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Niveau: Supérieur, Master

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Université de Paris 1 – Panthéon-Sorbonne UFR 11 Science Politique Master 2 recherche en Relations internationales Paris, le 11 juin 2007 La politique étrangère américaine sur le changement climatique mondial et ses résultats inattendus : « une vérité qui dérange » ? par Jon Marco CHURCH dirigé par Yves VILTARD

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Publié le : vendredi 1 juin 2007
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Université de Paris 1 – Panthéon-Sorbonne
UFR 11 Science Politique
Master 2 recherche en Relations internationales
La politique étrangère américaine
sur le changement climatique mondial et
ses résultats inattendus : « une vérité qui dérange » ?
par Jon Marco CHURCH
dirigé par Yves VILTARD
Paris, le 11 juin 2007
Les opinions émises dans ce mémoire sont propres à leur auteur et non nécessai-
rement partagées par l’Université.

Remerciements
Mon directeur de mémoire, les professeurs et enseignants du master pour leur
guide, mes amis pour leurs conseils et leur oreille attentive, les membres de ma
famille pour leur soutien et leur patience.
3
Abréviations
ALENA Accord de Libre-échange Nord-Américain
ANACDE Accord Nord-Américain de Coopération dans le Domaine de l'Environnement
BINGO Business and industry non-governmental organization
CBD Convention sur la Diversité Biologique
CCCC Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques
CO Anhydride carbonique 2
COP Conférence des Parties
ENGO Environmental non-governmental organization
EPA Environment Protection Agency
GAO General Accounting Office
GEF Global Environment Facility
GIEC Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat
GPO General Publication Office
LULUCF Land Use, Land Use Change and Forestry
MIT Massachusetts Institute of Technology
OMM Organisation Météorologique Mondiale
ONG Organisation non-gouvernementale
ONU Organisation des Nations Unies
PIB Produit intérieur brut
PNUE Programme des Nations Unies pour l’Environnement
R&D Recherche et développement
RINGO Research-oriented and independent non-governmental organization
USAID United States Agency for International Development
USEA United States Energy Association

4
Introduction
Le mouvement de la terre délivre maux et peurs ;
L’homme mesure ses effets et sa signification ;
Mais l’agitation des sphères,
Même si bien plus éloignée, est innocente.
1
(John Donne 1633)
Le changement climatique est défini comme « le changement du climat à
travers le temps, dû à la variabilité naturelle ou résultant de l’activité hu-
2maine » . Ce changement peut donc résulter de l’action humaine ou non et en-
trainer aussi bien un refroidissement qu’un réchauffement de l’atmosphère.
Comme, dans les années 1970, les Etats-Unis craignaient le premier phénomène,
3depuis les années 1980 ils redoutent le second . De plus, ce phénomène peut
atteindre un niveau local ou mondial, d’où la formule courante de « changement
climatique mondial ». Quelque soit la direction de ce changement, celui-ci peut
donc être le résultat de l’action humaine ou non, et quelque soit la cause de ce
4changement, celui-ci peut menacer la vie de l’homme sur cette planète .
La perception de cette menace pour l’homme est à l’origine de l'intérêt
porté par de nombreux scientifiques au phénomène du changement climatique
pour en identifier tout d’abord la direction, les causes et l’échelle ; cette percep-
tion est aussi à l’origine de l’inquiétude de plusieurs spécialistes en sciences so-

1
Traduit et reproduit depuis l’édition de Chambers publiée à Londres en 1896.
2
On reproduit ici la définition donnée par le GIEC (infra) dans son Bilan 2001 des changements
ème
climatiques et reprise par le Résumé réalisé à l’intention des décideurs approuvé par la 8 ses-
sion de son Groupe de travail II (vulnérabilité des systèmes socio-économiques et naturels, con-
séquences négatives et positives de ces changements et possibilités de s’y adapter) à Bruxelles en
avril 2007.
3
Voir, à ce propos, la perspective historique d’Acot (2004) et, par exemple, l’article « Another Ice
Age ? » publié par la revue américaine Time du 24 juin 1974.
4
Lovelock parle d’une « guerre chaude » de l’homme contre la terre, Gaïa (1993).
5
1ciales , qui s’intéressent aux effets possibles sur l’homme du phénomène et aux
2solutions envisageables . Même si cette perception était erronée et les effets du
changement climatique étaient moins marqués ou moins dangereux que ce
3qu’on craignait , le corpus de recherches développées autour du climat et de la
relation entre le climat et la société nous aura appris beaucoup sur cette planète
et sur le rapport homme-nature. Un jour, le savoir créé pourra peut-être se mon-
trer utile face à un changement climatique réel ou par rapport à une question
plus ou moins analogue, comme cela s’est avéré dans le cas du problème du trou
4dans la couche d’ozone et de l’étude du changement climatique .
Les perspectives évolutionnistes et créationnistes du rapport entre
l’homme et la nature ne sont pas marginales au débat autour du rapport entre le
climat et la société, notamment aux Etats-Unis. Selon la perspective évolution-
5niste , l’homme fait partie de la nature et le rapport entre l’homme et la nature
est un rapport d'évolution continue et réciproque : comme l’homme subit

1
Par exemple, des spécialistes des sciences sociales ou social scientists participent aux réunions
du GIEC, comme, dans le cas des Etats-Unis, le spécialiste en science politique Peter M. Haas
(1993). Voir les quatre volumes édités par Rayner et Malone en 1998, qui soulignent la contribu-
tion des sciences sociales à l’étude du changement climatique.
2
Ces aspects sont au centre de l’analyse des Groupes de travail II (vulnérabilité des systèmes
socio-économiques et naturels, conséquences négatives et positives de ces changements et pos-
sibilités de s’y adapter) et III (solutions envisageables pour limiter les émissions de gaz à effet de
serre ou atténuer de toute autre manière les changements climatiques) du GIEC.
3
Voir, à propos du concept de perception et de perception erronée ou misperception, l’ouvrage
séminale de Jervis (1976). Voir aussi la perspective critique de Smouts, qui définit ironiquement
le changement climatique comme le « risque du jour » (2003, 191).
4
Pour une perspective de relations internationales, voir les contributions de Bodansky sur
l’histoire du régime du changement climatique mondial et de Sprinz sur la comparaison entre la
CCCC et la Convention de Vienne de 1985 et son Protocole de Montréal de 1987 dans Luterba-
cher et Sprinz (2001).
5
La référence ici est à la pensée darwinienne. Pour un panoramique sur la pensée de Darwin et
l’évolutionnisme, voir, par exemple, l’étude de Tort (2000).
6
l’action naturelle, la nature subit l’action de l’homme. Quand l’environnement
1change, l’homme s’adapte ; quand l’homme agit, l’environnement réagit . Selon
2la vision créationniste , par contre, Dieu a donné la nature à l’homme et a or-
3donné à l’homme de dominer la nature . Selon cette vision, les gestes des
hommes et les phénomènes naturels répondent à un dessein intelligent de Dieu.
Parmi les créationnistes, les perspectives sur le changement climatique
sont de deux types. Le changement climatique pourrait donc répondre à un des-
4sin divin, en représentant l’un des signes de l’apocalypse ; en même temps, ce
soi-disant apocalypse pourrait être causé par l’action humaine et non par la vo-
5lonté de Dieu . Cette dernière vision, selon laquelle l’homme à reçu le don de la
nature et qu’il est responsable de sa préservation, est tout à fait prédominante
6parmi les créationnistes, notamment américains . Cette vision est parfaitement
en harmonie avec la vision évolutionniste : le changement et la réaction de la
nature implique la nécessité que l’homme s’adapte et cette nécessité se traduit
par la responsabilité de chaque individu par rapport aux autres. Dans le cas con-
7traire, le risque est l'extinction du genre humain . Ainsi se dessinent des respon-

1
A ce propos, voir la notion d’écosystème dans Tansley (1935) et d’effet de système dans Jervis
(1997).
2
Pour un état des lieux et une vision critique du créationnisme aux Etats-Unis, voir Lecourt
(1992).
3
« Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de
la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent
sur la terre » (Genèse 1 : 26, vers. Louis Segond 1910).
4
« [J]e regardai, et voici, une porte était ouverte dans le ciel » (Apocalypse 4 : 1). Ce passage
pourrait, par exemple, être pris pour une référence au trou dans la couche d’ozone.
5
« Ne faites point de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, jusqu'à ce que nous ayons marqué
du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » (Apocalypse 7 : 3). Ce verset pourrait suggérer
l'interdiction d’endommager la nature.
6
Une simple panoramique des sites internet des communautés religieuses majeures aux Etats-
Unis, l'Eglise Catholique incluse, le démontre.
7
Pour une perspective critique intéressante de la vision apocalyptique du changement clima-
tique, voir l’ouvrage Ecoscam : False Prophets of Ecological Apocalypse du néoconservateur Bai-
7
sabilités jumelles par rapport à la préservation de la nature, d’un côté, et par
rapport à la survie du genre humain, de l’autre.
1Un axiome incontesté est la soi-disante courbe de Keeling , élaborée par
Charles Keeling et son équipe à partir de quarante années d’observation auprès
2de l’Observatoire de Mauna Loa dans les îles Hawaï. Cette courbe décrit
l’augmentation de la concentration de CO (anhydride carbonique) dans 2
l’atmosphère à partir de la fin des années 1950, qui a été confirmée par plusieurs
3observations dans d’autres parties du monde . Selon la plupart des scienti-
4fiques , la cause principale du changement climatique est l’augmentation des gaz
à effet de serre, c’est-à-dire des gaz, comme, en particulier, l’anhydride carbo-
nique qui sort de nos cheminées, le vapeur qui compose les nuages ou l’oxyde
5d’azote et le méthane que nos champs produisent , qui retiennent la chaleur au
dessous de l’atmosphère. Parmi les autres causes possibles du changement cli-
matique, figurent l’activité solaire, la position de l’axe terrestre par rapport au
soleil, les émissions des volcans, le mouvement des continents, la chimie atmos-
6phérique et la réflectivité de la surface . Selon le GIEC (Groupe d’Experts Inter-
gouvernemental sur l'Evolution du Climat), un groupe d’experts accrédités par
les gouvernements du monde entier qui produisent des rapports régulières sur
l’état du climat, à partir de la révolution industrielle, on observe un réchauffe-

ley (1993), où l’idéalisme à la Gore (1992) est repoussé de la même manière que la vision apoca-
lyptique d’inspiration religieuse, à partir d’une perspective séculaire.
1
Voir la Figure 2.
2
Il est important de souligner qu’il s’agit d’une mesure et non d’un modèle : il s’agit donc d’une
simple description de la réalité, assujettie à l’imprécision des instruments de mesure (Dahan
2007).
3
Voir, entre d’autres, la Figure 4.
4
Voir, par exemple, tous les Bilans du GIEC.
5
Voir le rapport récent de l’EPA, l’agence pour la protection de l’environnement américaine, sur
les gaz à effet de serre aux Etats-Unis (2007).
6
Voir Drake (2000), Ducroux (2004).
8
ment du climat et ce changement est très vraisemblablement dû à
1l’augmentation des gaz à effet de serre produits par les hommes .
Figure 1 : Le changement de la température moyenne mondiale et continentale, 1900-2000

Source : Ces diagrammes sont extraits du dernier résumé réalisé à l’intention des décideurs du
Groupe de travail I (aspects scientifiques et évolution du climat) du GIEC (2007).

1
Voir la Figure 1. Le GIEC conclue que « le réchauffement du système climatique est sans équi-
voque » (2007, je traduis et souligne). Dans un crescendo, le deuxième Bilan du GIEC soutenait
que « malgré *l+es incertitudes, le faisceau d’éléments disponibles suggère qu’il y a une influence
perceptible de l’homme sur le climat global » (1995, je souligne), le troisième que « de nouvelles
preuves, mieux étayées que par le passé, viennent confirmer que la majeure partie du réchauf-
fement observé ces 50 dernières années est imputable aux activités humaines » (2001, idem) et
le quatrième que « l’augmentation de la plupart des températures moyennes mondiales depuis la
ème
moitié du XX siècle est très vraisemblablement due à l’augmentation observée des concentra-
tions des gaz à effet de serre » (2007, je traduis et souligne).
9
Un autre axiome difficilement contestable est l’augmentation de notre
capacité à agir sur l’environnement, qui résulte non seulement du progrès indus-
1triel, scientifique et technologique , mais aussi de la croissance démographique.
Cette capacité à agir croissante est un problème à deux tranchants : d’un côté,
elle augmente le risque que l’homme endommage l’environnement, de l’autre
elle renforce la capacité de l’homme à réagir et à s’adapter, par exemple, au
changement climatique. On rappelle souvent que les Etats-Unis et l’Allemagne,
au vu de leur puissance industrielle, sont les principaux pollueurs dans le monde
et dans l’Union Européenne respectivement, en rapport direct avec leur puis-
sance industrielle, malgré des politiques avancées de protection de
2l’environnement . Par contre, plusieurs experts soulignent que le risque associé
au changement climatique est plus grand dans les pays les moins développés,
3lesquels ont moins de ressources pour réagir et s’adapter au changement .

1
Dans l’économie de cette introduction, on négligera la question industrielle, scientifique et
technologique, qui sera développée infra.
2
En 2002, selon des données de la Banque Mondiale de 2006, un Américain produisait environ 5
fois la moyenne mondiale de CO et un Allemand environ 1,2 fois la moyenne européenne, tandis 2
que l’économie américaine et allemande contribuaient à environ un tiers du PIB du monde et de
l’Union Européenne respectivement. Pour des données analogues, voir, par exemple, le volume
édité par Harris (2000).
3
Voir, par exemple, du point de vue des relations internationales, la synthèse de Luterbacher et
Sprinz (2001, 7).
10

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