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1 Fiche de lecture de YOSHIDA Nao La technique et la science comme idéologie , de Jürgen Habermas, traduit par Jean-René Ladmiral, Gallimard, Paris, 1973 Quand on analyse les répercussions de la technique et de la science sur la société, il serait important de tenir compte du fait qu'elles ont contribué non seulement à l'élévation du niveau de vie, mais aussi à l'émancipation des individus des coutumes ancestrales ou de la morale religieuse.
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Publié le : mercredi 28 mars 2012
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Fiche de lecture de YOSHIDA Nao
La technique et la science comme idéologie, de Jürgen Habermas,
traduit par JeanRené Ladmiral, Gallimard, Paris, 1973
Quand on analyse les répercussions de la technique et de la science sur la société, il
serait important de tenir compte du fait qu’elles ont contribué non seulement à
l’élévation du niveau de vie, mais aussi à l’émancipation des individus des coutumes
ancestrales ou de la morale religieuse. Avec le concept de « rationalisation », Max Weber
décrivit les deux processus de modernisation qui se développent
parallèlement :
l’extension des domaines de la société qui sont soumis aux critères de décision
rationnelle et l’industrialisation du travail social. Quelque soixante ans plus tôt, Marx
avait lui aussi considéré le progrès des forces productives comme un moteur de
changement des rapports de production. En favorisant l’industrialisation du travail et la
rationalisation du cadre institutionnel, la technique et la science ont certainement libéré
le peuple des contraintes de la nature aussi bien que des oppressions culturelles.
Toutefois, disposant d’une technique et d’une science beaucoup plus avancées qu’à
l’époque de Weber et Marx, l’homme estil plus émancipé aujourd'hui ? La vie de
l’individu est minée par le travail aliéné, par la pression qui résulte de la concurrence
entre les performances réalisées et par la culture de consommation qui imprègne même
les loisirs en éliminant la satisfaction esthétique. On ne peut pas attribuer la cause de ce
genre de répression simplement à l’exploitation exercée par les groupes privilégiés ; un
accroissement des forces productives ne représente pas non plus pour nous l’espoir d’en
être libérés. Cette situation donne naissance à l’illusion funeste de la posthistoire.
Malgré le développement technicoscientifique, pourquoi sembletil que l’oppression
pèse même de plus en plus lourd sur la vie ?
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Dans ce livre, Habermas dénonce une idéologie implicite qui légitime cette oppression.
Il s’agit de la thèse de la technocratie qui soutient que la société doit se conformer à la
dynamique du progrès autonome de la science et de la technique. En présentant une
analyse de cette nouvelle idéologie, il cherche à se frayer un chemin vers la solution d’un
problème crucial : comment la relation existant entre le progrès technique et le monde
vécu social peutelle être prise comme objet de réflexion et placée sous le contrôle d’une
discussion rationnelle ?
L’auteur prend pour point de départ la thèse de Marcuse : le concept de raison
technique est luimême idéologie. La « rationalité », qui a soustendu la modernisation et
se rattache essentiellement aux critères de la science naturelle, vise par nature à la
manipulation technique. Dans cet esprit, la rationalisation des conditions d’existence
consiste donc d’un côté à rendre la vie plus confortable et de l’autre à la régir
efficacement. La finalité de la domination s’exerçant sur la nature et sur l’homme n’est
pas imposée de l’extérieur à la rationalité technique, mais appartient déjà à sa forme
même. Marcuse en conclut que pour briser le lien fatal entre la rationalité et la
domination, il faut changer la structure de la science ellemême. Les nouvelles science et
technique aboutiraient à une attitude différente visàvis de la nature : au lieu de traiter
celleci comme unobjetil est possible de disposer techniquement, on l’y dont
rencontrerait comme unpartenaireune interaction possible. En revanche, dans
Habermas reste sceptique sur cette idée. Car la technique évolue au fur et à mesure que
les fonctions de l’organisme humain sont renforcées et remplacées par des instruments et
des machines ; s’il y a un tel lien immanent entre notre technique et l’organisation de la
nature humaine, il n’est pas possible de renoncer à la technique existante au profit d’une
autre qui en serait qualitativement différente. L’idée d’une nouvelle science ne résiste pas
non plus à une analyse conséquente, dès lors qu’il s’agit de sciences capables de produire
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des techniques.
 Ainsi Habermas avancetil une autre thèse selon laquelle on doit distinguer deux
concepts de rationalité, à savoir l’une, instrumentale ou stratégique, et l’autre,
communicative, et par suite, se garder de substituer la première à la seconde. La
rationalité instrumentale et stratégique, provenant dutravail, se forme dans une activité
instrumentale ou des choix entre des stratégies par rapport à une fin. La rationalité
communicative, procédant del’interactionentre les individus, s’incarne dans des normes
sociales que les sociétés civilisées constituent en « cadre institutionnel ». Il y a
certainement une étroite relation entre ces deux rationalités. Hegel a décrit cette relation
dans les Leçons d’Iéna ; lesinteractionsréciproques deviennent juridiquement reconnues
lorsque l’échange du produit dutravailest institutionnalisé sous la forme du contrat, en
conséquence de quoi le résultat du travail est lui aussi confirmé à nouveau. Cependant,
dans les analyses de la modernisation, la plupart de philosophes, y compris Max Weber et
Marx, ont supposé implicitement que le cadre institutionnel est rationalisé, de façon pour
ainsi dire passive, selon le modèle de la rationalité instrumentale et stratégique. Bien que
cette supposition soit raisonnable à certaines phases du développement social, elle ne
peut plus expliquer la situation actuelle où règne une nouvelle oppression.
 Pour étendre l’analyse jusqu’à la société capitaliste avancée, Habermas propose de
reformuler le concept wébérien de « rationalisation » en distinguant la rationalisation
du système de travail et celle du cadre institutionnel. Nous commencerons par examiner
son analyse modifiée de l’histoire.
 Letravail et l’interaction, qui constituent la vie depuis la période initiale de l’espèce
humaine, deviennent relativement indépendants l’un de l’autre dans des sociétés
traditionnelles où des États centralisés établissent la domination. La première catégorie
se forme en système de travail social qui se développe en accumulant du savoir
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technique, et la dernière en cadre institutionnel qui est légitimé par certaines
interprétations mythiques ou religieuses du monde. Mais le cadre institutionnel y est
prééminent au système de production, c’estàdire que la rationalité qui s’accumule dans
le travail n’atteint jamais une extension telle qu’elle devienne un danger manifeste pour
l’autorité. Au seuil de l’époque moderne, la forme de légitimation du cadre institutionnel
se trouve pour la première fois examinée à l’aune de la rationalité instrumentale et
stratégique. Depuis que la physique moderne de Galilée et de ses héritiers met en
question les anciennes interprétations du monde, l’autorité devient obligée de donner à
la domination une explication rationnelle, telle que la théorie du contrat social. Et puis, la
prééminence du cadre institutionnel est finalement bousculée dans la société capitaliste.
Le pouvoir politique est désormais légitimé par la logique du système de production qui
lui dicte seulement de promettre la justice de l’équivalence dans les relations d’échange.
La société capitaliste se transforme à nouveau durant la première moitié du XXe siècle,
par suite de la double évolution tendancielle qui commence à la fin de XIXe siècle dans
les pays les plus avancés du capitalisme. D’abord, le capitalisme abandonné révèle ses
dysfonctionnements tels que la division des classes ou les crises économiques ; pour les
compenser, l’activité interventionniste de l’État s’accroît. Depuis, l’État reprend un rôle
actif dans la société, audelà de la fonction secondaire de garantie de l’échange équitable.
Néanmoins, cette fois son objectif n’est que de maintenir la stabilité et la croissance du
système économique, ainsi son action estelle bornée à des tâches techniques, à savoir à
l’élimination des dysfonctionnements et des risques susceptibles de mettre le système en
danger. Alors que la politique se déterminait, dans la société traditionnelle et même
encore dans la société bourgeoise, à partir des interprétations de la « vie bonne », telles
que la morale ou l’idée de la liberté, elle évacue désormais les problèmes d’ordre
pratique et ne vise qu’à répondre aux besoins fonctionnels de la société. En concomitance
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avec cette intervention croissante de l’État, une seconde tendance se manifeste à savoir
l’intégration progressive de la science et la technique dans le système de production.
Avec l’apparition de la recherche
industrielle au service de la production des
marchandises, la science et la technique deviennent une source de valeur indépendante
et principale, en remplacement de la simple force de travail. La croissance économique
dépend pratiquement du progrès de la science et de la technique.
 Ces deux tendances, la politique répondant à des besoins du système économique et le
système économique dépendant du progrès scientifique et technique, favorisent de
concert l’illusion que la politique doit se conformer aux contraintes objectives posées par
la logique du progrès scientifique et technique. De là découle la légitimation de la
technocratie : puisque le progrès de la science et de la technique est indispensable au
développement social, il vaut mieux que la politique soit conduite par des technocrates
qui sont capables, avec des connaissances spécialisées, de l’ajuster aux besoins de la
science et de la technique, plutôt que par la volonté politique démocratiquement formée.
 La « conscience technocratique » est un nouveau type d’idéologie qui pénètre aussi
dans la conscience de la masse de la population. Dans cette perspective, les problèmes
du cadre institutionnel, lequel relève des pratiques liées à la communication, sont
confondus avec ceux à résoudre par la technique. La société paraît être organisée, sans
égard pour la volonté du peuple, sous l’effet d’un mouvement automatique du système :
l’intérêt anonyme de la société entière exige le progrès scientifique et technique, tandis
que les nouvelles technologies créent ellesmêmes de nouveaux intérêts. Cependant, en
fait, l’intérêt ne devient jamais autonome par rapport aux sujets vivants ; sous
l’apparence de la répartition compensatrice dont la justice semble assurée par l’État et du
mouvement automatique de la science et de la technique, les intérêts particuliers, ancrés
dans une structure latente de privilèges, persistent encore. L’orientation du progrès
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scientifique et technique dépend aussi dans une large mesure des investissements en
recherche, qui traduisent ces intérêts incontrôlés. La nouvelle idéologie maquille ces
intérêts en nécessité immanente de la société. Elle empêche qu’ils soient comme tels
l’objet d’une réflexion démocratique et confrontés à la conception que la société se fait
d’ellemême. Pour protester contre la nouvelle répression qu’entraîne la domination du
monde vécu par la rationalité technique incontrôlée, nous devons placer les relations
entre le progrès technique et le monde vécu social sous la réflexion basée sur la
rationalité communicative. Le problème n’est pas de savoir si nous exploitons à fond un
potentiel techniquement disponible, mais si nous choisissons celui qui est conforme à nos
objectifs, tels que la paix et la satisfaction dans l’existence. Il nous est possible de cultiver
la volonté politique sous l’angle des visions de la société souhaitable, de composer le
cadre institutionnel en suivant cette volonté et de juger dans quelle direction et dans
quelle mesure nous désirons développer notre savoir technique dans l’avenir. Un tel
processus de « rationalisation sur le plan du cadre institutionnel » ne peut s’accomplir
que par une communication publique sans entraves et exempte de domination ; sa
conclusion ne peut pas être anticipée par la rationalité scientifique ou technique, quelle
qu’elle soit. Il nous faut aujourd’hui distinguer les deux concepts de rationalisation et
ajuster par une discussion rationnelle l’élargissement de la rationalité scientifique aux
dimensions du monde vécu.
Après avoir analysé la nouvelle idéologie, Habermas discute ensuite de mesures
concrètes pour la surmonter sous deux aspects : la communication réciproque entre
science et politique, et la réforme nécessaire de la conception que les sciences se font
d’ellesmêmes.
Premièrement, il aborde le problème de la relation entre science et politique : comment
la politique devraitelle faire face aux sciences qui tentent même de déterminer les
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stratégies politiques en vue du développement stable du système ? Le modèle
décisionniste wébérien exige une distinction stricte entre les fonctions des spécialistes
possédant une formation technique et celles des politiques manifestant une volonté de
fer dans les prises de décision les plus difficiles. Mais dans ce modèle, d’un côté la
rationalité instrumentale et stratégique reste incontrôlée, et de l’autre la décision
politique demeure dispensée des discussions ; partant, on ne peut toujours pas y espérer
la réalisation d’un développement social conforme à la conception de la « vie bonne ».
Ainsi Habermas présentetil à nouveau un modèle pragmatique en citant en exemple la
relation existant entre le gouvernement fédéral américain et des instituts de conseil
scientifique. Il s’agit d’un modèle de communication réciproque entre l’expert spécialisé
et le politique. Les politiques commandent des études aux savants en fonction des
besoins de la pratique, tandis que les derniers conseillent les premiers en se basant sur
l’analyse. Et puis, les besoins sociaux qui ont déterminé l’orientation des recherches au
début doivent être à leur tour examinés à la lumière de la réalisation technique et être
reformulés. Les questions de la pratique et les informations scientifiques s’y traduisent
mutuellement et se discutent scientifiquement ; leurs résultats retournent en dernière
instance au sein de l’opinion publique. Ce n’est qu’en assumant cette dialectique avec
conscience politique que nous pourrions reprendre en main l’intérêt social qui reste
encore implicite de nos jours.
 Or, si l’on souhaite une telle communication entre science et politique, il est aussi
nécessaire de modifier la conception objectiviste que les sciences ont d’ellesmêmes.
Aussi longtemps que la science naturelle et la science de l’esprit se considèrent comme
des théories pures soustraites à l’influence des intérêts, elles permettent inconsciemment
l’élargissement sans limites de la rationalité instrumentale et stratégique et aussi la
réification de la relation d’interaction humaine. Dès lors que ces sciences réfléchissent sur
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leur propre méthodologie, elles trouveront qu’en leur propre sein, il y a un intérêt qui
commande la connaissance. Les sciences empiricoanalytiques procèdent d’un intérêt de
connaissance qui pousse à disposer techniquement de processus objectivés, les sciences
historicoherméneutiques
d’un
intérêt
pour
le
maintien
et
l’extension
de
l’intersubjectivité d’une compréhension entre individus. Quant aux sciences d’orientation
critique, y compris la philosophie, qui incitent les sciences à une telle réflexion sur
ellesmêmes, elles ne peuvent pas non plus revendiquer le nom de théories pures et
« désintéressées » ; elles ne prennent leurs sens qu’en reconnaissant au fond de
soimême un intérêt de connaissance émancipatoire qui vise à s’affranchir de la
dépendance à l’égard de puissances hypostasiées. Si les sciences peuvent surmonter
l’intérêt inné, ce n’est pas en le démentant, mais en en faisant l’introspection.
 Plus de quarante ans après la publication de ce livre, la crainte de l’auteur se réalise
malheureusement dans une large mesure et ses propositions de solution semblent
abandonnées. Les gens se trouvent de plus en plus soumis à la société de consommation
au fur et à mesure que le progrès technique s’accélère et se sentent désemparés face à la
montée de la nouvelle oppression. La protestation des étudiants et des lycéens n’est pas
arrivée à saper les fondements de la légitimation du capitalisme avancé comme
Habermas l’espérait. Loin de là, après la chute du régime socialiste, le capitalisme
technocratique sans rival affermit sa domination. Mais d’un autre côté, la rationalité
scientifique et technique révèle ses limites dans la mesure où les problèmes de
l’environnement ou ceux de la biotechnologie menacent l’être humain luimême. La
réflexion sur euxmêmes des sciences et du monde vécu social est d’autant plus
nécessaire de nos jours.
En ce qui concerne la réflexion scientifique, la situation paraît avoir beaucoup changé
pendant ce temps. Dans le champ de la science naturelle en particulier, les philosophes
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des sciences, tels que T.Kuhn, D.Bloor ou B.Latour, ont révélé l’écart entre la conception
1 objectiviste qu’elle se fait d’ellemême et l’activité scientifique . Toutefois, en réalité, la
science et la technique dominent toujours le monde vécu, sans être limitées. Alors qu’un
grand nombre de recherches s’attachent à révéler le caractère idéologique des sciences
qui se prétendent neutres par rapport aux jugements de valeur, les questions restent à
approfondir : en admettant que la science naturelle soit ellemême idéologique,
pourquoi donc disposetelle d’un énorme potentiel technique, et pourquoi tendelle à la
fois à rendre notre vie confortable et à l’opprimer ?
 Cependant, pour critiquer ce remplacement de la réflexion des sciences par une sorte
de divulgation de l’idéologie scientiste, Habermas lui aussi laisse planer une ambiguïté.
Dans ce livre, il met au jour l’effet idéologique qu’exerce la rationalité scientifique et
technique dans la société et souligne la nécessité de la réflexion des sciences sur
ellesmêmes. Il écrit : « Dans la mesure où la science doit d’abord conquérir l’objectivité
de ses énoncés contre la pression et la séduction des intérêts particuliers, elle se
dissimule d’un autre côté les intérêts fondamentaux auxquels elle doit non seulement les
2 impulsions qui l’animent mais les conditions mêmes de toute objectivité possible. » Par
suite, les intérêts qui commandent la connaissance y sont élucidés. Néanmoins, lors
même qu’on peut mettre en évidence les « intérêts fondamentaux » à travers l’analyse
historique des sciences, comment peuton distinguer ceuxci, qui pourraient changer
euxmêmes dans l’histoire, des « intérêts particuliers » au coeur de l’activité scientifique
en constante évolution ? Habermas pourrait répondre à cela : par le fait que les logiques
propres des sciences et la base de compréhension mutuelle des communautés de
chercheurs servent à éliminer les intérêts particuliers et à conserver les fondamentaux. 1 Cf. Thomas S.Kuhn,La structure des révolutions scientifiques, trad. L.Meyer, Paris, Flammarion, 20082 J.Habermas,La technique et la science comme idéologie,trad. JeanRené Ladmiral, Gallimard, Paris, 1973, P.151152 9
Certes, il semble évident qu’il y a une différence entre les niveaux pratique et scientifique.
Mais l’auteur introduit ce concept d’intérêt justement pour démontrer le lien entre
pratique et science, de sorte qu’il lui est exigé d’éclaircir leurs différences. Dans ce livre et
3 dans un autre livre «Connaissance et intérêt » qui est consacré au même sujet, il
semble s’en tenir à l’argument formaliste qui fait appel en fin de compte au consensus
des chercheurs sur ce point. Bien qu’il ait de bonnes raisons pour cela, peutil
suffisamment se défendre par là contre la menace de l’irrationalisme et du relativisme
qui prétendent que les sciences conduites par les intérêts particuliers doivent être
également admises, car toutes les sciences ont leurs intérêts ? Il affirme dans son livre
récent que, face à la biotechnologie qui est susceptible de menacer l’espèce humaine, la
philosophie est obligée de manifester son opinion sur l’orientation souhaitable des
4 sciences audelà de la discussion formaliste . Mais on n’en a pas seulement besoin dans
les cas les plus extrêmes. L’idée de la science au profit de l’humanité atelle le droit
d’intervenir au coeur de l’activité scientifique et de contrôler les intérêts qui la
conduisent ? C’est un nouvel enjeu auquel est confrontée la philosophie des Lumières
aujourd’hui.
3 J. Habermas,Connaissance et Intérêt, trad. Gérard Clémençon, Paris, Gallimard, 1976, 4 J.Habermas,Die Zukunft der menschlichen NaturFrankfurt, 2001, Suhrkamp Verlag,
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Références bibliographiques Habermas J.,La technique et la science comme idéologie, trad. JeanRené Ladmiral, Gallimard, Paris Habermas J., Connaissance et Intérêt, trad. Gérard Clémençon, Paris, Gallimard, 1976, Habermas J.,Die Zukunft der menschlichen NaturFrankfurt, 2001, Suhrkamp Verlag, Kuhn T.S.,La structure des révolutions scientifiques, trad. L.Meyer, Paris, Flammarion, 2008
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