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GEOPOLITIQUE CRITIQUE La géopolitique critique: quelques fiches de lecture en relations internationales: La géopolitique critique tente de redécouvrir les complexités de la globalité de la vie politique et, parallèlement, d'exposer les relations de pouvoir qui caractérisent le savoir concernant la géopolitique dans la géopolitique orthodoxe. Elle déconstruit la vision « autocentrée » par laquelle la géopolitique orthodoxe lit la carte politique du monde en y projetant ses propres représentations culturelles et politiques. lundi 7 janvier 2008 : Quelques fiches de lecture en relations internationales: Badie, Fukuyama, Tassin Bertrand BADIE, Un monde sans souveraineté –Les États entre ruse et responsabilité (Fayard, Paris, 1999) Bertrand Badie est
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Publié le : mercredi 28 mars 2012
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GEOPOLITIQUE CRITIQUE La géopolitique critique:quelques fiches de lecture en relations internationales: La géopolitique critique tente de redécouvrir les complexités de la globalité de la vie politique et, parallèlement, d'exposer les relations de pouvoir qui caractérisent le savoir concernant la géopolitique dans la géopolitique orthodoxe. Elle déconstruit la vision « autocentrée » par laquelle la géopolitique orthodoxe lit la carte politique du monde en y projetant ses propres représentations culturelles et politiques. lundi 7 janvier 2008 : Quelques fiches de lecture en relations internationales: Badie, Fukuyama, Tassin Bertrand BADIE, Un monde sans souveraineté –Les États entre ruse et responsabilité (Fayard, Paris, 1999) Bertrand Badie est professeur agrégé de Sciences Politiques et enseigne à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Il a entre autre publié Culture Politique (1983), Le développement politique (1984), Les Deux États (1987), L’État Importé (1992) et La fin des territoires (1995). Un monde sans souveraineté est paru en janvier 1999 dans la collection « L’espace du politique » dirigée par Pierre Birnbaum. Contrairement à ce qu’on a l’habitude de penser, la souveraineté étatique n’est qu’un concept contingent dans les relations internationales. Bertrand Badie remet en question le paradigme classique d’une forte souveraineté, définie comme puissance absolue et perpétuelle d’une autorité politique sur un territoire. D’un point de vue constructiviste, la souveraineté est donc plutôt une fiction qui promet l’égalité entre les États plus ou moins forts. Malgré des structures internationales on observe une déréglementation de la politique par des nouveaux acteurs non étatiques et transnationaux qui remettent en cause la souveraineté. Mais celleci demeure dans certains discours une valeur mobilisatrice. En outre, la souveraineté doit faire face à la concurrence de l’économie et des mouvements identitaires. Se substitue à la souveraineté le principe de responsabilité, voire obligation morale envers tous les autres. Mais la frontière entre souveraineté et responsabilité est difficile à marquer. Badie cherche à démontrer que, par l’interdépendance croissante, les États deviendront moins cyniques. I. L’histoire d’une fiction a.Une invention complexe L’auteur estime que la souveraineté est une construction sociale et humaine. Elle s’est fondée dès la fin du Moyen Age quand l’ordre politique s’est construit face à l’intérieur et à l’extérieur. On peut suivre l’évolution de la notion de souveraineté en opposant Bodin et Hobbes à Grotius et Locke. Bodin à l’idée d’une souveraineté forte, même sacralisée. L’État souverain n’est contraint par aucune autorité. Grotius par contre a le pressentiment que mènerait un système d’États trop souverains mènerait à la guerre. Il préfère une conception où la souveraineté est pensée par rapport à l’homme, fin de tout ordre politique. Hobbes voit les relations internationales comme une confrontation perpétuelle entre les États souverains, l’ingérence n’est pas tolérable. Locke au contraire rappelle que la souveraineté n’est pas un objectif en soi, mais instrument du peuple. À travers l’histoire, Bertrand Badie montre le caractère fictif de la souveraineté. La logique impériale, n’est en effet pas conciliable avec le concept de souveraineté, car un empire se construit à partir de la vassalité. L’auteur observe comment un empire s’établit en rivalité avec d’autres autorités qu’elle ne reconnaît pas. Pourtant, « la souveraineté n’existe que dans la reconnaissance par l’autre et la réciprocité ». Plus tard, l’invention de l’État donne naissance à la fiction souverainiste. Cependant, la souveraineté ne peut guère assurer une nature transcendante puisqu’elle est un instrument stratégique du pouvoir. En plus, déjà au Haut Moyen Age s’ajoutent au concept de souveraineté des questions de responsabilité comme celle de définir une norme pour contenir la souveraineté des États.
b.Des usages ambigus Dans ce chapitre, Badie montre les différentes conceptions de la souveraineté. Les nombreuses guerres de succession au XVIIe et XVIIIe siècles font preuves de la banalisation de l’ingérence sous la souveraineté dynastique. Pourtant, l’essor de l’idéal démocratique dès la Révolution Française marque des changements profonds du droit international. La souveraineté appartient ainsi à la nation. Les deux visions de la souveraineté (monarchique ou nationale) s’affrontent. Mais la Grande Bretagne commence à promouvoir le principe de noningérence dans les affaires internes sous Canning et Palmerston à partir de 1823. Au XIXe siècle, l’ambiguïté de la souveraineté est préservée pour donner un sens aux spécificités nationales. De même le système bismarckien tente protéger le statu quo, laissant de coté le droit des peuples et des nationalités. Mais la Grande Guerre montre, que ce souverainisme froid est à l’origine d’insécurité. Ainsi, Wodrow Wilson tente d’instaurer une association d’États dans laquelle la souveraineté devient un bien commun. Le droit des peuples à disposer d’euxmêmes est le synonyme de la souveraineté. Identiquement, dans le monde bipolaire de la Guerre froide la souveraineté est affirmée. Les deux blocs se voulaient universelles, seul la puissance de l’autre empêche l’ingérence. La décolonialisation s’articule avec une vision de souveraineté différente. Elle suppose le droit de chacun au développement, mais estce possible d’aider sans intervenir ? Le nonalignement est donc resté plutôt fictif, l’aide devient de plus en plus conditionnelle. c.Un concept incertain L’Histoire a forgé un concept multiple de la souveraineté qui –malgré son affirmation fréquente est violée habituellement. En plus, les États doivent aujourd’hui prendre en compte des obligations internationales qui nuisent à la souveraineté. La question est à savoir si « la souveraineté est […] limitée ou autolimitée » (p.88) et si on admet qu’elle s’accommode des données nouvelles liées à la mondialisation. Bertrand Badie se demande si –sous l’influence des changements actuels– la souveraineté va évoluer dans un sens nouveau ou reprendre une des formes anciennes. Les processus intégratifs, constituentils un nouvel abandon ou une relance de la souveraineté ? La recomposition de l’espace – comme les espaces économiques d’intégration du Corée du Sud– montre que la souveraineté perd une partie de son âme. Mais la souveraineté n’est pas une fin en soi, elle doit accomplir des fonctions spécifiques. Ce raisonnement pourrait être à l’origine d’une souveraineté raisonnable élargie aux domaines globaux. II. La souveraineté mise au défi d.Les souverainetés déchues Même si la communauté internationale a beaucoup insisté sur la souveraineté, une partie des pays en était privés. Le concert des nations donne aux États les plus forts le droit de décider de la souveraineté de l’autre. «Un État est souverain aux yeux des Grands s’il reproduit en petit la prétention qui fonde l’identité de ceuxci». Dès la chute du Mur, on assiste à un essor de l’idée d’« État effondré » : l’implosion des structures d’autorité et le légitimité anéantissant ainsi l’autorité politique. Un État effondré rend légitime l’intervention de la communauté internationale. Pourtant, la faillite d’un État est décidée par les plus puissants, les déposants du veto du Conseil de Sécurité d’où procurent des inégalités profondes en fonction des intérêts des puissants. On constate de même, que les États (exemple: l’Albanie) peuvent prendre l’initiative d’une internationalisation de leurs fonctions régaliennes pour le maintien d’ordre. À cet égard, il faut mentionner la tendance de privatisation des fonctions étatiques dans des pays comme le Mozambique, où les dérives mafieuses sont probables. Les accords avec le FMI, donc la solution extraétatique des problèmes de développement privent aussi les Etats de leur souveraineté.
Un autre changement, remettant en cause le contrat social, est celui des mouvements identitaires qui sont en soi contradictoires avec le principe de souveraineté. La logique identitaire est si belligène et si irréconciliable, que la politique de ghettoïsation semble d’être le seul moyen de pacification. La souveraineté est abolie par une défragmentation infinie du territoire. Des réfugiés ne peuvent pas s’intégrer en dehors de leur territoire « naturel». L’effet destructeur de la vague identitaire exige une réinvention du politique tenant compte des souverainetés trompées et abolies. e.Les communautés de responsabilité La souveraineté est dépassée par des nouveaux enjeux communs surtout l’écologie mondiale, le développement et la mondialisation. Ces enjeux exigent un traitement global des responsabilités. Des nouvelles communautés émergent mettant à l’écart des hiérarchies de l’État. Le local est devenu un acteur global, les villes créent des pouvoirs nouveaux avec leur rôle transnational. La vague des régionalismes dès 1945 défie aussi l’Étatnation. Jadis un moyen pour assurer la paix, les néo régionalismes d’aujourd’hui établissent des États commerçants. Ces régionalismes sont la recette pour s’adapter à la mondialisation, parce qu’ils sont des intermédiaires entre le national et le mondial. On assiste à l’émergence d’interdépendances entre des acteurs nombreux et multiples qui sont à l’origine de la perte étatique du monopole en relations internationales. La multiplication des communautés de responsabilité s’apparente avec les conventions entre États, promues par les institutions spécialisées des Nations Unies et les prises de consciences internationales causées par les ONG. La vie sociale internationale qui se manifeste est soutenue par les grandes conférences spécialisées. Trois fondements juridiques de la réduction de la souveraineté sont envisageables : la référence aux droits de l’Homme, l’éradication d’un partenariat permettant de partager les responsabilités et le droit de contraindre un État à enrichir sa législation. Toutefois ces conceptions sont largement occidentales et quelquefois considérées comme paternelles. III. Entre responsabilité et puissance f.Les délices de la responsabilité Les États participent à un jeu qui n’est que partiellement contraignante pour les inciter à réinventer la responsabilité au gré des délices qu’elle leur procure. D’une façon réaliste, Badie montre les effets pervers que peut avoir l’usage de la responsabilité. « La marge entre la responsabilité et le paternalisme devient mince ». Le cas précédents comme la crise haïtienne et la Guerre du Golfe ayant pour fin surtout le leadership américain rendent le scepticisme des pays en voie de développement concernant les règles pour la protection de l’environnement compréhensible. On retrouve aussi des souverainetés sectorielles qui peuvent reposer sur des références culturelles, comme l’intervention russe ou iranienne dans les Balkans. La démultiplication des intérêts et la diversification des acteurs sur la scène internationale interdépendante nécessité une approche multilatérale toute en réservant aux États le rôle médiateur fondamental. g.Les droits de l’homme entre ruse et raison S’engager en faveur des droits de l’homme est la responsabilité « la plus stimulante ». La souveraineté est en recul concernant les crimes contre l’humanité. Mais Bertrand Badie rappelle aussi comment cette cause peut légitimer des interventions d’intérêt (presque) purement national. Les États travaillent dans l’environnement des droits de l’Homme, travail quotidien des ONG. Cellesci revendiquent la création d’institutions nouvelles pour la promotion des droits de l’Homme. Le poste du Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’Homme et la création des tribunaux internationaux montrent l’achèvement de la responsabilité dans la communauté internationale. Mais certains États se retirent de leur engagement. Les autres états doivent les convaincre de dépasser leurs propres limites, au risque de compromettre leur identité.
h.Un monde déréglementé ? L’ordre et la cohérence du principe de souveraineté n’existent plus. La souveraineté est limitée et devenue inutile. L’État n’est plus libre mais est une transaction permanente avec d’autres acteurs. L’individu se trouve entre trois appels différents : l’appel citoyen, l’appel transnational et l’appel identitaire liés à trois acteurs : les États, les acteurs transnationaux et les entrepreneurs identitaires. Si la puissance demeure, elle se diversifie aussi, en intégrant autres paramètres comme l’économie, la culture ou la démographie. Les États doivent s’adapter à ce nouveau monde, même s’ils « sont mal préparés par leur histoire, leur droit et leur pratique à ce concevoir comme des acteurs responsables ». Conclusion Dans le monde post bipolaire, les acteurs recherchent à la fois l’indépendance et la coopération. Des interactions multiples et infinies créent des microrégulations qui n’ont plus rien de souveraines. Cette mutation ne conduit ni à l’état de Nature ni à la Fin de l’Histoire, mais elle pourrait menacer les valeurs et se contenter des domaines techniques et utilitaires. Néanmoins, les discours souverains demeurent, soit pour protéger, soit pour protester, un instrument efficace des États. Mais les États découvrent de plus en plus les « avantages certains, d’une responsabilité mesurée, matinée de puissance et de ruse ». En faisant ainsi, les autres États sont forcés par le regard de l’autre, ce qui rendrait éventuellement possible la substitution de la souveraineté par la responsabilité. Commentaires Bertrand Badie avance une démonstration intéressante sur cette fiction de souveraineté qui nous semble tellement naturelle. Il aborde le sujet d’une façon très performante. Néanmoins, l’auteur exagère quelquefois le nombre et la longueur de ses exemples, qu’on risque à perdre le fil de son argumentation. Cependant, celleci permet une réflexion sur des sujets d’intérêt accru. Quel avenir peut avoir la souveraineté étatique face à la mondialisation ? Estce le multilatéralisme un abandon des principes régaliens ? Pourtant, il faut mentionner quelques objections aux arguments de l’auteur. L’interdépendance, estelle vraiment réciproque ou s’agitil d’une dépendance des uns envers les autres ? Estce que la responsabilité devient vraiment une nouvelle valeur, ou bien les intérêts nationaux l’emportentils encore? A mon avis, Bertrand Badie surestime non seulement la responsabilité mais aussi la performance de la société internationale et de l’opinion publique qui n’est certes pas négligeable, mais reste –elle aussi– très sélective. En outre, l’auteur ne s’interroge pas sur la question de la légitimation démocratique des acteurs transnationaux. Les ONG, et pas seulement celles à caractère économiques, sont nonreprésentatives, et en plus pas forcement démocratique. La question n’est donc pas celle de l’avenir de la souveraineté face à la mondialisation mais celle de l’avenir de la démocratie dans ce monde déréglementé. La fin de l’histoire de Francis Fukuyama. En 1989, Francis Fukuyama publia sa fameuse étude, intitulée «La fin de l'Histoire et le dernier Homme» (1), qui gagna très vite une réputation mondiale. On se rappellera qu’à l’époque où Fukuyama écrivait ce texte, l’URSS existait encore comme «Etat géant», avant les événements décisifs que l’on connaît. Fukuyama a entrepris l’effort de penser le processus historique que l’on appelle à partir de 1985 glasnost, puis plus tard perestroïka, et de le situer dans le cadre de l’histoire universelle. La notion d’«histoire universelle» nécessite d’être clarifiée. Il faut ainsi opérer une distinction nette entre histoire et philosophie de l’histoire, mais aussi entre philosophie de l’histoire au sens traditionnel et «histoire universelle» (universal history dans le monde anglophone). La différence entre ces deux «philosophies de l’histoire» est considérable. Une «vraie» philosophie de l’histoire est appelée à reconstituer le processus intégral de l’évolution humaine du point de vue de la philosophie. De manière bien différente, la tâche fondamentale de
l’histoire universelle ne consiste pas à représenter intégralement la totalité du processus historique, mais elle doit exprimer ce processus sous la forme d’un concept unique, susceptible de l'éclaircir complètement. Pour illustrer cette différence, Hegel, dans ses «Conférences sur la philosophie de l’Histoire», parle en tant qu’«élaborateur» de la philosophie de l’histoire au sens classique. Simultanément, son concept de la lutte pour la reconnaissance entre maître et esclave –que l’on retrouve dans la «Phénoménologie de l’Esprit», en particulier– représente l’une des conceptionsclés de l’histoire universelle des temps modernes dans un contexte européen. C’est la preuve que les deux types de philosophie de l’histoire peuvent être articulés par un même auteur. Par ailleurs, le point de vue le plus répandu sur la définition de l’histoire est précisément qu’elle se réalise au travers de la relation abondamment interprétée entre maître et esclave (par la lutte des classes, par exemple), et que la fin de cette lutte éternelle signifierait la fin de l’histoire. La question qu'il faut se poser ici est de savoir si l’importance globale de la perestroïka de Gorbatchev et le processus qui en a découlé furent vraiment essentiels du point de vue de l’histoire universelle. Étant donné que plusieurs réponses sont possibles à cette question, on laissera la réponse définitive aux générations à venir. On se contentera donc de souligner que, pour juger de l’«essentialité» de ce processus historique du point de vue de l’histoire universelle, il faut pouvoir dire s‘il a été capable de mettre fin à la division du monde en deux, qui fut le facteur le plus décisif de l’histoire universelle après 1945, et qui a engendré une guerre «latente» et «omniprésente»: la guerre dite froide. Une division en deux qui recula au fur et à mesure des différentes étapes de «la détente». En effet, la guerre froide suscita la confrontation de deux parties du monde. Une confrontation de deux systèmes politiques complétée par une confrontation d’idéologies et de visions du monde. Dans ce monde divisé en deux, on voyait en réalité deux mondes distincts. Lorsqu’on réussissait à traverser les frontières, ce passage était considéré comme un crime majeur, et on a prohibé les contacts entre les deux mondes. L’image de l’ennemi est devenue une réalité quotidienne, et l'identité propre de chacun fut exclusivement définie sous la forme de ce lien concret et achevé de l’ennemi et de l’ami. L’idéologie soviéticomarxiste concevait le monde occidental comme monde principalement réglé par la relation entre maître et esclave, et elle faisait de même pour tous les triomphes du libéralisme. Fukuyama estime que le refus de cette relation est à interpréter comme un symptôme crucial à l’aune de l’histoire universelle. De son côté, «le monde occidental» se définissait à l’inverse sous la forme d’une société qui dépasse (métaphoriquement) la relation entre maître et esclave, et qui constitue ainsi également (toujours d’une manière métaphorique) une «fin de l’Histoire». Pourtant, de la confrontation entre ces deux hémisphères (se considérant chacun comme fin de l’Histoire) résulte une unité qui ne représente pas encore la fin de l’Histoire. Quel fut donc l’impact de la fin de la division en deux, réalisée par Gorbatchev? Tout comme de la scission en deux résulta «l'infrastructure» de la globalisation, par le même mouvement fut produite la forme concrète de globalisation qui est effectivement celle de notre époque. Le monde divisé en deux apparaît ainsi comme un facteur créatif dans l’histoire de la mondialisation. C’est la raison pour laquelle la fin de la division en deux se révèle aussi comme un fait décisif. Et, de ce point de vue, "la fin de la division en deux" a bien représenté "la fin de l’Histoire". Globalisation ou mondialisation par Etienne Tassin Maître de conférences en philosophie à l’université de Paris IXDauphine. Dernier ouvrage paru : Le Trésor perdu. Hannah Arendt, l’intelligence de l’action politique, Paris, Payot, 1999. Cf. "Globalisation économique et mondialisation politique" in Drôle d’époque, n°7, automne 2000, Nancy, pp. 159172. La globalisation désigne un processus économique qui étend le principe libéral d’une économie de marché à l’ensemble de la planète. Sous la loi du profit et de la consommation, elle tend, diton, à rassembler la totalité des populations, des cultures, des sociétés, en un monde. Le français nomme ce processus «mondialisation», laissant croire que l’économie procède à l’instauration d’un monde commun. Or qu’advientil du monde dans ce processus? 1.L’oikonomia, l’administration de la maisonnée, ramène la totalité du territoire auquel elle s’applique à une même et unique gestion domestique, celle de l’oikos, le foyer. L’économie d’abord domestique est devenue une économie globale en étendant à la surface totale du globe le mode d’organisation du foyer. La globalisation est une domestication au sens d’un apprivoisement et d’une exploitation liés à une privatisation. Procédant à l’élimination systématique des offices publics qui garantissent d’autres activités que la production/consommation — activités éthique ou politique qui, chacune à sa manière, vise l’institution
d’un lien humain plutôt que la consommation d’un bien ou la gestion d’un échange —, elle entraîne avec elle la disparition du monde commun. Car le monde n’est pas un monde ni un monde commun du seul fait d’une administration commune du système des besoins (productions, échanges, consommations), encore moins du seul fait d’un comportement consommatoire identique. Un espace public est politique en ce qu’il n’est pas économique. Le politique commence par l’établissement d’un rapport avec celui qui est hors du foyer, avec l’étranger qui n’entre dans aucune compensation. Car ce n’est qu’avec lui que commence de se déployer un monde — au lieu d’une maison, futelle commune. 2.La loi du profit soumet le monde à la voracité du vivant, transformant tout ce qui le constitue en bien de consommation. Elle fait du monde l’objet d’une consommation et d’une jouissance par définition privées. En cela, elle correspond à cette condition humaine qu’est la vie (Arendt). Produire et consommer, c’est reproduire «une vie perpétuellement mourante». L’économie assure la victoire de la vie sur le monde. La vie ne saurait se déployer sans menacer notre appartenanceaumonde, condition de la culture qui œuvre à l’instauration d’un monde humain. Le processus vital de l’économie globalisée transforme le monde entier en biens consommables et ne laisse rien derrière lui sinon ses déchets. Il ne saurait constituer un monde. Tout au plus l’économie déploietelle un biotope, luimême dangereusement atteint dans ses composantes en raison du «caractère dévorant de la vie» (Arendt). Là où la vie (logique de l’économie) étend sa loi, le monde (œuvre de la culture, institué et garanti par l’action politique) est menacé de périr au nom de la vie ellemême. D’où une contradiction entre deux aspects de l’oikos — l’oikonomos et l’oikologos : la loi de la maisonnée (l’économie) s’élève contre la raison de l’habitation (l’écologie), au point de la détruire. Si le monde ne saurait perdurer selon la seule loi de l’économie, son destin n’est pas même suspendu à une simple écologie — futelle une «écologie politique», comme on dit une «économie politique». Il dépend d’une cosmopolitique, au sens strict, qui est une politique du monde et non une simple préservation éco logico économique de l’environnement. 3.Le monde est l’ensemble hétérogène des communautés culturelles au travers desquelles s’articule et se préserve la pluralité des formes symboliques humaines. Or, la pluralité est une donne constitutive du monde humain, la condition d’un agir politique des communautés humaines. Sans elle, il n’y aurait pas de monde ni de monde commun. D’où le paradoxe : sans la pluralité des mondes, il ne saurait y avoir de monde. La différenciation des communautés est constitutive du monde comme monde commun. Or, non seulement la globalisation économique récuse le monde comme habitation déliée de toute fonctionnalité et de toute rentabilité en le considérant comme un gigantesque gisement de ressources qu’elle transforme en biens de consommation, mais elle détruit, en ramenant toute production au seul foyer de l’oikonomia, la pluralité culturelle sans laquelle il ne saurait y avoir de monde. Elle obéit à une loi d’unification ou d’homogénéisation directement contradictoire avec la condition de pluralité qui soustend l’existence politique des hommes et des États. L’économie capitaliste est prise dans un processus de globalisation voué à l’échec. La course au profit ne saurait avoir d’autre issue que la destruction de ce qu’elle exploite. Loin d’être une mondialisation, la globalisation est, littéralement, «immonde». Inversement, toute politique digne de ce nom est cosmopolitique au sens où elle fait de la possibilité du monde l’horizon de toute action. Elle ne saurait le faire sans s’élever de toutes ses forces contre la globalisation.
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