assurer la présence huit chaînes francophones de
Il donne en exemple Felwi- d’éditeurs francophones québé- ce type; ce à quoi s’ajoutent les
ne Sarr, un jeune auteur séné- cois et canadiens aux foires in- deux chaînes payantes Super
galais. «Le premier roman de ternationales du livre, tel le Sa- Écran et Cinépop, ce qui totalise
Felwine Sarr a été publié chez lon du livre de Paris. Ce sont 20 % d’une assiette télé québé-
Gallimard. Mais il a choisi de des occasions qui nous permet- coise bien garnie.
publier son second roman, ici tent de tisser des liens avec des Voilà le portrait que dresse Ju-
au Québec, chez Mémoire d’en- éditeurs étrangers.» dith Brosseau, vice-présidente
Des liens utiles, puisque la principale programmation, com-crier, ma maison d’édition.
Felwine Sarr habite toujours coédition devient de plus en munication et médias numé-
Dakar, mais il a choisi une plus la voie à suivre lorsqu’on riques chez Astral: «C’est nous
maison d’édition québécoise veut publier un auteur étranger. qui avons mis la table il y a une
plutôt que française, ce qui au- «Il se fait beaucoup de coédition vingtaine d’années pour ce que
rait été impensable il n’y a pas et c’est moi-même une formule l’on vit aujourd’hui en spécialisa-
si longtemps.» que j’utilise. Par exemple, dans tion et, en même temps, on est de-
le cas de Felwine Sarr, je suis venu le joueur qui, parmi les télé-
Un nouvel imaginaire présentement à la recherche d’un diffuseurs, est le partenaire le plus
Le décloisonnement des litté- éditeur sénégalais. Il y a plu- important auprès des producteurs
sieurs avantages à la coédition, indépendants québécois, pour laratures amené par la Franco-
phonie a non seulement favori- dont le plus apparent est le par- bonne raison qu’on ne produit
sé les échanges, mais il a aussi tage des risques financiers. Mais rien à l’interne.»
permis de créer davantage la coédition a aussi d’autres Et si, «partout dans le monde,
d’ouverture. «Cela a créé un es- avantages, dont celui de per- ce sont les chaînes spécialisées qui
pace de diversité en mettant mettre le livre solidaire, c’est-à- sont en croissance, et non les tra-
l’imaginaire de l’un en présence dire de varier au prix du livre se- ditionnelles», il y a un problème à
de l’imaginaire de l’autre. Cette lon le pays. Un livre qui se vend être francophone: «Ce sont les
proximité a permis la permuta- 20 dollars à Montréal ne peut mêmes pour tout le monde, au-
tion et le transfert de l’un à pas se vendre le même prix à Da- tant les télévisions publiques que
kar. De plus, la coédition permet privées: c’est toute la question dul’autre, avec pour conséquence
d’importantes avancées au ni- une meilleure gestion éditoriale financement.» Des émissions
veau de l’imaginaire.» et un meilleur suivi sur le ter- coûteuses à réaliser ne sauraient
Il donne en exemple la ques- rain de la distribution. Contrai- exister sans le soutien d’un finan-
tion de la territorialité. «Les au- rement à une livre de beurre, cement public.
teurs francophones sont de moins qu’on place là, dans le présentoir
Une véritable mine en moins limités dans le choix du magasin, et que les gens achè-
de créateursdes sujets qu’ils abordent et la teront, on ne peut pas faire la
question territoriale est de moins même chose avec un livre. Il faut Mais est-il compliqué de le fai-
en moins importante. L’espace au livre un suivi personnalisé, re en français? «Oui, mais, en
car le livre est avant tout un pro-imaginaire s’est élargi et tout le même temps, je suis toujours pro-
monde est libre de choisir son su- duit de proximité.» fondément éblouie par la qualité
jet. Les contraintes ethniques de la création québécoise en télévi-
s’estompent, tout comme l’obliga- Collaborateur du Devoir sion. Il est extraordinaire de
constater à quel point il existe ici
du talent dans tous les genres.»
Si le problème en est un de fi-
nancement, rien n’empêche que
le succès est au rendez-vous:
«Celui-ci se traduit en matière
d’écoute et il est unique au monde.
Au-delà du fait que nous sommes
protégés par la barrière linguis-
tique, c’est parce que notre télévi-
sion est d’une grande qualité, ce
qui doit continuer d’être.»
Ce mode de communication
est actuellement placé en posi-
tion de diffusion éclatée, ce
qui l’amène à poser d’abord le
constat que l’écoute télé n’a
pas diminué mais plutôt aug-
menté en matière d’heures par
semaine, celle-ci oscillant au-
tour de 29 heures par person-
ne: «Les gens regardent des
PATRICIA LAMY écrans en tous lieux, mais ce
Rodney Saint-Éloi qui est écouté, c’est de la télé. Il

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