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42 I EN PRATIQUE I I ÉCONOMIE et MANAGEMENT I n° 132 I juin 2009 I Niveau Discipline Classes préparatoires économiques et commerciales, option technologique Économie* Les classes préparatoires économiques et com-merciales, voie technologique, ont été créées en 1976. Si, pendant des années, la voie ECT a eu un statut qu'il faut bien qualifier de confi- dentiel, sa place et sa légitimité, à côté des voies scientifique et économique, ne sont plus contes- tées aujourd'hui, car le dynamisme est du côté de la voie technologique. Chaque année, de nouvelles classes sont ouvertes pour un maillage de plus en plus fin du territoire. Aujourd'hui, l'offre est de plus de 30 classes, et la volonté est réelle de poursuivre dans ce sens. Mais la voie « techno » est surtout forte de ses élèves – 1 600 scolarisés en première et deuxième année – qui, chaque année, se frottent aux concours les plus sélectifs avec des résultats plus qu'honorables. Il faut insister sur le fait que le pourcentage d'in- tégrés de la voie technologique est le même que pour les autres voies, plus de 85 % soit le niveau le plus élevé de toutes les filières de l'enseigne- ment supérieur. Au lycée Kastler, la norme est même d'atteindre 100 % d'intégrés dans l'une des écoles du chapitre des grandes écoles.

  • façon abstraite

  • analyse de l'intégration financière

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  • classe préparatoire

  • épreuve d'économie


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sLESNOUVELLESÉPREUVES  DECONCOURSDESPRÉPASECT
Le programme d’économie des classes préparatoires économiques et commerciales option technologique a changé. Les concours de la session 2009 ont porté pour la première fois sur ce nouveau programme entériné par arrêté ministériel du 24 juillet 2007 et publié 1 auBulletin Officiel de l’Éducation Nationale. Entré en vigueur à la rentrée 2007, le nouveau programme d’économie s’accompagne d’une nouvelle définition des épreuves et de nouvelles méthodologies à mettre en œuvre. Pour mieux faire comprendre ce que nous faisons en classe préparatoire, nous proposons, dans cette première partie, un exemple de sujet zéro d’économie 2 de la banque d’épreuves Écricome .
Discipline
Niveau
Économie*
Classes préparatoires économiques et commerciales, option technologique
es classes préparatoires économiques et com-L merciales, voie technologique, ont été créées en 1976. Si, pendant des années, la voie ECT a eu un statut qu’il faut bien qualifier de confi-dentiel, sa place et sa légitimité, à côté des voies scientifique et économique, ne sont plus contes-tées aujourd’hui, car le dynamisme est du côté de la voie technologique. Chaque année, de nouvelles classes sont ouvertes pour un maillage de plus en plus fin du territoire. Aujourd’hui, l’offre est de plus de 30 classes, et la volonté est réelle de poursuivre dans ce sens. Mais la voie « techno » est surtout forte de ses élèves – 1 600 scolarisés en première et deuxième année – qui, chaque année, se frottent aux concours les plus sélectifs avec des résultats plus qu’honorables. Il faut insister sur le fait que le pourcentage d’in-tégrés de la voie technologique est le même que pour les autres voies, plus de 85 % soit le niveau le plus élevé de toutes les filières de l’enseigne-ment supérieur. Au lycée Kastler, la norme est même d’atteindre 100 % d’intégrés dans l’une des écoles du chapitre des grandes écoles. Par ailleurs, les meilleurs élèves de la voie techno intègrent eux aussi les plus grandes écoles, y compris HEC ou l’ESSEC. Et que dire des témoi-gnages des directeurs d’école qui se réjouissent ouvertement de pouvoir compter parmi leurs étudiants des élèves motivés, animés le plus souvent d’un projet et d’une maturité souvent supérieure à la moyenne. Ce qui fait la force de nos élèves, c’est qu’ils ne viennent pas en prépa ECT par hasard.
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Séquence proposée par Frédéric Larchevêque*
Parfois, la démarche est strictement person-nelle et le fruit d’un choix réfléchi. Dans d’autres cas, le choix est le résultat d’une rencontre avec un professeur, un chef d’établissement qui ont suggéré cette orientation possible à un élève qui en ignorait parfois jusqu’à l’existence. Mais, dans tous les cas, il s’agit toujours pour ces élèves de se prouver à eux-mêmes et aux autres qu’ils peuvent eux aussi, par leur travail, rejoindre l’élite. Certes, il reste encore beau-coup à faire pour vaincre les censures de toutes sortes, mais une chose est certaine : chaque année de plus en plus d’élèves de STG font ce choix de la prépa et montrent qu’il est possible d’y réussir. Les nouveaux programmes, tout comme les nouvelles épreuves d’économie et droit, doivent y participer.
« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. » Sénèque, philosophe de l’Antiquité rattaché à l’École des philosophes stoïciens.
* Professeur de chaire supérieure en classe préparatoire ECT au lycée Alfred-Kastler de Cergy (95). 1.www.education.gouv.fr,B0n° 32 du 13 septembre 2007, modifié auBOn° 36 du 11 octobre 2007. 2. La seconde partie de cet article, à paraître dans le prochain numéro d’Économie et Management, proposera un exemple II de sujet zéro ESSEC et un exemple de sujet zéro de l’ESC Troyes.
LES INTENTIONS DU NOUVEAU PROGRAMME D’ÉCONOMIE
Les raisons de la réforme
L’élaboration d’un nouveau programme s’imposait pour différentes raisons. En premier lieu, les programmes de la voie technologique dataient de 1995, et leur ancienneté justifiait un profond renouvellement pour mieux convenir aux attentes des écoles de management relatives à la formation de base d’un futur cadre dirigeant. En second lieu, le passage de quatre heures à trois heures de cours hebdomadaire nécessitait un allègement des contenus que seule une réforme de fond rendait possible. Enfin, il convenait de mettre en cohérence les programmes des classes préparatoires avec ceux de la filière techno-logique profondément transformée par la réforme donnant naissance à la série STG.
Les objectifs du nouveau programme
La commission, constituée par l’Inspection générale d’économie et gestion, a été animée par une double volonté. Le travail du groupe a d’abord été guidé par la volonté d’approfondir les compétences notionnelles et méthodologi-ques des programmes de la série STG afin que les bacheliers bénéficient de leurs acquis. Ensuite, le choix a été fait de traiter les théories économi-ques non pas en elles-mêmes de façon abstraite mais en lien avec les grands débats économiques contemporains. L’objectif visé est, au final, de doter nos étudiants d’une solide culture économique leur permettant de comprendre et d’agir dans un monde complexe en permanent changement. Cela suppose de pouvoir repérer et formuler des arguments étayés par des références précises et de les mettre en perspective de façon critique pour formuler un avis éclairé. Les nouvelles épreuves sont conçues dans cet esprit.
Un programme organisé en quatre modules
Le nouveau programme d’économie est conçu en quatre modules constituant un tout cohérent, sans séparation impérative entre les deux années de formation. On ne peut donc déduire du mode de présentation que les deux premiers modules constituent le programme de la première année et les deux derniers celui de la seconde année. Concrètement, chaque professeur est libre d’agencer les connaissances requises en fonction de ses propres choix pédagogiques.
er 1 module « Les fondements de l’économie de marché »
Ce module pose le cadre macroéconomique des activités économiques (fonctions principales des
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agents, équilibre ressources et emplois des opéra-tions sur biens et services) dans une économie concurrentielle (formation et rôle du prix, struc-tures de marché et stratégies des firmes), rend compte des déficiences de marché (externalités, bien collectif, monopole naturel, asymétrie d’in-formation) et analyse les imperfections de la concurrence et les pratiques anticoncurrentielles. Il est complété par un exemple particulier de marché, le marché du travail à travers les spécifi-cités des comportements d’offre et de demande et l’analyse de la formation des salaires.
e 2 module « Les conditions et les finalités de la croissance »
Ce module décrit la contribution des facteurs de production à la création de richesse et analyse les déterminants à court terme et à long terme de la croissance. Il est complété d’une explication du rôle des institutions financières et des marchés financiers dans la croissance et d’une analyse critique des effets de la croissance sur le bien-être.
e 3 module « La justification des politiques économiques »
Ce module présente successivement les inter-ventions de l’État dans l’allocation des ressources (financement de biens collectifs, correction des externalités, amélioration du fonctionnement de l’économie de marché, soutien apporté à la compétitivité des entreprises et à l’attractivité du territoire), dans la redistribution des richesses (correction des inégalités de revenus et finalités du système de protection sociale), dans la régu-lation des équilibres macroéconomiques par des politiques économiques conjoncturelles et struc-turelles adaptées.
e 4 module « L’internationalisation des économies »
Ce dernier module décrit successivement les effets de la spécialisation des nations, rend compte de l’utilité et des modalités d’une organi-sation mondiale du commerce. Il est complété de l’analyse de l’intégration financière croissante en insistant notamment sur les stratégies d’implan-tation des firmes multinationales et le bien-fondé de l’ouverture des économies aux mouvements de capitaux. L’intégration économique et monétaire européenne ainsi que les effets économiques et sociaux de la mondialisation commerciale et financière dans les pays développés et en déve-loppement concluent ce module.
LES NOUVELLES DÉFINITIONS D’ÉPREUVES
Si les quatre modules du programme d’éco-nomie constituent le socle notionnel de la prépa-ration des élèves aux concours, les écoles de
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commerce et de management ont la responsabi-lité de la définition des nouvelles épreuves d’ad-mission et de leur conception.
Les modalités de l’épreuve d’économie
L’épreuve d’économie innove sur deux points principaux : – la première nouveauté découle de son couplage avec le droit pour une épreuve unique d’une durée de quatre heures. Alors qu’aupara-vant, l’épreuve de droit était couplée avec celle de techniques quantitatives de gestion, l’épreuve d’économie et droit est conçue en deux parties indépendantes et donne lieu à une note unique ; – la seconde nouveauté réside dans le fait que les écoles de commerce et de management, conceptrices des sujets, ont fait le choix de subs-tituer à l’épreuve de dissertation avec ou sans documents, trois types d’exercices : synthèse de documents, réflexion argumentée, questionne-ment synthétique (QCM et vrai-faux).
MODALITÉS DE L’ÉPREUVE D’ÉCONOMIE ET DROIT SELON LES BANQUES DE SUJETS
Écoles conceptrices des sujets
ESSEC
ESC TROYES
ÉCRICOME
Modalités de l’épreuve d’économie
Épreuve de 2 h 30 1. Synthèse de documents (60 % de la note) synthèse en 500 mots environ 2. Réflexion argumentée en lien ou non avec la documentation (40 %)
Épreuve de 2 h 30 Synthèse de documents : trois à quatre documents pour un volume de 3 000 mots environ à synthétiser en 500 mots environ
Épreuve de 1 h 30 1. Questionnement synthétique : QCM et vrai-faux (40 % de la note) 2. Réflexion argumentée (60 %)
Modalités de l’épreuve de droit (pour mémoire)
Épreuve de 1 h 30 1. Cas pratique, cas d’entreprise, consultation juridique ou autre 2. Rendre compte de sa veille juridique (démarches et résultats)
Épreuve de 1 h 30 1. Cas pratique 2. Argumentation ordonnée relative à l’activité de veille juridique
Épreuve de 2 h 30 1. Résolution d’un cas pratique 2. Analyse d’arrêt (arrêt de la Cour de cassation) ou analyse d’un contrat 3. Question d’actualité juridique
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Cette nouvelle épreuve d’économie et droit est une épreuve de concours. Par conséquent, elle doit être jugée avant tout à l’aune de sa capa-cité à discriminer de façon la plus juste possible les candidats. En d’autres termes, à sa capacité à récompenser les bons candidats qui auront su se forger, par leur travail régulier, une solide culture économique et acquérir une aisance dans l’exposition des idées, les leurs ou celles d’un corpus documentaire. Certains jugent avec sévé-rité le choix de la synthèse et n’hésitent pas à la qualifier de « régression par rapport à la situation 3 actuelle ». Mon expérience d’enseignement du nouveau programme et des nouvelles méthodo-logies depuis deux ans, tout comme ma connais-sance de la réalité passée ne me permettent pas de partager ce sévère jugement. Et pourtant, j’ai été moi-même formé à la dure discipline de la dissertation d’analyse économique et je ne peux nier mon attachement à ce type d’exercice par lequel la pensée se confronte à un cadre formel exigeant.
Concrètement, a-t-on perdu en crédibilité à la suppression de la dissertation d’analyse économique aux concours ?
La dissertation reste, de fait, l’épreuve « reine » de nombreux concours, notamment « pour les autres voies des classes préparatoires économi-ques et commerciales (la voie scientifique ECS, la voie économique, ECE, et ENS-Cachan). Cela interdit-il d’imaginer d’autres formes d’épreuves ? Par principe non. De nombreux concours admi-nistratifs de niveau A recrutent sur la base des résultats obtenus à des synthèses d’ensemble documentaire et, si l’ENA utilise ce type d’épreuve, je doute que l’on puisse dire que le concours est moins exigeant. Il semble réducteur de croire qu’il n’existe qu’un seul type d’exercice susceptible de repérer, parmi nos jeunes, ceux capables de penser juste et de raisonner clairement. La disser-tation est l’un de ceux-là, mais il en existe d’autres dont la note de synthèse fait partie, et on ne perd nullement sa crédibilité à ouvrir le recrutement à de nouvelles compétences intellectuelles et à de nouveaux savoir-faire.
L’épreuve de la note de synthèse ne privilégie-t-elle pas la forme pour le fond ?
Là encore, évitons toute forme de manichéisme. La dissertation n’a nullement l’exclusivité de la vérification de l’aptitude à la compréhension d’un sujet et le monopole du contrôle de l’acquisition de véritables connaissances de fond. Et la note de synthèse ne peut être réduite à un exercice simple-ment formel de restitution élégante d’idées et de thèses que le candidat n’aurait plus qu’à reprendre
3. Bialès Christian « L’économie dans nos filières technologiques », Cahiers économie et gestionn° 98, juin-juillet 2008.
et à agencer de façon cohérente. Cette « préé-minence » de la forme sur le fond est en réalité pure imagination. Dans les faits, la dissertation est un exercice au moins aussi formel que celui de la synthèse et même bien davantage, par compa-raison à la synthèse telle qu’elle est décrite dans la définition des nouvelles épreuves. Personne ne peut ignorer que, dans de très nombreux cas, à la réflexion sur le sens du sujet, au questionnement problématique savamment justifié, se substitue le produit d’un « bachotage » à partir de sujets proches donnés par le professeur. La synthèse n’offre plus cette protection. Les élèves en sont d’ailleurs bien conscients, et pour eux l’exercice de la note de synthèse est bien moins rassurant que celui de la dissertation. Ils ont bien compris qu’ils ne pourront jamais se reposer sur des sujets voisins corrigés par leur professeur. L’ensemble documen-taire sera toujours inédit et, de ce point de vue, en faire la synthèse exige une capacité d’adaptation toujours renouvelée. Mon expérience de profes-seur et de correcteur de différents concours m’in-cite à penser que cette fraîcheur et cette capacité d’adaptation ne se retrouvent que très rarement avec la dissertation. Le plus bel exemple est celui des candidats à l’agrégation externe d’économie et gestion qui se présentent à l’épreuve de TEJS avec une valise pleine de sujets déjà préparés. Que
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récompense-t-on alors : la plus grosse valise ou celui qui pense et sait s’adapter à des situations nouvelles? À l’inverse, j’affirme que s’il est possible de concevoir une dissertation passable, même si le sujet n’est pas vraiment compris. Il n’en va pas de même avec la note de synthèse, si les documents ne sont pas compris. J’étais moi-même très scep-tique à cet égard et je pensais qu’un élève sachant lire pourrait, sans travail, réaliser une synthèse de qualité sur la maîtrise de simples qualités « natu-relles » d’écriture. J’en suis revenu depuis. Mes élèves m’en font d’ailleurs souvent l’aveu. Leur expérience leur démontre qu’il est impossible de confectionner une bonne synthèse sans de solides connaissances qui permettront de comprendre les idées exposées et surtout de les hiérarchiser et les ordonner de façon personnelle. Mon sentiment est qu’il n’y a guère de raison de douter de la crédibilité intellectuelle de cette nouvelle épreuve. Exigeante sur la forme comme sur le fond, elle permettra de récompenser les meilleurs tout en élargissant les chances de réus-site à des profils différents. Nous espérons que les exemples du sujet zéro proposés ci-dessous en apporteront la démonstration empirique à ceux qui ne seraient pas convaincus. Quant à moi, je dis «chapeau!» aux élèves de la voie techno, aux miens en particulier, pour tout ce qu’ils font pour réussir.
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À NOUVELLES ÉPREUVES, NOUVELLES MÉTHODOLOGIES
La méthodologie de la synthèse de documents
La note de synthèse vise à restituer un ensemble de documents de 3 000 mots environ en 500 mots seulement. Il s’agit de rendre compte d’un corpus de textes de façon concise, claire, exacte et struc-turée, de telle sorte que le lecteur puisse se faire rapidement un avis sans avoir besoin de prendre connaissance lui-même des documents. La note de synthèse n’est ni un résumé ni une dissertation : – ce n’est pas un résumé, car la note de synthèse n’est pas une juxtaposition des résumés des diffé-rents documents ; – ce n’est pas une dissertation, car les idées exposées sont exclusivement celles des documents et qu’il ne s’agit pas ici de chercher à convaincre. La note de synthèse évalue des aptitudes spéci-fiques : – la capacité à comprendre les documents fournis, à dégager leur cohérence pour en resti-tuer l’essentiel sans paraphrase ; – la capacité à dégager les arguments des docu-ments sans en utiliser d’autres ; – la neutralité et l’objectivité, car le « je » est à proscrire et il est exclu de prendre parti ; la qualité de l’expression écrite et de la présen-tation formelle. Réussir une bonne synthèse suppose : – de solides connaissances des raisonnements et des théories économiques qui permettront une compréhension rapide des thèmes et arguments ; – une parfaite maîtrise du vocabulaire écono-mique qui permettra de retranscrire avec justesse les idées; – l’application d’une démarche rigoureuse d’ex-ploitation des documents ; – une grande liberté d’esprit pour s’approprier l’ensemble documentaire de façon personnelle et dynamique. La réussite dépend pour une bonne part de la qualité du travail préparatoire. Deux démarches sont possibles.
re 1 démarche : les « répertoires d’idées »
Elle consiste à lire une première fois les textes de façon cursive pour identifier le problème central étudié et repérer les « répertoires d’idées » (« grandes catégories d’idées ») qui seront la base de votre plan. L’entraînement permet assez rapi-dement de s’apercevoir que certaines catégo-ries reviennent fréquemment, par exemple les problèmes, les facteurs explicatifs, les solutions, les obstacles à leur mise en œuvre, etc. Mais atten-tion à ne pas tomber dans le stéréotype. La seconde lecture est plus approfondie, mais elle est guidée par les « répertoires d’idées ». Il
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convient d’ouvrir autant de fiches (feuilles de brouillon) que de « répertoires d’idées » et, au fur et à mesure de la lecture, vous notez les idées formulées dans chaque répertoire. Les avantages de cette démarche sont nombreux : – elle est probablement la seule adaptée dès lors que le nombre de documents est supérieur à cinq ou six, car généralement le nombre de réper-toires d’idées n’excède pas quatre ; – elle permet d’éviter les doublons (même idée exprimée dans deux textes) ; – elle est le garant de la neutralité et de l’objec-tivité du recensement des idées ; – elle est un bon garde-fou à la paraphrase, car elle suppose une reformulation des idées recen-sées; – elle prépare la construction du plan détaillé de la synthèse (rappelons que ce plan ne consiste jamais à reprendre l’ordre des documents, pas plus qu’il n’est le plus souvent suggéré par l’en-semble documentaire) ; – elle facilite la phase de rédaction, puisque toutes les idées sont disponibles et classées selon un ordre cohérent et original. Toutefois, sa mise en œuvre n’est pas toujours facile et requiert une bonne culture générale écono-mique, un esprit déductif et de l’entraînement. La principale difficulté réside dans le repérage des bons répertoires d’idées et leur agencement dans un plan personnel. Très souvent, la seconde lecture conduit à des ajustements sensibles.
e 2 démarche : l’analyse par document
Elle consiste à lire les documents de façon approfondie afin de recenser les idées document par document. Il convient de créer une feuille de brouillon par document ou de partager une feuille de format A4 en autant de colonnes que de documents. Cette première phase de recensement des idées doit ensuite être complétée par une seconde qui vise à regrouper les idées selon leur nature afin de construire son plan autour du problème central. Les avantages de cette méthode sont impor-tants: – tout d’abord, elle a le mérite d’être rassu-rante, car elle s’accommode d’une mise en action rapide ; – elle est plus abordable pour ceux qui rencon-trent des difficultés à appliquer la méthode plus conceptuelle des répertoires d’idées. Si elle apparaît plus accessible, elle présente aussi des inconvénients : – le recensement des idées est systématique et aboutit à une prise de notes abondante qui prend du temps. Il est important d’éviter les répétitions ; – le recensement des idées dans un tableau par document est effectué sans plan préconçu, par conséquent il est difficile de hiérarchiser les idées ; – le problème de la conception d’un plan
cohérent a finalement été repoussé, mais il reste entier. Le risque de cette méthode est évident : se laisser dominer par les textes que l’on suit de façon trop linéaire.
La synthèse rédigée
La synthèse rédigée doit comporter : – une courte introduction, qui comprend une phrase d’accroche significative tirée des docu-ments, un questionnement problématique trans-versal au thème et éventuellement l’annonce du fil conducteur de la synthèse ; – un développement, qui respecte le fil conduc-teur. Il est organisé à cette fin en deux ou trois parties au maximum, structurées en arguments ; – une très courte conclusion, qui répond à la question transversale formulée en introduction.
La méthodologie de la réflexion argumentée
L’objectif principal de cet exercice est de véri-fier l’aptitude du candidat à structurer une courte réflexion étayée d’arguments précis.
L’exigence de concision
Compte tenu du temps réduit imparti à cette partie de l’épreuve d’économie, cette exigence de concision en entraîne deux autres.
Produire des textes courts au contenu dynamique Pour des raisons matérielles évidentes, il n’est pas question de produire un long texte de six ou huit pages. Pourtant, il n’existe pas de règles impératives en ce domaine. Disons que deux à quatre pages paraissent un maximum. Ce qui compte, avant tout, c’est la capacité à aller à l’es-sentiel, la rigueur de la structure, le dynamisme de l’exposé et la qualité des arguments théori-ques et factuels retenus.
Respecter certaines règles de forme Le fait que le texte produit soit relativement court nécessite qu’il soit très bien construit, lisible et bien présenté. Le lecteur pardonnera difficile-ment qu’un texte court soit truffé de fautes d’orthographe, d’incorrections grammaticales ou encore de phrases mal tournées. La ponctuation doit être bien marquée. Une phrase se termine par un point et la suivante commence par une majuscule. On évitera les phrases trop longues ponctuées de nombreux « que » ou « qui ». Enfin, l’expression d’une pensée claire suppose la maîtrise et l’emploi du mot juste. Cette capacité à exprimer sa pensée avec le terme exact permet d’aller à l’essentiel et de satisfaire à l’exigence de concision. La lisibilité de la structure néces-site le respect de certaines règles : saut de ligne à chaque grande partie, renvoi à la ligne pour séparer chaque argument ou idée, etc.
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L’exigence de structuration de la réflexion autour d’arguments précis
Satisfaire à cette condition suppose de bien analyser la question posée, de proposer un fil conducteur autour de deux ou trois idées prin-cipales qui serviront de plan et de recenser les arguments théoriques et factuels essentiels.
Comprendre les attentes du sujet en procédant à une analyse précise du sujet La pire erreur consiste à mal lire et mal inter-préter le sujet. Dans ce cas, deux dangers symé-triques vous guettent : le développement hors sujet en tout ou partie ou le développement trop restrictif. Pour éviter ces deux écueils, une grande attention doit être apportée aux sens des mots-clés du libellé du sujet pour cerner les éléments de la controverse théorique sous-jacente.
Concevoir le plan de sa réflexion et recenser les arguments Compte tenu du temps imparti, mais aussi de la concision requise, on optera pour des plans simples du type : causes/conséquences ; facteurs explicatifs/solutions envisagées ; Oui car/Mais car, etc. Mais attention : il ne s’agit pas de plan fourre-tout ou passe-partout. Il convient d’indi-quer, par exemple, la nature des causes ou des conséquences, de qualifier avec suffisamment de précision les thèmes qui sont annoncés. En d’autres termes, le lecteur doit être clairement averti de ce qui sera ensuite développé et argu-menté. N’oubliez pas, il convient de concevoir un fil conducteur clair. Quel que soit le plan choisi, ce qui est déter-minant, c’est l’adaptation à la question posée et le caractère dynamique de la réponse proposée. Le plan conçu est annoncé, suivi et apparent. Il convient donc de faciliter la tâche du lecteur. Comment s’y prendre ? Tout d’abord, en l’aver-tissant dès l’introduction des grandes idées qui seront abordées, puis en le prévenant lors du passage d’une idée à l’autre par un saut de ligne, par l’usage de locutions ou encore d’une numérotation discrète. Il convient enfin de recenser avec précision les arguments utilisés au service des grandes idées présentées. Rappe-lons qu’un argument est une preuve qui sert à affirmer ou à réfuter un fait ou une idée. Il est utilisé pour convaincre. En d’autres termes, il n’est pas question ici de sentiment ou d’opinion, mais de raisonnements construits sur la base des enseignements de la théorie économique et de l’observation des faits.
Rédiger une courte introduction Sa fonction est decapter l’attention du lecteur. Les premiers mots doivent donc être bien choisis et soigneusement pesés. Il importe de situer le sujet dans les débats économiques et sociaux contemporains, parmi les grandes controverses
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économiques théoriques, et de choisir un fait, un chiffre particulièrement marquant. L’introduction présente les grandes idées au cœur du débat soulevé par la question posée et annonce la struc-ture du plan suivi.
Le questionnement synthétique sur les contenus du programme
Introduit dans la banque d’épreuves Écricome, ce type de questionnement peut prendre la forme d’un questionnaire à choix multiple (QCM) ou d’un vrai-faux. Dans son principe, ce type d’exercice demande au candidat de choisir parmi plusieurs réponses possibles sans avoir à justifier son choix. L’exercice doit être réalisé en un temps très limité, mais sans confondre vitesse et précipitation. La réussite à ce type d’exercice suppose, d’une part, une bonne mémorisation des éléments du cours (auteurs, principaux ordres de grandeur, bases conceptuelles et modèles explicatifs des faits économiques) et, d’autre part, une attention portée à la formulation du questionnement, car il en existe une grande diversité. Certains questionnaires comportent une seule réponse exacte, d’autres deux ou plusieurs, il convient d’être attentif à la formulation. Dans d’autres cas, il est demandé de déterminer si une affirmation est vraie ou fausse ou bien de déterminer, parmi plusieurs affirmations, celles qui sont justes ou celles qui sont fausses.
UN EXEMPLE DE SUJET ZÉRO D’ÉCONOMIE DE LA BANQUE ÉCRICOME
L’épreuve d’économie de la banque Écricome comporte deux parties distinctes : un questionne-ment synthétique sur les contenus du programme ou les thèmes qui s’y rattachent (40 % de l’épreuve), une réflexion argumentée sur un thème proposé (60 %). Elle dure 1 h 30. Le groupe Écricome a rédigé ce texte pour préciser les modalités de l’épreuve d’économie : « La première partie peut prendre la forme d’un questionnaire à choix multiple destiné à apprécier particulièrement la précision des connaissances relatives aux bases conceptuelles de l’analyse économique et aux modèles explica-tifs. La réflexion argumentée qui peut prendre la forme d’un développement structuré, permet d’évaluer les qualités d’analyse, de synthèse et d’argumentation des candidats. Elle permet aussi d’apprécier la capacité des candidats à combiner une connaissance rigoureuse des fondamentaux de l’économie à une ouverture sur les grandes questions économiques et sociales actuelles. » La formulation choisie, pour introduire les deux parties distinctes de l’épreuve d’économie, peut surprendre par son côté ouvert. Si l’on comprend bien, le groupe Écricome se laisse la possibilité d’infléchir le contenu de son épreuve.
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Dans le cadre de la préparation à la première session du concours, nous avons fait le pari que le groupe Écricome n’userait pas de cette liberté. C’est pourquoi, nous proposons un exemple de sujet zéro comportant en première partie un questionnaire à choix multiple et en seconde une réflexion argumentée.
Partie 1. Questionnaire à choix multiple (40 % de la note)
Vous entourez les lettres correspondant aux bonnes réponses sachant que, pour chaque ques-tion, il peut exister une ou plusieurs réponses.
QCM
1.Dans le système productif français, les PME… Ala plus grande part des inves- réalisent tissements productifs. Bparticipent beaucoup plus aux exportations que les grandes entreprises. Creprésentent 75 % environ du total desentreprises. Demploient plus de 50 % des effectifs occupés.
2.Le secteur secondaire atteint son apogée en France… e A auXIX siècle avec la deuxième révolution industrielle. Bles années 1990 avec la révolution des dans NTIC. Cau milieu des années 1970. Daprès le premier choc pétrolier.
3.La notion de capitalisation boursière désigne… Ala part du capital des sociétés cotées détenue par des sociétés de bourse. Ble montant des capitaux propres. Cle poids financier d’une société. Dla valeur boursière d’une société.
4.Pour Milton Friedman, la consommation… Aune fonction du revenu courant des est ménages. Best une fonction du revenu permanent. Cest une fonction instable du revenu. Dcroît moins vite que le revenu transitoire.
5.L’effet multiplicateur de la dépense publique… Amontre que le déficit budgétaire est inopérant. Best d’autant plus important que les ménages épargnent le supplément de revenu reçu. Cest d’autant plus important que les ménages consomment le supplément de revenu. Dest d’autant plus élevé que le pays est ouvert sur le reste du monde.
6.Qu’est-ce que le PIB ? Aune somme de valeurs ajoutées. Bune somme de dépenses. Cune somme de revenus.
7.Le PIB en volume… Adésigne le poids des biens et services produits dans l’économie. Best moins élevé que le PIB en valeur. Cnécessite de tenir compte de l’indice des prix à la consommation. Dd’établir des comparaisons interna- permet tionales de richesse entre les nations.
8.Le PIB de la Chine est supérieur à celui du Royaume-Uni. Est-ce à dire qu’un Chinois s’enrichit davantage qu’un Britannique ? Aoui. Bnon. Coui, mais en parité de pouvoir d’achat (PPA).
9.Une PME est une entreprise… Ade moins de 20 salariés. Bde 20 à 500 salariés. Cde 0 à 250 salariés. Dde moins de 500 salariés.
10.Les PME indépendantes contribuent en France à environ… A27 % de la valeur ajoutée produite en France. B42 % de la valeur ajoutée produite en France. C55 % de la valeur ajoutée produite en France. Dde 70 % de la valeur ajoutée produite plus en France.
11.Parmi les activités suivantes, lesquelles ne sont pas comptabilisées dans le PIB ? Ale travail au noir. Ble travail domestique. Cle bénévolat. Dles activités illégales.
12.Quelle est la signification d’un excédent courant ? A que la valeur des importations de B/S est supérieure à celle des exportations. Bque la valeur des importations de B/S est infé-rieure à celle des exportations. Cle pays concerné vit au-dessus de ses que moyens. Dque le pays investit moins qu’il n’épargne.
13.Les dépenses publiques… Adiminuent avec le développement économique. Bindépendantes du développement sont économique. Cplus que proportionnellement augmentent aux indicateurs de développement.
14.La baisse des impôts… Astimule l’offre pour les keynésiens. Bstimule la demande et l’offre. Cstimule la demande pour les libéraux.
15.Quel est le premier moteur de la croissance française depuis plusieurs années ?
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Ala consommation des ménages. Bl’investissement des entreprises. Cles exportations. Dla finance de marché.
16.Le secteur tertiaireAreprésente 75 % du total des emplois. B65 % de la valeur ajoutée totale. Csurtout progressé avant la seconde guerre a mondiale en France. Dest un signe du niveau de développement. Eproduit des gains de productivité élevés.
17.Lorsque le taux de change de l’euro s’apprécie par rapport au dollar, les pays de la zone euro… Adans les classements de la richesse reculent mondiale. Bdans les classements de la progressent richesse mondiale. C réduisent leur retard en termes de PIB par tête. Dperdent du terrain en termes de PIB par tête.
18.Les dépenses publiques représentent en France… A35 % du PIB. B44 % du PIB. C54 % du PIB. D64 % du PIB.
19.Une crise decrunch »« credit Aproduit lorsque Dali croque du chocolat se Lanvin à la télévision. Best un effet des asymétries d’information. Cdésigne le rationnement du crédit bancaire. D touche en premier lieu les grandes entre-prises.
20.Pour les économistes néo-classiques… Ala demande de travail est une fonction crois-sante du salaire. B la demande de travail est une fonction décroissante du salaire. Cde travail est une fonction croissante l’offre du salaire. D l’offre de travail est une fonction décrois-sante du salaire.
Corrigé du QCM
1.D 2.C 3.C, D 4.B 5.C 6.A, B, C 7.B, C 8.B 9.C 10.B
11.B, C 12.B, D 13.C 14.B 15.A 16.A, D 17.B, C 18.C 19.B, C 20.B, C
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Partie 2. Réflexion argumentée (60 % de la note)
Sujet de la réflexion argumentée
Les délocalisations sont-elles responsables de la désindustrialisation ?
Corrigé de la réflexion argumentée (plan détaillé)
Contexte Le développement économique des pays occi-dentaux et du Japon est historiquement conco-e mitant à la révolution industrielle desXVIII et e XIX siècles. Depuis les années 2000, la Chine fait figure « d’atelier du monde » et représente, pour beaucoup, un basculement du monde. Une définitiondesdélocalisations s’impose. Il importe d’insister sur le fait que la définition de la notion n’est pas consensuelle, ce qui a des consé-quences évidentes sur la mesure de l’ampleur du phénomène et de ses conséquences : – au sens strict, une firme délocalise lorsqu’elle ferme un site de production dans son pays d’origine pour la confier à un producteur situé à l’étranger. En ce sens, la délocalisation se distingue de la notion d’IDE ; – au sens large, délocaliser est le fait de confier un contrat de sous-traitance à un producteur étranger. Cette relation de sous-traitance n’entre pas dans la catégorie des IDE qui nécessitent une prise de contrôle capitalistique. On observe que la notion de délocalisation n’a pas de contours clairs, parce que l’on peut hésiter, dans certains cas, à qualifier un investissement à l’étranger de délocalisation. Lorsque Renault investit en Roumanie pour y faire fabriquer, par sa filiale Dacia, la Logan, il s’agita priori d’un IDE, car la production est destinée à une clien-tèle des pays émergents. Pourtant, depuis que Renault distribue la Logan en France, on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une délocalisation. La définition de la notion de délocalisation n’est pas arrêtée. De plus, cette notion ne fait pas l’objet d’un enregistrement comptable dans les balances des paiements. Son estimation est, de fait, soumise à discussion, et les évaluations écono-métriques de leurs effets sont très dépendantes de la définition plus ou moins restrictive retenue. La désindustrialisation est, en revanche, un phénomène avéré en France, depuis 1974. Il se mesure par la chute des effectifs employés dans l’industrie, par une contribution réduite à la valeur ajoutée globale en valeur (17 % aujourd’hui contre près de 30 % dans les années 1970) et au solde commercial souvent négatif dans les différentes branches industrielles.
Problématique Se peut-il qu’un jour il n’y ait plus d’usines en France ? Plus généralement, la base industrielle
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des pays développés va-t-elle se déplacer dans les économies émergentes ? Cette question est centrale, lorsqu’on sait quel rôle joue encore l’industrie dans l’économie.
re 1 partie Les délocalisations accélèrent le phénomène de la désindustrialisation, et suscitent des inquié-tudes, notamment pour l’emploi des moins quali-fiés et pour le maintien d’une base industrielle solide dans les pays à haut niveau de vie. A.La division internationale du système productif (DIPP) fait prendre de l’ampleur au phénomène de désindustrialisation. s�Explication de la mondialisation et de la DIPP qui s’ensuit : choix des localisations industrielles en fonction de certains avantages offerts par les différents territoires en concurrence les uns contre les autres (logique de segmentation de la chaîne de valeur et logique d’attractivité et d’avantages comparatifs des territoires). s�Exemples de fermetures d’usines/concurrence des pays à bas coût (Arena, électronique grand public, automobile, textile, etc.). s�Destruction d’emplois à grand retentissement médiatique (France, États-Unis). s�Les pays qui attirent les sites de production industriels sont des pays moins avancés, qui offrent des conditions salariales, réglementaires, sociales et fiscales avantageuses. s�On peut déplorer aussi l’absence d’une stra-tégie industrielle claire, notamment en Europe, où la politique de la concurrence s’est longtemps substituée à la mise en œuvre d’une véritable stratégie industrielle. De ce point de vue, le programme Airbus fut une exception.
B.Les stratégies de localisation des firmes multinationales suscitent des inquiétudes nombreuses et créent une insécurité forte pour les travailleurs. s�Certes les destructions d’emplois des travailleurs les moins qualifiés causées directe-ment par les délocalisations restent modestes en nombre (elles sont estimées notamment par l’Insee à 13 500 emplois détruits), mais elles touchent ceux qui ont aussi le plus de difficultés à se reconvertir. Le problème de la réaffectation des emplois n’est pas toujours bien géré par les pouvoirs publics des pays développés, en raison de poli-tiques de l’emploi défaillantes (à l’exception notoire du modèle danois de la « flexicurité » érigé en exemple à suivre). s�Problème de désertification industrielle (friches industrielles – régions, localités touchées de plein fouet par le départ d’une firme), de fortes externalités négatives se diffusent. La ques-tion de l’aménagement du territoire se pose. s�Perte de substance du tissu industriel, perte de savoir-faire dans certains domaines en raison de la logique de spécialisation dans des
avantagescomparatifsdeplusenpluslimitésàla haute technologie. L’économie française est actuellement absente de nombreux domaines et secteurs de l’industrie. On touche sans doute, là, les effets négatifs d’une extrême spécialisation. s�Développement de fortes résistances à la mondialisation. Demande de protection (de la part des travailleurs les moins qualifiés et des industriels menacés par la concurrence internationale) assez compréhensible face à la montée de l’insécurité, mais solution pourtant très coûteuse sur le plan économique (achats plus coûteux et perte de bien-être pour les consommateurs, achats plus coûteux pour les entreprises et perte de compétitivité, risque de représailles économiques, désordre économique car les firmes françaises sont très internationa-lisées, en conséquence le protectionnisme les pénaliserait inévitablement).
Transition La mondialisation fait donc figure de « bouc émissaire ». Dans un pays comme la France, les déterminants de la croissance et de l’emploi restent avant tout des déterminants nationaux.
e 2 partie Pourtant, les délocalisations n’ont qu’une responsabilité modérée dans le processus de désindustrialisation. A.La désindustrialisation est un phénomène de longue période qui accompagne et caracté-rise même le développement économique des nations. Reprendre les explications données en cours sur les facteurs à long terme de la tertiarisation de l’économie. s�: modèle de laThéorie des trois secteurs compensation des emplois (Sauvy), modèle du déversement (Clark et Fourastié). s�Impact des gains de productivité dans l’indus-trie qui permettent de solvabiliser de nouveaux besoins : dans les services notamment, mais au risque de la cohésion sociale, car les activités de services se développent d’autant plus que leurs prix relatifs évoluent moins rapidement. s�Élévation du niveau de vie qui s’accompagne d’une déformation de la structure des biens et services consommés (lois d’Engel) s�:Noter aussi les limites des délocalisations elles ne représentent que 4 % environ de l’ensemble des IDE et, surtout, elles n’offrent pas que des avantages compte tenu de leurs coûts spécifiques, de problèmes de qualité, de respect des délais et des droits de propriété intellectuelle, du coût des travailleurs expatriés, du problème de manque de main-d’œuvre locale assez bien formée, y compris en Inde ou en Chine dont les réservoirs en main-d’œuvre ne sont pas aussi extensifs que certains le pensent. Ceci explique des choix de relocalisation dans les pays développés.
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B.Plus que de déclin inexorable et définitif de la base industrielle des pays développés, il est préférable de parler de mutation que les pouvoirs publics doivent accompagner. s�Les délocalisations sont aussi une opportu-nité de développement pour les pays émergents. Leur croissance et leur rattrapage économique rapide des niveaux de vie occidentaux créent d’immenses besoins à satisfaire et d’immenses marchés à conquérir. Toute la question est de savoir si les économies développées sont aptes à prendre des parts de marché dans ces nouveaux pays. Ce qui pose la question des hiérarchies entre les vieilles nations et celle des mutations à gérer. Actuellement, l’exemple allemand montre qu’il n’y a pas d’im-possibilité. La France doit orienter davantage ses efforts vers les marchés asiatiques. s Savoir accompagner les mutations indus-trielles/création de nouveaux avantages compa-ratifs. s Sans doute, deux évolutions souhaitables pour l’avenir de l’industrie française : – une montée en gamme des produits offerts (logique de compétitivité hors prix) ; – une spécialisation dans des productions à plus haute valeur ajoutée (nécessite un effort de R et D, la formation d’effets d’agglomérations, etc.). Les initiatives de ce type sont nombreuses, mais mettront du temps à se mettre en place (Agence pour l’innovation, création des pôles de compé-titivité, effort de recherche, développement de projets européens comme le projet Galiléo, etc.). sParallèlement, essor des services à la personne afin de reclasser plus de travailleurs peu quali-fiés dans l’emploi, et introduction des NTIC afin de réaliser des gains de productivité dans les autres services (grande distribution, banques, assurances, etc.).
Conclusion Les délocalisations ne sont donc pas respon-sables de la désindustrialisation, mais celle-ci est bien une réalité contre laquelle il convient de réagir. Dans le contexte de la crise économique qui sévit, il existe au moins deux consensus forts. D’une part, il convient que l’État supplée à l’ef-fondrement de la demande privée par un surcroît de déficit public afin d’éviter une entrée en défla-tion. D’autre part, ce creusement des déficits doit être gagé sur des actifs publics. On est bien loin de la boutade keynésienne de la relance : « creuser des trous pour les reboucher ensuite ». Chaque nation qui fait le pari qu’un vaste programme d’investissements publics est à la fois plus efficace en termes de relance, au moins à moyen terme, et plus susceptible de préparer l’avenir du pays dans la compétition internationale. De notre point de vue, cela nécessite des investissements dignes de ce nom en matière de recherche et développe-ment, y compris pour la recherche publique et, bien entendu, dans le secteur éducatif. s
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