La médecine amchi au Ladakh

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Mémoire de Master 1 de Géographie Mention « Mondialisation & Développement » UFR de Géographie, Université de Provence Présenté par : Jérôme Cellier -Septembre 2006- La médecine amchi au Ladakh Etude géographique d'un recours thérapeutique traditionnel et des représentations de la tradition médicale dans un espace en mutations socioculturelles et économiques Sous la direction de : - Sébastien Oliveau, Maître de conférence en Géographie, Université de Provence - Laurent Pordié, Directeur de recherche à l'Institut Français de Pondichéry et Directeur de l'ONG Nomad RSI UMR-6012 ESPACE Nomad Recherche et Soutien International
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Publié le : lundi 26 mars 2012
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Mémoire de Master 1 de Géographie
Mention « Mondialisation & Développement »
UFR de Géographie, Université de Provence
Présenté par : Jérôme Cellier
-Septembre 2006-

La médecine amchi au Ladakh
Etude géographique d’un recours thérapeutique traditionnel et des
représentations de la tradition médicale dans un espace en mutations
socioculturelles et économiques





Sous la direction de :
- Sébastien Oliveau, Maître de conférence en Géographie, Université de Provence
- Laurent Pordié, Directeur de recherche à l’Institut Français de Pondichéry et Directeur de
l’ONG Nomad RSI

UMR-6012 ESPACE
Nomad Recherche et Soutien International




Avant-propos

L’idée de choisir le terrain du Ladakh pour réaliser une étude géographique touchant à
l’accès aux soins, plus largement à la santé et aux médecines, s’est présentée de manière
plutôt inattendue. Intéressé par les médecines traditionnelles et ayant gardé en tête les
enseignements de M. Vigneron et son ouvrage intitulé « La géographie de la santé en
France », j’ai imaginé en cette combinaison une matière intéressante pouvant s’intégrer dans
les attentes d’une étude géographique portée sur le développement d’une région au contexte
socioculturel traditionnel en pleine réaction aux impacts de la mondialisation et d’une
modernité nouvelle.

1Après avoir pris contact et présenté mon projet à l’ONG française Nomad RSI ,
spécialisée dans la promotion et la revitalisation des médecines traditionnelles, la recherche et
le soutien international dans des pays comme l‘Inde ou le Cambodge, j’ai pu obtenir une place
en tant que stagiaire dans leur unité de recherche constituée, pour sa grande majorité,
d’anthropologues, biologistes, pharmacologues et médecins. Proposer une recherche

1
Nomad Recherche et Soutien International, ONG née en 1997, basée à Toulouse, www.nomadrsi.org
2géographique sur le thème des médecines traditionnelles a représenté une approche inédite
dans les travaux entrepris jusqu‘à présent par l’ONG dans la région du Ladakh.

Le projet de recherche initial avait pour but de ne traiter que de la médecine
traditionnelle amchi au Ladakh et d’y apporter une étude sur son accessibilité et sur son
usage. Une fois sur place, une première modification a touché l’espace d’étude. En effet, la
région du Ladakh à elle seule représentait une zone trop large et par endroits difficilement
accessible, notamment en raison de l‘époque où s‘est déroulée cette étude. A la fin de l’hiver
ladakhi, l‘enneigement encore important réduit considérablement les possibilités de
déplacement et d‘accès à certaines zones isolées. En raison des conditions climatiques qui
existent au Ladakh et qui influent inévitablement sur les conditions et les démarches d’étude,
et plus largement sur le rythme de vie et les activités quotidiennes, ce stage de terrain a été
prévu pour la période de printemps, de Mars à Juin 2006. Les conditions climatiques et
environnementales sont des acteurs prépondérants de l’organisation humaine de cette région
et le sont également pour une étude impliquant des déplacements comme je la prévoyais. Il
était convenu que cette étude se déroulerait en grande autonomie, et hormis ma rencontre avec
l’association locale LSTM (Ladakh Society for Traditionnal Medicine) rattachée à l’ONG
Nomad RSI, mon travail s’est effectivement réalisé en complète autonomie. Il s’est déroulé en
différentes étapes, la première a été de prendre contact avec le terrain ladakhi, avec le climat,
avec cette culture que je ne connaissais que trop peu et avec sa population. Dans un deuxième
temps et après avoir défini quelle serait ma zone d’étude, ma démarche a consisté à localiser
les structures médicales présentes, modernes et traditionnelles, et à y rencontrer les acteurs de
la santé, à différents niveaux de responsabilité, à les questionner sur leurs pratiques médicales
et spatiales, et sur leurs patients. La troisième étape m’a amené à rencontrer les usagers du
système de soins, les patients eux-mêmes, dans le but de comprendre leurs pratiques et leurs
habitudes dans leur recours à la santé, pour établir ici un parallèle entre l‘attrait de la
médecine moderne administrée par des structures publiques ou privées, et l‘attrait de la
médecine traditionnelle amchi. L’objectif implicite à cette étude, qui sera abordé au cours de
cet écrit, reposait sur l’intérêt porté à la médecine traditionnelle amchi et à une possible
revitalisation de cette pratique en perte de reconnaissance, au sens plus large à la préservation
d’un trait de l’identité culturelle ladakhie menacée par les mutations socioculturelles et
économiques contemporaines.

3Sommaire

Avant-propos……………………………………………………………………………………….. ….2
Sommaire………………………………………………………………………………………………..4
Remerciements…………………………..5
Introduction . …..………………………………………………………………………………………6

Première partie : La santé au Ladakh : entre monde traditionnel
et monde moderne……………..……………………………………...……………..……....13
A. Le Ladakh : une région isolée en mutation……………………………………………………...13
1. Conditions bioclimatiques déterminantes, mode de vie et empreinte du religieux…………………13
2. Ouverture de la région et effets collatéraux…………………………………………………………19
- Arrivée de nouvelles populations et de nouveaux matériaux, croisements et cohabitation
de différentes cultures…………………………………………………………………………21
- De l’auto suffisance à l’économie de marché, ou la naissance de nouveaux modes de vie
et de nouvelles orientations…………………………………………………..……………….25
- Réactions à un développement aux multiples facettes : effets pervers et contrastes entre
monde traditionnel et monde moderne………………………………………………………..27
B. La santé au Ladakh………………………………………………………………………………..29
1. La médecine amchi : une vision traditionnelle de la maladie et des soins………………………….30
2. Situation sanitaire et épidémiologie…………………… ...…………………………………………34
3. Position des amchi face l’apparition de la biomédecine au Ladakh : une offre de soins
qui s’est élargie………………………………………………………………………………………...36

Seconde partie : Les amchi dans le système de santé et le climat sanitaire
du Ladakh…………………………………...………………..……………………..……….39
A. L’offre de soins ladakhie: présentation, organisation et modalités d’accès………………...…40
1. L’organisation spatiale de la médecine amchi………………………………………………………42
2. Présentation et typologie de la médecine moderne publique…………………………..... 47
3. L’émergence des acteurs privés dans le système de soins, le cas du MKCH….……………………54
4. Accessibilités géographique et matérielle : de la théorie aux pratiques, modalités d’accès
et facteurs déterminants……………………………………………………………………………..…57
B. Le système de santé en question : insécurité sanitaire et opportunités pour les amchi……….61
1. Accessibilité perçue du système de soins et orientations thérapeutiques………………………...…61
2. Sentiment d’insécurité sanitaire et orientations des usagers …………………………..…64
3. Un contexte propice à un nouvel essor de la médecine amchi et son potentiel face aux défis….….67

Troisième partie : Pour sortir d’un cercle vicieux menaçant :
Enjeux, stratégies et défis contemporain de la médecine amchi…..………………………70
A. De nouveaux vecteurs de revitalisation de la médecine amchi………………………...……….71
1. L’union fait la force : de nouveaux acteurs qui organisent la médecine amchi…… .………...……71
2. La participation étroite d’intervenants étrangers pour la préservation du savoir amchi et le mode
d’organisation indigène : Le cas de Nomad RSI………………………………………………………75
3. Effets du regard occidental sur la médecine amchi : le tourisme comme vecteur d’évolutions ?…..78
B. Des étapes pour sortir de la marginalisation………………………………………………….…82
1. L’attention portée aux amchi par les autorités sanitaires………………………82
2. L’idée d’une coopération thérapeutique des différents systèmes………………………………...…85
Conclusion : Vers l’intégration au système de soins officiel : standardisation et modernisation de la
médecine amchi ………………………………………………………………………………...……..88
Annexes………………………………………………………………………………………………..92
Table des figures……………………………………………………………………………………...109
Bibliographie…………………………………………………………………………………………110

4

Remerciements


A Sébastien Oliveau, qui a su répondre à mes questions, ce malgré une communication
parfois capricieuse, pour son écoute et ses conseils.
A l’ONG Nomad RSI, à Laurent Pordié pour ses conseils de spécialiste du Ladakh, à Fanny
Jamet pour son efficacité dans les démarches et pour sa communication toujours chaleureuse
A l’association LSTM (Ladakh Society for Traditionnal Medicine), à Karma Namgal pour sa
perpétuelle bonne humeur, à l’amchi Karma Chodon pour ses informations, sa patience et son
temps, à l’amchi « shanti-shanti » Kunchok Tsering pour sa sympathie et ses invitations
répétées. A tous ses membres pour leur accueil.
A l’équipe pédagogique du Master « Mondialisation & Développement » pour leurs
encouragements à partir (sur le terrain).
A la région PACA qui a consenti à m’accorder pour une bourse PRAME pour ce stage.
A Pascale Dollfus, rencontrée par chance le temps d’une après-midi, pour ses tuyaux, et pour
son livre de référence qui a motivé mon désir de me rendre au Ladakh.
Au Chief Medical Officer de Leh et aux membres de son bureau qui m’ont guidé tant bien que
mal dans les rouages de l’administration sanitaire indienne. Aux membres des structures
médicales visitées, pour leur temps et leurs informations.
A l’amchi Smanla du village d’Alchi pour tous les trésors qu’il m’a fait découvrir et pour nos
discussions, et également à toute sa famille pour leur hospitalité et leur générosité.
A la jeune amchi Kunzes Dolma de l’association Ladakh Amchi Sabha, pour notre rencontre,
pour sa gentillesse et pour tous les thés partagés.
A Christopher Walhfeld, en thèse d’anthropologie de la santé au Ladakh, ami et voisin, pour
son soutien, ses conseils et le partage de ses expériences sur le terrain ladakhi.
A Hillal Amad Bhat, mon premier cobaye, pour son dévouement et son aide sur le terrain
ladakhi et par-dessus tout, son amitié.
A Tsephel, Lama du temple de Leh, pour m’avoir fait découvrir quelques mystères du
bouddhisme, toujours avec humour, gentillesse et rigueur.
A tous les ladakhis de Leh et de tous les villages visités du Ladakh qui m’ont aidé de manière
simple et chaleureuse à évoluer et à comprendre leur environnement, pour leur hospitalité,
leur curiosité et leur ouverture d’esprit.
A tous les étudiants géographes avec qui les discussions ont toujours porté leurs fruits, à la
solidarité dans l’effort et au soutien moral mutuel.
A ma famille qui m’a manqué, qui m’a soutenu et supporté pendant la réalisation de ce
mémoire.
Au petit oiseau qui a partagé ma cage pendant la rédaction de ce mémoire, sans me voler dans
les plumes, pour les miettes picorées et les cafés chauds.








5Introduction

Le Ladakh, appelé aussi « petit Tibet », est considéré comme la région la plus isolée
du sous-continent indien. A l’extrême Nord-Ouest de l’Inde (cf. carte 1), dans les montagnes
himalayennes de l’Etat de Jammu et Kashmir, à une altitude moyenne de 3500 mètres, le
Ladakh est le plateau humanisé le plus haut du monde, son climat si rude en fait un désert
aride et froid. La population originelle ladakhie, essentiellement bouddhiste, a su composer
avec un environnement hostile, avec un espace où « phénomènes naturels, saisonniers et
pratiques religieuses, quotidiennes ou extraordinaires rythment et ordonnent le temps
social »(P.Dollfus, 1989). Les hommes ont su s'implanter et résister au rôle des éléments et à
des conditions climatiques hostiles. A l’écart de tout, c’est en autosuffisance que la société
ladakhie a évolué, vivant dans un microcosme fermé où l’organisation sociale répondait à une
hiérarchie traditionnelle, où les échanges étaient basés sur la réciprocité, et où la religion
tenait un rôle premier dans l’explication de l’ordre des choses et des éléments.

Connu historiquement pour être situé au croisement des grandes pistes caravanières et
commerciales d’Asie Centrale, le Ladakh vivait en autarcie jusque dans les années 70, époque
à laquelle la région a vu s’ouvrir ses frontières. Cette ouverture a projeté le Ladakh dans la
mondialisation et a amené dans la société ladakhie une modernité qui a modifié les modes de
vie et l’organisation sociale, et les comportements particuliers propres aux individus. Dans un
contexte de mutations socioculturelles, le passage d’une situation d’autosuffisance à une
économie de marché s’est effectué assez brutalement. Alors fermée à tous les étrangers de
l’Etat de « Jammu & Kashmir » avant 1974, en raison des conflits sino-indien et indo-
pakistanais qui ont eu lieu de part et d’autre de son territoire, le Ladakh voit aujourd’hui
arriver une population nombreuse d’indiens non-ladakhis et d’occidentaux. Le
désenclavement de la région entreprit par le gouvernement indien dans sa politique de
développement a été à l’impulsion de l’arrivée de nouvelles populations qui ont drainé avec
elles leur lot de matériaux culturels. L’essor du tourisme a également joué un rôle majeur dans
l’évolution de la région, il est un des facteurs déclencheurs de certains phénomènes sociaux et
culturels, tout comme l’arrivée brutale de l’argent en tant que nouvelle monnaie d’échange
qui a modifié les rapports sociaux et hiérarchiques.


6
Carte 1 : Situation du Ladakh, Etat de Jammu & Kashmir, Himalaya indien
(University of Texas, Perry Castaneda, 1973)

Pour un territoire de 96 642 km², le Ladakh est une région aux caractères montagneux,
désertique et froid, qui en font une des régions les plus isolées de l’Inde. Avec une population
estimée à 160 000 personnes (soit environ 0,02% de la population indienne totale), la densité
moyenne de la région ne dépasse pas les 3 habitants au km².

Administrativement, le Ladakh occupe plus de la moitié de l'État de « Jammu et
Kashmir » (cf. Annexe 1 : Carte 1), il est divisé en deux districts, celui de Leh à l'Est et celui
de Kargil à l'Ouest. Chacun des deux districts est partagé en blocks. Le district de Leh, terrain
de notre étude, est composé de six blocks, celui de Leh, de Kaltsi, de Nyoma, de Nubra, de
Durbuk et de Karu. Les écarts de population entre chacun d’eux sont frappants, celui de Leh
7domine nettement l'ensemble du district, avec 61 572 habitants, il se place comme un point
d'attraction pour des blocks dont la population ne dépasse pas les 9 000 habitants, comme
Karu, Nyoma ou Durbuk. La zone d'étude de la Haute Vallée de l'Indus, que nous avons
déterminée sur le terrain, s'inscrit pleinement dans les blocks de Leh et de Kaltsi ainsi qu’à
l'Ouest avec une petite partie du block de Karu. Par la présence de Leh, capitale régionale du
Ladakh, la Haute Vallée de l’Indus représente l’espace est le plus peuplé du district. Leh est
d'ailleurs le seul signe d'urbanisation de cette région, avec 28 639 habitants, elle est nichée
dans une vallée au Nord de l'Indus. Elle a constitué dans l'histoire, un nœud commercial sur
les pistes caravanières d’Asie Centrale jusqu’en 1947. Elle a toujours été un lieu d'arrivage
d'hommes et de matériaux ainsi que d'échanges. Leh est le seul lieu de réel commerce et
concentration des services au Ladakh. Équipée d'un aéroport lors de son ouverture, son rôle de
réceptacle de nouveaux matériaux ne s'en est trouvé qu'amplifié parallèlement à l'essor du
tourisme qu'a connu la région depuis les années 70. De plus, Leh représente une position
stratégique pour l'armée indienne, dont la présence sur place n'est pas sans rappeler la
sensibilité des frontières avec la Chine et le Pakistan, c‘est avec ce dernier qu‘ont eu lieu en
1948 et 1965 les deux dernières guerres importantes qui ont touché la région, et depuis 1989,
l‘administration indienne, ici présente, est la cible de mouvements cachemiris et pakistanais.

8
Carte 2 : Région du Ladakh Central et la Haute Vallée de l’Indus
(US Army, Perry Castaneda Library, University of Texas)


Evoluant entre deux eaux, le Ladakh est aujourd’hui partagé entre le monde
traditionnel, encore très présent, et le monde moderne, riche en opportunités nouvelles. Les
domaines social, culturel ou économique ont été touchés par les mutations. La santé et les
questions sanitaires offrent la possibilité d’observer aisément certaines de ces mutations, à
partir de l’état de santé de la population et des maux qui la touchent, mais surtout à partir de
l’évolution de la position de la médecine traditionnelle amchi dans l’offre de soins et des
tradipraticiens, et par les représentations des usagers du système de santé et de leurs nouvelles
orientations thérapeutiques. Dans les faits sanitaires qui caractérisent le Ladakh, le monde
traditionnel et le monde moderne évoluent parallèlement et tendent aujourd’hui, par certains
faits, à se rencontrer.

9La médecine tibétaine, appelée médecine amchi au Ladakh et pratiquée par l’amchi
(traduit par « homme-médecine »), constituait depuis toujours le seul recours thérapeutique
pour la population ladakhie. Cependant, le développement sanitaire entreprit par le
gouvernement indien a engendré la mise en place de structures médicales modernes de plus en
2plus nombreuses, rendant la biomédecine omniprésente dans cet environnement alors qu’elle
ème 3y était inconnue jusqu’au milieu du 20 siècle . Le médecin amchi, itinérant, tenait
traditionnellement une place très importante dans la société ladakhie par le fait qu’il pouvait
détenir différentes fonctions au sein du corps social (l’amchi peut être également astrologue
ou médium), et aussi par le fait d’être le seul détenteur du savoir et du pouvoir médicaux.
Mais la condition des amchi au sein de la société ladakhie a été altérée. Ces particularités qui
lui étaient propres ont aujourd’hui tendance à s’effacer, son rôle de médecin exclusif
s’estompe par l’apparition de nouveaux recours thérapeutiques modernes, majoritairement
publics, proposés à la population.

Bien que l’engouement rapide des ladakhis pour la biomédecine ait placé les amchi et
leurs pratiques au rang de médecine menacée de perte de reconnaissance, voire de disparition,
les tradipraticiens font face aux mutations qui les touchent, non pas en changeant leurs
pratiques et leurs savoir-faire thérapeutiques, mais en modifiant leurs habitudes médicales, en
faisant en sorte de les intégrer de manière adaptée au système de santé indien contemporain
où les soins modernes ne leur laissent que peu de place et de considération aux yeux des
autorités sanitaires.

Aujourd’hui, l’espace et la distribution sanitaires ladakhies reflètent la situation qui
touche les amchi en laissant apparaître une domination frappante de la biomédecine publique
dans le nombre, l’organisation et l’envergure des structures thérapeutiques. Mais les amchi,
dont l’organisation spatiale relativement informelle est plus délicate à saisir et à observer,
affichent encore une présence conséquente. Cependant, c’est la perpétuation et la transmission
de leurs savoir-faire et de leurs techniques qui sont menacées. L’attrait récent pour la
modernité écarte de plus en plus les jeunes générations des orientations traditionnelles, donc

2 La biomédecine (médecine biologique) est le terme le plus approprié pour évoquer la « médecine occidentale » ou la
« médecine moderne » selon les acceptions communes. Certains auteurs optent cependant pour le terme allopathie ( on le
retrouve également au sein du développement, notamment dans les rapports et publications de l’Organisation Mondiale de la
Santé [OMS]). Aujourd’hui, l’allopathie n’est ni une doctrine, ni un profil de soin particulier mais simplement toute
médecine qui n’est pas l’homéopathie. L.Pordié, 2005.
3 Le premier centre de santé public a été implanté à Leh en 1940, sous la forme d’un centre de santé primaire, il a été la
première marque de la planification sanitaire de la région par les autorités indiennes.
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