L'enfant dans les romans scolaires

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Certains manuels de lecture courante utilisés à l'école primaire, publique ou privée, de la Troisième République, sont de véritables romans scolaires qui proposent un récit de fiction, voyage, histoire de vie, ou simple conversations, propre à éveiller le "plaisir de lire". Le plus souvent, la place du sujet héros est occupée par un enfant, fille ou garçon, auquel les jeunes lecteurs peuvent s'identifier tout en profitant des leçons morales toujours au coeur du propos.
Publié le : vendredi 15 avril 2016
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EAN13 : 9782140007149
Nombre de pages : 282
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De la fillette exemplaire au valeureux aventurier
un récit de fiction, voyage, histoire de vie, ou simples conversations. Le plus souvent, dans la mise en scène romanesque de ce type de
fille ou garçon, évoluant dans la banalité du cadre familial ou sur le chemin de l’aventure, à qui les jeunes lecteurs peuvent s’identifier.
auteurs est à la fois d’instruire et de plaire. Les ouvrages les plus anciens ont le souci encyclopédique de couvrir un large pan du savoir,
à l’économie domestique. Après les années 1920, ils s’attachent à la seule narration d’une histoire. L’enseignement de la morale est au cœur du propos. Dédiés à l’école privée ou à l’école publique,
dans le privé de bons chrétiens et dans public de bons citoyens. Mais
le respect d’autrui, le goût du travail et l’amour de la France.
d’E. Jauffret.
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Collection Manuels scolaires et sociétés
JacquelineFREYSSINET-DOMINJON
L’ENFANT DANS LES ROMANS SCOLAIRES
De la fillette exemplaire au valeureux aventurier 1869-1941
L’enfant dans les romans scolaires
Manuels scolaires et sociétés Collection dirigée par Michèle VERDELHAN-BOURGADE La collection est dédiée aux études sur les manuels scolaires, champ d’études riche et diversifié, porteur depuis longtemps de recherches réputées comme de débats publics souvent passionnés. Différents domaines scientifiques contribuent aux travaux sur les manuels : histoire, didactique, sciences du langage, sociologie, anthropologie, religion, genre, biologie… Toutes les disciplines scolaires sont concernées, car elles comportent toutes des manuels, vecteur d’enseignement le plus répandu. La collection accueille des études sur les manuels de différents pays, en et hors Europe, selon un éventail large d’approches. La publication est contrôlée par un comité scientifique international. Ouvrages parus GLEYSE Jacques. 2010.Le verbe et la chair. Un siècle de bréviaires de la République. Une archéologie du corps dans les manuels scolaires français de morale et d’hygiène (1880-1974). 270 p. GROULEZ Michel. 2011.Les Juifs dans les manuels scolaires en France. 266 p. MORAND Brigitte. 2011.Cinquante ans de guerre froide. Le conflit Est-Ouest raconté par les manuels scolaires français. 294 p. DENIMAL Amandine, DIABATE Arouna, VERDELHAN BOURGADE Michèle (coord.). 2011. Manuels et altérités dans l’espace méditerranéen. Enjeux institutionnels et linguistiques. 286 p. BOUTAN Pierre, MAURER Bruno, REMAOUN Hassan (coord.). 2012.La Méditerranée des Méditerranéens à travers leurs manuels scolaires.298 p.
Jacqueline FREYSSINET-DOMINJON
L’enfant dans les romans scolaires
De la fillette exemplaire au valeureux aventurier 1869-1941
Du même auteurLes Manuels d’histoire de l’école libre. 1882-1959. De la loi Ferry à la loi Debré, Armand Colin, 1969. Publique ou catholique ? Les deux écoles au regard de la formation des maîtres, Nathan, 1994. Méthodes de recherche en sciences sociales, Montchrestien, 1997.
L’Alcool en fête. Manières de boire de la nouvelle jeunesse étudiante, L’Harmattan, 2003,avec Anne-Catherine Wagner. L’Ecole face à l’alcool. Un siècle d’enseignement antialcoolique (1870-1970),de l’Université de Publication Saint Etienne, 2009, avec Didier Nourrisson.
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www. harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08912-6 EAN : 9782343089126
INTRODUCTION
 De 1870 à 1940, Francinet, André, Julien, Suzette, Elise, Peau-de-Pêche, Edgar… sont les personnages principaux de romans scolaires, manuels de lecture offrant un récit suivi, centré sur des enfants auxquels les écoliers et écolières de 1 l’école primaire peuvent s’identifier . Les livres sont construits comme les récits d’une enfance ou d’une vie, ponctuée d’évènements prosaïques ou remarquables. Le premier objectif de cet outil pédagogique est de former l’écolier à la lecture courante, étape intermédiaire entre le simple déchiffrage des textes et la lecture expressive. Par delà l’entrainement au bien lire, les romans scolaires remplissent d’autres fonctions d’ordre didactique et moral durant les trois quarts de siècle de la Troisième République.
 Héros de l’histoire et simples protagonistes, les enfants offrent une image réaliste ou mythique, dont l’étude présente un intérêt non seulement pédagogique mais également sociohistorique. Plusieurs questions se posent. Des dernières e e décennies du XIX siècle à l’orée du second XX siècle, dans le contexte politique, économique et social, d’une société qui se transforme en profondeur, les romans scolaires de l’enseignement primaire rendent-ils compte de cette évolution ? Quelle place les enfants occupent-ils dans le milieu familial ou scolaire ? Leur vie quotidienne et leur avenir se dessinent-ils différemment selon leur sexe ou leur classe sociale d’appartenance ? Quelles valeurs sont-elles offertes par les adultes, outre l’apprentissage de la lecture ? Les ouvrages
1  Si l’expression « roman scolaire » n’apparaît qu’en 1935, sur la couverture d’A l’ombre des ailes d’Ernest Pérochon, depuis les premières décennies du dix-neuvième siècle, de nombreux livres de lecture relèvent de ce genre littéraire. Voir « Le roman scolaire entre littérature et pédagogie »,Cahiers robinson,29, 2011,dirigé par Francis Marcoin et Guillemette Tison.
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dédiés à l’école privée brossent-ils une autre image de l’enfant et de la société que celle des ouvrages de l’école publique ? Lire à l’école  La lecture est en première position dans la liste des matières d’enseignement de l’école élémentaire. A partir des années 1882, au cours préparatoire, dix heures par semaine sont consacrées à son apprentissage. Au cours élémentaire il est encore de sept heures pour les garçons et de six heures et demi pour les filles. Curieuse différence qui est justifiée par la nécessité de “réserver pour les travaux manuels des filles, c’est 2 à dire pour la couture, une demi-heure de plus” . Le rédacteur des Instructions officielles de 1923 ajoute que, selon des témoins autorisés entendus par le Conseil supérieur de l’Instruction publique, les petites filles arrivent à lire avec aisance plus vite que les garçons et que cette réduction d’horaire n’aurait pas, pour elles, de graves inconvénients.
 Après ce temps d’apprentissage, l’élève aborde la “lecture courante”. Délivré du déchiffrage, il « s’entraîne à énoncer les mots d’un bloc, s’applique à les enchaîner entre eux, de façon à ‘tirer profit’ de ses lectures, en premier lieu pour apprendre ses 3 leçons et s’instruire » . Il ne lit donc pas couramment, au sens habituel du terme. Il s’y exerce pour atteindre, au cours supérieur, le stade de la “lecture expressive” où il comprend ce qu’il lit.
 Les auteurs de manuels de lecture courante ont le choix entre deux modèles d’ouvrages, ou bien un recueil de morceaux le plus souvent choisis dans l’œuvre de grands écrivains ou bien un récit suivi sous la forme de roman scolaire. L’ambition du livre de morceaux choisis est de familiariser l’enfant avec la littérature de qualité, classique ou contemporaine. L’idée est qu’en lisant des extraits de l’œuvre de grands auteurs, le jeune lecteur apprend à faire un plan où les détails sont subordonnés à l’essentiel avant de procéder à une narration où s’enchaînent 2  Instructions officielles du 20 juin 1923 3  Chartier A.M.,L’école et la lecture obligatoire, Retz, p.137.
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actions, conséquences et jugements. Par contraste, la plupart des romans scolaires n’ont pas de visée particulière d’ordre proprement littéraire en offrant l’histoire d’une aventure, d’un voyage, d’une vie susceptible d’intéresser le jeune lecteur. L’objectif premier est de faciliter l’accès de tous les écoliers à « la lecture longue » et d’élargir « le lot des lecteurs de livres » qui ne sont pas découragés par les ouvrages de bibliothèque 4 « sans illustrations et dépassant deux cents pages » .
 En 1937, l’auteur d’un « roman-lecture », inspecteur de l’enseignement primaire, justifie sa préférence pour le récit suivi. « Ayant remarqué cent fois le décousu des leçons rattachées à des textes disparates, certains presque absurdes, d’autres incom-préhensibles à des enfants, textes qui vont de la 5 mort de Socrate aux aventures de Pinocchio » , il adopte la forme du roman.  L’étude d’un corpus de romans scolaires  Par souci d’homogénéité des supports, seuls les manuels de lecture en forme de romans scolaires – une trentaine – font partie de notre objet d’analyse. En outre, nous consacrons un chapitre à une vingtaine de livres d’Histoire de France, édition 6 scolaire du « roman national » . A l’évidence il ne s’agit pas d’un ensemble exhaustif, ni d’un échantillon représentatif dont la construction par quota n’aurait pas de sens dans la mesure où la distribution des variables utiles n‘est pas connueapriori. Notre objectif n’est pas de faire une recherche quantitative, mais de rassembler un corpus suffisamment saturé des différences et ressemblances possibles avec une répartition diversifiée des livres selon leur date d’édition, leur usage
4 idem, p.195. 5  Guignard G.,Au Garage de Bourgogne, à l’usage des cours moyen, supérieur, et des cours de scolarité prolongée, Fernand Nathan, 1937, p.5. 6  La liste des ouvrages constituant le corpus d’analyse figure dans la bibliographie.
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éventuellement prévu pour les garçons ou les jeunes filles, leur destination à l’enseignement public ou privé.  Certains ouvrages connaissent un succès durable auprès des jeunes écoliers et des maîtres. Le plus célèbre d’entre eux estLe Tour de la France par deux enfantsde G. Bruno paru en 1877 et utilisé au-delà des années 1950. De même, en 1920,Suzette, livre de lecture courante à l’usage des jeunes filles depuis une trentaine d’années, connaît un tirage de plus d’un million et demi d’exemplaires. Pour autant, les manuels de diffusion plus modeste ne sont pas à négliger. Dans l’intention de « plaire et 7 instruire » , ils témoignent de la variété des personnages et des situations imaginées par des adultes dont l’image de l’enfant qu’ils proposent nous intéresse autant que celle des rédacteurs de manuels à succès. Tous auteurs confondus, à côté de quelques hommes et femmes de lettres, une majorité relève du monde de l’enseignement: inspecteur général de l’Instruction publique, inspecteur de l’enseignement primaire, professeur à la faculté des sciences, professeur de cours complémentaire, maîtresse primaire au lycée, directeur d’école normale, directeur ou directrice d’école primaire, instituteur, institutrice.  Les livres de lecture en question présentent les principales caractéristiques du roman comme genre littéraire: récit en prose d’une certain longueur, personnages de fiction engagés dans des aventures imaginaires souvent tenues pour réelles. Il s’inscrivent dans la catégorie des romans d’initiation ou d’apprentissage, de caractère réaliste à l’exception de quelques titres jouant sur le merveilleux, par exemple à la manière du célèbre ouvrage de Selma Lagerlöf,Le merveilleux voyage de 8 Nils Holgersson à travers la Suède. Le personnage principal est une fille ou un garçon – Suzette, Elisabeth, Elise, Alain Rodon, Jean Lavenir – qui se distingue par ses qualités personnelles et les épreuves qu’il traverse avec plus ou moins
7e  Marcoin F.,Librairie de jeunesse et littérature industrielle au XIX siècle, Honoré Champion Editeur, 2006, p.659. 8  Lagerlöf S.,Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède,paru en Suède en 1906. Traduit en français, il est publié en 1912.
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de bonheur. Après les années 1920, les personnages principaux ne sont plus nécessairement des héros isolés, mais des duos, garçon et fille – Line et Pierrot, Paul et Paulette, André et Jacqueline – que nous retrouvons, chemin faisant, en lisant les ouvrages.  La tradition du roman scolaire encyclopédique  Les “romans scolaires” mettent en scène de jeunes héros durant un temps limité, par exemple une année de classe primaire, ou dans une tranche de vie, de l’enfance à la fin de l’adolescence. Le plus souvent, la petite enfance et la vie adulte des personnages principaux ne sont que rapidement évoquées.
 En avant-propos ou préface des manuels, certains auteurs expliquent leur choix. Dans son premier roman,Francinet, G. 9 Bruno reste discret . Publié en 1869, l’histoire du jeune apprenti de manufacture fait partie des “ouvrages approuvés par les bibliothèques scolaires et couronnés par la Société pour l’Instruction élémentaire” avant de devenir, au sens plein, livre de classe. En 1875, il est illustré et présenté comme “livre de lecture courante” avec, selon l’auteur, l’ambition d’offrir aux écoliers “le résumé le plus complet et le plus attrayant qu’il nous a été possible des connaissances aujourd’hui indispensables à tous sur la morale, l’industrie, le commerce, l’agriculture, les beaux-arts et les arts utiles, les lois et les institutions de notre pays”, c’est à dire remplir explicitement une fonction encyclopédique. Après la révolution scolaire des années 1880, sans changement dans les personnages et l’intrigue, l’ouvrage s’enrichit de nouvelles matières: instruction civique, économie politique, hygiène, sciences usuelles. Le manuel se veut conforme aux programmes officiels dont les têtes de chapitre sont reproduites intégralement en premières pages du manuel. Raffinement subtil, à chaque thème prévu pour le cours moyen ou pour le cours supérieur, est signalé le numéro des pages correspondantes. La préface de 9  Bruno G.,Francinet, Eugène Belin, 1869. G. Bruno est le pseudonyme de Madame Fouillée.
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