Université Louis Pasteur Strasbourg I Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education

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Niveau: Supérieur

  • mémoire


1 Université Louis Pasteur, Strasbourg I Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education THESE Présentée pour obtenir le Grade de DOCTEUR DE L'UNIVERSITE STRASBOURG I Discipline : Psychologie, Psychopathologie et Etudes Psychanalytiques Soutenue Publiquement par Thierry JANDROK Le 16 février 2007 Le Sujet, sa Vie et l'Hôpital comme Institution de sa Mort Membres du Jury : Directeur de Thèse : M. Serge LESOURD : Pr., U.L.P. Strasbourg I Rapporteur Interne : M. Gérard POMMIER : Pr., U.L.P. Strasbourg I Rapporteur Externe : M. Roland GORI : Pr., Université Aix-Marseille Rapporteur Externe : M. Marie-Jean SAURET : Pr., Université Toulouse le Mirail Examinateur : M. Matthias DORRIES : Pr., U.L.P. Strasbourg I

  • lieu de vie intemporel

  • présentation du lieu de recherche

  • jeu des influences entre le monde gréco

  • période romaine

  • médicalisation des hôpitaux

  • finir avec les soins palliatifs


Publié le : jeudi 1 février 2007
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Université Louis Pasteur, Strasbourg I
Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education

THESE

Présentée pour obtenir le Grade de

DOCTEUR DE L’UNIVERSITE STRASBOURG I

Discipline : Psychologie, Psychopathologie et Etudes Psychanalytiques

Soutenue Publiquement par

Thierry JANDROK

Le 16 février 2007
Le Sujet, sa Vie et l’Hôpital comme Institution de sa Mort



Membres du Jury :

Directeur de Thèse : M. Serge LESOURD : Pr., U.L.P. Strasbourg I
Rapporteur Interne : M. Gérard POMMIER : Pr., U.L.P. Strasbourg I
Rapporteur Externe : M. Roland GORI : Pr., Université Aix-Marseille
Rapporteur Externe : M. Marie-Jean SAURET : Pr., Université Toulouse le Mirail
Examinateur : M. Matthias DORRIES : Pr., U.L.P. Strasbourg I

1Université Louis Pasteur, Strasbourg I
Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education



THESE


Discipline : Psychologie, Psychopathologie et Etudes Psychanalytiques




Le Sujet, sa Vie et l’Hôpital comme Institution de sa Mort

Par

Thierry Jandrok







Illustration de Couverture :
«La Porte Océane», de Marije Stoelwinder, Paris, 2006, collection privée.







Membres du Jury :

Directeur de Thèse : M. Serge LESOURD : Pr., U.L.P. Strasbourg I
Rapporteur Interne : M. Gérard POMMIER : Pr., U.L.P. Strasbourg I
Rapporteur Externe : M. Roland GORI : Pr., Université Aix-Marseille
Rapporteur Externe : M. Marie-Jean SAURET : Pr., Université Toulouse le Mirail
Examinateur : M. Matthias DORRIES : Pr., U.L.P. Strasbourg I
2Remerciements




Ecrire est toujours un effort solitaire. Pourtant ce travail résonne du soutien de nombreuses
voix autour de moi.

Je tiens donc, tout d’abord à remercier mes deux «aristocath» : Catherine Jandrok, mon
épouse, et Catherine Barasch pour leur lecture attentive et leur soutien sans faille, Angelo A.
Attanasio pour son amitié et sa sagesse par-delà les années et les distances.

Pour leurs paroles et leur présence dans notre histoire professionnelle, nous remercions :
Viviane A., Chantal B., Elisabeth B., Marie-Odile B., Jaqueline B., Stéphanie C., Nathalie C.,
Danielle D., Fabienne D., Françoise D., Hélène D., Florence E., Véronique F., Evelyne G.,
Marie-Josée J., Véronique J., Irène K., Kathy K., Sylvie LeG., Geneviève L., Evelyne M. ,
Christine M., Valérie M., Christiane N., Pia O., Mariette O., Annie P., Denise P., Bernadette
S-W, Hortense S., Marie Josée S., Raymonde S., Simone S., Astride S., Aline V., Laurence
W., Claudine W., et toutes celles et ceux que j’oublie encore.
Mes remerciements vont aussi à Estelle Bosch-Leckler, Eliane Debs, Charlotte Herfray et
Françoise Wursteisen ; les docteurs Albert Bauer, Laurence Cochart, Guylaine Lafosse,
Michel Levi, Ziang-Kuang Yu, le Professeur Michel Doffoël et Madame le Professeur Astrid
Wilck.

Pour la musique : AC/DC, Bryan Adams, Samuel Barber, George Benson, Jonathan Butler,
Bill Evans, Michael Franks, Antonio Carlos Jobim, Kenny Loggins, Gustave Mahler, George
Michael, Nickelback, W.A. Mozart, Domenico Scarlatti, Carlos Santana, James Taylor, Trust,
Hans Zimmer…

Marije Stoelwinder dont les tableaux me parlent.

Mes pensées vont aussi à tous les patients que j’ai accompagnés au fil du temps et qui, après
leur trépas, devenus fantômes dans ma mémoire, poursuivent leur existence dans mes paroles
et mes écrits.

Je remercie également, Messieurs Matthias Dorriès, Roland Gori, Gérard Pommier, Marie-
Jean Sauret, membres du jury, et bien sûr, Serge Lesourd, mon directeur de thèse, qui a
accompagné ma démarche avec fraternité et sans «frérocité».
3TABLE DES MATIERES




Chapitre 1............................................................................................................. 7
De l’Aube de la Civilisation Occidentale Au Crépuscule des Idoles .............. 7


Préambule ........................................................................................................................................... 7
1. L’Hôpital : Une autre histoire de la modernité en évolution........................................................... 9
1.1. La Période Antique ...................................................................................................................... 9
1.1.1. Du Temple à la maison de consultation ................................................................... 9
1.1.2 La Période Romaine................................................................................................ 24
1.1.3 Valetudianaria et Pensée Sociale............................................................................. 28
1.1.4 L’époque Byzantine 34
1.1.5. Le Jeu des Influences entre le Monde Gréco-romain et le Monde Islamique :
Emprunts et Interprétations Mutuelles 47
1.1.6. Les Bénédictins : Avènement des Moines-Docteurs dans L’Europe Médiévale ... 51
1.1.7. L’Ordre des Hospitaliers à Jérusalem .................................................................... 55
1.1.8. Les Épidémies : Maladies Divines et Pestes Sociales ! ......................................... 60
1.1.9. Les Bases de la Médicalisation Scientifique et Rationnelle des Structures de Soins
.......................................................................................................................................... 66
1.1.10. La période des Lumières et la médicalisation des hôpitaux................................. 69




Chapitre 2......................................................................................................... 102
Soigner une Nation pour le Bien du Peuple : Une Ethique de la Modernité
en Question....................................................................................................... 102

I Le nazisme entre Ombres et Lumières ......................................................................................... 102
2.1.1. La Complaisance Coupable des Médecins Nazis................................................. 102
2.1.2 La Médecine des Camps de Concentration entre Tortures et Recherches Médicales
........................................................................................................................................ 149




4Chapitre 3......................................................................................................... 166
L’Hôpital : Une Anatomie du Désir .............................................................. 166

Avant Propos................................................................................................................................... 166
3.1 Méthode .................................................................................................................... 168
3.2 Repères Théoriques................................................................................................................... 170
3.2.1. La Dialectique Pulsionnelle entre Vie et Mort chez Freud .................................. 170
3.2.2. Lacan : La Jouissance en Plus !............................................................................ 176
3.2.3. Les Corps Réel, Imaginaire et Symbolique : Soma, Image du Corps et Sarkos .. 179
3.2.4. Les Trois Morts .................................................................................................... 185
3.2.4.1. Le Trépas........................................................................................................... 185
3.2.4.2. La Rupture 187
3.2.4.3 La Séparation...................................................................................................... 190
3.3. A l’Écoute des Expressions de la Mort en Service de Soins de Longue Durée : Hypothèse et
Clinique de l’Angoisse........... 193
3.3.1. Hypothèses et Présentation du Lieu de Recherche............................................... 193
3.3.1.1. Hypothèse Générale et Méthodologie ............................................................... 193
3.3.1.2. Présentation du Lieu de Recherche ................................................................... 194
3.3.1.2.1. Le Cadre Institutionnel : Du Passé au Présent 194
3.3.2. Un Lieu de Vie Intemporel................................................................................... 196
3.3.3. Clinique des Effets de la Mort en Long Séjour.................................................... 199
3.3.3.1. Du Sourire d’un Trépassé : la Jouissance et la Mort......................................... 199
3.3.3.2. Une Lettre Volée au Réel : L’Angoisse ............................................................ 203
3.3.3.3. La Mort Envisagée : Un Objet Phobique ? ....................................................... 220

Chapitre 4......................................................................................................... 230
Pour en Finir avec les Soins Palliatifs ........................................................... 230
4.1 Une Question de Définitions..................................................................................................... 230
4.1.1. Rappel Historique : La Version Officielle 230
4.1.2. La Version Refoulée............................................................................................. 236
4.2. Retour à la Clinique. ................................................................................................................ 248
4.2.1. Les Médecins, Maîtres de la Mort ?..................................................................... 248
4.2.2. «Le Jeune Homme, la Mort et le Temps» ............................................................ 252


Chapitre 5......................................................................................................... 267
Clinique de la Maltraitance : Soignants et Patients..................................... 267
5.1. Les Arcanes du Temple Hospitalier......................................................................................... 269
5.2. Consentir à Mourir afin d’Exister !.......................................................................................... 279
5.3. Le Prix de la Soumission ......................................................................................................... 285
5.4. Les Silences Entendus.............................................................................................................. 293
5.5. Les Voix Mortifères : La Maltraitance en Transfert ................................................................ 313
5.6. Principe d’Incertitude ou Malentendu Passionnel ?................................................................. 320
5Chapitre 6......................................................................................................... 329
L’Envers de la Mort Hospitalière : Les Clones et les Fivettes.................... 329
6.1. L’Avant-Scène : Libérez les Mœurs !...................................................................................... 329
6.2. Se Préserver de l’Inattendu : De l’Avortement à la Contraception.......................................... 330
6.3. Lutter contre la Stérilité : La Procréation Médicalement Assistée........................................... 347
6.4. La Fabrique des Anges : L’Inceste Socialisé !......................................................................... 361
6.5. L’Autre Scène : Souviens-toi du Futur !.................................................................................. 368
6.6. Le théâtre des hostilités : Essai dystopique de psychanalyse appliquée .................................. 372
6.7. Au-delà de la Fiction Érotique : La Pornographie du Réel Scientifique 388
Epilogue .......................................................................................................................................... 392


Conclusion........................................................................................................ 393
L’hôpital entre Passé et Futur : Une anthropologie psychanalytique ....... 393


INDEX DES AUTEURS ................................................................................. 408



6Chapitre 1

De l’Aube de la Civilisation Occidentale Au Crépuscule des Idoles

Préambule


«L’Acheteur – Qu’est-ce que l’éternité ?
Héraclite – Un enfant qui s’amuse…»
1Lucien de Samosate


Faire des recherches sur le passé de notre civilisation ressemble beaucoup à l’exploration des
caves d’une ruine dans lesquelles on aurait entassé pèle mêle des manuscrits, des images, des
fragments de mythes, de fictions et de comptes-rendus… La tâche du chercheur n’est pas
aisée car les imprécisions sont nombreuses. Il pense avoir trouvé le secret de l’énigme,
pourtant un détail majeur lui échappe encore. Et lorsqu’il pense l’avoir découvert, ce même
détail remet en question ses hypothèses de départ, et sinon la véracité, au moins l’exactitude
des données qu’il avait collectées jusqu’alors. Aussi faire l’histoire de l’hôpital est-elle une
tâche ardue. Il ne s’agissait pas pour nous de faire l’historique de tel ou tel lieu car ces études
existent à foison et n’embrassent pas la question de l’évolution institutionnelle et culturelle de
l’institution hospitalière. Nous aurions également pu refaire une histoire de la médecine. Mais
alors, la question hospitalière aurait été reléguée au second plan. Notre question de départ
était ; comment l’histoire de l’hôpital peut-elle nous éclairer sur le fonctionnement actuel des
hôpitaux en Occident ? Y aurait-il dans cette histoire de l’hôpital - qui est également celle des
hôpitaux qui existèrent au cours des deux derniers millénaires en Europe - quelques leçons à
retenir, des indications philosophiques, politiques, sociales, médicales quant à la direction et
la gestion actuelle de cette institution ? C’est ce que nous tenterons de mettre en lumière avec
rigueur, même si parfois, pour des raisons essentiellement épistémologiques nous
n’évoquerons pas en profondeur certaines arborescences. Faire un travail d’historien, n’est-ce
pas d’abord bien cerner son objet, quitte à laisser à d’autres, le soin d’étudier ce qu’il aurait
volontairement, consciemment ou à son insu omis de parler. Comme souvent, il nous faudra
plonger au cœur de la mythologie avant de passer à l’histoire des faits. L’histoire des choses

1 Philosophes à vendre, Le Livre de Poche, les Classiques D’Aujourd’hui, Paris, 1996, p. 45.
7est l’histoire des hommes. Et l’histoire des hommes est souvent l’histoire de comment ils ont
pensé, symbolisé, métaphorisé et articulé sous la forme d’un logos leur relation avec le
monde, d’abord objet extériorisé, puis partie intégrante du discours de chacun. Ainsi dans
chaque culture découvre-t-on des évidences. Elles exposent les grandes lignes de la pensée
d’une civilisation et érigent les frontières qui la séparent des autres cultures. Symboliser, c’est
séparer pour réunir. A ce titre faire de l’histoire est bien une tentative de symboliser ce qui fut
oublié par les tenants d’une culture de référence. Alors plongeons-nous dans les caves de
l’oubli, explorons les arcanes d’une histoire de l’Occident relue par un chercheur pétri
d’épistémologie psychanalytique. Notre but ne sera pas de faire ou de refaire l’histoire, mais
de relater une histoire dont l’objet entre en résonance avec d’autres histoires parfois très
lointaines. Au cours de notre démarche nous rencontrerons de nombreuses évidences, que
nous tenterons pourtant d’interroger. Il n’y a rien de moins certain qu’une évidence. En
découvrir les mystères sera en partie notre objectif. Nous ferons ainsi l’effort de redonner au
manifeste son contenu latent tout en restant à l’intérieur des frontières académiques et
classiques. Ainsi comme l’écrivit Galien :

«Nous tous, les êtres humains, nous avons connaissance
par la perception d’une partie de ce qui se manifeste et
par l’intellection nous avons celle de l’autre partie.
Aucune démonstration n’intervient, ni dans un cas ni
dans l’autre. Mais c’est par la démonstration que nous
découvrons ce que n’est saisi ni par les sens ni par
2l’intellection.»

2 «Intuition Logique», I, [1], in Traités philosophiques et logiques (165 AD), Garnier Flammarion, Paris, 1998,
p. 237.
81. L’Hôpital : Une autre histoire de la modernité en évolution

«Quoi qu’on fasse pour orner et dérober la difficulté, la
question religieuse est au cœur de l’institution
occidentale et de son texte traditionnel, d’une manière
aussi réelle qu’en Mélanésie ou chez les Bambaras.»
3Pierre Legendre


L’histoire de l’hôpital se confond avec celle des médecins et de la médecine en général, mais
aussi et surtout avec l’évolution des sociétés. Depuis la nuit des temps, il a existé des lieux de
soins, cependant, ce dont on se souvient moins, c’est que l’évolution de ces lieux de soins se
fit en parallèle des évolutions techniques, religieuses et sociales de leur temps. C’est ainsi que
rejoignant l’étymologie, nous pouvons réaffirmer que modernité et médecine vont de pair. A
ce titre, nous pourrions même dire que les us et coutumes médicales sont l’indice patent de la
modernité à une époque donnée. Nous commencerons notre voyage dans les montagnes de la
Grèce antique, puis nous nous déplacerons d’Est en Ouest, autour du bassin méditerranéen
avant de revenir en Europe, à Rome. Puis de Rome, nous remonterons plus au Nord, en
France, au Royaume Uni et en Allemagne. Traversant les époques et les lieux, nous ne
cesserons de faire des allées et des retours entre ces pays avant de traverser La Manche vers
l’Ecosse. Enfin, nous reviendrons en France au cœur des Lumières.

1.1. La Période Antique

1.1.1. Du Temple à la maison de consultation


“Every healing act is a mystery“
4Guenter B. Risse


L’histoire de la Grèce antique se confond avec celle des temples d’Esculape. Cette
congruence événementielle engagea avec force la société grecque vers une culture de temples.
eCe mouvement débuta au IX siècle avant Jésus Christ et se poursuivit jusqu’à la destruction

3 L’amour du censeur, Seuil, Paris, 1974, p. 64.
4 Mending bodies saving souls, Oxford University Press, New York, 1999, p. 57.
9des temples et leur transformation en lieu de culte chrétien. La fin des Temples coïncide avec
l’avènement de la chrétienté comme religion officielle sur tout le territoire auparavant occupé
par l’empire gréco-romain. Neuf cents ans avant la naissance du Christ, la médecine se
5pratiquait presque exclusivement au sein de temples destinés au médecin divinisé, Esculape .

Esculape est l'équivalent romain du grec Asclépios auquel les temples furent dédiés. Selon les
légendes, il était soit un humain doté de pouvoirs de guérisseur, soit un demi-dieu, fils
6d'Apollon (Phœbus dans la version d’Ovide) et de Coronis , fille unique de Phlégias, roi des
Lapithes. Le mythe raconte que Coronis était une prophétesse, c’est-à-dire une femme de
paroles, une femme dont les paroles pouvaient dire l’avenir, mais aussi les choses cachées.
L’histoire de Coronis et de son fils Asclépios est d’autant plus intéressante qu’elle touche
directement à la question de la parole donnée, du silence et de la trahison de cette parole. A
travers l’évocation d’une histoire d’amour à trois, nous touchons, dès l’origine, à ce qui fera
ede la médecine et ce jusqu’au XVIII siècle une épistémologie de la parole et de
l’interprétation : un logos qui relisait tantôt les paroles comme signes divins tantôt les
maladies comme signes d’une parole Autre ou faillite d’une parole propre.
Culturellement parlant, il semble que le nom de Coronis soit intimement lié à la corneille ou
corbeau, qui, à l’époque étaient considérés comme des oiseaux oraculaires. Le mythe raconte
que Coronis devint la maîtresse d’Apollon qui s’en était épris. Cependant, elle était également
amoureuse d’Ischis l’Arcadien. Alors qu’elle était enceinte d’Apollon, Coronis n’hésita
pourtant pas à inviter Ischis dans son lit. Mais, elle ignorait qu’Apollon la faisait surveiller par
le biais d’un corbeau. L’adultère accompli, l’oiseau aux ailes blanches s’empressa d’en faire
part à son maître. Mais ce dernier était déjà au courant. Car Apollon possédait lui aussi des
dons de divination.
Or ce détail mythologique curieux questionne le lecteur sur l’utilité d’utiliser un animal à
petite cervelle pour accomplir une tâche redondante par rapport aux pouvoirs ou aux qualités
supposées de son maître. Comme si, malgré ses dons de divination, Apollon avait tout de
même besoin d’un autre témoignage, d’une réaffirmation qui donnerait à ses visions leur
caractère de vérité. Evidemment, à l’arrivée du corbeau, Apollon le maudit pour ne pas s’être
7tout de suite jeté sur l’amant de son aimé et le punir de son forfait en lui crevant les yeux . Là
encore, Apollon se défile, laissant sa colère et sa hargne se déchaîner non pas sur les amants,

5 Esculape du grec Asclépios signifie «l’infiniment bon».
6 Coronis, semble-t-il serait un dérivé du grec Coronos, signifiant corbeau ou corneille.
7 Pourtant Apollon institua le corbeau et/ou la corneille (les versions diffèrent et ne permettent pas de départager
les deux oiseaux) comme symboles de la divination.
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