Matthieu Vuillermet Master professionnel Développement Coopération Internationale et Action Humanitaire M2DCAH fr

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Matthieu Vuillermet Master 2 professionnel Développement Coopération Internationale et Action Humanitaire (M2DCAH) Mémoire de fin d'études Sous la direction de M. Jean Jacques Gabas, professeur à l'Université Paris I Panthéon Sorbonne La microfinance dans les zones rurales du Sud du Mexique : une offre insuffisante et inadaptée aux défis posés par le développement local Année universitaire 2005-2006

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Publié le : vendredi 8 juin 2012
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Matthieu Vuillermet Master 2 professionnel Développement Coopération Internationale et Action Humanitaire (M2DCAH) matvuil@yahoo.fr     Mémoire de fin d'études Sous la direction de M. Jean Jacques Gabas, professeur à l'Université Paris I Panthéon Sorbonne     La microfinance dans les zones rurales du Sud du Mexique : une offre insuffisante et inadaptée aux défis posés par le développement local
 
 
 
 
Année universitaire 2005-2006
Sommaire 
 Sommaire .........................................................................................................................................2 Introduction ......................................................................................................................................4 I. Les enjeux du développement rural des Etats cibles dans un contexte de libéralisation de l’économie ........................................................................................................................................7 I.1 Le nouveau credo libéral de l’économie mexicaine et ses implications dans le développement rural .....................................................................................................................7 I.1.1 Le processus de libre échange........................................................................7... .............. 1.1.2 Développement du secteur privé et transposition des actions étatiques dans l’ordre libéral:.................... 9.................................................................................................................. a) Redéfinition et privatisation de la chaîne alimentaire mexicaine au travers de la suppression de la CONASUPO............................................................................................9 b) Libéralisation des droits de propriété du secteur ejidal..................................................10 I.2 Nature et enjeux de l’activité agricole dans les Etats cibles dans l’économie libérale : le double défis de l’ouverture des frontières et des réformes néolibérales ....................................11 1.2.1 L'agriculture dans les Etats cibles : nature et contraintes.............................1 1............... a) Agriculture à deux vitesses ........................................................................................11 b) L’accord de l’ALENA et son incidence sur les salaires et prix agricoles dans le Sud du pays.....................................................................................................................................12 c) Conséquences de la réforme de l’ejido ..........................................................................13 I.2.4 L’intervention de l’Etat dans le développement rural n’a pas disparue mais reste limitée, au Sud du pays, à un vaste programme d’assistance sociale................................ 41.... a) L’affectation des budgets suit deux démarches opposées entre le Nord et le Sud du pays 14 b) Les appuis publics spécifiques aux minifundistes de la région Sud ..............................15 I.3 L’économie rurale multisectorielle de la région Sud et la diversification des sources de revenus : une approche territoriale et intégrée de l’économie rurale .........................................19 1.3.1 Logique des acteurs économiques ruraux : une diversification des sources de revenus afin d’échapper aux risques................................................19 ................................................... a) Le foyer rural (hogar rural) comme unité d’analyse ......................................................19 b) Les foyers définissent et suivent une logique ................................................................19 c) L’impact des revenus ruraux non agricoles et l’importance croissante des rentes migratoires..........................................................................................................................20 d) Coûts de cette stratégie de diversification des sources de revenus ................................21 1.3.2 Le développement des emplois ruraux non agricoles (ERNA) comme source principale de revenus des foyers ruraux (on se concentre ici sur la production)..............................2. 2.... a) Définition des emplois ruraux non agricoles et circonscription des enjeux...................22 b) Logique des foyers ruraux du Sud du Mexique en matière d’ERNA ............................23 c) L’importance relative des revenus issus des ERNA pour les foyers ruraux du sud du Mexique..............................................................................................................................23 1.3.3 Freins au développement des ERNA dans les Etats cibles......................72........ ............. a) Barrières crées par le niveau d’éducation et de compétence requis ..........................28 b) Contraintes liées à la structure politique et sociale des villages indigènes ....................29
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c) Contraintes territoriales et de gestion de l’espace..........................................................30 Les enseignements majeurs à tirer de cette analyse ...................................................................32 Recommandations aux bailleurs et à l’Etat mexicain ................................................................34 II. La Microfinance formelle, un outil de développement rare et inadapté aux besoins des populations rurales de la région sud-sud-est du Mexique ..............................................................37 II.1 Les besoins de services microfinanciers issus des nouveaux enjeux du développement rural ............................................................................................................................................37 II.1.1 La réforme de l’ejido et la modernisation des terres communales privatisées............37 II.1.2 L’agriculture familiale de subsistance, base de la sécurité alimentaire, entraîne un ensemble de besoins de crédits et d’assurance.................... 83.................................................. II.1.3 Le développement des revenus issus d’ERNA doit être capté au travers de l’épargne formelle................................................................................ 83................................................... II.1.4 Le système des us et coutumes prévalant dans une majorité de villages indigènes dans l’Etat d’Oaxaca (notamment) entraîne un besoin spécifique en services de microfinance...39 II.1.5 Les microentreprises ont besoin de crédits pour se moderniser........ 04......................... II.1.6 Les foyers ruraux ainsi que les microentrepreneurs ont besoin d’une approché intégrée de leurs besoins................................................................................ 04........................ II.2 Les causes de l’incapacité du secteur de la microfinance à répondre aux enjeux définis par le développement rural du Sud du Mexique..............................................................................42 II.2.1 blocages au niveau macro : le rôle ambigu et multiforme de l’Etat..........................42.. a) Crise financière de 1995-1997 qui a affecté tant les finances privées que publiques....42 b) Echec de l’intervention directe de l’Etat dans le crédit rural et recadrage austère de ses interventions dans une optique néolibérale (Banrural et FIRA) ........................................42 c) Fragmentation de la régulation étatique du secteur de la microfinance .........................44 d) Incapacité à développer une action intégrée comprenant l’ensemble des aspects du développement économique des acteurs ruraux :..............................................................45 II.2.2 Blocages au niveau micro : méthodologie d’octroi de crédit et stratégie des IMF inadaptées aux besoins des acteurs économiques ruraux......................................................46 a) Une offre rare et inégalement répartie dans la région sud-sud-est du Mexique.............46 b) Crédits faiblement tournés vers la production et vers un développement pérenne des acteurs ruraux .....................................................................................................................49 c) Barrières à l’entrée : conditions d’entrée et sélection des clients des IMF ....................51 d) Le prêt de groupe, bonne pratique théorique mais qui favorise l’exclusion dans la pratique...............................................................................................................................52 II.2.3 Faible connaissance de la microfinance informelle et des déterminations sociales dans lesquelles sont prises les notions de crédits, de dette et d’épargne.........5..3 ............................ a) Très faible niveau d’épargne dans les foyers ruraux......................................................53 b) La consubstantialité entre dette et lien social dans la microfinance informelle.............55 c) Enseignements pour la microfinance formelle...............................................................56 II.3 Recommandations à l’attention des bailleurs et des agence de promotion de la microfinance...............................................................................................................................57 Conclusion......................................................................................................................................62 Bibliographie ..................................................................................................................................65 Annexes ..........................................................................................................................................68  
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Introduction   L’évolution de l’économie mexicaine depuis le début des années 1990 est une mise en abîme des principaux enjeux et débats posés aujourd’hui par l’économie du développement : l’économie libérale et extravertie comme modèle de croissance d’une part et la promotion de la microfinance comme outil du développement local et de la réduction de la pauvreté d’autre part. Le « libéralisme » et la « microfinance » tendent ainsi à dépasser le cadre de l’analyse théorique ou expérimentale pour rejoindre le domaine du mythe.  C’est la dimension mythique du secteur international de la microfinance qui est sans doute la plus surprenante car elle présente précisément « la microfinance » comme formant un tout parfaitement cohérent, une réalité indivisible. Cette réalité est du reste rarement controversée et tend à effacer les contextes régionaux dans lesquels elle se déploie et les différents courants idéologiques qui la traversent. Or qui connaît aujourd’hui les bilans effectifs et démontrables de la microfinance dans le monde? Ce n’est ni l’impact effectivement réalisé par les dispositifs1de microfinance ni même l’appropriation effective de ces dispositifs par les populations cibles qui agitent l’enthousiasme des bailleurs et des chefs d’Etats mais plutôt le concept théorique, la «mécanique » même proposée par le concept de microcrédit. Cette approche éminemment fonctionnelle et technique de la microfinance tend par ailleurs à renforcer un nouveau faisceau de « bonnes pratiques » et de « bonne gouvernance » auxquelles la réalité et le contexte de chaque pays devront s’adapter. Or la vision mécaniste et naturelle de la microfinance n’est elle pas de fait invalidée ou distordue dès lors qu’elle est régulée, financée et opérée par un ensemble d’acteurs aux visions et aux mandats distincts ? Chacun de ces acteurs ne tente-t-il pas de lui donner une couleur et un sens particuliers?  Par ailleurs, l’approche mécaniste de la microfinance a pour conséquence d’en faire un secteur indépendant, occultant ainsi le rôle joué par les différents acteurs politiques et économiques                                                  1Par « dispositif » de microfinance nous désignons la mise en place concrète d’un ensemble de services de microfinance rendu par un acteur dans une zone donnée. Il peut s’agir d’une institution de microfinance privée ou d’une institution publique. 4    
nationaux et internationaux. Or le cumul des acteurs opérant dans le secteur de la microfinance mexicaine, à la fois au niveau micro et macro, politique et économique, national et international nous forcera à adopter une analyse circonstanciée : qui finance le secteur? Qui la promeut, l’assiste et la régule? Qui opère sur le terrain, selon quelles méthodes et où ?  Au travers de notre analyse de la microfinance rurale dans le Sud du Mexique nous montrerons en quoi ce délire mythique ne rend absolument pas compte de la complexité des enjeux concrets auxquels la microfinance doit faire face. Nous montrerons que l’impact des dispositifs de microfinance est en réalité fonction de la capacité des acteurs locaux et internationaux à épouser l’ensemble des réalités économiques et sociales locales et qu’elle doit être pensée comme un outil au service des enjeux posés. Notre étude se proposera également d’analyser la manière dont le cadre libéral permet une certaine expression des outils de microfinance et se justifie au travers d’eux.  Le choix du cadre de notre étude, lez zones rurales des régions du Sud, se justifie de plusieurs manières. Tout d’abord, le processus de libéralisation initié depuis le milieu des années 1980 entraîne une redéfinition profonde des enjeux du développement dans ces zones. En effet la nouvelle segmentation et le nouveau ciblage des politiques, la réaffectation des budgets publics selon des critères de rentabilité et de performance et l’approche de plus en plus territoriale du développement national accélèrent et rendent plus évidents la fracture entre un Nord dynamique et un Sud affaibli. Pire, l’affaiblissement du Sud ne serait plus dû à un simple retard mais il serait produit par la dynamique même du libre échange et du libéralisme. Le Nord et le sud du pays sont mis face à des défis qui leurs sont propres mais qui de fait s’opposent au lieu de rentrer dans une problématique commune. Les défis du Sud consistent principalement à se trouver une place dans une économie mexicaine du Nord de plus en plus intégrée aux marchés Nord-américain. L’intégration du Sud et le processus de rattrapage qu’il doit effectuer tendent à occulter les besoins fondamentaux et spécifiques qui sont par ailleurs exprimés par les acteurs économiques locaux. Deuxièmement l’économie et le développement rural mexicain font l’objet d’une transformation nouvelle. La stigmatisation d’un monde rural agricole fait place à une analyse plus détaillée questionnant les entrelacs entre le secteur agricole et les activités rurales non agricoles permettant
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d’adopter une vision transversale – et plus réaliste - de l’économie rurale. Enfin, sur le plan strict de la microfinance, la finance rurale se pose sans doute comme le défis majeur du secteur pour les années à venir et ce, dans la plupart des pays en voie de développement. La forte concentration de pauvreté dans la région sud du Mexique questionne le pouvoir de la microfinance à pouvoir « lutter durablement contre la pauvreté ». Ce questionnement correspond à un défi parce que la microfinance se doit de lutter contrecette pauvreté là, en employant des méthodes adaptées aux enjeux posés et en coordonnant les activités des différentes parties prenantes de manières cohérente. En raison de cette complexité même liée au monde rural mexicain et aux coûts induits par une « clientèle » éparpillée, enclavée et disposant de peu de garantie, c’est bien dans ces zones rurales que la microfinance pourra vraiment démontrer à la fois son efficacité mais également sa détermination.  Méthodologie  Nous avons souhaité traiter l’aspect microfinance de notre problématique seulement dans une seconde partie. Pour que notre propos soit cohérent (ce dernier étant de questionner la prétention de la microfinance à être un outil au service du développement rural) il nous faut préalablement analyser les enjeux du développement rural mexicin. Ce n’est qu’à la lumière des conclusions et recommandations découlant de cette analyse préalable que nous pourrons aborder l’analyse critique des dispositifs de microfinance dans le sud du Mexique. Notre angle d’analyse est ainsi celui de la demande. Pour répondre à la question « de quels services de microfinance les acteurs du Sud ont-ils besoin ? », pour évaluer les dispositifs existant et proposer des solutions, encore faut-il s’être demandé qui sont ces acteurs, quelles contraintes ils rencontrent et quelles sont leurs « stratégies de vie ».         
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I. Les enjeux du développement rural des Etats cibles dans un contexte de libéralisation de l’économie  L’objet de notre étude est particulièrement complexe dans la mesure où les acteurs ruraux des Etats que nous ciblons ne forment pas un tout homogène. En effet, les populations rurales du Sud du Mexique peuvent être analysées au travers de catégories distinctes qui certes s’intègrent les unes les autres mais ne peuvent être confondues. Les communautés indigènes, les communautés agraires, les foyers ruraux forment autant d’unités d’analyse possible. Particulièrement, les structures indigènes présentent des distinctions entre, par exemple, l’Etat d’Oaxaca et l’Etat du Chiapas en termes de pratiques économiques, de langues, de rites et d’organisation sociale et municipale, de régime foncier…  Dans ce cadre, notre objectif est d’analyser - au-delà des nomenclatures anthropologiques - les logiques économiques et sociales de ces groupes ruraux, les contraintes auxquelles ils doivent faire face pour se développer, les alternatives et stratégies possibles qu’ils peuvent mettre en place en matière d’activités génératrices de revenu dans un nouveau contexte économique.  
I.1 Le nouveau credo libéral de l’économie mexicaine et ses implications dans le développement rural  
I.1.1 Le processus de libre échange  Le traité de libre échange qui a été signé entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada en 1994 (ALENA) ne résume pas l’ensemble du processus de libéralisation opéré par les gouvernements mexicains successifs depuis les années 1980. Il est une conséquence découlant d’arbitrages politiques plus larges, correspondant à un démantèlement progressif des organes publics et à une promotion originale des acteurs privés. Libéralisme et libre échange sont deux processus complémentaires mais qu’il convient de distinguer. Le processus de libéralisation de l’économie mexicaine peut être divisé en quatre phases [Nicita, 2004] et chaque phase vient affecter différemment le monde rural et le secteur agricole : 1985-1986 (élimination d’un certain nombre
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de licences d’imports) ; 1986-1990 (intégration du GATT) ; 1990-1994 (négociation des accords de l’ALENA), 1994 (signature des accords de l’ALENA). Avant de rentrer dans les détails de l’analyse, voyons quels ont été les effets globaux de l’ALENA sur le monde rural mexicain.  L’ALENA semble avoir eu une incidence directe sur le niveau de bien-être dans les différentes régions du pays : alors qu’il a augmenté dans la région nord du pays entre 2 et 4%, il n’a augmenté, en moyenne, qu’entre 0 et 4% dans la région sud. Cependant cette variation faiblement positive tendrait à l’être moins encore si nous analysions d’une part les évolutions sous régionales (disparités régionales existant par exemple entre les régions Guerreo-Oaxaca-Chiapas et la région balnéaire du Yucatan) et d’autre part les conséquences non pas du libre échange en lui-même mais des réformes et politiques austères mises en place pour accompagner ce libre échange. Or les calculs établis par Alessandro Nicita [2004] ne tiennent pas compte de ces deux facteurs. De même comment évaluer, quantifier sur le temps long les incidences d’une fracture profonde entre une région frontalière intégrée aux marchés nord- américains et une région sud déconnectée du marché national ? Le processus de libre échange et les politiques publiques tendent à créer les conditions d’un décrochage structurel de la région Sud. En effet si les chiffres annoncés par Alessandro Nicita nous permettent de voir que le Sud tend à voir son niveau de bien-être rester stable (établissant ainsi un bilan conjoncturel provisoire), il est essentiel de noter que les conditions structurelles du développement de la région tendent quant à elles à s’effondrer. Deux facteurs externes au libre échange peuvent expliquer cette relative stabilité du bien-être au Sud. Les politiques de transferts menées par l’Etat en direction de la région sud-sud-est et la croissance des rentes migratoires (remesas) en destination de cette région Sud - nous les analyserons plus loin - viennent gommer (voire distordre) la véritable tendance régionale due aux réformes suscitées par l’ALENA. Ainsi, les calculs établis par Léonard et Losch [2005] révèlent davantage cet effet de décrochage et son incidence sur le bien être des populations du Sud : alors que 64% de la population du Sud était pauvre2en 1990/1991, le pourcentage est passé à 68% en 2000/2001.         
                                                 2En dessous du seuil de deux salaires minimaux par famille et par jour, soit moins de 8 USD (ce qui est proche du critère de 2 US$/pers./j) 8    
1.1.2 Développement du secteur privé et transposition des actions étatiques dans l’ordre libéral:  L’action de l’Etat a été revue dans les trois institutions qui venaient réguler le développement rural :
a) Redéfinition et privatisation de la chaîne alimentaire mexicaine au travers de la suppression de la CONASUPO  La CONASUPO, Compania Nacional de Subsitencia Popular créée au milieu des années 1960, a joué un rôle crucial dans la définition des politiques agricoles du Mexique jusque dans les années 1990. Dans le cadre d’un modèle de développement basé sur une stratégie de substitution aux importations, la CONASUPO fut une State Trading Enterprise (STE)3chargée de la régulation et du contrôle de onze produits agricoles considérés comme produits de subsistence4et représentant environ 30% de la production nationale (en valeur) [Yunez-Naude, 2003]. La régulation du secteur agricole établie par la CONASUPO s’effectuait tant sur le plan de la demande (soutien du pouvoir d’achat des consommateurs à bas revenus), que sur celui de l’offre (soutien des prix aux producteurs, achat direct et transformation des produits bruts, stockage, distribution et régulation des échanges commerciaux extérieurs au travers d’imports directs et limités par des octrois de licences). Au travers du contrôle de la chaîne de production des 11 produits clés la CONASUPO contrôlait en réalité l’ensemble de la chaîne alimentaire du pays [Yunez-Naude, 2003] dans une optique de souveraineté alimentaire. Sous le nouveau dogme libéral, arrivé à maturité sous la présidence de Salinas de Gortari (1988-1994), la CONASUPO fut peu à peu démantelée et privatisée jusqu’à sa liquidation totale en 1999 entraînant l’élimination du système administré de prix des intrants et des produits agricoles dans les secteurs stratégiques ainsi que les licences d’importation. La suppression de la CONASUPO a notamment correspondu à un véritable bouleversement de tout le système productif du maïs et des haricots (frijol) : entre 1987 et 1994, la CONASUPO achetait 27% de la production nationale de maïs et 26% de celle de haricots contre respectivement 15 et 11% entre                                                  3 STE sont « governmental or non governmental enterprises ... which have been granted exclusiveSelon l’OMC, les or special rights or privileges, including statutory or constitutional powers, in the exercise of which they influence through their purchases or sales the level or direction of imports or exports" [Ackerman & Dixit, 1999 cités par Yunez-Naude, 2003] 4Ces 11 produits agricoles correspondent aux produits agricoles de subsistence et ont fait ainsi l’objet d’une régulation claire et d’un protectionnisme acharné par la CONASUPO. Le maïs représentait de loin le produit le plus supporté par la CONASUPO, il correspondait à 56% de la valeur totale des produits contrôlés. 9    
1994 et 1998. le principe d’une STE étant d’isoler les producteurs nationaux de la concurrence internationale, la CONASUPO ne pouvait donc plus perdurer dans le nouvel ordre libéral, en particulier dans le contexte de l’ALENA signé avec les Etats-Unis et le Canada en 1993. Il nous emble essentiel de préciser que contrairement à une idée de reçue, cette restructuration des organes publics fut le résultat d’un processus politique national endogène marqué par des tensions entre les groupes de pouvoirs et non le résultat d’une pression de la part du FMI et de la Banque Mondiale. Même si le rôle de ces derniers n’est pas négligeable, ils ont davantage joué le rôle d’accompagnateur des réformes et de conseillers que celui de véritable instigateur5. Cette précision nous permettra de comprendre, tout au long de notre analyse, pourquoi le niveau d’intervention de l’Etat mexicain a pu rester aussi élevé depuis les années 1990. En effet une stricte réforme menée par le FMI aurait été autrement plus contraignante en terme d’équilibre budgétaire (dans une politique de baisse de l’offre pour diminuer la pression inflationniste).
b) Libéralisation des droits de propriété du secteur ejidal  La modification en 1992 de l’article 27 de la constitution (proclamant la fin de la réforme agraire) fut le pilier central de la réforme néolibérale dans l’agriculture mexicaine. Au travers d’une réallocation des ressources vers les structures les plus efficientes et les plus compétitives (mouvement accéléré sous le mandat de Vicente Fox 2000-2006), la réforme de 1992 imposa la privatisation des ejidos avec leur légalisation sur les marchés fonciers. L’objectif principal fut ici de créer les conditions d’une agriculture plus moderne sur le plan de l’outil de production (par un accès facilité au crédit), plus productive et ainsi plus compétitive. Grâce au PROCEDE, programme d’inscription au cadastre et de titularisation des droits fonciers, aujourd’hui 91% des ejidos du Mexique sont soumis à des certificats de droit agraire ou de titre de propriété [Brun, 2006]. Avant cette réforme l’ejido désignait une terre communale qui pouvait être utilisée par les agriculteurs mais pas possédée car il avait initialement été conçu, par le président Cardenas, afin d’absorber et d’intégrer dans le paysage national les mouvements paysans Zapatistes et calmer leurs revendications. La fonction de l’ejido fut avant tout celle d’une soupape et d’un liant social, sous forme de droit à la terre institutionnalisé. Sur le plan productif, l’ejido a cependant toujours été dédié à une agriculture de second rang limitant aux paysans l’accès au crédit, aux nouvelles techniques de production, à l’achat et la vente de terres.                                                  5analyse rejoint celle de Rodrick [1996] et Tornell [2006].Cette 10    
I.2 Nature et enjeux de l’activité agricole dans les Etats cibles dans l’économie libérale : le double défis de l’ouverture des frontières et des réformes néolibérales  
1.2.1 L'agriculture dans les Etats cibles : nature et contraintes  a) Agriculture à deux vitesses  L’ensemble des cultures intensives et des grosses exploitations est réuni dans le centre et le Nord du Mexique. L’agriculture menée dans la partie du sud du pays se cantonne à des productions de petite échelle et/ou d’autoconsommation. Elle concentre une main d’oeuvre non qualifiée s’adonnant à des cultures de base avec des méthodes de production non productives. Il en résulte une très faible intégration de l’agriculture du Sud dans la chaîne nationale. Le faible niveau d’éducation, technique notamment, et le manque de clarté du régime foncier (avant la réforme de l’ejido de 1993 principalement)6  ontconstitué deux freins structurels au développement de l’agriculture dans la région Sud. A l’intérieur de l’agriculture dite de subsistance ou de petite échelle, il convient d’établir une autre distinction entre population en situation de pauvreté modérée et population en situation d’extrême pauvreté. Ainsi en 2002, le revenu issu de l’agriculture (autoemploi et salaires) correspondait à 38,7% du revenu total des foyers en situation de pauvreté extrême contre 23,8% pour les foyers en situation de pauvreté modérée. Pour donner un exemple, dans la région de la Sierra Sur de l’Etat d’Oaxaca les activités du secteur primaire emploient 80 à 85% de la population active [INEGI, 2000]. La distinction qui s’établit entre paysans moyennement pauvres et paysans en situation d’extrême pauvreté est liée au type de production et au niveau de dépendance aux cultures les moins rentables : alors que les foyers les plus pauvres restent cantonnés à des cultures de base (lemilpa7notamment), les foyers à revenus modérés complètent cette culture par celle du café par exemple, considérée comme une culture de rente.  Cette importance de l’agriculture à l’échelle des foyers exprime toutefois un paradoxe. L’agriculture emploie 40% de la population active dans cette région alors qu’elle ne participe                                                  6Ceci peut être expliqué par une individualisationUne même terre pouvait cumuler différents titres de propriété. formelle croissante des parcelles communales (ejidos). 7correspond à la culture conjointe du maïs et de l’haricot rougeLe milpa (frijol) 11    
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