Amin MAALOUF Le dérèglement du monde (Grasset 2009) *

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Espaces Dialogues • La Maison des Associations • 1a, place des Orphelins 67000 STRASBOURG • 1 Amin MAALOUF Le dérèglement du monde (Grasset 2009) — 1er trim. 2008 p 1/7 Amin MAALOUF Le dérèglement du monde (Grasset 2009) Nous sommes entrés dans le nouveau siècle sans boussole. I - Les victoires trompeuses. II - Les légitimités égarées III - Les certitudes imaginaires Epilogue - Une trop longue préhistoire Un certain nombre de constats tissent la trame du livre : - le poids de la puissance américaine.
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Publié le : mercredi 28 mars 2012
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Source : espacesdialogues.org
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Nous sommes entrés dans le nouveau siècle sans boussole.
I -Les victoires trompeuses.
II -Les légitimités égarées III -Les certitudes imaginaires Epilogue -Une trop longue préhistoire
Un certain nombre de constats tissent la trame du livre :
- le poids de la puissance américaine. - le poids des évolutions dans les pays musulmans - le rôle dévastateur des religions (communautarisme)
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Amin MAALOUF Le dérèglement du monde (Grasset 2009)
- le basculement du monde après l’écroulement de la puissance soviétique.
- le poids de la Guerre froide plus que celui de la dernière guerre mondiale, presque absente.
I Les victoires trompeuses.
1ère victoire :La chute du mur de Berlin :elle apparaît comme la fin de la confrontation entre l’Occident et l’Union soviétique, la démocratie allait se répandre, la circulation des hommes, des marchandises et des idées allait se développer.(p.17) Il y eut quelques avancées, mais plus le temps passait, plus les sociétés se trouvaient déboussolées. Contrairement aux espérances la rationalité et la laïcité ont reculé au profit des appartenances héréditaires et de la religion.(p.22/23/24)
 Pour comprendre, il faut rappeler que pendant des décennies, les éléments potentiellement modernistes et laïques du monde arabo-musulman ont combattu l’Occident - en s’appuyant sur l’Union Soviétique. Et l’Occident s’est battu contre eux, quelquefois avec l’appui des mouvements islamistes de sorte que,au sortir de la Guerre froide, les islamistes étaient au nombre des vainqueurs.(p.27)
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2e victoire :La victoire américaine en Irak :Les Etats-Unis sont intervenus en Irak au mépris de l’opinion comme des institutions internationales pour faire main-basse sur ses ressources pétrolières. Mais, victorieux, ils ont dissous trop vite et de façon arbitraire l’armée irakienne et l’appareil d’Etat ; ils ont installé le communautarisme au cœur des institutions par un système de représentation politique basé sur l’appartenance religieuse ou ethnique ; ils ont déchaîné une violence sans précédent dans l’histoire de ce pays (p.30/31)
 Le communautarisme est la négation de l’idée de citoyenneté, il met en place un système de quotas qui partage durablement la nation en tribus rivales(p.58).
Amin MAALOUF Le dérèglement du monde (Grasset 2009) — 1er trim. 2008 p 1/7 Espaces Dialogues• La Maison des Associations • 1a, place des Orphelins 67000 STRASBOURG • espaces.dialogues@free.fr
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3e victoire :Le réveil économique de la Chine puis de l’Inde :Ces deux révolutions tranquilles sont en train de modifier durablement les équilibres du monde (p.38), et apparaîtront sans doute comme une des conséquences spectaculaires de la déconfiture du socialisme bureaucratique (p.40). Mais ce développement accroîtra la pression sur les ressources naturelles ; chaque puissance voudra préserver sa part, par la supériorité militaire si la supériorité économique ou l’autorité morale n’y suffisent plus (p. 44/45/46).
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4e victoire :La construction de l’Europe :Espagne, Portugal, Grèce, Europea eu des effets quasi miraculeux en Irlande, centrale et orientale. Mais l’Occident n’a pas su étendre sa prospérité au-delà de ses frontières culturelles. Ses réussites n’ont jamais pu traverser la Méditerranée où se dresse à présent un haut mur invisible mais réel et dangereux. L’Occident a professé des valeurs - égalité devant la loi, liberté de parole et d’association - sans jamais les appliquer dans les territoires qu’il a conquis (p.53 à 56). Il en a ainsi détourné les élites (p.62).  Ce constat pose la question des rapports entre l’Occident et ses anciennes colonies.
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5e victoire.L’évolution accélérée des connaissances :leur adaptationle développement des sciences, technologique civile ou militaire, les progrès dans la production et la diffusion des richesses. Mais l’évolution des mentalités et des comportements n’a pas suivi. Erratique et dans l’ensemble inadéquate, elle n’a pas permis de faire face aux gigantesques défis du monde d’aujourd’hui : l’environnement, la diversité humaine, la rapidité de l’information, les réponses aux crises économiques, le rôle de l’Etat (pp.77 à 82). Le XXIe siècle a commencé dans un environnement mental différent de tout ce que l’humanité avait connu. (pp.89/.90) L’informatique et le téléphone portable ont aboli les distances et établi entre les hommes des liens instantanés. Une nouvelle notion est apparue :“l’instantanéité”une minorité s’intéresse à cette diversité. Seule des choix (p.92/93) ; la majorité ne veut connaître que ses compatriotes ou ses coreligionnaires.
 Les avancées technologiques et la désintégration de l’Union soviétique ont fait émerger un monde où les clivages identitaires ont pris le pas sur les clivages idéologiques.
II Les légitimités égarées
La légitimité est ce qui permet aux peuples et aux individus d’accepter, sans contrainte excessive, l’autorité d’une institution, personnifiée par des hommes et considérée comme porteuse de valeurs partagées(p.107).Aucune n’est immuable. Il arrive un moment où elle n’opère plus. C’est alors qu’un pouvoir remplace l’autre, et qu’une légitimité neuve se substitue à celle qui s’est déconsidérée.
 Pour toute société humaine, l’absence de légitimité est une forme d’apesanteur qui dérègle tous les comportements et peut dériver vers la violence meurtrière, la tyrannie et le chaos.A l’ère de la globalisation, l’effritement de la légitimité dans le monde arabe* a des conséquences sur toute la planète (p.188). Or, c’est de là que sont issus les hommes qui commettent les pires actes de violence (p.108/109).
* Ces Etats ont les gouvernements qui ne sont ni les gagnants d’un scrutin honnête, ni les héritiers d’une dynastie respectée, ni les continuateurs d’une révolution réussie, ni les artisans d’un miracle économique. Et qui se trouvent, directement ou indirectement,sous la tutelle des Etats-Unisqui n’ont pas plus de légitimité.
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1ère légitimité :la religion :mais une considérationelle n’est pas un but en soi, En politique, parmi d’autres ; la légitimité n’est pas accordée au plus croyant, mais à celui dont le combat rejoint le combat du peuple (p114).
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2e légitimité :la légitimité “patriotique” ou “combattante” :auxGaulle ou Kemal Atatürk. Est légitime Ex. de yeux des musulmans celui qui dirige le combat contre leurs ennemis (p.111/112/113). Contre-exemple, la légitimité déniée : le shah d’Iran. A cause du pétrole, pour garder le pouvoir, la dynastie s’allie aux Britanniques puis aux Américains, c’est-à-dire à ceux que le peuple iranien percevait comme les ennemis de sa prospérité et de sa dignité (p.116).
 - Nasser et la légitimité panarabe :crise de Suez marque la fin de l’ère coloniale. La France et1956, la l’Angleterre prennent une gifle dévastatrice. Nasser devient l’idole des foules arabes. Pendant onze ans les peuples arabes ont cru en lui et eurent l’impression d’avoir été un temps acteurs de leur propre histoire.(pp.140/141) Le vieux rêve de l’unité arabe semblait en voie de se réaliser. Puis il y eut la guerre des Six-Jours. Le 5 juin 1967 l’aviation israélienne anéantit l’aviation égyptienne et l’armée de terre battit en retraite. Cette défaite fait naître une interrogation obsédante chez tous les musulmans : comment une telle débâcle a-t-elle pu se produire ? Elle leur ôte leur estime de soi (pp.168/169).
 - Les deux défaites de Saddam Hussein :marquèrent la fin du nationalisme panarabe qui avait dominé la scène moyen-orientale depuis près d’un siècle (pp.177/178). Les pays musulmans se tournèrent vers d’autres légitimités.
 - Le marxisme.Après 1967 le marxisme apparaissait, avec l’exemple du Vietnam, comme une pensée révolutionnaire “cohérente”, celle “des peuples qui gagnent”.Mais ce ne fut qu’une étape transitoire entre l’ère des nationalistes et l’ère des islamistes.Le communisme s’est déconsidéré par les purges staliniennes et par les méthodes de gouvernement utilisées dans les deux seuls pays musulmans à avoir eu des gouvernements explicitement marxistes-léninistes, le Sud-Yémen de 1969 à 1990, et l’Afghanistan de 1978 à 1992 (règlements de compte à la mitraillette en pleine réunion du bureau politique)(pp. 179/180).
 Ceux qui avaient toujours dit que l’idée même d’une nation arabe était une “innovation “importée d’Occident, et que la seule nation digne d’être appelée ainsi était celle de l’Islam redeviennent crédibles.L’écroulement du camp soviétique laisse le champ libre aux mouvements islamistes. Mais ceux-ci ne deviennent pas des partis de gouvernement : le dilemme des légitimités égarées n’est pas résolu (p.186).
3e légitimité :celle des Etats-Unis :
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 a) En politique extérieure,pourdémocratie, justice les Etats-Unis piétinent leurs propres principes - libertés, tous.Au sortir de la Guerre froide, les Etats-Unis sont une superpuissance. Du fait de cette puissance, les citoyens américains, c’est-à-dire 5% de la population mondiale, ont, par leurs votes, le pouvoir de déterminer l’avenir de l’humanité entière c’est-à-dire des 95% restants. Or, ils proclament des principes - libertés, démocratie, justice pour tous - que les Etats-Unis vont piétiner :
 - En Indonésie : le plus peuplé des pays musulmans a l’Islam le plus tolérant du monde.(p.181/182) Pour empêcher la nationalisation des mines et le rapprochement de Djakarta avec Moscou et Pékin, les Etats-Unis organisent le massacre des élites.Communistes et nationalistes sont raflés et exécutés - on parle de 600 000 morts entre octobre 1965 et l’été 1966. Le général Suharto établit pendant plus de 20 ans une dictature corrompue.C’en est fini de la tolérance religieuse.
 - En Iran, le Docteur Mossadegh veut mettre les ressources du pays au service du peuple ; les services américains et britanniques le chassent du pouvoir en 1953 par un coup d’Etat. (p.183).  Cette “légitimité égarée” de l’Occident, des Etats-Unis en l’occurrence, débouchera un quart de siècle plus tard sur la révolution fondatrice de l’islam politique contemporain.
 b) L’économie de marché.les Etats-Unis sont aussi devenus l’unique modèleDevenus l’unique superpuissance, économique. Or, tout pouvoir a besoin d’un contre-pouvoir.Privée de limites, l’économie de marché a dégénéré. Son rapport à l’argent et à la manière de le gagner est devenu obscène. Il n’y a pas de honte à s’enrichir.Mais que l’argent soit complètement
Amin MAALOUF Le dérèglement du monde (Grasset 2009) — 1er trim. 2008 p 3/7 Espaces Dialogues• La Maison des Associations • 1a, place des Orphelins 67000 STRASBOURG • espaces.dialogues@free.fr
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déconnecté de toute production, de tout effort physique ou intellectuel, de toute activité socialement utile ?Que nos places boursières se transforment en gigantesques casinos où le sort de centaines de millions de personnes, riches ou pauvres, se décide sur un coup de dés ? Que les économies de toute une vie de labeur puissent être anéanties, ou alors multipliées par trente, en quelques secondes, et selon des procédés ésotériques auxquels les banquiers eux-mêmes ne comprennent plus rien ? Comment dans ce cadre maintenir un tissu social qui protégerait ces choses essentielles et fragiles : la liberté, la démocratie, le bonheur, le progrès, en un mot la civilisation ?(pp.195/ 196).
C’est là une perturbation grave, dont les implications dépassent de loin l’univers de la finance ou de l’économie.
 c) Dysfonctionnement de la démocratie.L’absence de contre-pouvoir viole une règle élémentaire de la démocratie américaine : aucune instance ne peut exercer ses prérogatives sans avoir en face d’elle une autre instance pour lui servir de garde-fou. Les suffrages des citoyens américains, qui représentent 5% de la population mondiale sont devenus plus déterminants pour l’avenir de l’humanité entière que ceux des 95% qui restent, il y a dans la gestion politique de la planète un dysfonctionnement.
Le modèle américain a perdu sa légitimité (p.192).
III Les certitudes imaginaires
 Il est impropre de parler de “pertes de repères”, ou de “perte de sens” à propos de la crise morale de notre temps. Il ne s’agit pas de “retrouver”, mais d’inventer (p.199/ p.201).les dérivesen deux ou trois générations, L’humanité vient d’expérimenter, contradictoires du communisme, du capitalisme, de l’athéisme, de la religion. Devons-nous nous résigner à ces oscillations ?
1ère certitude :La culture : Aujourd’hui, le rôle de la culture est de fournir à nos contemporains les outils intellectuels et moraux qui leur permettront de survivre.La considérer comme un domaine parmi d’autres, ou comme un moyen d’agrémenter la vie pour une certaine catégorie de personnes, c’est se tromper de siècle :
 - Comment allons-nous meubler ces dizaines d’années dont la médecine nous fait cadeau ? Nous sommes guettés par l’ennui, par la frénésie consommatrice. Si nous ne voulons pas épuiser les ressources de la planète, il faut trouver d’autres sources de satisfaction. La connaissance est un univers incommensurable, nous pourrions y puiser sans retenue, sans épuiser la planète.(p.204)  - Pour gérer la diversité humaine nous avons besoin de connaître “les autres” ce qui ne peut se faire qu’à travers leurs cultures. Sans perdre de vue que nous-mêmes nous sommes aussi “les autres” pour tous les autres (p.206).  Mais il existe d’autres points de vue sur la culture. Populisme et élitisme se rejoignent dans le mépris du “peuple” :  - Les populistes ricanent et font de l’inculture un gage d’authenticité.
 - Pour les élites, la culture doit rester l’apanage d’une minorité seule capable d’en comprendre les arcanes - et de BIEN voter. Les “autres”, aux capacités limitées, doivent se contenter de caddies bien remplis, de quelques slogans simplistes, et d’amusements faciles pour rester tranquilles, et même reconnaissants.
 Il y a dans ce mépris un danger pour la démocratie (p.207).Un citoyen a besoin de bien connaître le monde qui l’entoure. S’accommoder de l’ignorance, c’est renier la démocratie, c’est la réduire à un simulacre(p.208).
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2e certitude :la religion :Une des grandes leçons du XXe siècle, c’est que les idéologies passent et que les religions demeurent (p.217). Les religions offrent un ancrage identitaire durable ; elles accompagnent les humains du berceau à la tombe et traversent les siècles.«La détresse religieuse est à la fois l’expression d’une vraie détresse et une protestation contre cette Amin MAALOUF Le dérèglement du monde (Grasset 2009) — 1er trim. 2008 p 4/7 Espaces Dialogues• La Maison des Associations • 1a, place des Orphelins 67000 STRASBOURG • espaces.dialogues@free.fr
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détresse. La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur, l’âme d’un monde sans âme. Elle est l’opium du peuple »Marx (p.211).
 D’autres solidarités - la classe, la nation - ont semblé prévaloir. Mais la religion a jusqu’ici eu le dernier mot (p.215./216). C’est particulièrement vrai en pays d’Islam où religion et politique sont indissociables, liées par les textes sacrés donc immuables. On s’installe ainsi dans l’idée que “l’affrontement” ne s’arrêtera jamais et que nous sommes en présence de deux humanités distinctes (p.220).
 Ce qui a assuré la pérennité des papes et a manqué aux califes, c’est une Eglise et un clergé. La papauté n’était pas seulement un contre-pouvoir ; gardienne de l’orthodoxie, elle a contribué à la stabilité intellectuelle des sociétés catholiques. L’autorité ecclésiastique centralisatrice peut être mal supportée, mais elle garantit le caractère irréversible des progrès entérinés par la hiérarchie. Pour l’Islam, l’homme est en tête-à-tête avec son créateur (p.226). Dans le monde musulman les conceptions les plus radicales se propagent régulièrement parmi les fidèles sans que les dignitaires religieux puissent s’y opposer (p232). Qu’il s’agisse des sciences, de l’économie, de la politique, ou des comportements sociaux, ce qu’une fatwa bienveillante a autorisé hier, une fatwa grincheuse peut l’interdire demain.En l’absence d’une autorité suprême, aucune avancée n’est “validée” une fois pour toutes, et aucune opinion émise au cours des siècles n’est définitivement marquée comme obsolète. Où sont les certitudes ?
 Les religions et les doctrines pèsent sur les peuples mais les peuples pèsent aussi sur elles ; les textes fondateurs, sacrés ou profanes, se prêtent aux lectures les plus contradictoires. (Ex. : Deng Xiaoping et l’interprétation de Marx) (p.234).
 La spécificité des religions, des ethnies, des cultures est une notion utile, mais équivoque :  - L’apartheid n’était-il pas fondé sur “le respect de la spécificité des Noirs”, “respect” qui est en fait une forme de mépris (pp.236/238).
 - “Enchaîner” les femmes et les hommes à leur communauté religieuse aggrave les problèmes au lieu de les résoudre. C’est pourtant ce que font de nombreux pays d’Europe en encourageant les immigrés à s’organiser sur une base religieuse (p.241).
 Si l’Occident ne parvient pas à les rallier aux valeurs qu’il proclame et à en faire ses intermédiaires avec le reste du monde, ils deviendront son plus grave problème.Aucune approche n’a jusqu’ici été satisfaisante : ni le “modèle républicain”, ni le pragmatisme britannique (p.244/246).
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3e certitude :Le passé :Pour que le passé devienne passé, il ne suffit pas que le temps passe (p.250). Pour qu’une société puisse tracer une frontière entre son aujourd’hui et son hier, il faut qu’elle ait de ce coté-ci de l’hypothétique frontière de quoi asseoir sa dignité, son respect d’elle-même. On s’agrippe au passé parce qu’il représente, pour l’identité bafouée, une planche de salut, un refuge (p.254). Les nations d’Occident ne sont pas contraintes de chercher dans les siècles lointains des raisons d’être fières (p.251).
 A l’ opposé, les peuples dont le présent n’est fait que d’échecs, d’humiliations, cherchent dans leur passé des raisons de croire en eux-mêmes. Les Arabes se sentent exilés dans le monde d’aujourd’hui, étrangers partout, dans leurs propres pays à peine moins que dans la diaspora.Tous les peuples d’Orient ont connu au cours des derniers siècles, des sentiments comparables.Tous se sont demandé : comment intégrer le monde moderne sans perdre notre dignité ? que devrions-nous préserver de notre passé, et que devrions-nous rejeter ?(p.252)
 La religion est pour les Arabes l’ultime territoire où survit leur estime de soi. La manière dont elle est vécue reflète l’impasse historique où ils se trouvent ; qu’ils en sortent, et ils retrouveront les versets qui conviennent à la démocratie, à la modernité, à la laïcité, à la coexistence, à la primauté du savoir ; leur relation à la lettre des textes se fera moins figée. Le problème ne réside pas dans les textes sacrés, la solution non plus (p.255).
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 Le conflit au Proche-Orient, plaie ouverte qui commence à gangrener l’ensemble de la planète, menace de remettre en cause tous les acquis de notre civilisation, etcontribue au dérèglement du monde(p.257).
 - On passe à coté de l’essentiel chaque fois que l’on omet de voir ”l’émigré” derrière “l’immigré” (p.260). Ils ont des liens avec deux univers à la fois, et ils ont vocation à être des courroies de transmission, des interfaces, dans les deux sens.Tout cela leur donne une influence potentielle dont ne dispose aucune autre population d’Occident ni d’Orient (p.258/259). Deux attitudes existent :
 - en France : tout être humain peut devenir français, il faut l’aider à le devenir. Cette idée à valeur universelle n’est pas toujours appliquée avec honnêteté.  - en Grande-Bretagne : l’immigré peut garder sa culture, ses coutumes et il bénéficiera de la protection de la loi ; mais il demeurera extérieur à la nation qui l’accueille.  Aucune de ces pratiques ne paraît convenir à notre époque.L’immigré a besoin de pouvoir appartenir à deux culturesC’est parce qu’elle est délaissée et que sa culture est déconsidérée,. Il a besoin de s’identifier par sa langue. qu’un immigré affiche les signes de sa croyance.Les autoritéspas en compte cette soif de reconnaissancene prennent culturelle. Elles seméfient du pluralisme linguistique plus que du communautarisme religieux pourtant facteur de fanatisme.
 Une des conséquences les plus néfastes de la mondialisation, c’est qu’elle a mondialisé le communautarisme. Cette évolution inquiétante s’explique me semble-t-il, par l’effet combiné de ces bouleversements majeurs que sont :  - la faillite des idéologies - qui a favorisé la montée des affirmations identitaires et de ceux qui les prônaient ;  - la révolution informatique - qui a permis de tisser des liens immédiats par delà toutes les frontières  - la rupture de l’équilibre des blocs - qui a posé la question du pouvoir et de sa légitimité au niveau planétaire.  Depuis que les identités ont pris le pas sur les idéologies, les sociétés humaines réagissent souvent aux évènements politiques en fonction de leurs appartenances religieuses (p.262 à 268).
Epilogue Une trop longue préhistoire
 La turbulence d’après la Guerre froide est peut-être fondatrice, elle secouera nos consciences et nos intelligences pour que nous sortions d’une trop longue Préhistoire.
 Saura-t-on faire vivre ensemble toutes ces populations différentes par la religion, la couleur, la langue, l’histoire, les traditions ? Ce débat sur la coexistence nous accompagnera tout au long de ce siècle, et pour les siècles à venir. Réconcilier, réunir, pacifier, sont des gestes de civilisation qui s’acquièrent (p.293/ 295).
 La cassure entre l’Occident et le monde arabo-musulman n’a cessé de s’aggraver. Telle population est-elle regardée avec suspicion parce qu’elle pose des bombes, ou bien pose-t-elle des bombes parce qu’elle est regardée avec suspicion ? Si ces dérèglements de tous ordres devaient se poursuivre, le monde connaîtrait un effritement de la démocratie, de l’état de droit et de toutes les normes sociales (p.298).
 Je suis persuadé que ce qui nous arrive, avant que d’être la conséquence de nos échecs et de nos manquements, est d’abord celle de nos succès, de nos accomplissements, de nos ambitions légitimes, de notre liberté tout aussi légitime, et de l’incomparable génie de notre espèce. Je demeure fasciné par l’aventure humaine. Nous sommes les enfants de Prométhée.
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 Si égarement il y a, ce n’est pas par rapport au chemin tracé par nos pères, c’est par rapport à un chemin que nous-mêmes devrions tracer pour nos enfants, un chemin qu’aucune génération avant la nôtre n’avait eu la possibilité d’entrevoir (p.300/301).
 Ce n’est pas la fin de l’Histoire mais probablement le crépuscule d’une certaine Histoire, et aussi - j’ose l’espérer - l’aube d’une autre Histoire. Ce qui a fait son temps, c’est l’Histoire tribale de l’humanité, c’est la Préhistoire des hommes (p.303). Je vois quatre bonnes raisons d’espérer :
 - le progrès scientifique s’accélère - bien que la science soit moralement neutre, au service de la sagesse des hommes comme de leur folie ;  - le sous-développement n’est pas une fatalité ;  - l’expérience de l’Europe qui a réussi à laisser derrière soi les haines accumulées ;  - l’élection symbolique de Barack OBAMA. Plus que jamais le monde a besoin de l’Amérique, mais d’une Amérique réconciliée avec lui comme avec elle-même ;
 La tâche à accomplir est titanesque : il s’agit de concevoir une toute autre vision de la politique, de l’économie, du travail, de la consommation, de la science, de la technologie, du progrès, de l’identité, de la culture, de la religion, de l’Histoire. Nous avons le devoir d’inventer une nouvelle conception du monde (p. 307/314).
Liliane AMOUDRUZ Fiche de lecture pour Espaces Dialogues 13 10 2009
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