Thème écrit Rapport présenté par M Lauro Capdevila

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Thème écrit Rapport présenté par M. Lauro Capdevila CONSEILS AUX CANDIDATS Comprendre d'abord Si le jury ne devait faire qu'une recommandation, ce serait de lire et de relire très attentivement la page qui leur est soumise avant de s'engager dans sa traduction en espagnol. De prendre le temps de la comprendre pleinement, d'en apprécier les intentions, le ton et l'originalité. En effet, tout texte littéraire, au sens large du terme, ne vaut que par sa singularité. À l'opposé des messages convenus, dont on sait tout à peine lus ou entendus les premiers mots, il prétend apporter du sens à chaque phrase et modifier notre perception du monde par les émotions et réflexions qu'il suscite en nous. Aussi convient-il de résister au stress de l'épreuve imposée et de ne pas se lancer d'emblée dans la traduction des mots, les uns après les autres et indépendamment du mouvement de la page, comme le ferait un logiciel de traduction automatique. On sait que ceux-ci, même nourris de nombreux dictionnaires et grammaires et malgré les vertigineuses connexions qu'ils établissent, ne donnent que de piètres résultats face à des textes d'auteurs, précisément parce qu'ils n'en saisissent pas l'originalité et le sens. Ce n'est donc pas une banalité que de dire qu'il faut comprendre, avant de traduire. Nous allons essayer de le démontrer, à partir des réussites et des échecs constatés dans les copies des candidats.

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Publié le : mardi 29 mai 2012
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Source : reunion.iufm.fr
Nombre de pages : 8
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Thème écrit
Rapport présenté par M. Lauro Capdevila
CONSEILS AUX CANDIDATS
Comprendre d’abord
Si le jury ne devait faire qu’une recommandation, ce serait de lire et de relire très attentivement la
page qui leur est soumise avant de s’engager dans sa traduction en espagnol. De prendre le temps
de la comprendre pleinement, d’en apprécier les intentions, le ton et l’originalité.
En effet, tout texte littéraire, au sens large du terme, ne vaut que par sa singularité. À l’opposé des
messages convenus, dont on sait tout à peine lus ou entendus les premiers mots, il prétend apporter
du sens à chaque phrase et modifier notre perception du monde par les émotions et réflexions qu’il
suscite en nous.
Aussi convient-il de résister au stress de l’épreuve imposée et de ne pas se lancer d’emblée dans la
traduction des mots, les uns après les autres et indépendamment du mouvement de la page, comme
le ferait un logiciel de traduction automatique. On sait que ceux-ci, même nourris de nombreux
dictionnaires et grammaires et malgré les vertigineuses connexions qu’ils établissent, ne donnent que
de piètres résultats face à des textes d’auteurs, précisément parce qu’ils n’en saisissent pas
l’originalité et le sens.
Ce n’est donc pas une banalité que de dire qu’il faut comprendre, avant de traduire. Nous allons
essayer de le démontrer, à partir des réussites et des échecs constatés dans les copies des
candidats.
La cohérence du sens, guide du traducteur
Le texte de Régis Debray se présente comme une sorte d’essai. Tiré de son célèbre
Cours de
médiologie générale
, il se veut démonstratif et pédagogique. S’appuyant sur des exemples nombreux,
agrémenté d’images et de comparaisons, émaillé de bribes d’anecdotes, faisant volontiers référence
au passé, il prétend défendre une thèse de portée générale. L’universalité de l’affirmation est ainsi
gagée par la diversité des circonstances invoquées. On pourrait la résumer ainsi : le pouvoir cherche
toujours à s’incarner dans les matériaux nobles, résistant à l’usure du temps. On le voit, le propos
n’est pas si ardu et les candidats qui, ayant saisi le sens de la démonstration, s’y sont tenus comme à
un fil d’Ariane pour pénétrer les subtilités du discours, ont évité les erreurs fatales et ont souvent su
proposer des solutions heureuses. En revanche, ceux qui sont allés d’obstacle en obstacle, sans
guide, ont trébuché parfois lourdement, démontrant sans le vouloir qu’ils ne comprenaient pas le
langage qui leur était tenu.
Prenons-en un seul exemple, dont il faut reconnaître qu’il donnait du fil à retordre à tout traducteur :
« Ce n’est pas à nier l’harmonie nécessaire entre le délectable et la matière qui lui fait honneur. » La
difficulté apparente se situe au début de la phrase ; à l’évidence la formule n’est pas courante, même
si elle rappelle des tournures proches. On pressent un usage qui se veut très châtié du français, au
point de s’écarter de la norme habituelle. La clé décisive est ailleurs, à la fin de la phrase, dans le
rapport de subordination de la proposition relative. Les candidats qui ont pris le temps de s’interroger
ont, en effet, pu percevoir que le pronom personnel « lui » ne pouvait renvoyer à « l’autorité »,
mentionnée dans la phrase précédente, sauf à sombrer dans l’incohérence. Comment « l’autorité »,
dont l’auteur nous dit qu’elle tient toujours à l’accord entre sa dignité et les matériaux qui l’expriment,
pourrait-elle nier soudain l’harmonie nécessaire entre « le délectable et la matière ». Visiblement, on
faisait là fausse route et les candidats qui ont « traduit » sans eux-mêmes comprendre ont, à leur tour,
produit un texte espagnol incompréhensible, ce qui est bien sûr le pire reproche que l’on puisse faire à
un traducteur puisqu’il est renoncement à sa fonction. En revanche, ceux qui sont revenus avec
persévérance sur la phrase, ont pu découvrir que le relatif « qui » ne pouvait avoir pour antécédent
que la « matière », le pronom « lui » renvoyant alors au « délectable ». Tout s’éclairait, dès lors :
l’harmonie entre ce qui nous délecte et la matière qui le contient n’est pas à nier. Les lignes suivantes
évoquant la discordance entre un grand cru et le gobelet de plastique et préférant pour le vin sublime
le cristal le plus fin, dissipaient les incertitudes. Aurions-nous encore eu un doute sur sa pensée, que
l’auteur nous précisait bien son point de vue en soulignant par la locution « à juste titre » que l’accord
entre contenant et contenu lui semblait à l’évidence nécessaire. On pouvait dès lors chercher à rendre
en espagnol la phrase litigieuse. Une des solutions les plus simples étant la traduction proposée par
plusieurs candidats, que le jury a retenue :
“No es de negar la armonía necesaria entre lo deleitoso y
la materia que lo honra.”
Un jeu de ruptures
Comme on le voit, le sens ne se dévoilait pas d’emblée dans ce fragment et il requérait de la part du
lecteur mobilisation d’une culture complexe et bien maîtrisée. C’est que l’essai se veut brillant. La
démonstration s’adresse à un public averti qui saura déchiffrer des formes savantes, héritées de
traditions diverses, des abstractions déguisées en objets symboliques, des allusions à des réalités
réservées ou disparues, des termes techniques ou administratifs précis, des visions fugaces d’un
grand monde que les candidats –et les membres du jury– ne fréquentent pas toujours. Régis Debray
veut éblouir. Sa virtuosité à manier concepts et images culmine dans des ruptures, des dissonances
apparentes. Une familiarité en apparence déplacée, un terme qui fait irruption dans un champ lexical
étranger, une comparaison inattendue, autant d’habiletés qui déroutent le lecteur et lui font sentir qu’il
a toujours un temps de retard sur la pensée –ou du moins sur le discours– du maître.
Un exemple, beaucoup plus simple cette fois, montrera qu’il fallait entrer dans ce jeu pour en
comprendre les règles, en apprécier les ruptures avant d’essayer de les rendre. Il s’agit de la
parenthèse : « (“Alors, monsieur le Président, on se fait une petite soirée Averty, j’ai la cassette dans
mon tiroir” –“Hélas, Majesté, le protocole nous envoie au
Lac des cygnes,
nous bâillerons de
concert”). » Trop de candidats se sont ici égarés, ne reconnaissant pas deux répliques cueillies au vol
dans un dialogue imaginé entre deux chefs d’État, l’un président d’une république, l’autre souverain
d’un royaume. Certes, la parenthèse abrupte, venant après les mots « ciné » et « télé », engendre
une confusion sur l’instant. On bascule d’un univers à l’autre, sans qu’une solution de transition soit
ménagée. Pourtant, le bref instant de surprise passé, on trouve de très nombreux indices qui
remettent le lecteur sur la voie. Juste avant la parenthèse, il est question de « cérémonials d’État » et
même de « l’opéra », ce qui renvoie directement au « protocole » et au ballet le
« Lac des cygnes »
.
La phrase « le protocole nous envoie au
Lac des cygnes »
apparaît même comme une illustration
directe de l’énonciation à portée générale : « Les cérémonials préfèrent l’opéra ». Quant à « Averty »
et « la cassette », ils sont également annoncés juste avant puisque le dernier mot précédant la
parenthèse, au terme d’un dégradé par glissements successifs, est précisément « télé ». On pouvait
alors se souvenir de ce réalisateur populaire et iconoclaste qui fit les beaux soirs du petit écran quand
il passait des bébés de celluloïd à la moulinette. Et même si le candidat ne connaissait pas Jean-
Christophe Averty, il ne devait pas confondre la cassette vidéo avec un coffret où enfermer ses
économies, tel Harpagon. Le début du paragraphe se construit ainsi autour d’un quiasme conceptuel
qui, présentant à l’extérieur les fastes officiels, les oppose à une familiarité secrète, cachée en son
centre. La situation s’éclairait et les contresens, voire les non-sens, pouvaient être facilement évités. Il
s’agissait bien de tentations saisissant nos hommes d’État, qui aspirent tous deux à moins de pompe
et rêvent de plaisirs très prosaïques, mais interdits. Même le jeu de mots final, sorte de pointe, sur le
mot concert, s’éclairait et invitait à une recherche pour rendre à la fois l’idée explicite de simultanéité
et, celle, implicite, de l’harmonie grotesque engendrée par ces bâillements synchrones. Une bonne
proposition de traduction de l’ensemble, telle que certains candidats ont pu l’élaborer au moins
partiellement, pourrait être, par exemple :
“(«¿Y qué, señor Presidente, nos montamos una veladita
Averty? Tengo el vídeo en el cajón» –«Ay, Majestad, el protocolo nos manda a ver el
Lago de los
cisnes
, bostezaremos a coro»).”
L’imbrication des deux mondes, et des deux discours, apparaissant
ainsi clairement.
Comment se préparer à l’épreuve de thème ?
Le jury s’est refusé à adopter une posture, maintenant archaïque, faite de lamentations devant
certaines erreurs énormes –il en est, bien sûr– et de mises en demeure de mieux connaître la
grammaire et le lexique ainsi que d’avoir une culture plus étendue. Toutes choses souhaitables et
même indispensables, chacun en conviendra.
Nous savons que le constat de carence n’apporte rien par lui-même et se retourne en définitive non
pas contre le disciple mais contre le maître
1
. Il nous semble bien plus important et positif d’essayer
modestement de tracer quelques voies utiles pour aider les candidats à identifier et acquérir les
savoirs et compétences nécessaires. L’exigence n’est pas moins grande et la voie est parfois rude,
mais les efforts consentis ont alors quelque chance de se révéler efficaces.
Le premier conseil de préparation pourrait être : « Lisez et aimez lire ». Il n’est pas de traduction
possible si on ne comprend pas le sens du texte de départ. Explicite et implicite. Avec ses dénotations
et ses connotations. Il faut donc cultiver le goût de la lecture et la fréquentation des grands auteurs, en
espagnol et en français. On appréciera alors comment les mots choisis et leur agencement donnent
vie à un personnage, colorent d’ironie une évocation ou suscitent la réflexion. C’est dire que le plaisir
de lire doit devenir un métier. La langue et l’écriture seront l’objet d’une attention constante.
Le second conseil, directement lié au premier, serait alors : « Traduisez et aimez traduire ». Stylo en
main, on mettra ses pas dans ceux de l’auteur en essayant de transposer du français à l’espagnol. On
éprouvera l’impossibilité de dire la même chose, non pas comme source de découragement, mais
comme défi renouvelé. Comment limiter, autant que faire se peut, la déperdition de sens ? Comment
approcher au plus près l’original et le recréer en espagnol ? Quel mot exact, quel temps, quelle
tournure choisir pour rendre au mieux ce qui surgit quand on lit la page française ? On cherchera à
déployer pleinement l’éventail des possibilités pour les trier, les hiérarchiser, en écarter certaines, en
mémoriser d’autres auxquelles on ne songeait pas d’emblée.
C’est alors que dictionnaires monolingues, bilingues, de synonymes et d’antonymes, dans les deux
langues, grammaires et ouvrages spécialisés deviennent de précieux outils et nous enseignent
réellement. Le troisième conseil est donc : « Consultez assidûment les sources de savoir ». L’éventail
des possibilités de traduction, évoqué plus haut, a été construit pas à pas par nos aînés et se trouve
dans les répertoires et ouvrages cités. Il n’est jamais complet, mais comment se priver de leur
expérience ? Le bon traducteur n’est pas celui qui s’enferme seul avec un texte, mais celui qui,
dialoguant avec l’auteur, fait appel à toutes les ressources à sa disposition et, ce faisant, se les
1
Comme pédagogues, les membres du jury ne peuvent que partager les critiques acerbes que Michel Foucault, alors
professeur au Collège de France, a formulées à l’égard d’une conception de l’enseignement qui a pu reposer sur la domination :
« je sais et vous ne savez pas ; la culpabilisation : « mais vous devriez savoir »; et la répression : « vous méritez une mauvaise
note ».
approprie. C’est ainsi que, le jour de l’épreuve, on pourra mobiliser un savoir étendu, éviter les fautes
majeures, distinguer la nuance et même, quelquefois, avoir en main la solution attendue.
Il faut se persuader qu’en thème comme ailleurs la progression est toujours possible et qu’elle se
construit.
PROPOSITION DE TRADUCTION
S’inspirant de sa propre réflexion mais aussi de celles des candidats lorsqu’elles ont abouti à des
solutions intéressantes, le jury soumet cette traduction possible.
La máquina alivia, el poder recarga. Es la contratendencia de lo político enfrentado con la evolución
técnica. La autoridad constituida toma la evolución a contrapelo, paraliza lo “micro” innovador con lo
“macro” entronizado, opone lo sólido a lo fluido ascendente. El archivo oficial requiere peso. Sella con
plomo y conserva los sellos. El pergamino no se volatilizó en un santiamén ante el papel de hilo, y las
cancillerías, así como las universidades con la piel de asno para la colación de títulos, rechazaron
durante mucho tiempo el papel por inseguro, inadecuado para hacer perennes los intentos de
inmovilización del tiempo como lo son los tratados, cartas y constituciones. La colección de medallas
sigue exhibiendo nostalgias de permanencia y a todos los dictadores les gusta el mármol. Cualquiera
diría que la autoridad, que es negación del desgaste y denegación de la muerte, se plasma en lo
rígido y se desautoriza en lo flexible. No es de negar la armonía necesaria entre lo deleitoso y la
materia que lo honra. La dignidad del placer prohíbe beber un château-pétrus en un vaso de plástico.
Las mesas de gala tienen para ello, con razón, copas de cristal de Baccarat. ¿Requerirán los frutos
de la naturaleza materiales naturales?
Observen también la jerarquía de los espectáculos protocolarios. Los ceremoniales de Estado
prefieren la ópera al teatro, el teatro al cine, el cine a la tele (“¿Y qué, señor Presidente, nos
montamos una veladita Averty? Tengo el vídeo en el cajón” –“Ay, Majestad, el protocolo nos manda a
ver el
Lago de los cisnes,
bostezaremos a coro”). Igual que los edificios de poder (bancos y palacios)
van escalonándose del mármol a la piedra, luego al ladrillo, y rechazan el contrachapado, nuestros
documentos oficiales buscan los soportes menos perecederos, con una clase de instinto
termodinámico, si se atreve uno a decirlo así.
OBSERVATIONS DE DÉTAIL
« La machine allège, le pouvoir alourdit. »
On été admises les traductions : –
La máquina hace más leve, el poder más pesado. –La máquina
alivia / aligera, el poder recarga.
En revanche, n’étaient pas satisfaisantes les propositions impliquant : –La disparition de la symétrie
formelle. –La méconnaissance des équivalents de « rendre » ;
La máquina vuelve más leve
. –Les
contresens,
La máquina complica, el poder simplifica
.
« C’est la contre-tendance du politique affronté à l’évolution technique. »
Ont été admises les traductions :
–Se trata de la contratendencia de lo político enfrentado con la
evolución técnica. –…la reacción / tendencia contraria de lo político –…al enfrentarse con.
En revanche, n’étaient pas satisfaisantes les propositions impliquant : –Des faux-sens ;
…de cara a /
frente a
–Des contresens ;
…el político ; …al afrentar
–Des barbarismes ;
…téchnica
.
« L’autorité établie prend l’évolution à rebrousse-poil, bloque le “ micro ” innovateur par le “macro”
intronisé, oppose le solide au fluide montant. »
Ont été admises les traductions :
–La autoridad constituida toma a contrapelo la evolución, paraliza lo
“micro” innovador con lo “macro” entronizado, opone lo sólido a lo fluido ascendente. –…trata a
contrapelo / va a contracorriente de –…inmoviliza / bloquea –…al fluido – que asciende.
En revanche, n’étaient pas satisfaisantes les propositions impliquant : –Des faux-sens ;
…le lleva la
contraria a
–Des erreurs lexicales ;
…ascendiente
–Des contresens ;
…trata a regañadientes
–Des
solécismes ;
…subiendo
–Des non-sens ;
…sigue la evolución al revés ; …el micrófono… el
macrófono
« L’archive officielle veut du pesant. »
A été admise la traduction :
El archivo oficial requiere peso.
En revanche, n’étaient pas satisfaisantes les propositions impliquant : –Des inexactitudes ;
Los
archivos oficiales
–Des faux-sens ;
…quiere / pide peso
–Des erreurs lexicales ;
La archiva
.
« Elle scelle au plomb et garde les sceaux. »
Ont été admises les traductions :
Sella con plomo y conserva los sellos. –…guarda los sellos.
En revanche, n’étaient pas satisfaisantes les propositions impliquant : –Des faux-sens ;
…lacra
– Des
contresens ;
…firma / cancela.
« Le parchemin ne s’est pas évanoui en un clin d’oeil devant le papier de chiffon, et les chancelleries,
comme les universités avec la peau d’âne pour la collation des grades, ont longtemps écarté le papier
comme non fiable, inapte à pérenniser les tentatives d’immobilisation du temps que sont les traités,
chartes et constitutions. »
Ont été admises les traductions :
–El pergamino no se volatilizó en un santiamén ante el papel de hilo
y las cancillerías, así como las universidades con la piel de asno para la colación de títulos,
rechazaron durante mucho tiempo el papel por inseguro, inadecuado para hacer perennes los
intentos de inmovilización del tiempo como lo son los tratados, cartas y constituciones –
…desapareció – …un abrir y cerrar de ojos –…tanto las cancillerías como las universidades –
…descartaron –…la concesión de grados –…por poco de fiar – …inútil / inapto –…que son.
En revanche, n’étaient pas satisfaisantes les propositions impliquant : –Des inexactitudes ;
el papel de
tela
–Des erreurs lexicales ;
se esfumó
–Des barbarismes ;
El pergamín
–L’usage du passé composé
–Des solécismes ;
…han durante mucho tiempo descartado ; …como inseguro / como no fiable ;
…inadecuado a / inútil a
.
« Le cabinet des médailles exhibe toujours des nostalgies de permanence et tous les dictateurs
aiment le marbre. »
Ont été admises les traductions :
–La colección de medallas suele exhibir nostalgias de permanencia
y a todos los dictadores les gusta el mármol. –El gabinete –…sigue exhibiendo –…expone añoranzas.
En revanche, n’étaient pas satisfaisantes les propositions impliquant : –Des faux-sens ;
El despacho
Des erreurs de lexique ;
El cabinete / El bufete
–Des solécismes, en particulier relatifs à la
construction du verbe
gustar.
« À croire que l’autorité, qui est négation de l’usure et dénégation de la mort, s’accomplit dans le rigide
et se déjuge dans le souple. »
Ont été admises les traductions :
–Como para creer que la autoridad que es negación del desgaste y
rechazo a la muerte se realiza en lo rígido y se desdice en lo flexible. –Cualquiera diría –…rechazo de
la muerte –…se cumple / se plasma –…se desautoriza.
En revanche, n’étaient pas satisfaisantes les propositions impliquant : –Des faux-sens ;
…lo blando
Des contresens ;
…la usura ; …lo tierno / el flexible
–Des barbarismes ;
…se dejuzga.
« Ce n’est pas à nier l’harmonie nécessaire entre le délectable et la matière qui lui fait honneur. »
Ont été admises les traductions :
–No es de negar la armonía necesaria entre lo deleitoso y la materia
que lo honra. –No es como para negar / No hay que negar
–…la harmonía –…lo deleitable / lo
delectable.
En revanche, n’étaient pas satisfaisantes les propositions impliquant : –Des non-sens ;
No es a
negar ; …lo que lo honra.
« La dignité du plaisir interdit de boire un château-pétrus dans un gobelet en plastique. »
Ont été admises les traductions :
–La dignidad del placer veta beber un château-pétrus en un vaso de
plástico. –…prohíbe –… que se beba.
En revanche, n’étaient pas satisfaisantes les propositions impliquant : –Une orthographe
défectueuse ;
…prohibe
–Des faux-sens ;
…un cubilete
–Des solécismes ;
…prohíbe de / impide de ;
…en plástico.
« Les tables d’apparat ont pour cela et à juste titre des verres en cristal de Baccarat. »
Ont été admises les traductions :
–Las mesas de gala tienen para eso, con razón, copas de cristal de
Baccarat. –…disponen… de / cuentan… con –…para ello –…por eso / por ello.
En revanche, n’étaient pas satisfaisantes les propositions impliquant : –Des erreurs de lexique ;
…vasos de cristal
–Des gallicismes ;
…a justo título
.
« Les fruits de la nature appellent-ils des matériaux naturels ? »
Ont été admises les traductions :
–¿Requerirán los frutos de la naturaleza materiales naturales? –
Requieren.
En revanche, n’étaient pas satisfaisantes les propositions impliquant : –Une ponctuation erronée –
L’absence d’inversion du sujet –Des erreurs de lexique ;
…frutas
–Des gallicismes ;
…llaman.
« Remarquez également la hiérarchie des spectacles protocolaires. »
Ont été admises les traductions :
–Observen también la jerarquía de los espectáculos protocolarios. –
Noten / Fíjense… en –…asimismo.
En revanche, n’étaient pas satisfaisantes les propositions impliquant l’usage de la deuxième personne
du pluriel ;
Observad / Fijaos… en.
« Les cérémonials d’État préfèrent l’opéra au théâtre, le théâtre au cinéma, le ciné à la télé (“Alors,
monsieur le Président, on se fait une petite soirée Averty, j’ai la cassette dans mon tiroir” –“Hélas,
Majesté, le protocole nous envoie au
Lac des cygnes,
nous bâillerons de concert”). »
Ont été admises les traductions :
–Los ceremoniales de Estado prefieren la ópera al teatro, el teatro al
cine, el cine a la tele (“Y qué, señor Presidente, nos damos el gusto de una velada Averty, tengo el
vídeo en el cajón” – “Ay, Majestad, el protocolo nos manda a ver el
Lago de los cisnes
, bostezaremos
a coro. –Los ceremoniales estatales –…anteponen la ópera –…nos montamos / nos damos el gusto
de / nos atrevemos a –…el video / el casete / la casete –…la gaveta – nos manda ver –
…bostezaremos al unísono / haremos un concierto de bostezos.
En revanche, n’étaient pas satisfaisantes les propositions impliquant : Des orthographes erronées ;
…cassete / casette / cassette
–Des redondances ;
…una pequeña veladita
–La non prise en compte
du registre ;
…la televisión
–La non traduction du titre du ballet russe –Des solécismes ;
…el
ópera ;…el señor Presidente ;…nos damos una noche
–Des gallicismes ;
…nos hacemos / pagamos /
ofrecemos
« Comme les bâtiments de pouvoir (banques et palais) s’échelonnent du marbre à la pierre, puis à la
brique, et refusent le contre-plaqué, nos documents officiels recherchent les moins périssables des
supports, par une sorte d’instinct thermodynamique, si on ose dire. »
Ont été admises les traductions :
Tal como los edificios de poder (bancos y palacios) van
escalonándose del mármol a la piedra, luego al ladrillo, y rechazan el contrachapado, nuestros
documentos oficiales buscan los soportes menos perecederos con una clase de instinto
termodinámico, si se atreve uno a decirlo así. –Igual que –…se escalonan –…rehúsan –…el
contrachapeado –…más duraderos –…una especie / una suerte –…si se me permite la expresión / se
puede decir así / por decirlo así.
En revanche, n’étaient pas satisfaisantes les propositions impliquant : –Des inexactitudes ;
…el
aglomerado
– Des erreurs de lexique ;
…bancas
–Des faux-sens ;
…el adobe
–– Des contresens ;
…el yeso, …como quien dice.
JUSTIFICATION DES CHOIX DE TRADUCTION
La justification des choix de traduction a pour objet de mettre en évidence la cohérence de la réflexion
du candidat. On aura donc cela à l’esprit et on évitera :
–la présentation d’ensemble de règles grammaticales, comme pour montrer qu’on connaît leur libellé ;
–à l’opposé, une justification partielle qui ne rend pas compte du choix ;
–une justification incohérente avec le choix effectué ;
–une terminologie inexacte, une expression incorrecte et confuse…
Le jury attire l’attention des candidats sur le fait qu’il ne faut pas accorder à cet exercice un temps
disproportionné. Les explications, si elles sont utiles, ne doivent pas l’emporter sur les choix. En
revanche, la demande de justification doit attirer l’attention des candidats sur des difficultés qui n’ont
peut-être pas été pleinement perçues d’emblée et les inciter à approfondir leur réflexion avant de
traduire.
Nous essaierons d’aller à l’essentiel, pour éclairer les futurs candidats.
« on se fait une petite soirée »
La réflexion devait conduire à faire apparaître que :
« on » ne pouvait être rendu, ici, que par la première personne du pluriel. Dans un registre
familier, le président propose au roi de s’émanciper du protocole ;
« se fait ». Le verbe appelait une réflexion sur le registre et le lexique. La recherche du ton de la
complicité familière et de l’authenticité de la langue en situation étaient primordiales ;
« une petite soirée ». L’adjectif suggère de façon implicite l’établissement d’une complicité.
«
si on ose dire »
Le jury a accepté deux choix, et donc deux justifications pourvu qu’elles fussent cohérentes avec la
solution retenue par le candidat :
On pouvait considérer qu’il s’agit d’une expression lexicalisée, passe-partout.
Por decirlo así
répondait parfaitement à cette vision possible.
Plus finement, certains ont bien perçu l’affleurement du « je », à défaut de son émergence
explicite. Régis Debray, défendant avec méthode une thèse, avait adopté un ton objectif. Il faisait
mine de se cantonner aux faits, rien qu’aux faits qui étaient comparés, énumérés ou opposés. Peu
à peu, cependant, l’orateur l’emporte sur le professeur. Le lecteur –on est tenté de dire le
spectateur– est pris à témoin, on lui suppose des réactions (« À croire que… »), on répond par
avance à des tentations ou des objections (« Ce n’est pas à nier… »), et on pose même des
questions à la cantonade, qui, pour être rhétoriques, ne nous interrogent pas moins (« Les fruits
de la nature appellent-ils des matériaux naturels ? »). Des candidats ont parfaitement noté que ce
mouvement se traduit par l’apparition explicite des interlocuteurs silencieux –nouveau statut
conféré aux lecteurs– interpellés à l’impératif (« Remarquez »). Le deuxième paragraphe
sanctionne ce passage du discours général au dialogue avec un auditoire supposé. C’est dans ce
contexte qu’apparaît l’expression qu’il fallait justifier. Le pronom « on » est la dernière étape avant
l’irruption du « je », avide de nous gagner à son point de vue. Tout le fragment proposé s’articule
ainsi autour d’une stratégie qui vise à emporter la conviction. Le choix du pronom
uno
s’imposait
alors tout naturellement.
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