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Site académique Aix-Marseille Histoire et Géographie Quelles politiques de développement pour l'Afrique subsaharienne durant la colonisation ? (Communication réazlisée lors de Cinquièmes Rencontres de la Durance - 2005) Colette Dubois Le Professeure à l'Université de Provence AIX-EN-PROVENCE En 1957, Georges Balandier évoquait une « Afrique » ambiguë, depuis les années 90, on parle d'une Afrique plurielle. En effet, l'Afrique subsaharienne, mosaïque d'Etats, doit se lire au pluriel pour tenir compte de l'étendue du continent, de la diversité des sociétés, de la diversité des « colonisations et des décolonisations », de la diversité des politiques de développement retenus par les Etats coloniaux… Ainsi si nous privilégions ici une approche globalisante afin de livrer quelques jalons pour nourrir votre réflexion sur les termes ‘Colonisations, développement mondialisation', il convient de rester attentif à la complexité et à la diversité de ce grand continent de 30 millions de km? – contraintes des milieux naturels, continent peu peuplé, population victime de maladies (paludisme, variole, maladies du sommeil, etc.), fragile équilibre entre les ressources et les hommes, retard technologique, etc. Force serait de nuancer le tableau général en introduisant des études de cas offrant une analyse plus fine et plus pertinente du « développement » en Afrique mise sous dépendance. Remarques préliminaires : 1. Le continent africain n'a pas attendu la colonisation pour être intégré à ce que Fernand Braudel appelle les « économies-monde », une mondialisation avant l'heure.

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Publié le : mardi 29 mai 2012
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Source : ac-aix-marseille.fr
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Quelles politiques de développement pour l’Afrique subsaharienne durant la colonisation ? (Communication réazlisée lors de Cinquièmes Rencont res de la Durance - 2005)  Colette Dubois  Le Professeure à l’Université de Provence  AIX-EN-PROVENCE
En 1957, Georges Balandier évoquait une « Afrique » ambiguë, depuis les années 90, on parle d’une Afrique plurielle. En effet, l’Afrique subsaharienne, mosaïque d’Etats, doit se lire au pluriel pour tenir compte de l’étendue du continent, de la diversité des sociétés, de la diversité des « colonisations et des décolonisations », de la diversité des politiques de développement retenus par les Etats colonia ux…  Ainsi si nous privilégions ici une approche globalisante afin de livrer quelques jalons pour nourrir votre réflexion sur les termes ‘Colonisations, développement mondialisation’, il convient de rester attentif à la complexité et à la diversité de ce g rand continent de 30 millions de km²  contraintes des milieux naturels, continent peu peuplé, population victime de maladies (paludisme, variole, maladies du sommeil, etc.), fragile équilibre entre les ressources et les hommes, retard technologique, etc. Force serait de nuancer le tableau général en introduisant des études de cas offrant une analyse plus fine et plus pertinente du « développement » en Afrique mise sous dépendance. Remarques préliminaires : 1. Le continent africain n’a pas attendu la colo nisation pour être intégré à ce que Fernand Braudel appelle les « économies-monde », une mondialisation avant l’heure. La colonisation a accéléré des synergies existantes.  La production d’arachide au Sénégal en serait un exemple. La spécialisation et l’exp ortation commence au début du XIXe siècle. En liaison avec Bordeaux, les commerçants Maurel et Prom, établis dès 1822 au Sénégal, s’attachent à vulgariser cette plante dont les amandes étaient couramment consommés par les habitants. Favorisé par la loi de 1841 qui réduit les droits de douane sur les oléagineux transportées sur navires français, un trafic régulier s’instaure entre la côte sénégalaise et le port de Bordeaux. La première huilerie y est ouverte, en 1857. Avec la colonisation française, la produ ction arachidière gagne du terrain, notamment elle s’étend grâce au chemin de fer. La ligne Dakar -Saint Louis achevée en 1885 permet d’atteindre le Cayor, qui se spécialise dans la production d’arachide. De 1885 à 1890, les exportations du Sénégal triple passant de 50.000 t. à 150.000 t. Autre exemple : au XIXe siècle, l’île de Zanzibar sous domination omanaise se couvre de plantations de girofliers, les clous de girofle, s’exportant à «  prix d’or » en Asie, en Europe et aux Etats-Unis. 2. Le concept Développement » est un anachronisme pour la période coloniale, qui correspond « à l’expansion européenne du XIXe siècle - avec une accélération de la mise en dépendance des sociétés africaines à compter des années 1880   se clôturant avec l’émancipation des Et ats africains (voir la chronologie de la naissance des Etats africains à compter de la seconde moitié du XXe siècle). Au cours de la période coloniale d’environ un siècle –  c’est une période brève à l’échelle de l’histoire plurimillénaire du continent afri cain –, on n’employait pas le terme de développement, d’autres formules avaient leur usage : mise en valeur, équipement, modernisation, assimilation, progrès, etc. Le terme « développement » recouvre plusieurs problèmes différents. C’est pour commencer, la  simple ‘décolonisation’ d’un discours souvent tenu dès les années 1920 et surtout après la seconde guerre mondiale qui permettait d’articuler stratégies de ‘mise en valeur’ et projets de ‘civilisation’, voire ‘d’assimilation’. C’est bien évidemment le sym bole, la métaphore de la voie
qui doit permettre aux sociétés africaines d’entrer dans la modernité. Le développement, c’est la définition des moyens à mobiliser pour faire ‘décoller’ l’économie (pour bien partir en quelque sorte, alors que dès 1962, René Dumont s’inquiétait d’une Afrique noire mal partie), pour mettre en place des mécanismes politiques, administratifs et culturels propres à asseoir les bases d’une économie autocentrée pour assurer la couverture minimale des besoins alimentaires et sociaux des nouveaux Etats souverains. A compter des années 1960, il existe donc une philosophie et même une science du développement, qui propose une espèce d’ingénierie volontariste et idéologique sous forme de recherche appliquée : projets, plans et évaluations sont donc estampillés du sceau d’une rationalité principalement économique et technique. Le développement peut être libéral ou étatique, ou au contraire, non capitaliste (socialiste). L’Afrique a connu diverses versions du socialisme (africain, scientifiq ue ou marxiste-léniniste, voire populiste) aux destins parfois tragiques comme en Angola et au Mozambique. Le développement, c’est avant tout l’aide au développement. Le développement -en l’occurrence le non -développement - , est la cause réelle et premiè re de l’endettement, des plans d’ajustement structurel et de la spirale infernale. Le développement est sectoriel : il porte sur chacun des domaines de l’activité publique et administrative.  
3. Rien de tel durant la colonisation. La colonisation a polarisé l’espace, a construit une dimension ‘monde’, un espace économique intégré, fondé sur la division du travail. Autour d’un centre prospère, dominant, industrialisé, détenteurs de capitaux, de ressources humaines, de savoir-faire etc., les métropoles coloniales ont construit des périphéries dépendantes  les empires coloniaux  qui suivent leurs ordres. Le centre est polyvalent, bien intégré aux « économies-monde », les périphéries sont spécialisées, cantonnées à une ou deux tâches : produire et livrer des matières premières (agricoles et minières) que réclament les industries et les économies des métropoles européennes. En retour, les colonies sont des marchés où s’écoulent les produits industriels de l’Europe. Par conséquence, l’industrialisation dans les colonies, à l’exception de l’Afrique du Sud, est freinée.  
Rappelons les objectifs des puissances coloniales. La création d’un domaine colonial, par la voie pacifique ou par la conquête, sous-entendait sa mise en valeur. Les Etats européens ont des objectifs très voisins. Selon le chancelier von Bülow : 1. Les colonies apportent des commandes, donc du travail, à la population métropolitaine croissante à laquelle elles permettent un ‘meilleur régime de vie’ en produisant à bon compte les denrées alimentaires les plus diverses ; 2. Elles fournissent à la production allemande une grande partie des matières premières ; 3. Elles ont une influence sur l’établissement du prix des matières premières en face ‘des tendances monopolisatrices de l’étranger’ qui s’affirme nt ; 4. Elles assurent une stabilité de la valeur de l’argent en diminuant les sorties de métal précieux pour acheter les matières premières à l’étranger  ; 5. Enfin, elles servent de points d’appui à la flotte.  
De telles préoccupations apparaissent dans l es discours d’autres dirigeants européens, parfois assorties de considérations ‘généreuses’ à l’égard des « indigènes . En France, l’ouvrage de » Leroy-Beaulieu P., De la colonisation chez les peuples modernes , Paris, 1867, a influencé plusieurs génératio ns d’individus, des plus anonymes citoyens à ceux qui constituent le « parti colonial ».
Lord Lugard souligne dans The dual mandate in British tropical Africa , Londres, 1922 : « Qu’il soit admis, dès le départ, que l’intelligence, le capital et l’énergie des Européens n’ont pas été et ne seront jamais dépensés pour développer les ressources de l’Afrique par pure philanthropie ; que l’Europe est en Afrique pour le bénéfice mutuel de ses propres classes industrielles et pour le progrès des races autochtones au plus haut niveau ; que le bénéfice peut être réciproque, et c’est le but et le désir d’une administration civilisée de remplir ce double mandat. »
Le ministre de Colonies Albert Sarraut, La mise en valeur des colonies françaises , Paris, 1923, développe des arguments très proches : « La France qui colonise va organiser l’exploitation pour son avantage sans doute, mais aussi pour l’avantage général du monde, de territoires et de ressources que les races autochtones de ces pays arriérés ne pouvaient à elle s seules ou ne savaient pas mettre en valeur, et dont le profit était ainsi perdu pour elles, comme pour la collectivité universelle. »
Pour jeter quelques jalons et cerner la mise en dépendance des hommes et des économies en Afrique au sud du Sahara pendant la colonisation, nous dégagerons trois temps forts, trois expériences de « développement » en précisant les modalités et leurs conséquences.
1. Premières expériences de l’Etat colonial : Exploiter, contraindre, se dérober A la fin du XIXe siècle, dans la première phase de la colonisation, les puissances coloniales, pragmatiques, tâtonnantes, jettent les bases de leur politique. Rappelons que  l’expansion coloniale reste l’œuvre de petits groupes d’hommes convaincus et agissants, mais minoritaires au sei n des sociétés européennes. Cependant, peu à peu, l’opinion publique accepte l’existence d’un empire colonial, à condition que les territoires passés sous souveraineté nationale ne coûtent rien  du moins le moins possible  à la métropole. En France de 1885 à 1914, les dépenses coloniales apparaissent infimes de 5,7% à 8,7% des dépenses publiques totales de la France ; l’Algérie à elle seule constitue 75% des charges !
Non seulement, les colonies ne doivent rien coûter, mais encore les populations colonis ées doivent supporter leur propre développement, tout en soutenant celui des métropoles. L’impérialisme colonial conduit donc à exploiter les matières premières produites par les ‘indigènes’, destinées à être exportées en métropoles (et leurs industries). Par conséquence, on ne conçoit pas d’encourager l’industrialisation des colonies.  
Comment faire participer les Africains (à l’époque on parlait des ‘indigènes’, statut juridique mis en place par le Code de l’indigénat. Confer  le texte donné en annexe), comment les amener à être acteurs du ‘développement’ ? L’Etat colonial ébauche rapidement une politique de contrainte pour solliciter les sociétés africaines à participer à l’effort collectif.  
Présenterons-les, avant de montrer que l’Etat vise à se déchar ger des responsabilités et des dépenses, en faisant appel à des sociétés privées, des compagnies à chartes.
L’impôt  - de capitation ou de cases dans les colonies britanniques  est conçu comme  l’instrument nécessaire à la mise en exploitation coloniale .
T ous les indigènes deviennent des contribuables assujettis à l’impôt. Ce dernier a trois fonctions : 1. Approvisionner les budgets locaux, et par là les colonisés contribuent à financer les dépenses locales de fonctionnement et d’équipement ; 2. Créer une f orce de travail régulière, en obligeant l’indigène à travailler pour se libérer du paiement de l’impôt ; 3. Favoriser la monétarisation de l’économie.  
Ainsi, ce système permettrait au commerçant ou à l’administrateur de trouver la main d’œuvre nécessaire et de collecter, en abonda nce, des produits d’exportation. L’indigène – pensait-on , prendrait « le goût du travail » et parviendrait à s’insérer dans le monde économique moderne. L’impôt paraît être la panacée préalable à toute mise en valeur économique . Autre argument pour créer l’impôt  : c’est la juste rétribution des efforts du colonisateur à « civiliser ».
Les théoriciens de la colonisation au XIXe siècle défendent la nécessité de l’impôt indigène, en avançant des valeurs morales : « partant du principe que la civilisation occidentale est supérieure  on rejette l’existence de cultures africaines, jugées « inférieures » , le devoir de l’homme blanc était de révéler, fût -ce par la force, aux peuples sauvages les bienfaits de leur civilisation ». Il convient donc de « mettre au travail » les Africains, de les inciter à collecter les produits réclamés par les économies européennes, à savoir le caoutchouc, les bois tropicaux, les noix palmistes, etc.,  c’est l’économie de cueillette qui réclame peu d’ investissement. Ou bien, ce système peut les encourager à devenir des producteurs, de cultiver leurs champs dont les récoltes ont vocation à être exportées : ce sont les cultures de rente. Selon les conditions naturelles (nature des sols, pluviométries, p résence ou non d’arbres), des régions se spécialisent , amorçant la monoculture (coton, noix palmistes, arachide, café, cacao, etc).
- Travail forcé et cultures obligatoires
La mise en exploitation du pays suppose donc le concours actif des Africains. Or, dès les premier temps de la colonisation, force est de relever que le manque d’hommes car l’Afrique est un continent sous peuplé, représente un grave frein au développement. Déjà, dans les îles sucrières de l’océan Indien lorsque l’esclavage avait été aboli (1848 à La Réunion), les planteurs avaient engagés des travailleurs agricoles en Asie : l’Inde, la Chine sont de véritables réservoirs de main d’œuvre par rapport à l’Afrique. On y avait donc recruté des engagés par milliers, travailleurs libres engagés sous contrat pour une période fixée, moyennant rétribution, frais de transport,etc. Les engagés asiatiques sont acheminés vers les grandes plantations, les ambitieux chantiers ferroviaires ou portuaires, notamment en Afrique orientale et australe. C’e st le « coolie trade ».
L ‘Afrique bien qu’elle ne soit pas riche en hommes, doit être mobilisée pour trouver sur place la main d’œuvre nécessaire. Mais les Africains, compte tenu de leurs besoins limités, des médiocres salaires proposés et des techniques de récolte dont ils ignorent à peu tout, refusent d’intervenir de leur plein gré. D’où la nécessité de contraindre.  
Le code de l’indigénat, outre la contribution financière déjà évoqué, prévoie d’exiger des « indigènes » des prestations de travail. On fait appel à eux pour transporter les marchandises  comme les routes n’existent pas encore, tout le transport des marchandises se fait à dos d’homme (le portage), ou par voie fluviale (nécessité de recruter des pagayeurs dans les régions traversées par des c ours d’eau). Doter les colonies d’infrastructures économiques (routes, ports, voies ferrées, établissements publics, écoles, hôpitaux …) exige de recourir également à cette main d’œuvre prestataire, peu onéreuse, pour ouvrir les chantiers.  Le nombre de jo urnées varie d’une colonie à l’autre, varie également dans le temps (durant la Première Guerre mondiale les Africains mobilisés pour soutenir la « mère-patrie » ont vu les prestations de travail doubler en quelques mois). L’indigène doit à l’administratio n coloniale entre 20 jours à 120 journées de travail par an. Pendant ces journées de prestations, l’indigène est nourri et reçoit une petite somme d’argent. Cependant ce système permet à l’administration de disposer d’une main d’œuvre bon marché. En cas de  non respect de ses obligations, la répression frappe les « récalcitrants ».
Sans qu’on emploie ce terme, le travail forcé s’instaure, dénoncé par le Bureau du travail de Genève, rejeté par les Africains, contraints de se soumettre pour ne pas subir la ré pression (amendes, emprisonnement, brimades). En fait « le travail forcé » reste largement pratiqué sous la forme de prestations, qui  très souvent reprenaient, en l’amplifiant, la coutume traditionnelle du travail dû au chef pour les travaux communs du vil lage. Avec la colonisation, le travail est transposé au niveau de l’intérêt général. Autre méfait de cette mobilisation excessive des forces humaines : les producteurs africains, détournés de champs vivriers, ne parviennent plus à maintenir l’auto -alimentation. Certaines régions trop sollicitées connaissent de graves disettes. Non seulement le fragile équilibre démographique peut être rompu, mais encore pour nourrir les hommes, on importe des vivres (riz, farine de blé, etc.), créant une nouvelle dépendance vis-à-vis de l’étranger  
-L’expropriation des terres  
 L’Etat colonial spolie les propriétaires africains et, selon une législation propre à chaque colonie, s’approprie les terres « vacantes », à savoir celles que détenaient les anciens chefs traditionnel s ou les sociétés lignagères.
Les métropoles octroient de concessions territoriales à des sociétés privées : les compagnies à charte ou compagnies concessionnaires. L’Etat colonial cède une partie de sa souveraineté à ces entreprises pour gérer et mettre en valeur des territoires entiers, notamment dans des régions où la colonisation semble être rentable. Toutes les métropoles, sous la pression de milieux d’affaires, recourent à ce mode d’exploitation, notamment dans les dernières décennies du XIXe siècle.
 Les compagnies dotées d’une charte ou d’un cahier des charges, devaient réaliser la mise en valeur du territoire concédé dont elles avaient le monopole exclusif. Dans ce but, elles obtenaient des pouvoirs étendus sur le sol et les habitants : elles pouvaient édicter des règlements, lever des impôts, nommer des fonctionnaires civils et militaires. Certaines avaient obtenu une délégation des droits souverains de leur pays (exemple la Somalia italienne). Bien que la métropole se soit réservée un contrôle th éorique, les compagnies formaient souvent un état dans l’état  : à titre d’exemple, la monnaie officielle de la colonie portugaise du Mozambique était la livre sterling, et non l’escudo. En contrepartie, les compagnies concessionnaires devaient reverser dan s les caisses de l’Etat, une redevance annuelle entre 10 et 20% de leurs bénéfices.
 Ce régime ne donne pas de résultats très concluants. Nombre d’entreprises concessionnaires renoncent à leur monopole afin de laisser les frais d’administration et d’équipe ment à la charge des métropoles, rapatrient leurs capitaux ou se consacrent uniquement au commerce. C’est ainsi que la Compagnie allemande de l’Afrique orientale fondée en 1885 était en situation de faillite dès 1890, alors que celle du Cameroun se mainten ait grâce aux activités commerciales. L’Imperial British East Africa Company étendit son autorité sur 900.000 km de 1888 à 1895,
date à laquelle elle renonça à sa charte contre un dédommagement de 250.000 livres sterling, alors que les actionnaires en avaient payé 450.000. Quant à la British South Africa Company, la plus importante des compagnies à chartes anglaises, fondée en 1889, au capital de 5 millions de £ et dont l’autorité s’étendait sur 2 millions de km en Afrique australe, elle ne rapporte à ses actionnaires qu’après avoir abandonné son privilège, abandon encouragé par l’action de Cecil Rhodes.
 En France, à l’issue de vifs débats à la Chambre, en 1898, une partie du Congo était remis à 40 compagnies, au capital total de 59 millions de francs -or, qui se partageaient plus des trois quarts des 900.000 km sous domination française. Six ans après, 8 d’entre elles avaient fait faillite, et en 1911 au moment où l’Etat français modifiait le régime concessionnaire, il n’en restait plus que 22 (voir C. Catherine Coquery-Vidrovitch). A Madagascar, Gallieni retient le système concessionnaire (la moitié des trente compagnies retenues contrôlent une superficie supérieure à 100.000 km . ²
Les compagnies portugaises présentent des cas spécifiques. Le Portugal, p etite métropole aux faibles ressources, recourt au régime concessionnaire. Par exemple, la Compagnie du Mozambique fondée en 1888 fut dotée d’une charte en 1891. Son domaine comprenait tout le Mozambique entre le Zambèze et le 22 e  parallèle, à l’exclusion des régions à l’ouest des rivières Luenha et Maroe ; elle devait à la fois pacifier et coloniser la région qui n’était pas encore contrôlée par le Portugal et construire, en direction des hautes terres de l’Afrique centrale, un chemin de fer, ouvert en 1898. Dès le début du XXe siècle, des capitaux britanniques en prirent le contrôle, d’où la forte influence britannique dans les colonies lusophones (la livre y est préféré à l’escudo). Sur le plan économique, dans les premiers temps, la compagnie crée des p lantations, usant de son autorité pour se procurer de la main d’œuvre bon marché. Par la suite, d’une part, elle préfère tirer profit de ses droits souverains : droits douaniers, taxes et part croissante des impôts personnels payés par les indigènes : ainsi en 1904, les impôts africains fournissaient 23% des recettes de la compagnie, et 34% en 1932. D’autre part, elle sous-loue les terres concédées à des compagnies agricoles, comme la Sena Sugar Estates et la Companhia Colonial de Buzi qui connaissent une p rospérité particulière en développant les cultures d’exportation : le sucre (près de la moitié des exportations), suivi par le maïs (19%) et le coton (9%). En dépit des effets de la Grande Crise, cette compagnie se maintient jusqu’en 1941, son succès reposant également sur la fourniture de travailleurs peu exigeants, recrutés soit dans le cadre du travail forcé, soit sur la base du volontariat, que réclament les mines de l’Afrique du Sud ou du Congo belge (cuivre et or du Katanka, Kasaï) (M. Newitt, Portugal in Africa , Londres,1981).
 Pour sa part, la Compagnie du Nyassa créée en 1894 pour occuper la partie septentrionale du Mozambique ne put remplir ses engagements, notamment la construction du chemin de fer, reliant le port Amelia au lac Nyassa. Elle tire la majeure partie de ses ressources du recrutement de travailleurs, qu’elle organise sur une vaste échelle. Toutefois la fermeture des mines sud-africaines à la main d’œuvre provenant des régions tropicales d’Afrique et le rachat de la compagnie par des capitaux allemands provoquent des difficultés pendant la Première Guerre mondiale. Au sortie de la guerre, ses méthodes administratives fondées sur la contrainte et la violence, suscitent dans les capitales européennes un mouvement d’opinion anti -portugais. La compagnie parvient cependant à se maintenir jusqu’en 1929.  
Les Portugais créent également un type de concessions originales, les prazos, implantées le long du Zambèze, entre les territoires appartenant aux deux compagnies à chartes citées. Au nombre de 140-150, ces domaines trouvent leurs origines dans les exploitations esclavagistes pré-coloniales et les propriétaires, les muzungos, conservent les droits régaliens concédés : ils collectent l’impôt de capitation, administrent leurs domaines, entretienn ent une force de police, règlent le commerce et doivent construire des écoles et civiliser les populations. En 1892, une réorganisation s’opère, limitant leurs droits pour une période de 25 ans. Tous les prazos sont placés sous la responsabilité de la compagnie du Zambèze. Ces changements stimulent la progression des cultures de coprah, sisal qui, exportées, transitent par le port de Quelimane. Malgré le succès économique, le système des prazos reste critiqué pendant la période de la République : on dénonce l’exploitation des producteurs africains, souvent brimés, les serviçaes sont perçus comme des travailleurs forcés. L’administration des prazos perdure jusqu’en 1930 où elle est supprimée dans le cadre des réformes de Salazar.
 Toutes les régions non concé dées sont réputées ouvertes à la libre exploitation. Il s’agit principalement de zones relativement peuplées dont le sol est exploit par les habitants. L’Etat
peut également y concéder des terres domaniales afin d’en assurer la mise en valeur agricoles industrielle ou commerciale. Les acquisitions foncières des Européens sont inégales selon les colonies.
Dans le futur Kenya, un arrêté de 1901 décide que seules les terres de la Couronne seraient aliénables, mais un an plus tard, une ordonnance attribue la p ropriété du sol partout où il n’a pas de gouvernements indigènes. Ainsi, le Commissaire de la Couronne peut vendre les terres ‘vacantes’ dans d’excellentes conditions pour les acheteurs ou bien les céder pour 99 ans. En fait, seuls les colons blancs en bén éficient. Les Africains sont déplacés et regroupés dans des réserves (5 en 1906). Quant aux indiens de l’immigration (coolie -trade), on leur interdit l’accession à la propriété.  En Union sud-africaine, les Noirs sont progressivement cantonnés dans des rés erves, d’abord par la création de villages, dont les habitants deviennent propriétaires de parcelles inaliénables au détriment des biens fonciers collectifs (1894), puis par la Native land Act de 1913 qui les élimine des régions exploitées par les Blancs e t ne leur attribue que 7% du territoire alors qu’il représente67% de la population.  En revanche, dans l’empire colonial français, sauf en Algérie, la propriété foncière européenne reste très limitée, ainsi les Africains conservent la terre. L’AOF comme l’ AEF (rares mines, peu d’industrialisation) restent le domaine de l’économie de traite des produits agricoles, introduite dès le début du XIXe siècle avec le déclin de la traite des esclaves. Les produits agricoles sont destinés à l’exportation. On constate  une spécialisation des colonies selon ses conditions climatiques, avec une tendance à la monoculture : arachide au Sénégal, palmistes au Dahomey, coton au Sahel, bananes en Guinée, cacao en Côte d’Ivoire, coton au Tchad, riz à Madagascar. Ces cultures ont effectuées dans le cadre de petites exploitations indigènes à production artisanale techniquement sous-équipées. Les grandes firmes telles la SCOA, société commerciale de l’Afrique de l’ouest, la CFAO, compagnie française d’Afrique occidentale (plus tard, après 1945, Unilever), interviennent au niveau de la collecte des produits livrés par les producteurs africains et du commerce d’import -export, en associant étroitement leurs activités de ramassage à celles de distribution des biens manufacturés importés de métropole. Quelques timides changement s’opèrent au lendemain de la Première Guerre mondiale.  2. Durant l’entre deux guerres, penser le développement. Une timide politique de mise en valeur La Grande Guerre a révélé les carences du développement de l’empire colonial français (misère ‘physiologique’ des tirailleurs recrutés, hécatombes démographiques dus aux maladies (grippe espagnole, par exemple au Gabon), difficultés d’acheminer vers la métropole les produits réclamés par la Défense nationale qui p ourrissent sur les quais des ports africains, etc.) En 1920, Albert Sarraut, ministre des Colonies met l’accent sur la nécessité de la mise en valeur des colonies françaises qui doit s’accompagner de l’amélioration sanitaire et d’une meilleure formation des populations. Il exprime la prise de conscience métropolitaine face aux risques d’effondrement démographique et à l’état sanitaire préoccupant des Africains. C’est la politique indigène, dit-il «de la conservation des races ». D’où la nécessité parallèle ment à un programme d’investissement métropolitain de grande envergure pour impulser une véritable politique d’équipement, d’une politique sanitaire et d’une promotion de l’enseignement susceptible d’améliorer la qualification donc de développer une « élite » d’agents techniques nécessaires à l’exploitation coloniale.  Aménager le territoire et mettre en place des infrastructures deviennent des objectifs prioritaires, l’Etat acceptant de s’engager financièrement. Il chiffre les travaux nécessaires à 4 millia rds de francs. Avec l’effondrement budgétaire colonial des années 30, l’Etat dépose devant l’Assemblée des députés le projet destiné à donner naissance aux grandes lois d’emprunts coloniaux (1931) En dépit de ces nouvelles orientations, on relève peu de ch angements dans les orientations économiques : - développer les secteurs primaires agricoles et lorsque le sous sol se révèle riche, soutenir l’exploitation minière.  
-les populations africaines restent soumises à l’impôt de capitation et sont contrainte s aux prestations de travail. -évacuer les produits exige de faire porter l’effort d’équipement sur les seules infrastructures économiques : voies ferrées, routes, ports. - encourager la monoculture la mieux adaptée au conditions naturelles du territoire , c’est délaisser les productions vivrières, c’est également augmenter les risques de la dépendance vis -à-vis des marchés mondiaux. La Crise de 1929 a affecté l’économie des colonies africaines. Echappent seuls aux risques les plus graves les pays qui peuv ent également compter sur leurs ressources minières. Exemple : Gold Coast 1 er exportateur de cacao depuis 1911 mais exporte aussi de l’or qui en 1936, assure 44% de la valeur des exportations.   Comme dans la première phase de la colonisation, les cultures d’exportation sont privilégiées : bois, coton, arachide, café, riz, cacao, sisal, copal, etc. Au Congo belge, le système des cultures obligatoires est introduit, les producteurs africains travaillent des « champs de l’Etat » selon leurs techniques tradit ionnelles, et livrent à l’administration leurs récoltes, achetés à des tarifs dérisoires. En Afrique équatoriale française, pour imposer la culture du coton, un système similaire est créé : ce sont les champs du ‘commandant’ (administrateurs coloniaux des cercles ou subdivisions).
Le géographe Jean Dresh définit l’économie de traite : « terme magique en Afrique de l’ouest et en terre africaine, car la traite règle toute l’activité économique, fait circuler les hommes et l’argent, anime les marchés, les vi lles, les factoreries et les boutiques pendant les mois qui suivent la période pluvieuse et les récoltes. Traite des produits de cueillette ; traite des produits cultivés : arachide, sisal, coton de la zone soudanaise ; café, cacao, banane de la zone forestière. Le producteur reste essentiellement africain. On installe des comptoirs où ces produits sont rassemblés et où le Noir pourvu d’argent achète la pacotille d’importation. Economie singulièrement primitive. La traite consiste donc à rassembler et à dr ainer vers les ports les produits du pays qui sont exportés bruts, à écouler en échange les produits fabriqués en Europe.»
Cette économie ne nécessite guère de gros investissements de la part des firmes expatriées d’import -export (moins de 15% des capitaux en AOF). Les commerçants recrutent des intermédiaires parmi les Africains héritiers des populations courtières (Dyula, Haoussa, Bamiléké) puis de plus en plus chez les Portugais, les Grecs, les Syro -libanais qui en Afrique occidentale s’emparent du contr ôle du commerce de détail, comme les Indiens en Afrique orientale (Kenya, Ouganda, etc.).
L’économie de plantation reste encore limitée en Afrique, sauf au Kenya. Le Kenya, dépourvu de ressource minière, consacre dans les années 20 une masse relativement i mportante de capitaux pour la mise en valeur intensive de vastes plantations de caféiers, de maïs, de sisal. Un colonat restreint de 17.000 européens, détiennent 80% des terres, les plus fertiles des Highlands, et se spécialisent dans l’exportation. Par contraste, l’Ouganda britannique voisin illustre la capacité des Africains à participer à la vie économique du pays. Le nombre d’agriculteurs blancs n’excède pas une centaine en 1920, la production des cash crops (coton, puis café) repose sur les seuls producteurs africains.
Comme dans la période antérieure, l’effort d’équipement porte sur les travaux portuaires (en Côte d’Ivoire, wharf de Grand -Bassam), sur les chantiers routiers –l’ouverture de routes carrossables doit à terme mettre fin au portage, à la fo is frein au développement et cause de mouvements permanents de résistance, passive ou violente , sur les constructions ferroviaires : achèvement du Thiès-Kayes en 1924, prolongement du Bénin-Niger. Le chantier du Congo-océan, ouvert entre 1921 et 1934 pour relier Pointe Noire à Brazzaville (500 km), s’accompagne de massifs recrutements à travers toute l’AEF : 127.000 travailleurs au total. Les conditions sanitaires, les exigences du chantier et le choc des cultures font un grand nombre de victimes : environ 20.000. Albert Londres et André Gide ( Voyage au Congo ) dénoncèrent ces « crimes » contre l’humanité.  
Rappel : le chemin de fer en Afrique Voir carte du dossier
Avant 1914, la quasi-totalité des capitaux sont investis dans l’équipement ferroviaire et son  complément, l’aménagement portuaire. En 1872, seuls existent les 93 km construits au Cap et les 8 km du Natal. Vingt-cinq ans plus tard, on comptait 3000 km de voies en Afrique (très en -deçà de l’Inde, 6.500 km ou de l’Australie 20.000 km). Les seules voi es créées correspondent à
des objectifs précis : excepté quelques tronçons construits pour des raisons stratégiques et administratives, telle la ligne construite par les Britanniques pour relier Port Soudan à Khartoum, les chemins de fer sont expressément construits pour assurer l’évacuation des produits de l’agriculture. Ex : la première ligne Dakar-St-Louis 1882-85, puis la ligne de jonction Sénégal-Niger1883-1898 ont soutenu l’expansion de la culture de l’arachide ; voies de pénétration au Kenya (Nairobi, ville du rail, devient une capitale prospère) et en Ouganda. La carte du chemin de fer en Afrique montre une série de tronçon réduits et isolés, qui témoigne de leur vocation limitée : contribuer à collecter les richesses exportables de l’arrière -pays p our les drainer vers le port d’embarquement. La géographie des transports se dessine alors : du port, part une seule pénétrante ferroviaire. En revanche, l’exportation des produits miniers, plus rentable, stimule la création, par étapes, d’un réseau ferrov iaire. Cette politique est inaugurée en Afrique du sud où la voie ferrée atteint Kimberley en 1886. L’or du Rand, facteur déterminant de la prospérité de l’Union sud -africaine, impose de briser l’isolement du lointain Transvaal intérieur, riche en or et diamant, qui dès 1892, est relié au Cap. Parallèlement, les Boers négocient avec la Netherlands South African C° la liaison avec le port portugais de Lourenço Marques. Ainsi, plus de 15.000 km sont construits en 60 ans. Autre impulsion pour densifier le réseau ferroviaire en Afrique australe : la richesse minière congolaise (cuivre, diamant,or) et la découverte en 1926 des réserves géantes du Copperbelt accélèrent l’achèvement du réseau intérieur, en vue d’assurer la jonction entre le Katanga, les Rhodési es et le Transvaal. On y compte en 1936 53.000 km de voies, soit les 2/3 du réseau d’Afrique subsaharienne. Cette politique d’équipent ferroviaire conforte les ports des colonies portugaises, tant de l’Angola que du Mozambique qui deviennent des ports de t ransit international. On compte dans les colonies portugaises, en 1936, 53.000 km de voies, soit les 2/3 du réseau d’Afrique subsaharienne.  Outre les infrastructures économiques, la politique de développement porte sur d’autres projets, tel celui de l’Offi ce du Niger. Beau et audacieux projet de développement intégré : irrigation pour étendre la culture du coton, formation des producteurs africains, à la culture attelée et irriguée, créations de villages dotés d’écoles, de dispensaires, ouverture de routes pour évacuer la récolte par camions, caisse de prévoyance pour soutenir les producteurs, etc. Mais en dépit des efforts financiers techniques consentis, c’est un gouffre financier et un échec.  La mise en valeur souffre toujours d’un manque de main d’œuvre.  Pour pallier le manque de bras, plusieurs mesures s’imposent :  prélever l’impôt indigène, maintenir la contrainte. Ainsi, les Africains sont incités à travailler, à -développer les cultures de rente, ce qui les conduit à entrer dans l’économie monétaire tout en se libérant de l’impôt  A Madagascar, est créé le SMOTIG, le Service de la main d’œuvre pour les travaux d’intérêt général.  - encourager les déplacements des travailleurs  La mobilité des hommes peut être saisonnière : déplacement des « navetanes » (main d’œuvre saisonnière recrutée pour récolter au Sénégal l’arachide) ; migrations des Mossi vers la Gold Coast, pour cultiver les champs de cacao ; recrutements de coupeurs pour les chantiers forestiers du Gabon ; recrutement de Khroumen (hommes d’équi pages et dockers) sur la côte occidentale de l’Afrique par les compagnies de navigation, etc. Ces migrations du travail stimulent l’essor du salariat. Les travailleurs, avec leur salaire, se libèrent de leur impôt et avec les surplus, paient les compensations dotales et achètent quelques biens de consommation courante - mettre en place une législation pour contraindre davantage les indigènes  En Afrique du Sud, le problème de la main d’œuvre est né avec la suppression de l’esclavage, dès 1834. Les colons o nt tenté d’y remédier par les lois sur le vagabondage (cap Oriental) ou l’apprentissage des enfants (Transvaal), puis par la mise en place du « squatter system ». Ce système autorise les anciens tenants du sol ou ceux chassés des réserves par la pénurie d e terre, à résider sur les fermes des Blancs, à y faire pâturer leurs troupeaux, à y entretenir une petite parcelle de terre pour l’auto -consommation, moyennant un travail variant entre 90 et 190 jours par an. Ces journées de travail garantissent l’exploit ation des grandes plantations
détenues par les ‘Blancs’. On contrôle le déplacement des Africains en exigeant de produire à l’administration leur « pass ».
Ce système s’applique également au Kenya, où le nombre de squatters Kikuyu double entre 1933 et 1940 (200.000). En Orange et dans le Transvaal, la Plakkers Wet Squatter’s Law de 1890 cherche à répartir la pénurie de main d’œuvre en interdisant l’installation de plus de cinq familles par ferme, en instaurant les affectations autoritaires. Mécontents du sy stème coercitif, les Africains émigrent vers les mines d’or, de diamant, d’abord en tant que mineurs temporaires (environ trois mois), puis permanent. Car là encore, dans le secteur minier, le travail s’organise.  
Pour trouver la main d’œuvre indispensable à l’exploitation minière, pour lutter contre la désertion et combattre la contrebande des diamants, sont créés des compounds, vastes concentrations de travailleurs, autour de la ville minière de Kimberlé, puis dans le Rand. Les mineurs africains y sont confinés pour la durée de leur contrat, achètent sur place ce dont ils ont besoin, les profits des boutiques allant aux compagnies diamantifères et aurifères qui les ont ouvertes. Faute d’un approvisionnement suffisant en main d’œuvre africaine (au début du s iècle la mortalité sur les chantiers est de l’ordre de 70%), on fait appel à des immigrants asiatique (Indiens, Chinois) : en 1905 50.000 mineurs, soit le tiers des effectifs, sont des asiatiques. L’arrêt de ce courant migratoire (le coolie trade) encourag e d’autres migrations inter-régionales. Ainsi, les colonies portugaises, peu mises en valeur, se spécialisent dans la fourniture de travailleurs. En 1909, le Mozambique signe avec le riche Transvaal voisin une convention, renouvelée à plusieurs reprises, p révoyant l’exportation annelle de 100.000 travailleurs (de semblables dispositions prises également avec la Rhodésie, le Congo belge, l’Union sud -africaine.
Tout en multipliant les initiatives coercitives pour recruter la main d’œuvre nécessaire, les administrateurs coloniaux lancent une politique sanitaire pour préserver « le capital humain ». Il convient de soigner, de vacciner les populations, de suivre les femmes pendant leur maternité, de surveiller la santé des enfants. On multiplie les dispensaires e t hôpitaux ; on organise des tournées de vaccinations, on forme sur place du personnel compétent, infirmiers, sages -femmes, auxiliaire indispensables. Cette politique de médicalisation soutient la relance démographique.
Les mentalités évoluent, notamment e n France. Force est de rendre à l’évidence que, pour soutenir le développement de l’empire, l’Etat doit intervenir de manière plus ferme que ne l’avait envisager, dans les années vingt, le ministre des Colonies, A.Sarraut. La Grande crise (les effets dans les colonies africaines se sont faits sentir avant 1929) provoque au niveau gouvernemental, l’intervention des techniciens. Jusqu’alors les critiques émises par les inspecteurs des Colonies étaient restées sans effet. Pourtant, il soulignaient très réguliè rement, dans leurs rapports, des handicaps qui plombaient le décollage des colonies : sans investissements massifs que les territoires sont hors d’état de fournir, il ne peut y avoir de politique d’équipement de type moderne.  
Dans les années trente, on v oit apparaître des spécialistes de l’économie libérale (1931 envoi en AOF d’un ex -inspecteur des finances, Edmond Giscard d’Estaing). Ces derniers, au nom de la rentabilité économique de l’empire, suggèrent de conduire une politique « à deux vitesses » : d ’un côté, il y aurait des pôles de développement, limités en quelques points de la côte les plus accessibles, où se concentreraient l’outillage, les financements  ; de l’autre, le reste du pays, à l’écart de la modernité, laissé à sa vie autonome. Ils insis tent sur la nécessité de grands investissements, sans lesquels on ne peut doter les colonies d’un outillage impérial, complexe et coûteux. La Conférence des gouverneurs généraux de 1934 encourage la création d’une commission de l’outillage qui définit un p rogramme fondé sur l’aménagement des voies d’accès, l’évacuation des produits (ligne Douala au Tchad, ports et wharfs, entrepôts de manutention, port en eau profonde à Djibouti). Elle prévoie également le financement massif d’un programme agricole au Niger (670 millions)  c’est l’Office du Niger –, et encourage l’industrialisation. Double originalité. D’une part, on donne à l’Etat un nouveau rôle, il ne se contente plus de financer l’équipement, il devient aussi concepteur. D’autre part, on impulse, pour la première fois, le secteur industriel, sans pour cela concurrencer l’industrie métropolitaine. Exemple : usine de décorticage des arachides créée au Sénégal, mais les huileries restent en France.
Deux ans plus tard, sous le Front populaire, le ministre des Colonies Marius Moutet propose un programme économique semblable, mais par rapport à ses devanciers, il fait adopter des mesures sociales à l’échelle du village pour aider les producteurs africains : création et dotation
de sociétés de prévoyance, construction de greniers de réserves (en cas de disette, redistribution de vivres pour enrayer les décès), encourager la fréquentation scolaire en ouvrant des écoles publique dans les villages, etc.
A la veille de la guerre, si on note un changement dans les mentalités coloniales, les réalisations demeurent encore médiocres. Le déclenchement de la guerre entraîne une réelle rupture. C’est la Grande-Bretagne qui ouvre la voie en créant dès 1940 le Colonial Development and Welfare Fund. 3. Introduire des change ments. L’intervention de l’Etat, concepteur et financeur du développement Pour la France, il faut attendre la Conférence de Brazzaville janvier -février 1944 pour que de nouvelles résolutions s’affichent. Quatre principes sont affirmés : 1. Soutenir l’acc roissement démographique, condition première du démarrage économique 2. Mécaniser pour pallier la rareté et la fragilité de la main d’œuvre africaine  3. Face à l’insuffisance de l’initiative privée, l’Etat doit intervenir dans le domaine économique. La mis e en œuvre d’un programme quinquennal de travaux et de commandes doit conduire à renforcer et à moderniser l’équipement des territoires d’outre -mer. La métropole se doit de financer les réalisations indispensables, tant que les TOM ne seront pas en mesure de couvrir les dépenses locales et celles des équipements. Le plan établi pour l’ensemble de l’outre -mer, se fonde sur le principe « de la division internationale du travail pour répartir les tâches suivant les aptitudes de chaque territoire ». D’où la né cessité de mieux connaître les ressources de chaque TOM, en créant des organismes publics et des instituts de recherches spécialisés dans l’outre -mer : c’est la création de l’ORSTOM (secteur agricole), du BRGM (ressources du sous -sol). 4. Enfin, il faut en courager l’insertion des TOM aux marchés mondiaux. L’économie planifiée projetée doit permettre aux TOM de s’intégrer non pas à l’espace purement français mais à l’économie mondiale. C’est la fin du pacte colonial. Les nouveaux conseils territoriaux créent  dans l’immédiat après guerre ont l’initiative de la réglementation des droits de douanes   Une fois la France libérée, conformément aux résolutions de Brazzaville, on constate que l’Afrique subsaharienne devient le lieu privilégié d’une planification impé riale, celle-ci n’étant que le prolongement des innovations métropolitaines concrétisées en 1946 par le plan Monnet. On élabore des plans quinquennaux : 1946-52, second plan (1953-57), le 3 e  s’achève avec la décolonisation de 1960. Le premier plan de dével oppement économique et social des TOM, très ambitieux, prévoie une modernisation radicale de l’économie par le regroupement et la concentration des entreprises, par la mécanisation, par la création d’une infrastructure de pointe dans les transports (la voie aérienne est privilégiée en créant des aéroports), ou encore dans l’énergie hydroélectrique (constructions de barrages). Les objectifs affirmés supposent un effort considérable d’investissement.  
Par ailleurs, le système antérieur qui repose sur la coe rcition n’est plus adapté au monde entré dans une ère de renouveau. Le première Assemblée constituante (octobre 1945 -mai 1946) adopte, sous la pression du député de la Côte d’Ivoire Houphouët -Boigny, la loi abolissant le travail forcé, tandis que le décret du 15 décembre 1945 supprime, à compter de janvier 46, le système de l’indigénat.  
Enfin, ces réformes économiques doivent être soutenues par des réformes sociales : développer une réelle politique scolaire (primaire, secondaire voire universitaire) pour former les cadres et la main d’œuvre qualifiée, apte à s’adapter à la mécanisation  ; renforcer l’encadrement sanitaire ; mener une politique en faveur des villes, etc.
Ces orientations économiques et sociales réclament d’être soutenues par une importation massive de capitaux. Le financement est assuré par des capitaux publics, doublé d’un encouragement direct aux investissements privés. Les institutions nécessaires sont mises en place en 1946. Ainsi, le Fonds d’investissement pour le développement économiq ue et social (le FIDES), organe de financement des plans outre -mer, fournit les crédits. Rappelons toutefois que 45% des fonds du FIDES demeurent en principe à la charge des colonies. Comme celles -ci n’ont pas les crédits nécessaires, les procédures de prê ts sont renforcées : la Caisse centrale de la France d’outre -mer, nouvellement créée, est chargée de réaliser l’ensemble des opérations financières, notamment pour financer les emprunts et d’encourager le secteur privé. Autre mesure financière : création d ’une monnaie rattaché à la zone franc mais spécifique au TOM, le
franc des colonies françaises d’Afrique, le franc CFA, né en 1945, solidaire du franc métropolitain. La mise ne place de ce train de réformes, dans l’immédiat après guerre, marque bien une r upture par rapport à la politique antérieure, qui reposait essentiellement sur l’exploitation des colonies. Cependant, force est de rappeler que l’aide et les efforts consentis, fondés sur l’exportation de capitaux publics, justifient de ce fait la maintie n de la tutelle politique de la métropole, la décolonisation n’est pas envisagée. Toutefois, à compter de 1958, lors de la mise ne place de la Communauté française, les choses changent. Les territoires français de l’Afrique subsaharienne marchent vers leur indépendance. Lors de la naissance des Etats africains, au cours de l’année 1960, ces derniers héritent des réalisations économiques de la période coloniale. Au terme de quinze années d’une politique volontariste, le bilan est mitigé. La spécialisation a gricole s’est accentuée. Si les productions augmentent, cette progression des productions est redevable à l’expansion spatiale des zones de culture, et non pas à la modernisation des méthodes. Ce processus intensifie les flux migratoires transnationaux au profit des riches zones de plantations (cf. les plantations cacaoyères de Côte d’Ivoire).  L’industrialisation gagne du terrain (inexistante avant 1940). Cependant, elle reste limitée sectoriellement et spatialement : huilerie sénégalaise pour traiter 50% d e la production ; usine de décorticage du coton, quelques filatures ; huileries de palme, usines de jus de fruits ; échec cuisant en Côte d’Ivoire d’une usine de pâte à papier qui engloutit 5 milliards de francs. En revanche, dans les ports et dans les capitales, on voit apparaître des industries « alimentaires » : brasseries, eaux et boissons gazeuses, des usines textiles (Boussa), chaussures (Bata). L’industrie d’équipement reste encore limité : cimenterie. La seule grande innovation concerne le domaine énergétique : construction de barrages hydroélectriques, de centrales thermiques pour électrifier les TOM. L’essor des centres urbains, principaux foyers de développement, stimule l’exode rural,  La marche de l’Afrique vers l’indépendance se réalise égalem ent à travers la mise en place du Marché commun, le traité de Rome donnant aux TOM de l’Afrique francophone le titre d’associés. La mondialisation est bien en marche.  La période de l’après Seconde Guerre mondiale est également riche en transformations soci ales - fort exode rural et grand essor urbain. Nombreuses conséquences : fin de l’autosuffisance alimentaire, importation massive de céréales (la consommation de pain se généralise), paupérisation des nouveaux citadins - femmes et économie : les femmes investissent le secteur tertiaire (commerçantes) et remplacent, peu à peu, les hommes dans certains métiers, tels ceux des « gens de maison » - meilleur encadrement sanitaire pour stimuler la croissance démographique (on relève une nette baisse de la mortalité, tandis que la natalité reste forte) - renforcer la politique scolaire. On constate que les choix ont privilégié les « humanités », les sciences juridiques, les métiers de la santé, au détriment de la formation professionnelle. Devenir un cadre de l’a dministration, occuper une fonction libérale, apparaissent être des métiers plus gratifiants que ceux de techniciens.  En guise de conclusion Peut-on parler d’une théorie du développement sous la colonisation française ? Non dans la mesure où elle n’a pa s eu de formulation cohérente et explicite, les colonisateurs étaient animés par le seul souci de développer la métropole. Oui, dans la mesure où l’on peut en déceler quelques indices dans la politique de mise en valeur économique dans les années d’entre deux guerres. Aprè la Seconde Guerre mondiale, le développement économique et social s’affirme davantage avec la mise en place des réformes, voulues par l’Etat, concepteur et financeur.  La politique de mise en valeur économique s’inspire d’abord de l’idéol ogie de la mission civilisatrice du XIXe siècle qui reflètent les circulaires ministériels de 1901 : procurer aux peuples « sauvages » d’Afrique les bienfaits de la civilisation occidentale, en leur inculquant l’idée de la propriété privée et celle de l’ut ilité du travail, amorcer le relèvement moral et matériel des populations, en développant l’outillage économique (ébaucher les infrastructures
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