MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE

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MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE ECOLE PRATIQUE DES HAUTES ETUDES Sciences de la Vie et de la Terre MEMOIRE présenté par BAUDOIN Christine Pour l'obtention du diplôme de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes TITRE : PSYCHOSOCIOLOGIE DE LA TRANSITION A LA RETRAITE Processus d'acculturation et satisfaction de vie soutenu le 2 juillet 2002 devant le jury suivant : Jean-Marie Cellier - Président Etienne Mullet - Rapporteur Evelyne Fouquereau - Examinateur Yann Forner - Examinateur Laboratoire de : Neurosciences et Comportements Directeur : E. MULLET E.P.H.E. (Sciences de la Vie et de la Terre) Département de Psychologie Directrice : E. FOUQUEREAU Université François Rabelais ECOLE PRATIQUE DES HAUTES ETUDES SCIENCES DE LA VIE ET DE LA TERRE PSYCHOSOCIOLOGIE DE LA TRANSITION A LA RETRAITE Processus d'acculturation et satisfaction de vie BAUDOIN Christine EPHE Banque de Monographies SVT 1

  • caractère central du cadre théorique des transitions de vie

  • adaptation des personnes

  • travers

  • satisfaction de vie

  • précédent travail

  • théorie


Publié le : lundi 1 juillet 2002
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MINISTERE DE L’EDUCATION NATIONALE
ECOLE PRATIQUE DES HAUTES ETUDES
Sciences de la Vie et de la Terre
MEMOIRE
présenté par
BAUDOIN Christine
Pour l’obtention du diplôme de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes
TITRE : PSYCHOSOCIOLOGIE
DE LA TRANSITION A LA RETRAITE
Processus d’acculturation et satisfaction de vie
soutenu le 2 juillet 2002
devant le jury suivant :
Jean-Marie Cellier
-
Président
Etienne Mullet
-
Rapporteur
Evelyne Fouquereau
-
Examinateur
Yann Forner
-
Examinateur
Laboratoire de : Neurosciences et Comportements
Directeur : E. MULLET
E.P.H.E. (Sciences de la Vie et de la Terre)
Département de Psychologie
Directrice : E. FOUQUEREAU
Université François Rabelais
ECOLE PRATIQUE DES HAUTES ETUDES
SCIENCES DE LA VIE ET DE LA TERRE
PSYCHOSOCIOLOGIE
DE LA TRANSITION A LA RETRAITE
Processus d’acculturation et satisfaction de vie
BAUDOIN
Christine
EPHE
Banque de Monographies SVT
1
RESUME
Cette recherche se situe dans le cadre des travaux sur les déterminants de la satisfaction à la vie à la retraite et s'inscrit dans le
prolongement d'un précédent travail, dont les conclusions soulignaient le caractère central du cadre théorique des transitions de vie pour
expliquer la diversité des modalités d’adaptation à cette étape.
En considérant la transition à la retraite comme un processus d'acculturation, nous avons appliqué à cette étude le modèle
d'acculturation élaboré par Berry (1980) dans le cadre des transitions interculturelles. Nous avons ainsi posé l'hypothèse selon laquelle il
existait différents modes d'acculturation lors de cette étape, possibles à identifier à partir d'un nouveau modèle orthogonal, dont les deux axes
étaient le changement et la continuité. Nous avons donc construit une échelle de mesure des modes d'acculturation, inspirée des outils utilisés
par cet auteur (Berry et al., 1989), que nous avons adaptée à la population de retraités.
Nos objectifs dans ce travail étaient de montrer, que l'application et l’élargissement du modèle élaboré par Berry à l’étude de la
transition à la retraite, permettait bien de considérer le changement et la continuité comme les enjeux principaux de cette dernière transition
de carrière, et que les différentes stratégies d’acculturation développées par les sujets pour faire face à cette étape pouvaient constituer de
nouveaux types de déterminants de satisfaction dans la vie à la retraite
A cet effet, le questionnaire final comprenait notre échelle de mesure des modes d’acculturation, une échelle de mesure de
satisfaction dans les différents domaines de vie à la retraite issue du Retirement Satisfaction Inventory (Floyd et al., 1992) validé en langue
française par Fouquereau et al. en 1999, et l’échelle de mesure de satisfaction de vie (Diener, Emmons, Larsen, et Griffin ; 1985) validée en
langue française par Blais, Vallerand, Pelletier, et Brière (1989). En référence aux travaux sur les transitions (Floyd et al. , 1992), notre
échantillon est composé de retraités depuis moins de cinq ans (M = 29.5 mois ; ET = 15.38 mois), et comprends 288 sujets (H = 153 ; F =
135 ) dont la moyenne d’âge est de 62 ans (ET = 4.09 ans).
Les résultats de l'analyse descriptive de l'échelle de mesure des modes d'acculturation ont montré que le changement et la continuité
étaient bien les principaux enjeux de la transition à la retraite, et ceux de l'analyse en composantes principales ont montré l'existence d'une
structure interne à quatre facteurs où chacun représentait un mode d'acculturation différent (marginalisation, assimilation, intégration,
séparation).
Enfin, les résultats des analyses de régression nous ont permis de considérer que ces stratégies constituaient bien de nouveaux types de
déterminants de satisfaction dans la vie à la retraite.
MOTS CLES
: Transition à la retraite. Satisfaction de vie. Acculturation et stratégies d’acculturation. Déterminants de la satisfaction dans la
vie à la retraite
TABLE DES MATIERES
Résumé
p.1
Introduction
p.2
1 ére partie : Cadre théorique de la recherche
p.4
I. Les travaux relatifs au bien-être et à la satisfaction de vie à la retraite
p.8
1.
Les facteurs internes
p.9
2.
Les facteurs externes
p.13
II. Les travaux relatifs à l'adaptation à la retraite
p.16
1.
Les théories psychosociales de l'adaptation à la retraite et au vieillissement
p.16
EPHE
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2
1.1. La théorie du désengagement
p.16
1.2. La théorie de l'activité
p.17
1.3. La théorie de la continuité
p.18
2.
Typologie des modes de vie à la retraite
p.19
2.1. En sociologie
p.19
Selon A.M Guillemard
p.19
Selon P. Paillat
p.20
2.2. En psychologie
p.22
La typologie de Walker, Kimmel, et Price
p.22
La typologie d'Horstein et Wapner
p.23
III Les travaux relatifs aux transitions
p.26
1.
Les transitions au travers des théories développementales
p.27
1.1. Les théories des âges et des stades
p.27
1.2. Les variabilités individuelles et les temps de vie individuels
p.28
1.3. Les événements de vie et les transitions
p.29
2.
Les transitions en psychologie du conseil
p.30
2.1. La transition : type, contexte, impact
p.31
2.2. Le processus de transition
p.31
3.
Les transitions en psychologie sociale
p.32
3.1. Les principales étapes de la socialisation organisationnelle
p.34
3.2. Les tactiques de socialisation
p.34
3.3. Le rôle des attentes du sujet
p.34
3.4. Le sujet proactif
p.35
3.5. La théorie du rôle professionnel
p.35
4.
Les transitions en psychologie interculturelle
p.37
4.1. Les modèles linéaires ou unidirectionnels
p.38
4.2. Les modèles bi-dimensionnels
p.39
5.
Les travaux de J.W BERRY sur l'acculturation
p.40
5.1. Les stratégies d'acculturation
p.41
5.2. Les instruments de mesure
p.44
2
ème
partie : La recherche
p.47
I
La
transition
à
la
retraite
p.48
1.
Cadre théorique de la recherche
p.48
2.
La
méthode
p.52
2.1. Les sujets
p.52
2.2. L’instrument de mesure
p.52
2.2.1. L'échelle de mesure des stratégies d'acculturation
p.53
EPHE
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3
2.2.2.L'échelle de mesure de la satisfaction dans les différents
domaines de la vie à la retraite
p.54
2.2.3 L'échelle de mesure de la satisfaction de vie globale
p.55
II Analyse des résultats
p.57
1.
Caractéristiques de l'échantillon
p.57
2.
Etude des résultats de l'analyse descriptive des échelles du questionnaire
p.59
2.1. Echelle des modes d'acculturation
p.60
2.2. Echelle des domaines de satisfaction dans la vie à la retraite
p.67
2.3 Echelle de satisfaction de vie globale
p.68
3.
Etude des résultats de l'analyse de la structure interne des échelles
p.69
3.1. Echelle des modes d'acculturation
p.69
3.2. Echelle des domaines de satisfaction dans la vie à la retraite
p.73
3.3. Echelle de satisfaction de vie globale
p.74
4.
Etude des relations entre les variables
p.75
4.1. Les variables factuelles et les indices de satisfaction
p.76
4.2. Les indices de satisfaction et la satisfaction globale
dans la vie à la retraite
p.78
4.3. Les modes d'acculturation et les indices de satisfaction
p.79
4.4. Les modes d'acculturation "idéaux" et "vécus"
p.81
4.5. Les variables factuelles et les modes d'acculturation
p.83
5.
Etude des déterminants de la satisfaction dans la vie à la retraite
p.87
5.1. Les variables prédictrices de la satisfaction globale dans
la vie à la retraite
p.88
5.2. Les variables prédictrices de la satisfaction dans
"les ressources et la santé"
p.90
5.3. Les variables prédictrices de la satisfaction dans
"le mariage et la vie familiale"
p.91
5.4. Les variables prédictrices de la satisfaction de vie globale
p.92
6.
Etude des déterminants des modes d'acculturation
p.94
6.1. Les variables factuelles et les modes d'acculturation "idéaux"
p.95
6.2. Les variables factuelles et les modes d'acculturation "vécus"
p.97
III Discussion
p.102
1..L'échelle des modes d'acculturation
p.102
1.1. Résultats de l'analyse descriptive
p.102
1.2. Résultats de l'analyse factorielle
p.105
2.
Les déterminants de la satisfaction à la vie à la retraite
p108
3.
Les déterminants des modes d'acculturation
p.114
3.1. Les variables factuelles et les modes d'acculturation
p.114
3.2. Les modes d'acculturation "idéaux" et "vécus"
p.116
EPHE
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4
Conclusion
p.118
Bibliographie
p.120
Table des tableaux
p.127
Annexe
p.130
Introduction
Les progrès de la médecine, et l’évolution des conditions de vie et de travail, ont permis un allongement de la
durée de vie moyenne chez les hommes et chez les femmes. Ce phénomène en amène un autre, celui de l’importance de
plus en plus grande du nombre de personnes âgées dans l’ensemble de la population, tout du moins en ce qui concerne
les sociétés industrielles occidentales.
Une des conséquences directes de ce phénomène est l'extension de la période de vie située entre le moment
de la fin de l'activité professionnelle et celui de la fin de la vie. Cette évolution a fait l’objet de considérations
politiques, économiques, sociales et médicales, afin d'adopter des mesures permettant à ces personnes de vivre ce
moment de la vie dans les meilleures conditions possibles.
Les sciences humaines, comme d’autres sciences, ont cherché à comprendre et ainsi à mieux répondre aux besoins
particuliers des personnes âgées. En psychologie, les chercheurs qui ont tenté d’expliquer l’adaptation des
personnes à cette période de la vie, se sont attachés à développer des théories dans lesquelles "retraite" et
"vieillesse" sont associées. Les plus connues, mais aussi les plus contestées, ont été la théorie du désengagement
(Cumming et Henry, 1961), la théorie de l’activité (Havighurst et Albrecht, 1953), et la théorie de la continuité
(Atchley, 1971, 1989). Des études empiriques, que ce soit en sociologie (Guillemard, 1973; Paillat, 1989), ou en
psychologie (Walker, Kimmel,& Price, 1981; Horstein,& Wapner, 1985), ont montré que tous les retraités ne
vivaient pas ce passage ou encore cette période de façon uniforme, mais qu'au contraire plusieurs styles ou modes
de vie coexistaient. Dans le même temps, les théories du développement de l'adulte ont aussi fourni des éléments
de compréhension des enjeux psychosociaux de cette période de la vie. Ainsi, les différents modèles de maturation
issus de ce courant de recherche sont répartis en trois grandes catégories, selon qu'ils envisagent le développement
en fonction des âges et des stades (Erickson, 1950; Levinson, 1978), des variabilités et des temps individuels
(Neugarten, 1976) ou encore des transitions et des évènements de vie (Lowenthal, Thurner, Chiriboga, 1975;
Brim,& Ryff, 1980).
D’autres approches plus récentes, qui concernent les recherches sur "le bonheur ou bien être subjectif"
(Diener, 1984), ont permis de mettre à jour les facteurs externes (revenus, environnement…) et internes (âge, sexe,
personnalité, santé…), qui pouvaient avoir une incidence sur le bien-être de la personne dans cette période de sa
vie.
Toutes ces études ont ainsi permis de faire ressortir les différences individuelles dans la façon de vivre la retraite
et de mieux en connaître les causes.
Notre précédent travail, effectué dans le cadre d'un mémoire de Maîtrise dont le thème était "l'étude
psychosociologique de l'adaptation à la retraite", avait pour principal objet d'analyser certains déterminants de la
satisfaction à la retraite à travers le Retirement Satisfaction Inventory (Floyd et al.., 1992) validé en langue
française par Fouquereau, Fernandez, et Mullet en 1999. Nous référant aux théories sur lesquelles s'étaient basés
les auteurs du questionnaire, nous avons été conduites à considérer le passage à la retraite comme une transition
du cours de la vie. La conclusion de ce travail initial soulignait le caractère central du cadre théorique des
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transitions de vie pour expliquer la diversité des modalités d’adaptation à cette étape.
Cette nouvelle recherche a donc pour principal objectif d’étudier plus précisément la transition à la retraite,
d’en définir les principaux enjeux, de repérer les diverses stratégies utilisées par les sujets pour y faire face, et
d'analyser leurs incidences sur la satisfaction de vie à la retraite. Pour traiter ces différents points, nous avons
effectué une première revue de questions parmi les différents travaux issus de la psychologie, voir de la
sociologie, susceptibles de nous apporter des pistes de réflexion
Ainsi, considérerons nous d'une façon générale, que la transition représente une période spécifique, définie comme
un moment charnière et de passage, dont l'adaptation n’exprime que la finalité (Schlossberg, 1984; Berry, 1997).
De même, il nous est apparu que les transformations auxquelles sont confrontés les nouveaux retraités, que ce soit
au niveau identitaire ou encore au niveau des pratiques, des croyances, et des valeurs, justifiaient d'envisager ce
processus de transition comme un processus d'acculturation. Ne disposant d’aucune référence développant
directement cette perspective, nous avons choisi pour notre recherche, de nous rapporter aux études qui
concernent les transitions interculturelles, et plus particulièrement aux travaux de J.W Berry (1980, 1989, 1994,
1997) sur le phénomène de l'acculturation. Ce nouveau cadre d’étude nous a alors permis d'entrevoir de nouvelles
pistes de recherche dans l’analyse des principaux enjeux, qui pouvaient être communs à toute transition de vie, et
sur les stratégies ou modes d'adaptation qui en découlent.
Cette recherche, se situe donc essentiellement dans le cadre des travaux sur les transitions psychosociales
du cours de la vie. Il s'agit en effet, de comprendre et d'évaluer comment les personnes envisagent et gèrent les
transformations que nécessite un changement de situation tel que la retraite, et de voir si les stratégies qui en
découlent sont déterminantes de leur degré de satisfaction dans la vie en général, et dans les différents domaines
de la vie à la retraite en particulier.
Aborder le thème de la retraite implique de considérer ce phénomène sous différents angles (historique,
sociologique, psychologique). En effet, les données historiques, quant à sa mise en place et son évolution,
s’avèrent nécessaires pour mieux en comprendre les enjeux, et les difficultés rencontrées par les
personnes
concernées.
Pour certains
auteurs, la retraite est une "construction sociale liée directement à des éléments
fondamentaux des sociétés capitalistes contemporaines" (Kholi, 1986). En effet, ce phénomène a pris naissance
lors de la transition d’une économie agraire et familiale à une économie industrielle fondée sur le salariat, et a pris
toute son ampleur, comme institution sociale, à partir du début de la seconde moitié du XXéme siècle dans les
pays occidentaux. C’est le chancelier Otto Bismark (1815-1898), qui instaura le premier régime de retraite
universelle en 1889. Cette loi allemande visait à aider les personnes à subvenir à leurs besoins grâce à l’assurance
vieillesse, et fixait à 70 ans l’âge où l’on pouvait commencer à recevoir des prestations, mais très peu de
travailleurs à l’époque vivaient suffisamment longtemps pour la percevoir.
En France, ce sont trois lois successives (1910, 1930, 1945) qui ont permis la mise en place du système actuel. La
loi de 1910, qui a généralisé le droit à la retraite pour les travailleurs en dessous d'un certain seuil de salaire, et a
inauguré le principe d'obligation des cotisations. Celle de 1930, toujours relative aux bas salaires, qui concernait le
versement de cotisations faibles et le versement d’une pension après trente années de cotisation. Pour finir, la loi
de 1945, qui régie le financement des retraites basée sur la répartition, et découle des ordonnances relatives à
l'instauration du régime général de la sécurité sociale (Caradec, 2001). La particularité du système français repose
ainsi sur le fait que ceux qui travaillent assurent le paiement des pensions des retraités. Depuis 1982, le nombre
d'années de cotisation permettaient de prétendre à 60 ans à une retraite à taux plein. La crise de l'emploi
nécessitant un nouveau choix politique, la cessation anticipée d'activité a été favorisée. Le système des préretraites
voit alors le jour, permettant licenciements et démissions à partir de 55 ans. Pour finir, l'arrivée de la génération du
"baby-boom" à la retraite risquant de remettre ce système de répartition en cause, avec une proportion
actifs/inactifs inversée, une tentative de recul de l'âge de la mise à la retraite et d'augmentation de la durée de
cotisation (de 150 à 160 trimestres) a été prévue à partir de 1993 (Aspis, 1991). Ces changements de politique au
fil du temps ont aussi eu des répercussions sur l'organisation de la vie sociale.
En effet, après une politique d'assistance, celle du "droit au repos" a vu le jour dans un contexte marqué par
la puissance des mouvements ouvriers, et a donné naissance à une nouvelle catégorie, celle des "retraités"
(Caradec, 2001). Parallèlement, on assiste à une institutionnalisation du cours de la vie, où l'âge définit les trois
principales étapes de l'existence, à savoir : une phase de préparation au travail, une période d'activité, et une phase
de retraite (Kholi, 1986). Cette institutionnalisation du parcours de vie n'est pas sans incidence, puisqu'elle marque
aussi la construction sociale de la vieillesse (Guillemard, 1986).
La crise de l'emploi de ces trente dernières années est cependant venue bousculer cette répartition, avec une entrée
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dans le monde du travail de plus en plus tardive, une fin de l'activité professionnelle de plus en plus précoce, et
une retraite de plus en plus dissociée du travail. Ces changements ont eu pour conséquence de déchronologiser, de
déstandardiser, et de détemporaliser les parcours de vie (Guillemard, 1997).
Parallèlement, les innovations sémantiques qui redéfinissent sans cesse les frontières des termes "vieux" et
"retraités", suivent ces évolutions. En effet, dans les années 70, le terme "troisième âge" a connu une large
diffusion, et on a assisté alors à l'apparition de clubs de troisième âge, d'universités du troisième âge, et de voyage
pour le troisième âge. Ce vocabulaire, révélateur de l'éthique activiste de la retraite en opposition à la vieillesse, se
veut définir un nouvel âge, une nouvelle jeunesse (Caradec, 2001). L'âge de la vieillesse et de la dépendance se
trouve alors reculé et donne naissance à la catégorie du "quatrième âge". Aujourd'hui, même si le terme "troisième
âge" continu à être utilisé, cette catégorie semble abandonnée pour celle des "seniors", qui représentent les
retraités les plus jeunes, et pour qui les clubs du troisième âge font office de repoussoir (Guérin, 2000 ; Caradec,
2001).
L’évolution de ces différentes politiques (économiques et sociales) a donc eu des répercussions sur l'organisation
de la vie sociale, ainsi que sur l'organisation sociale de la retraite et de "la vieillesse" . Ces changements n'ont pas
été sans avoir d'influence sur les représentations et les attentes des retraités.
En effet, les enquêtes menées auprès des travailleurs montrent que ceux-ci souhaitent quitter le marché du travail à
60 ans au plus tard. La France est actuellement le pays où l'âge de cessation d'activité, qui se situe autour de 57
ans, est le plus précoce au niveau mondial. Il était autour de 61 ans à la fin des années 80 et autour de 65 ans en
1970. C'est aussi le pays où la proportion d'actifs entre 55 et 64 ans est la plus faible (Mermet, 2001). Ces chiffres
sont liés, d'une part à la politique française mise en place pour lutter contre la crise de l'emploi (licenciement,
préretraite), et de l’autre au désir des travailleurs "âgés" (Mermet, 2001).
La retraite semble parfois représenter une délivrance face à des contraintes devenues lourdes avec le temps, et la
liberté de gérer son temps avec de nouveaux projets ou de vieux rêves à réaliser. Cependant, tout nouveau retraité
ne subit pas sans réactions souvent imprévues, le passage d’une vie active consacrée au travail, à la vie
complètement libérée des contraintes du travail (horaires imposés, tâches définies…). Ces réactions diffèrent selon
les individus, mais la plupart des personnes passerait par une première phase de grande satisfaction et d’euphorie,
à une phase d’interrogations, pour finir par une phase de réorganisation (Atchley, 1971).
Le passage d’une vie "active" (consacrée au travail, à une carrière ou au travail au foyer), à la retraite, caractérisée
par la disparition de nombre d’activités et de contraintes liées à ce travail, pose des difficultés d’adaptation. Ces
difficultés se diversifient selon les conditions qui entourent la prise de la retraite, selon qu’elle s’accompagne ou
non d’une baisse importante de revenus, selon la place que le travail occupait dans la vie de la personne, selon sa
préparation à la retraite, selon ses intérêts, et selon le contexte familial et social dans lequel elle vit. Malgré tout,
on constate que même dans de bonnes conditions, ce changement d’état de vivre nécessite des efforts
d’adaptation.
Les conditions qui entourent la retraite sont d'autant plus importantes actuellement, que la période de vie qui suit la
cessation d'activité professionnelle s'est considérablement allongée. Après 57 ans, une femme a encore une durée
moyenne de vie de 28 ans, et un homme une durée moyenne de vie de 23 ans (Mermet, 2001). Toutefois, les perspectives
des personnes qui arrivent maintenant à l'âge de la retraite sont aujourd'hui différentes de ce qu'elles étaient auparavant,
et les années dont disposent les retraités leur permettent de pratiquer de nombreuses activités. Ainsi, pour 61% des
français la retraite est un temps où on peut aider ses enfants et petits-enfants, pour 51% un temps où on est plus obligé de
travailler, pour 38% un temps où on peut s'engager dans des activités associatives, et pour 19% un temps où les
problèmes de santé dominent (Mermet, 2001).
Malgré des perspectives positives, les difficultés d’adaptation que peuvent rencontrer les nouveaux retraités sont
conséquentes des répercussions qu’entraîne ce changement de situation dans toutes les sphères (familiale, couple,
amicale, sociale,..) qui composent la vie globale des personnes (Hanson & Wapner, 1994 ; Gee & Baillie, 1999).
"Ce passage est toujours vu comme une cassure à la fois dans la vie professionnelle (perte de statut social,
réduction du champ d’intervention et d’action), dans la vie personnelle (repli sur le cercle familial, modification
des rapports au sein du couple et de la famille), dans les conditions matérielles de vie (baisse de ressources,
restrictions en matière de loisirs, tourisme logement,..) et dans l’organisation du temps de vivre
(absence
de
contraintes quotidiennes, vertige devant une masse de temps libéré à occuper, à gérer" (Kerschen, 1985).
Le nouveau retraité ne vit donc plus au rythme du temps social, il doit créer l’événement (Cabirol, 1986) ; la
retraite exige une redéfinition non seulement de l’individu en rapport avec la société mais une redéfinition des
rapports avec le courant même de la vie (Laforest, 1989).
La présentation succincte, que nous avons tenté de faire au travers de ces différents aspects, nous semblait
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importante pour mieux cerner les différents enjeux historiques, politiques, économiques, sociaux, et
psychologiques qui peuvent avoir des conséquences sur
la satisfaction de vie à la retraite. En effet, les
représentations individuelles liées à cette période du cours de la vie renvoient à toutes ces dimensions.
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