Site académique Aix Marseille Histoire et Géographie

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Site académique Aix-Marseille Histoire et Géographie Marseille n'existe plus Philippe Langevin Le 1 er mai 2002 Maître de Conférences à l'Université de la Méditerranée MARSEILLE Cette affirmation peut surprendre. Pourtant, tout indique que le cadre communal n'est plus porteur d'une économie spécifique qui serait celle du district industrialo-portuaire qui fût le sien au siècle passé quand la ville s'est repliée sur elle-même dans une logique de négoce. Le système a implosé dans les années 60 avec la crise portuaire, le dédoublement du port et le déclin de l'industries portuaire. Pendant les trente glorieuses, Marseille est sortie de Marseille sans s'en apercevoir. Comme le rappelle B.Morel1, des « évènements fondateurs » promus par l'Etat ont posé le cadre d'une métropolisation sans métropole : la création de la zone industrialo-portuaire de Fos, le soutien à l'industrie aéronautique de Marignane et d'Istres, la création du Centre d'Etudes Nucléaires de Cadarache, l'aménagement de la zone d'activité d'Aix-les-Milles, la création de la zone commerciale de Plan-de-Campagne. Et, peu à peu, la périphérie de Marseille, de plus en plus éloignée, a englouti son centre. Aujourd'hui Marseille éclate de toutes parts. Marseille est la ville des extrêmes. Pour certains commentateurs, c'est une ville-entrepôt qui n'a pas su réussir l'étape de la décolonisation et qui vit encore sur un passé exclusivement portuaire maintenant révolu.

  • moitié des allocataires de la caisse d'allocations familiales

  • difficultés économique

  • situation économique

  • besoins en santé, en énergie, en services sociaux et en épargne populaire

  • faiblesse de l'hinterland économique de proximité

  • déclin de l'industries portuaire

  • économie marseillaise


Publié le : mercredi 1 mai 2002
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Source : ac-aix-marseille.fr
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Site académique Aix-Marseille Histoire et Géographie
Marseille n’existe plus
Philippe Langevin
Le 1
er
mai 2002
Maître de Conférences à l'Université de la Méditerranée
MARSEILLE
Cette affirmatio
n peut surprendre. Pourtant, tout indique que le cadre communal n’est plus
porteur d’une économie spécifique qui serait celle du district industrialo
-portuaire qui fût le sien
au siècle passé quand la ville s’est repliée sur elle
-même dans une logique de négoce. Le
système a implosé dans les années 60 avec la crise portuaire, le dédoublement du port et le
déclin de l’industries portuaire. Pendant les trente glorieuses, Marseille est sortie de Marseille
sans s’en apercevoir. Comme le rappelle B.Morel
1
, des « évènements fondateurs » promus par
l’Etat
ont
posé le cadre d’une métropolisation
sans métropole :
la création
de la zone
industrialo-
portuaire de Fos, le soutien à l’industrie aéronautique de Marignane et d’Istres, la
création du Centre d’Etudes Nucléaires de Cadarache, l’aménagement de la zone d’activité
d’Aix
-les-Milles, la création de la zone commerciale de Plan-de-Campagne. Et, peu à peu, la
périphérie de Marseille, de plus en plus éloignée, a englouti son centre.
Aujourd’hui Marseille éclate de tout
es parts.
Marseille est la ville des extrêmes. Pour certains commentateurs, c’est une ville
-
entrepôt qui n’a
pas su réussir l’étape de la décolonisation et qui vit encore sur un passé exclusivement
portuaire maintenant révolu. Pour d’autres, c’est une gran
de métropole méditerranéenne en
construction résolument entrée dans la modernité. Pour tous, Marseille symbolise, plus que
toute autre, une cité attachante et fière qui n’a jamais voulu se mouler dans les moyennes
nationales ou européennes et a toujours hé
sité à s’associer aux villes voisines. En fait, et si les
Anglais écrivent Marseille avec un s, c’est qu’il y a plusieurs Marseille qui portent chacune une
réalité économique, une sociabilité, des habitants, des actifs, des cultures et des attitudes qui
pourraient faire douter de son identité.
Il ne s’agit pas à proprement parler d’inégalités ou de déséquilibres qui renverraient à des
politiques construites pour les réduire. Il n’existe pas de Marseillais moyen et peu de points
communs entre l’ingénieur de
la COMEX et le commerçant mouride du boulevard Camille-
Pelletan. Ils ne sont pas dans le même monde. Comme il serait illusoire, à grands coups
d’investissements publics, de prétendre transformer les quartiers nord en quartiers sud. Ils ne
sont pas dans la même ville. Le défi de Marseille est bien dans sa capacité à savoir faire
fonctionner ensemble tous ses acteurs, ses territoires, ses voisins et ses partenaires sans
vouloir s’identifier à d’autres grandes villes qui ne lui ressemblent pas :
Toulouse, Bor
deaux,
Strasbourg ou, plus proche, Nice ou Montpellier. Il faudrait que ses ingénieurs et ses
aménageurs s’en souviennent.
1- Les territoires de la mobilité
A- 111 quartiers ne font pas une ville
La commune elle-même qui, avec 23.000 ha, est, rappelons-le, plus étendue que Paris,
recouvre
un
ensemble
de
111
quartiers
qui
sont
autant
de
villages
regroupés
administrativement en 16 arrondissements et 8 secteurs. Chacun de ces quartiers a son histoire
économique, ses communautés, ses places et ses lieux de rencontres. Certes, la mobilité des
actifs et les contraintes du logement et de l’emploi ont relativisé une approche purement locale
du développement . De nombreux petits commerces et équipements de proximité ont disparu,
sans pour autant effacer une identité
surprenante. D’ailleurs, à Marseille on est du Chapitre, du
Roucas ou du Canet : on n’est jamais Marseillais.
Les disparités de niveau de vie d’un quartier à un autre sont la conclusion naturelle des
reconversions industrielles que la ville a dû affronter
et des difficultés d’accès au logement
1
B.Morel : «
Marsei
lle, naissance d’une métropole
» L’Harmattan, 1999
rencontrées par ses habitants. Si
les quartiers nord
sont
pauvres, c’est qu’ils ont
perdu
l’essentiel de leur tissu économique autrefois essentiellement tourné vers le port. Avec la crise
des années 75, le nombre de c
hômeurs n’a cessé de croître, les allocataires des minimums
sociaux avec eux et ces quartiers se sont rapidement dégradés. Les grands ensembles
immobiliers construits dans l’euphorie des années 60 n’ont pas tenu le coup. Et comme toujours
dans ces cas là, les habitants, devenus captifs, se sont rapidement appauvris. Il y a pourtant
des quartiers encore plus pauvres à Marseille, ce sont ceux du centre que la dégradation du
bâti, le vieillissement de la population et le fort taux de chômage ont conduit à l’ex
clusion sous
toutes ses formes. A l’est, la vallée de l’Huveaune a perdu progressivement ses usines et essaye
de se reconvertir dans les activités artisanales et commerciales. Au sud, par contre, le style
« bas rue Paradis » est celui des « beaux quartiers » qui accueillent des retraités à fort pouvoir
d’achat, des actifs qui travaillent généralement ailleurs au sein de l’aire métropolitaine, des
villas et des immeubles résidentiels, des commerces de luxe, des banques et de vastes espaces
verts. Tous ces Marseillais ont peu de chances de se rencontrer.
B- 18 communes ne font pas une métropole
Dans un contexte de mobilité généralisée et de déplacements domicile-travail de plus en plus
longs, les limites communales perdent partout leur sens économique. Les lotissements poussent
comme des champignons, les zones d’activité se développent dans les grandes périphéries, les
surfaces commerciales occupent de plus en plus d’espaces. De ce fait Marseille, qui n’a pas à
proprement parler de banlieue n’est plus dans Mars
eille et un vaste territoire métropolitain se
construit autour de la cité phocéenne et souvent sans elle, entre Aubagne, Aix-en-Provence,
l’étang de Berre. Ses limites sont variables et incertaines. Cette évolution ne se fait pas à partir
de la ville elle-
même,
qui
n’a
pas
généré
une
agglomération,
mais
résulte
d’un
double
mouvement : le déclin de la ville-centre et le dynamisme de sa périphérie.
La région urbaine de Marseille-Aix-en-Provence
2
comprend aujourd’hui 139 communes dont 9
ont de plus de 30.000
habitants, elle s’étend sur 4.805 km², représente une population de
1.835.000 habitants et 641.000 emplois. Elle est donc beaucoup plus étendue que l’aire urbaine
classique qui ne prend en compte qu’une partie des déplacements domicile
-
travail ou que l’uni
urbaine définie par la continuité de l’habitat. Marseille est au cœur d’une vaste région urbaine
qui s’étend de la plaine de la Crau à l’ouest au Lubéron au nord et jusqu'à Saint
-Maximin-La-
Sainte-
Beaume à l’est. C’est une aire métropolitaine.
Cet espac
e économique n’est pas un espace de pouvoir politique. La loi sur la simplification de
l’intercommunalité du 12 juillet 1999 lui offrait une chance qui n’a pas été saisie. Il est découpé
en 12 communautés de taille et de compétences variables. Avec 18 communes et la moitié de la
population de la région urbaine, la communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole conduit
le développement économique et l’aménagement de l’espace à un niveau certes plus pertinent
que celui de la commune elle-
même mais qui n’est pas à l’échelle de la métropole. Ce n’est pas
un hasard si les autres villes importantes de l’aire métropolitaine n'ont pas souhaité s'associer à
Marseille et ont construit leur propre intercommunalité, mais la revanche de l’histoire. De ce fait
les commun
autés d’agglomération d’Aix, d’Aubagne, de Martigues et de Salon se définissent
davantage sur des logiques locales en opposition à Marseille qu’en partenaires du même projet
de développement.
2- Des Marseillais pauvres dans une agglomération riche
A- Stabilité de la population
Après avoir atteint 910.000 habitants en 1975, Marseille compte en 1999, comme en 1990,
800.000 habitants. Ces pertes démographiques, plus fortes ici que dans les autres grandes
villes françaises, traduisent des difficultés économique
s mais aussi l’importance des installations
dans les communes de la périphérie. Depuis 1982, le solde migratoire est négatif et le niveau
de la population ne se maintient que par le solde naturel. Les 37 autres communes de l’unité
urbaine présentent toutes, entre 1990 et 1999 un accroissement démographique plus élevé que
celui de Marseille, principalement par solde migratoire, notamment dans le pays d’Aix. La
population de Marseille est plus âgée que celle des communes de son aire urbaine. La zone
périurbai
ne attire les jeunes ménages qui s’installent fréquemment dans le loti.
2
Atlas des métropolitains de la région urbaine de Marseille-Aix-en-Provence I.N.S.E.E. 2002
La répartition socio-professionnelle des actifs met en évidence le poids important des employés,
des artisans et des commerçants. Les cadres, relativement peu nombreux pour une ville de
cette taille, habitent les quartiers sud de Marseille et, plus fréquemment, le pays d’Aix. Les
classes moyennes investissent les lotissements du pays d’Aubagne et de l’étang de Berre. La
part des ouvriers diminue et celle des professions intermédiaires augmente.
B- Une ville pauvre fortement inégalitaire
Le revenu médian des ménages est à Marseille de 12.433 euros, ce qui fait de Marseille une
ville relativement pauvre. L’éventail des revenus est très ouvert. Les 10% des ménages les plus
aisés perçoivent plus de 10 fois le revenu au-dessous duquel se trouve les 10% du bas de
l’échelle sociale. Marseille est une ville de grandes inégalités sociales qui sont aussi territoriales.
Les 7
e
, 8
e
et 9
e
arrondissements ont un revenu moyen deux fois plus élevé que les
arrondissements du centre (1
er
, 2
e
, 3
e
) et du nord (13
e
, 14
e
, 15
e
, 16
e
). Ce sont souvent les
ménages les plus aisés qui les ont quittés pour s’installer dans la couronne périurbaine dont le
revenu annuel moyen est de 15.780 euros avec toujours de fortes inégalités. 20% des ménages
vivent au-dessous du seuil de pauvreté et le quart des Marseillais ne disposent que de très
faibles
ressources.
Le
chômage
(qui
concerne
20%
des
actifs),
la
précarité
de
l’emploi,
l’isolement (38% des ménages sont composés d’u
ne seul personne), et la monoparentalité
prédisposent aux situations financières difficiles. Plus de 5% des Marseillais sont allocataires du
revenu minimum d’insertion. La part de la population à faibles revenus dans la population totale
varie de 1 à 5 entre les arrondissements et de 1 à 10 entre les quartiers, le plus riche étant
Bonneveine et le plus pauvre Noailles. La moitié des allocataires de la Caisse d’Allocations
Familiales sont des personnes seules, 25% des familles monoparentales. La composition des
ménages se modifie plus rapidement que dans le reste de la France : toujours plus de
personnes seules et de familles monoparentales et toujours moins de couples avec enfants.
Pourtant, malgré ces données préoccupantes, Marseille n’a jamais explosé soci
alement. Certains
y voient le résultat d’un intense travail social appuyé par une vie associative développée et une
politique de la ville bien conduite. D’autres soulignent un comportement de tolérance, un
attachement au territoire, la «
fierté d’être Mars
eillais
» qui est la devise de l’O.M. Il existe
probablement une forte tradition d’intégration et des communautés puissantes qui jouent un
rôle régulateur aux limites de l’économie formelle et de l’économie informelle. Certains travaux
récents ont mis en évidence la place et le rôle de ces Marseillais singuliers dans une « économie
de bazar
» d’entrepreneur sans entreprise
: confrérie mouride, « kamikazes » maghrébins,
trabendistes algériens, fundis comoriens participent à leur niveau à la solidarité entre Marseillais
de même origine.
Il est peu probable toutefois que ces Marseillais en rencontrent d’autres, nouveaux venus de la
région Parisienne, de l’Europe du Nord ou des Etats
-
Unis d’Amérique embauchés par de grands
groupes internationaux au gré de carrières construites sur la mobilité. Occupant les emplois
offerts dans les nouvelles technologies, l’informatique, les technologies de la communication et
ce qu’il est convenu d’appeler la nouvelle économie
; ces actifs considèrent les autres comme,
au mieux,
des éléments d’exotisme «
à la marseillaise », au pire comme des voleurs sans
scrupules que la modernité conduit inéluctablement à la disparition.
3- Une économie duale
L’économie marseillaise ne s’appréhende pas facilement. On peut simplement souligner qu’elle
est de moins en moins portuaire, de moins en moins industrielle et de plus en plus tertiaire.
Marseille est devenu un grand centre de services commerciaux et plus de 80% des emplois
relèvent des administrations, du commerce, des échanges, des services aux entreprises et des
services aux particuliers. Ce ne sont pas toujours pour autant des services supérieurs. Marseille
est devenue une ville de petits commerces, de toutes petites entreprises
souvent
communautaires et d’entrepreneurs indépendants
A-
La fin de l’industrie
Les grandes entreprises industrielles ont quasiment disparu : obligées de quitter la ville pour
des raisons techniques ou financières ou, plus grave encore, par cessation d’activité. Ne
subsistent aujourd’hui que quelques établisseme
nts dans les industries agro-alimentaires
(Haribo, Pernod-Ricard, Grands Moulins Storione, Rivoire et Carret, Panzani, Nestlé, Française
de brasserie, Générale Sucrière…), la chimie et la pétrochimie (Procida, S.P.M.P., Atochem,
Pennwalt…), les activités
électroniques et off-shore (SNEF-Electric-Flux, Cybernetix, COMEX...).
La réparation navale, autrefois fleuron marseillais, n’existe plus. Ces établissements perdent
régulièrement des emplois. Le tissu industriel a quitté Marseille pour se redéployer à la
périphérie, à l’est vers Aubagne, au nord vers Aix
-en-
Provence et à l’ouest vers l’étang de
Berre. Les installations récentes ne se sont pas faites à Marseille et les points forts de l’industrie
marseillaise ne sont plus ici. Les industries pétrolières son
t autour de l’étang de Berre, la
sidérurgie à Fos, l’aéronautique à Marignane et à Istres, l’électronique à Rousset et à Gémenos,
le nucléaire à Cadarache, l’ingénierie technique à Aubagne et à Aix. Trois entreprises seulement
ont plus de 500 salariés : la Société des Eaux de Marseille, Nestlé-France et la Provence,
entreprise de presse.
B- Importance du tertiaire public
L’emploi est tiré par le tertiaire public qui répond aux besoins d’une population de 800 000
personnes, souvent en difficulté, et aux implications du rôle administratif de la cité : capitale
régionale, siège de nombreuses administrations déconcentrées et décentralisées. Les premiers
employeurs sont, dans un ordre décroissant, la mairie (12.400 emplois), les hôpitaux publics
(12.300), les cai
sses
d’assurance
maladie
(5.500),
la
direction
régionale
France
-Télécom
(5.000), le Conseil général (4.300), la Régie des Transports (2.700), E.D.F. (1.600), la Caisse
d’Epargne (1.600). Sur les 15 premiers employeurs de la ville, il n’y a qu’une seule ent
reprise
privée.
L’économie
marseillaise
court
le
risque
de
devenir
une
économie
administrative
seulement entraînée par les besoins en santé, en énergie, en services sociaux et en épargne
populaire de sa population. Elle n’arrive pas à créer assez d’emplois
pour pouvoir répondre aux
demandes de sa population active. Son taux de chômage est l’un des plus élevés des grandes
villes françaises : il avoisine les 20%.
4- Les Marseille économiques
A-
Les pôles d’excellence
: Marseille en Europe
Il ne faut pas pour autant tomber dans un pessimisme exagéré. Marseille dispose de pôles
d’excellence de niveau international. Mais ces points forts n’ont pas, sur le tissu local et le
marché du travail, les retombées que l’on pourrait en attendre. Ils sont totalement dissoci
és des
petites entreprises et des activités de survie d’un nombre important de Marseillais. Ils travaillent
au niveau international.
En
matière
médicale,
la
réputation
du
centre
universitaire
hospitalier
n’est
plus
à
faire.
L’assistance publique des hôpita
ux de Marseille gère trois établissements (Nord, La Timone-
Conception et Sainte-Marguerite). Saint-Joseph et Amboise-Paré sont des hôpitaux privés de
qualité. La cancérologie, la chirurgie cardiaque, l’immunologie, la neurobiologie, la génétique, la
microb
iologie, les neurosciences sont des domaines reconnus de recherche de l’Université de la
Méditerranée qui forme chaque année 5.200 étudiants en médecine et 1.600 en pharmacie
En matière de recherche, Marseille s’affirme comme un pôle important qui regroupe
, outre trois
universités, des laboratoires de pointe des grands organismes nationaux : C.N.R.S.,
I.N.S.E.R.M. Elle est particulièrement performante en mathématiques, astronomie, physique et
pétrochimie.
L’enseignement supérieur, avec 3 universités, une of
fre de formation qui recouvre toutes les
disciplines, 44.000 étudiants et 13 écoles d’ingénieurs, est un point fort de Marseille avec trois
pôles spécialisés : le pôle santé (Nord et la Timone), le pôle sciences économiques (centre), le
pôle scientifique réparti en 4 sites (Saint-Charles, Luminy, Château-Gombert, Saint-Jérome).
Après avoir augmenté de 23% entre 1990 et 1995, les effectifs étudiants, comme au niveau
national, sont
stables. Il
faut
aussi
souligner qu’Aix
-en-Provence accueille presque autant
d
’étudiants (40.000) et qu’une fois encore c’est au niveau de l’académie qu’il convient de
raisonner. Les découpages universitaires rendent toutefois l’offre peu lisible.
B- Le port autonome : Marseille en Méditerranée
Le port autonome de Marseille, avec un trafic moyen de 95 millions de tonnes, est le premier
port français et méditerranéen. 60% du trafic proviennent des importations de pétrole brut mais
le trafic "marchandises diverses, vrac solide et liquide" ainsi que le trafic conteneurs
augmentent régu
lièrement,
moins
toutefois
qu’ailleurs.
Premier
port
conteneurs
de
la
Méditerranée en 1976 le P.A.M. occupe aujourd’hui la neuvième place. Toutes les industries
portuaires de Fos (pétrochimie, sidérurgie, métallurgie…) en dépendent. Le port représente
15.000 emplois, partagés entre le P.A.M. lui-même et toutes les activités qui travaillent avec lui
: manutention, courtage, transports, assurances… L’évolution des conditions de la manutention,
la concentration du trafic voyageurs sur quelques lignes, la réduction du temps de passage des
navires et la faiblesse de l’hinterland économique de proximité ne font plus du port le poumon
de l’activité marseillaise. La stabilité du trafic total depuis une dizaine d’années recouvre deux
mouvements opposés : la réduction du trafic pétrolier pour cause de concurrence avec les ports
italiens (et notamment Trieste) et l’augmentation des autres formes de trafic. Il n’en demeure
pas
moins
que,
même
si
l’activité
du
port
dépend
de
données
"exogènes"
à
l’économie
marseillaise (
conjoncture de l’économie mondiale, cours du pétrole et du dollar...) et s’il n’est
toujours pas un port de transit important, le P.A.M. demeure un des premiers atouts de
Marseille.
C-
L’autre économie
: Marseille en Afrique
A coté de ces points forts, l’originalité de Marseille est d’accueillir une "autre économie" qualifiée
"d’économie de bazar
3
" directement reliée aux dynamiques d’échanges avec l’Afrique et le
Maghreb. Sans rapport avec ceux des grandes entreprises qui font l’essentiel du trafic du port
,
ces échanges « sont techniquement, politiquement et économiquement pauvres mais
culturellement et socialement riches du sens qu’ils donnent aux lieux qu’ils investissent et aux
acteurs qu’ils mobilisent
». Ils portent du "capital social ". Cette économie informelle, dont le
territoire économique est l’arrière
-port, de Noailles à Saint-
Louis, est constituée d’échanges de
vêtements, de bijoux, de voitures d’occasion, de biens électroménagers qui passent par les
réseaux de grossistes locaux, juifs séfarades ou arméniens. Une partie est destinée à
l’exportation vers l’Algérie conduite par des trabendistes. Une autre s’adapte à la demande de
cette population. Initialement affaire d’Algériens, le "comptoir" est maintenant ouvert à des
commerçants syriens, tunisiens, sénégalais, marocains et libanais qui travaillent à partir de
leurs réseaux relationnels et familiaux sur des critères de rentabilité qui ne sont pas ceux de la
comptabilité classique. Noailles, Pelletan, marché du soleil, marché aux puces sont devenus des
lieux emblématiques de ces commerces singuliers où la parole donnée compte davantage que la
bonne réputation ou la solidité bancaire. Après bien des péripéties qui tiennent à l’évolution de
la législation sur les étrangers, Noailles confirme sa posit
ion de centre d’affaires africain par la
multiplication de " boutiques" où «
clients, relations, employés circulent et s’installent autant
pour discuter et échanger que pour consommer
». Belsunce concentre le commerce de gros
tenu par des Maghrébins. Les
jeunes commerçants du secteur Camille-Pelletan se disent
kamikazes car la concurrence est dure. Ils vendent du prêt à porter, des couettes, des tapis.
D’autres communautés comme les Comoriens ou les Tsiganes bosniaques se placent sur le
créneau plus modest
e de la revente à la sauvette d’objets divers d’occasion. Dans cette
économie de la rue, les petits restaurants, les snacks, les bars, les salons de coiffure sont aussi
des boutiques et des lieux de rencontres où se nouent les affaires conclues sur des réseaux
familiaux ou ethniques.
5- Réinventer Marseille
Si, après une vingtaine d’années de difficultés et de déclin, la situation économique et sociale de
Marseille s’améliore inéluctablement depuis les années 1999
-
2000, ce n’est pas uniquement du
fait du re
tour de la croissance et d’une situation économique mondiale moins défavorable. Les
événements du 11 septembre 2001, à Marseille comme ailleurs, pèsent lourd et les perspectives
de croissance sont redevenues moins favorables. C’est aussi le résultat de pol
itiques publiques
fortes conduites tout à la fois par l’Etat, le Conseil Régional, le Conseil Général et bien entendu
la ville pour «
le renouveau de Marseille et de son agglomération
».
A- Redynamiser la cité
Trois grandes opérations conduites en partenar
iat
avec
l’Etat
sont
priori
-taires pour la
municipalité. Elles ont pour objectif de permettre à la ville de redevenir accueillante aussi bien
pour ses habitants que pour ses entreprises et de changer une image de marque facilement
brocardée. Elles ne prend
ront sens que dans le cadre d’une réflexion métropolitaine
L’opération d’intérêt national
Euroméditerranée
, après des débuts difficiles, a trouvé son rythme
de croisière et poursuit son programme de grands travaux d’infrastructures, d’amélioration de
3
Cabas et conteneurs-activités marchandes informelles et réseaux migrants transfrontaliers
- Sous la direction de M.Péraldi -
M.M.S.H. 2001
l’habitat, d’offre de services publics et de développement économique. Le quartier d’affaires de
la Joliette, la
Friche de la Belle-de-Mai
, l’installation du musée national des civilisations de
l’Europe et la Méditerranée au fort Saint
-Jean, la réhabilitation d
u silo à grains d’Arenc en salle
de spectacle, le pôle de transports multimodal de Saint-Charles, la Cité de la Méditerranée, la
réhabilitation de la rue de la République en relèvent. Les conditions du développement sont
maintenant créées.
La rénovation du centre-
ville est une œuvre de longue haleine qui passe, notamment, par
l’utilisation de procédures que sont les Opérations Programmées d’Amélioration de l’Habitat, les
périmètres de restauration immobilière, les zones de protection du patrimoine architectural
urbain et paysager pour contraindre les propriétaires à engager les travaux de rénovation
nécessaire. Les sommes considérables investies ont pour objectif avoué de changer les
populations résidentes pour ouvrir ces quartiers à de nouvelles activités et à de nouveaux
habitants, sans trop de préoccuper de leur devenir. Des équipements structurants doivent
contribuer à la réhabilitation du centre :
implantation à l’Alcazar de la bibliothèque de Marseille
à vocation régionale, aménagement du site de l’Hôt
el de ville, réalisation du pôle de transport
multimodal Marseille-Saint-Charles. Un vaste projet de redynamisation commerciale du centre-
ville est engagé.
Le grand projet de ville concerne les quartiers nord et ouest de la ville. Il représente un
engageme
nt global pour relever le niveau de vie, de l’emploi, de la formation de ses habitants
par une approche pluridisciplinaire et intégrée du développement urbain. Il comprend des
opérations
d’urbanisme
lourdes
:
rénovation
et
construction
de
nouveaux
logement
s,
aménagement d’espaces publics, suivi des zones d’aménagement concerté. Au
-delà des actions
économiques, comme la gestion de la zone franche ou des actions urbaines pour l’amélioration
de l’habitat, la G.P.V. finance la cité des Arts de la rue, le parc B
elvédère de Séon, la
requalification du plan d’Aou, la bibliothèque de Saint
-Antoine, la modernisation de la zone
Arnavaux-Arnavants
Dans le cadre, ou à côté, des projets structurants pour l’économie marseillaise, des décisions
importantes ont été prises pour la promotion des transports collectifs. La plan de déplacements
urbains, mis en œuvre
par la communauté urbaine, comprend le prolongement des deux lignes
du métro vers les quartiers est et la création de deux lignes de tramway sur un parcours de
15kms : Bougainville-Les Caillols et place du Quatre Septembre-pôle de la Blancarde. Les
"secteurs clés" de l’économie marseillaise, ses pôles de compétence, sont accompagnés : le
pôle
portuaire,
les
technologies
de
l’information
et
des
communications,
la
mode
et
l’habillement, les services au commerce international, les technopôles de Château
-Gombert et
de Marseille-Luminy.
Le plan Marseille-Emploi, autonome par rapport au plan Marseille-Economie, est davantage à
finalité sociale qu’économique. S’il comporte de
s mesures pour accompagner la création de très
petites entreprises par les demandeurs d’emploi, il s’adresse principalement aux publics en
difficulté et aux associations qui œuvrent pour l’emploi.
B- Construire la métropole
Si le temps de la reprise définitive ne semble pas être venu, la multiplication des chantiers
publics au sein de l’aire métropolitaine marseillaise est de bon augure. La réalisation et le
succès du T.G.V. Méditerranée, le vaste chantier d’
Euroméditerranée
, le pôle Saint-Charles, le
projet "
Fos to excell
" d’un nouveau terminal à conteneurs en témoignent. Comme le projet
Sextius-Mirabeau et les investissements universitaires à Aix-en-Provence, la reconversion du
site de La Ciotat pour la réparation de navires de haute-plaisance, le dével
oppement d’une
filière transports et logistique à Grans-Miramas en portent témoignage. Leur succès est dans
leur capacité à être conduits non plus au niveau des communes concernées mais bien au niveau
de la métropole.
Et c’est là que le bât blesse. Car la
multiplication des intercommunalités sur ce territoire à
géométrie variable ne permet pas de positionner ces projets dans une optique de
complémentarité. Il est absurde que la communauté urbaine de Marseille-Provence-Métropole
se limite à regrouper avec Ma
rseille
17
petites
communes
dont
la
plupart
n’ont,
prises
isolément, aucun intérêt stratégique. Il est inconcevable qu’il n’existe toujours aucune politique
commune conduite entre Marseille et Aix-en-
Provence, Gardanne, Aubagne et l’étang de Berre.
Il est
inadmissible que, par habitant, les ressources de la communauté du pays d’Aix soient près
de deux fois supérieures à celles de Marseille-Provence-Métropole. Il est incompréhensible que
l’unité du bassin minier n’ait pas été préservée et que Gardanne se ret
rouve isolée au moment
où de difficiles reconversions s’annoncent. Les limites actuelles des intercommunalités n’ont pas
de sens et traduisent davantage le souci des élus qui gèrent leur centre de "
rester maîtres chez
eux
" plutôt que de contribuer à l’int
érêt général. Le maire de Marseille, président de la
communauté urbaine, pourra faire état du refus de ces villes. Il n’en demeure pas moins que
ces éclatements ne font pas que ralentir les dynamiques locales. Elles les entravent. Seule une
communauté urba
ine ouverte sur l’ensemble de ce territoire permettrait à Marseille de retrouver
sa place et son identité. Les périmètres des
Schémas de Cohérence Territoriale
pourraient
permettre de dépasser ces difficultés. Mais les communautés ont toutes demandé le bénéfice
d’un S.C.O.T. propre. L’addition de territoires incohérents ne fera pas une métropole cohérente.
C- Partager la richesse
Si Marseille va mieux, tous les Marseillais ne peuvent pas en dire autant. Le risque aujourd’hui
est bien de construire un Marseille de riches, de standing, une grande ville européenne et de
laisser les populations et les quartiers en difficulté attendre les retombées incertaines d’une
croissance retrouvée. Le renouveau du commerce du centre-
ville, l’augmentation du prix de
l’immobilier, le succès d’
Euroméditerranée
sont des signes de reprise. La volonté de gommer
tout
ce qui
fait
désordre
est une réalité. A
ce titre,
l’économie
de bazar,
profondément
marseillaise, n’a pas sa place et est combattue par différents canaux
: impossibili
té d’agrandir le
marché du soleil, fermeture de la place d’Aix, contrôles du marché aux puces. La conception de
la rénovation du centre fait peu de cas du destin des populations obligées de quitter leur
appartement. Dans le même ordre d’idée, l’absence de
toute ambition méditerranéenne est un
paradoxe pour Marseille.
Avec 60.000 chômeurs et 42.000 allocataires du R.M.I., Marseille doit amplifier ses politiques de
réinsertion, de formation et d’accès à l’emploi pour savoir partager ses richesses. Là aussi, d
es
approches intercommunales seraient plus performantes que des approches locales. Les moyens
de la mobilité sont la condition première pour sortir de la pauvreté.
Pour conclure, il ne faut pas se lamenter si Marseille n’existe plus. C’est en ouvrant la vi
lle à
tous les espaces qui l’entourent et en construisant une grande métropole Méditerranéenne que
la cité phocéenne retrouvera sa place et son rôle. Les chemins de la reconquête ne seront pas
faciles. Ils commandent de savoir quitter des analyses trop sectorielles ou institutionnelles pour
poser à un autre niveau les vraies questions de l’avenir. Ils exigent de reconnaître comme
acteurs et comme partenaires aussi bien les ingénieurs des grandes entreprises que les
commerçants du marché aux puces, les pratiquants des activités informelles comme les
intellectuels des professions libérales, Aix comme Aubagne et Gardanne comme Vitrolles. Il
n’existe
pas
un
modèle
pour
construire
la
métropolité.
Le
principal
handicap
n’est
ni
économique, ni financier. Il est dans la capacité des responsables élus et fonctionnaires,
représentants de l’Etat et des collectivités locales, entreprises publiques et privées, cadres et
commerçants, employés et demandeurs d’emploi à savoir, tout simplement, se parler.
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