LA MICROFINANCE EN MILIEU RURAL

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Niveau: Supérieur, Master

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Cécile PATAT LA MICROFINANCE EN MILIEU RURAL : ANALYSE À PARTIR DE L'EXPERIENCE DE L'IRAM Mémoire de Master 2 professionnel dirigé par M. Yves Viltard et M. Jean-Jacques Gabas Coopération Internationale, Action Humanitaire et Politiques de Développement CIAHPD Université Paris I, Panthéon- Sorbonne 2006-2007

  • périodes des pratiques de coopération au développement depuis la période

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Publié le : vendredi 8 juin 2012
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Source : univ-paris1.fr
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 Cécile PATAT        
 LA MICROFINANCE EN MILIEU RURAL : ANALYSE À PARTIR DE L’EXPERIENCE DE L’IRAM
          Mémoire de Master 2 professionnel dirigé par M. Yves Viltard et M. Jean-Jacques Gabas Coopération Internationale, Action Humanitaire et Politiques de Développement CIAHPD Université Paris I, Panthéon- Sorbonne 2006-2007  
      « L’Université Paris I n’entend donner aucune approbation aux opinions émises dans les mémoires. Ces opinions doivent être considérées comme propres à leurs auteurs »      
 
 REMERCIEMENTS   Je tiens à remercier tout particulièrement mes enseignants, Monsieur Yves Viltard et Monsieur Jean-Jacques Gabas, ainsi que les salariés actuels et passés de l’Iram, qui m’ont prodigué leurs conseils et leurs encouragements au cours de l’élaboration de ce travail.  Je suis grandement redevable à Messieurs Dominique Gentil, Jérôme Coste, François Doligez, Gilles Goldstein et Pascal Babin. Je les remercie pour l’intérêt et la disponibilité qu’ils ont manifestés tout au long de mes recherches.  Enfin, je tiens à exprimer ma reconnaissance à Pauline, pour avoir pris le temps de relire ce document.
 
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SYNTHESE   
 Les zones rurales souffrent d’une pénurie de financement. Bien des expériences ont été tentées mais la plupart se sont achevées sur un constat d’échec. Dans les années 1980, une « nouvelle » technique financière communément appelée « microfinance » est prise en main par la coopération internationale. Elle connaît un essor fulgurant sur l’ensemble de la planète et, en particulier, dans les zones rurales. Mais les premières faillites des Institutions de Microfinance font apparaître ses limites et mettent en relief ses ambivalences. L’expérience de l’Iram offre un bon exemple de l’évolution de la microfinance, en particulier dans le milieu rural.   Mots clefs : microfinance ; financement rural; développement rural; aide économique; coopération internationale ; pays en développement.       Rural areas are often plagued by the lack of financial instruments. Many experiments have been tried with little or no success. In the course of the 1980s, a new approach, commonly known as “microfinance” has drawn interest from the international development co-operation entities thus enabling this financial instrument to spread around the world with “lightning” success, especially in rural areas. However, several bankruptcies of microfinance institutions have started to show the instrument’s limits as well as its ambivalence. IRAM’s experience in the field of microfinance presents an interesting example of the instrument’s evolution, especially in rural areas.    Key words: microfinance; rural financing; rural development actions; economic assistance; international cooperation; developing countries.
 
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INTRODUCTION
   Le présent mémoire a été rédigé au cours d’un stage que j’effectue à l’Iram (Institut de Recherche et d’Applications des Méthodes de Développement) depuis le mois mai 2007. Dans le cadre des 50 ans de l’Institut, ce stage « mémoire institutionnelle » a deux objectifs : organiser sur informatique une sélection de textes et d’articles produits par l’équipe de l’Institut et illustrative des enjeux et périodes des pratiques de coopération au développement depuis la période des Indépendances ; analyser la manière dont les interventions de l’Iram s’inscrivent dans cette évolution. Au cours de ce stage, j’ai été amenée à m’intéresser, en particulier, à la problématique de la microfinance et à sa place dans cet Institut. Cette problématique fait l’objet du présent mémoire.  L’Iram est un « bureau d’étude associatif » qui travaille dans le domaine de la coopération internationale.  L’Iram a été créé en 1957 par l’abbé Pierre. A cette époque, l’Institut s’appelle l’Institut International de Recherches et d’Actions sur la Misère du Monde (IRAMM). Son objectif est de promouvoir un développement international des communautés Emmaüs et de doter ces dernières d’un lieu« d’aide à la réflexion pour penser politiquement le mouvement ». Peu après la création de l’IRAMM, le Roi du Maroc, Mohammed V fait appel à l’abbé Pierre. Il souhaite s’attaquer au fléau de l’urbanisation sauvage à Casablanca. L’IRAMM, envoie deux volontaires au Maroc : Yves Goussault et Henryanne de Chaponay. Trois mois plus tard, l’abbé Pierre demande à être reçu de nouveau par le Roi et lui explique :« Nous faisons fausse route. Vous avez fait appel à nous comme si nous étions des spécialistes du logement populaire ; or ce n’est pas vrai, il existe des spécialistes beaucoup plus compétents que nous. Si nous avons une spécialité, c’est en vivant proche des pauvres, percevoir ce qui est la clé de leurs détresses. Or, dans votre pays, cette clé est l’absence d’espérance de la jeunesse rurale. Si nous construisons des logements convenables en ville, pour remplacer les bidonvilles, nous allons faire doublement mal à votre société. Car les plus hardis de la jeunesse rurale se hâterons de venir en ville. Et nous allons priver la population de l’intérieur de ceux qui étaient capables d’êtres les cadres naturels, en raison de leur personnalité. Ceux qui étaient destinés à être les premiers dans les villages, nous allons faire d’eux les derniers à la ville. A travers l’action menée dans les bidonvilles, il s’avère par conséquent nécessaire d’agir en amont des bidonvilles pour redonner de l’ ér ce à la jeunesse rurale et ne pas priver le bled des gens de qualité»1. esp an                                                  1 Curriculum Vitaede l’abbé Pierre, http://cathisere.cef.fr/aufait0607/dc_abbe_pierre/cv_abbe pierre_emmaus2004.pdf _
 
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 C’est dans ce contexte que les deux volontaires venus d’Emmaüs, s’autonomisent par rapport à l’association de l’abbé Pierre et décident de s’implanter au Maroc. L’IRAMM change de nom pour devenir l’Institut de Recherches et d’Application des Méthodes de Développement (IRAM), écartant le mot « misère », très évocateur dans les pays riches mais jugé humiliant dans les pays pauvres. Les premiers pas de l’Iram se font au Maroc, au moment de l’accession à l’indépendance des pays d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne. Inscrit explicitement dans la mouvance anticolonialiste, le projet des fondateurs de l’Iram se traduit tout d’abord dans une pratique, « l'animation rurale ». Elle vise la promotion économique, sociale et politique des ruraux dans la construction des nouveaux Etats.  Cette première expérience, complétée par de nombreuses autres en Afrique et en Amérique Latine, conduit l’Iram à se structurer en bureau d'études associatif. A travers ce terme s’exprime l’un des traits forts de l’identité de l’Iram : la volonté de combiner des compétences professionnelles avec un « engagement dans la société ». L’identité de l’Iram tient également à son mode de gouvernance. Depuis le milieu des années 1970, l’organisation est pilotée collectivement par les salariés dans le cadre de différentes instances. A travers ce choix, l'Iram cherche à mettre en pratique les valeurs de démocratie et d'équité défendues par l’organisation dans le champ du développement. L’Institut défend l’idée qu’un collectif de travail est plus efficace lorsque chacun peut intervenir sur les orientations de son activité professionnelle et les conditions dans lesquelles elles s'exercent.  Actuellement, le groupe Iram réunit deux entités : l’association Iram, créée en 1957 et Iram Développement, société anonyme constituée en 2000 dont l’association est l’actionnaire unique. L’activité de Iram Développement consiste à fournir des prestations de services, réalisées essentiellement dans le champ de la coopération internationale (mise en œuvre d’actions de développement, appui-conseil, études, formation, etc.). Sur la base de ces interventions réalisées dans des contextes très divers, l’association Iram a pour rôle de promouvoir la capitalisation des expériences, la construction de partenariats de longue durée avec des acteurs du Sud, la contribution à des actions de plaidoyer,etc.   Iram Développement intervient dans différents domaines : le financement du monde rural, les productions agricoles et rurales, les filières et les marchés des produits agricoles, l’environnement et la gestion des ressources naturelles, la décentralisation et le développement local. Dans chacun de ces domaines, les interventions de l’Iram visent, dans des proportions variables selon les situations, la mise au point ou le perfectionnement d’outils, la mise en place ou la consolidation d’institutions ou de dispositifs collectifs tels que des institutions de microfinance, des centres de prestations de services, des instances de concertation entre les différents acteurs d’une filière ou d’un territoire, etc. L’Iram
 
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intervient également dans la formulation ou l’évaluation de politiques publiques. Il a fourni ses services dans une quarantaine de pays (Afrique, Amérique Latine et Centrale, Asie du Sud-Est, Europe) à la demande d’administrations publiques, d’organisations de la société civile ou d’institutions privées. Selon les cas, ces interventions sont financées par les demandeurs eux-mêmes, des agences de coopération bilatérales, des organismes multilatéraux, des fondations ou des organisations non gouvernementales (ONG).  Pour apporter des réponses adaptées aux demandes, l’Iram mobilise des experts aux compétences spécifiques dans différentes disciplines : agronomie, économie, sociologie, gestion des entreprises, aménagement du territoire, développement institutionnel. Ces experts font partie de l’équipe permanente de l’Iram ou de son réseau d’experts associés. Face à la diversité des attentes de ses interlocuteurs, l’Iram renforce ses collaborations avec des structures disposant de compétences complémentaires aux siennes (bureaux de génie civil, organismes bancaires, etc.). Le plus souvent, l’Iram collabore étroitement avec des experts indépendants, des bureaux d’études ou des ONG des pays d’intervention. Cette co-production de services entre experts provenant de divers horizons renforce l’adaptation et l’appropriation des propositions.  Depuis le début de son intervention l’Iram s’intéresse à la thématique du crédit et, dès les années 1960, monte des projets sous diverses formes. Lorsque, dans les années 1980, les modes de financement étatiques font faillite et que la « microfinance » fait son apparition sur la scène de la coopération internationale, l’Iram décide de se lancer à nouveau dans l’aventure. Son but est de proposer des services financiers aux « exclus du système bancaire », en particulier dans son champ de spécialisation, le milieu rural.   La microfinance vise à offrir des services financiers aux personnes qui vivent en marge de la finance dite « formelle » ou qui y ont un accès très limité. Contrairement à une idée reçue, elle ne se limite pas à une activité de crédit. Elle offre aussi des services d’épargne, de garantie des prêts, d’assurance, d’encaissement de chèques ou de transfert de fonds par des migrants à leur pays d’origine. Dans les années 1990, elle connaît un essor exponentiel à travers quasiment toute la planète.   De la fin des années 1980 à nos jours, l’Iram se tourne vers cette nouvelle technique financière, tant prônée et décriée à la fois. Dans les années 1990, l’Institut joue, à son échelle, un rôle de force de proposition dans ce secteur. Il est sollicité pour un grand nombre de missions et semble peser dans le débat, en France, par ses publications. Une place privilégiée est accordée au secteur « financement local » au sein de l’Iram. Une décennie plus tard, au début des années 2000, ce secteur a disparu à l’Iram, le nombre de missions effectuées s’est fortement réduit, tout comme le nombre d’experts travaillant sur cette thématique au sein de l’Institut. L’Iram passe donc, de la fin des années
 
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1980 au début des années 2000, du statut de bureau d’étude sollicité dans le domaine de la microfinance pour ses compétences en la matière, à celui de bureau d’étude « marginalisé » dans cette thématique. Dans l’intervalle, nombre de changements sont à noter tant dans l’environnement de travail de l’Institut qu’au sein de sa propre équipe.   On peut s’interroger sur ce processus. Par quelle voie l’Iram est-il entré dans la thématique de la microfinance ? Comment cette thématique s’est-elle mise en place, puis structurée à l’Institut ? De quelle manière se sont déroulés les premiers projets ? Quels sont les types d’intervention de l’Iram dans le domaine ? Quels sont ses principes d’intervention ? Constitue t-ils une rupture par rapport aux approches développées par d’autres bureaux d’études ou ne sont-ils que le fruit d’une époque ?   Beaucoup d’ouvrages et d’articles portent sur la microfinance. Ils permettent de saisir le contexte et les facteurs d’émergence de ce secteur, ainsi que ses objectifs, la diversité des acteurs qui le mettent en œuvre, la multiplicité d’institutions qui le compose, son évolution au fil des ans, les consensus qui ont été dégagés des expériences et les débats qu’il soulève. Des études ont également été réalisées sur l’Iram, de sa naissance à nos jours. Elles permettent de sentir son évolution, d’observer ses fluctuations en fonction de l’évolution de son contexte, de connaître les différentes approches mises en œuvre par ses membres et d’évaluer sa place au sein de la coopération internationale. Cependant, aucune étude ne s’est proposée de croiser ces deux éléments et d’analyser, à travers eux, la microfinance sous l’angle de l’offre. C’est ce que notre étude se propose de faire, en prenant l’exemple de la microfinance à l’Iram.  Bien souvent, la microfinance tend à dépasser le cadre de l’analyse théorique pour rejoindre le domaine du mythe. Cette « dimension mythique » de la microfinance présente cette dernière comme formant un tout parfaitement cohérent, une réalité indivisible. Or une telle vision mécaniste et naturelle de la microfinance n’est-elle pas, de fait, invalidée ou distendue dès lors qu’elle est régulée, financée et opérée par un ensemble d’acteurs aux visions et aux mandats distincts ? Chacun de ces acteurs ne tente-t-il pas de lui donner une couleur et un sens particulier ? Notre étude se propose de questionner cette « réalité indivisible » qui tend à effacer les acteurs la mettant en œuvre et les différents courant idéologiques qui la traversent. Pour cela, nous souhaitons suivre l’Iram dans son entrée dans la problématique du crédit et vivre, à travers l’exemple qu’offre son expérience, une période d’évolution profonde pour la thématique de la microfinance. De même, le mythe de la microfinance tend à gommer ses origines. Notre étude se propose également de montrer qu’il est nécessaire de replacer la microfinance dans son contexte pour la comprendre.   
 
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Notre champ d’analyse recouvre la microfinance dans les zones rurales des Pays en
Développement (PED). Nous avons souhaité ne traiter de l’aspect Iram de notre problématique qu’en
deuxième partie. Notre propos étant de questionner la « dimension mythique » de la microfinance, il
nous faut préalablement la restituer dans son contexte historique. Dans le cas qui nous concerne, ce
contexte est celui du financement rural dans les PED.
 
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I- Le financement en milieu rural : histoire et diversité.   Primordiales pour le développement d’un pays et pour sa population, mais largement délaissées en raison de ses spécificités, les zones rurales souffrent d’une pénurie de financement, nuisible au développement de leurs activités et à l’amélioration des conditions de vie de leurs populations. Pourtant, tout au long du XXe siècle ont été imaginées et mises en oeuvre les solutions les plus diverses pour tenter d’y remédier, des caisses de crédit agricole du début du siècle, à la microfinance moderne de la fin du siècle.  A. Financer le milieu rural.  1. Le monde rural : un secteur financier délaissé.  Malgré la forte progression de l’urbanisation, une majorité de la population des pays du Sud est rurale et engagée dans des activités agricoles. L’agriculture est, dans ces pays, à la base de l’économie et les autres secteurs d’activités, tels que l’industrie, le commerce, les services privés et publics en dépendent largement. « couverture :Les enjeux de la modernisation agricole demeurent importants des besoins alimentaires des pays du Sud, production de devises par les cultures d’exportation, participation au développement économique des zones rurales, contribution à la diminution de l’exode rural…»2.  Toutefois, et en dépit de cette contribution majeure du secteur agricole, le monde rural dans les pays du Sud ne dispose que de moyens modestes pour accomplir sa tâche. La productivité agricole demeure faible et les populations rurales sont largement démunies. Bien qu’elle ait été identifiée comme levier de développement économique important, l’offre de services financiers en milieu rural est limitée et s’est toujours révélée problématique. En effet, l’environnement rural impose des contraintes spécifiques pour le développement des services financiers et rend plus difficile, coûteux et risqué son financement.   La première contrainte inhérente au milieu rural réside dans la nature très diversifiée des contextes, des populations et des activités rurales et, par conséquent, de leurs besoins financiers, souvent mal connus et difficiles à appréhender par les institutions de financement. La classification de
                                                 2pour améliorer la contribution de la B., POURSAT, Ch., DOLIGEZ, F., « Quels modes d’intervention  WAMPFLER, microfinance au financement de l’agriculture ? », Synthèse thématique, Séminaire International sur « Le financement de l’agriculture familiale dans le contexte de la libéralisation. Quelle contribution de la microfinance ? », 21-24 Janvier 2002  
 
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ces besoins, proposée par Betty Wampfler et Marc Roesch3, offre une vision claire de cette complexité. Les besoins financiers des zones rurales pourraient être divisés en deux grandes catégories : le financement du développement rural et le financement des unités économiques rurales. Le financement du développement rural porte sur les infrastructures économiques et sociales : routes, aménagements, écoles, systèmes de formation, centres de santé… et nécessite des volumes importants. Le financement des unités économiques rurales correspond au financement des unités économiques rurales soit des familles, ménages, entreprises, etc… Cette catégorie de besoins relève de services financiers que sont le crédit rural, l’épargne et les assurances. Les auteurs poursuivent en indiquant les quatre principaux types d’activités pratiquées et souvent combinées en milieu rural : les activités du secteur primaire (agriculture, élevage, pêche, foresterie), l’artisanat, le commerce et les services. La diversité de ces activités complexifie la mise en place de systèmes financiers adaptés, avec des outils financiers correspondants aux besoins spécifiques et très diversifiés des populations rurales.   A cela, il faut ajouter les « risques clients », liés à la faiblesse et à l’incertitude des revenus, à l’importance, dans la plupart des pays, de la pauvreté rurale et à la faiblesse du « capital social » en milieu rural.   Par ailleurs, dans de nombreuses zones rurales, la dispersion territoriale et l’éloignement géographique par rapport aux centres urbains rendent coûteux l’accès aux services financiers et le développement d’un maillage territorial en milieu rural, notamment en cas de faible densité et d’enclavement important. Le déficit d’infrastructures et de services freine le développement des activités économiques et entraîne, lui aussi, des coûts de transaction élevés. Les activités économiques rurales, dans leur ensemble, comportent par conséquent des risques importants qui sont souvent difficiles à maîtriser.   Au sein du financement rural, le financement des activités agricoles pose des problèmes spécifiques : l’agriculture est fortement dépendante de facteurs externes climatiques (comme la sécheresse) ou de marché (notamment dans des zones dont la production dépend de filières instables comme le coton) ; une part significative des produits est autoconsommée et ne génère pas de revenu monétaire direct ; l’agriculture a un caractère saisonnier et les activités sont relativement spécialisées. Le monde rural étant structuré autour de l’activité agricole, ce risque systémique s’étend à l’ensemble du monde rural et contraint fortement le développement de l’activité financière.                                                    3thématique « Finance rurale et agricole » consultable sur le Portail microfinance.Dossier htt centers/finrur?PHPSESSID=f3898b12ad95d2323cb0691baa3d3421. p://www.lamicrofinance.org/resource_  
 
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 Enfin, de nombreux contextes ruraux restent marqués par une histoire de crédit difficile ayant entraîné un endettement important au niveau des ménages et des organisations rurales et une grande méfiance de la part des institutions financières.  Pourtant les enjeux sont d’autant plus grands qu’il semble exister un lien fort entre sous-développement économique et sous-développement financier, une « influence réciproque »4, selon les termes de Dominique Gentil et de Philippe Hugon, pouvant conduire à l’apparition de cercles vertueux ou de pièges de pauvreté. Ce lien rend la question des systèmes financiers en milieu rural particulièrement importante et met en exergue la nécessité de mettre au point des systèmes de financement essentiels au développement économique des zones rurales dans les pays du Sud. Ceci explique pourquoi, en dépit de l’évolution des champs d’intervention de l’aide au développement, l’appui au développement agricole a toujours été un investissement majeur pour la plupart des bailleurs de fonds. Cela explique également pourquoi le problème des services financiers en milieu rural a fait l’objet, depuis bientôt un siècle, de nombreux débats, conduisant à des expériences très variées. Depuis le début du vingtième siècle, diverses structures étatiques ont été mises au point pour tenter de remédier à ce problème.  2. La diversité des formes de financement en milieu rural.   Dans cette partie, nous caractériserons les principales institutions ou opérations de crédit pour tracer un tableau d’ensemble des formes de financement expérimentées depuis le début du XXe siècle en milieu rural. Les exemples donnés concernent essentiellement l’Afrique subsaharienne et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, bien que les difficultés rencontrées en milieu rural africain et particulièrement celles concernant le financement rural et agricole ne puissent être généralisées à l’ensemble des pays en développement, elles illustrent néanmoins de façon significative les difficultés rencontrées en général dans ce domaine et permettent, à ce titre, de mettre à jour des processus et phénomènes qui ne sont pas liés aux contextes particuliers. S’il est dangereux de faire des rapprochements trop rapides et de comparer la situation en Afrique, en Amérique Latine et en Asie en raison des différences d’environnement, des formules identiques comme les banques de développement ou les coopératives d’épargne et de crédit, se retrouvent toutefois dans les différents continents, avec les mêmes avantages et des inconvénients similaires. Il appartiendra donc au lecteur de naviguer entre les spécificités concrètes de chaque situation et les généralités qui ressortiront de cette analyse du financement en milieu rural. Le choix de traiter principalement du continent africain
                                                 4 D, HUGON, P, « Au-delà  GENTIL,du dualisme financier », in GENTIL, D HUGON, P (sous la direction de), « Le financement décentralisé, Pratiques et théories »,Revue Tiers Monde, n°145, Paris, PUF, Janvier-Mars 1996.
 
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