La théorie des zones monétaires optimales et la thèse de l'endogénéité des critères d'optimalité Les enseignements de l'Union Monétaire Scandinave

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Niveau: Supérieur, Doctorat, Bac+8
1 La théorie des zones monétaires optimales et la thèse de l'endogénéité des critères d'optimalité : Les enseignements de l'Union Monétaire Scandinave (1873-1914) Manix W. Hédreville? ________ Mots clés : Union Monétaire Scandinave – Zones Monétaires Optimales – Symétrie et Asymétrie des Chocs Structurels Keywords: Scandinavian Currency Union – Optimum Currency Areas – Symmetry and Asymmetry of Structural Shocks Classification JEL : N13, E65, F15, F33 _______ Résumé Depuis quelques années la théorie orthodoxe de l'intégration monétaire, la théorie des zones monétaires optimales (ZMO), a fait l'objet d'une importante remise en cause. La thèse d'une probable endogénéité des critères des ZMO compte parmi les critiques les plus fondamentales adressées à la théorie traditionnelle. En nous appuyant sur une analyse historique et quantitative, nous éprouvons empiriquement la robustesse de l'argument de l'endogénéité. Notre attention s'est portée sur l'Union Scandinave, qui constitue l'une des alliances monétaires les plus durables et les mieux abouties de l'Histoire. Un modèle structurel d'autorégression vectorielle est utilisé afin de déterminer rétrospectivement les chocs éprouvés par les pays nordiques. La comparaison des niveaux de symétrie des chocs avant et pendant l'union monétaire, dévoile une endogénéité manifeste des critères d'optimalité. Optimum Currency Areas Theory and The Thesis about Optimum Criteria's Endogeneity : Evidence from Scandinavian Currency Union (1873-1924) Summary Since several years traditional monetary integration theory –Optimum Currency Areas (OCA) theory – has been seriously call

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La théorie des zones monétaires optimales et la thèse de l’endogénéité des
critères d’optimalité : Les enseignements de l’Union Monétaire Scandinave
(1873-1914)





*Manix W. Hédreville





________
Mots clés : Union Monétaire Scandinave – Zones Monétaires Optimales – Symétrie et
Asymétrie des Chocs Structurels
Keywords: Scandinavian Currency Union – Optimum Currency Areas – Symmetry and
Asymmetry of Structural Shocks
Classification JEL : N13, E65, F15, F33
_______
Résumé
Depuis quelques années la théorie orthodoxe de l’intégration monétaire, la théorie des
zones monétaires optimales (ZMO), a fait l’objet d’une importante remise en cause. La thèse
d’une probable endogénéité des critères des ZMO compte parmi les critiques les plus
fondamentales adressées à la théorie traditionnelle. En nous appuyant sur une analyse
historique et quantitative, nous éprouvons empiriquement la robustesse de l’argument de
l’endogénéité. Notre attention s’est portée sur l’Union Scandinave, qui constitue l’une des
alliances monétaires les plus durables et les mieux abouties de l’Histoire. Un modèle
structurel d’autorégression vectorielle est utilisé afin de déterminer rétrospectivement les
chocs éprouvés par les pays nordiques. La comparaison des niveaux de symétrie des chocs
avant et pendant l’union monétaire, dévoile une endogénéité manifeste des critères
d’optimalité.

Optimum Currency Areas Theory and The Thesis about Optimum Criteria’s
Endogeneity : Evidence from Scandinavian Currency Union (1873-1924)

Summary
Since several years traditional monetary integration theory –Optimum Currency Areas (OCA)
theory – has been seriously call into question. One of the most fundamental criticisms raised
against standard theory lies on the argument about OCA criteria’s endogeneity. Relying on a
historical and quantitative analysis, we empirically test the strenght of the endogeneity thesis.
We focus on Scandinavian Currency Union, which is one of most durable and accomplished
monetary alliance in history. The structural vector autoregression (VAR) method is employed
to identify retrospectively the shocks suffered by nordic countries. Comparison of shocks
simmetries, before and during monetary union, disclose obviously OCA criteria’s
endogeneity.

* Université Paris X Nanterre
_Contacte : MINI-FORUM, Université Paris X Nanterre, Bat. (K) Max Weber, 200 av. de la République 92001
Nanterre CEDEX.
1
Introduction
La réflexion économique portant sur les zones monétaires régionales a connu ces dernières
années une émulation toute particulière avec le processus d’unification monétaire de onze
économies d’Europe occidentale. L’opportunité d’alliance monétaire, a été, et est encore
1étudiée dans la majorité des régions du globe . Comme ce fut le cas pour l’intégration
européenne, une grande partie des analyses a été entreprise dans le cadre de l’orthodoxie des
zones monétaires optimales (ZMO). Néanmoins, depuis quelques années, des voix se sont
élevées pour émettre de sérieux doutes quant à l’efficacité du modèle théorique dominant.
Parmi ces arguments adverses, l’argument d’endogéné ité semble se détacher à nos yeux. En
nous appuyant sur une analyse historique et quantitative, nous mettons ici en lumière la
virulence et la force de cet axe de critique. L’histoire des unions monétaires est encore
aujourd’hui un domaine assez inexploité par la science économique. Pourtant elle peut
s’avérer riche d’enseignements. Notre attention s’est portée sur les premiers épisodes
d’intégrations monétaires en Europe, et plus particulièrement sur l’Union Scandinave (1873 -
1924), qui constitue l’ une des alliances monétaires historiques les plus durables et les mieux
abouties. L’étude rétrospective de cette communauté monétaire est pour nous l’occasion de
tester la pertinence relative du paradigme standard des ZMO et des analyses qui lui sont
opposées. Nous nous retrouvons ainsi confrontés à une double problématique. Peut-on
réellement appréhender et apprécier l’intégration moné taire scandinave à l’aide de la théorie
traditionnelle des ZMO? La pertinence du de la thèse d’endogén éité peut-elle être démontrée
dans le cas scandinave? En vue de répondre à ces interrogations nous articulons notre propos
comme suit. La section I est une présentation succincte du développement de l’approche
théorique standard des ZMO et des différents critères d’optimalité énoncés. Dans l a section II,
nous présentons une critique majeure du paradigme dominant, l’argument de l’endogéné ité
des critères d’ optimalité, qui remet en cause la pertinence des conclusions des analyses
empiriques menées dans le cadre de la théorie traditionnelle. La section III retrace les
évènements clés de l’histoire institutionnelle de l’Union monétaire scandinave. Dans la
section IV, en retenant pour critère d’optimalité la symétrie des chocs macroéconomiques,
nous déterminons les chroniques de chocs ayant frappé les économies scandinaves lors de
deux périodes institutionnelles distinctes : l’époque qui précède l’alliance monét aire nordique
(1831-1872) et la période d’union effective entre les trois pays (1875 -1913). Les chocs
scandinaves sont estimés à partir des résidus d’un modèle d’autorégression vectorelle (VAR).
L’analyse des matrices de corrélation de chocs relatives à la période initiale permet dans un
premier temps d’évaluer les qualités explicatives et prédictives du modèle des ZMO.
Cependant, c’est en comparant les corrélations obtenues pour les deux périodes que nous
éprouvons réellement la robustesse de l’argument d’ endogénéité. La section V est la
conclusion de notre étude.

Section I- La théorie traditionnelle : l’exogénéité des critères d’optimalité
La réflexion sur le domaine géographique approprié pour une monnaie commune est sans nul
doute très ancienne. Elle remonte au moins à John Stuart Mill qui déplorait le reliquat de
« barbarie » poussant encore trop de nations civilisées (jalouses de leur souveraineté) à
2maintenir leurs propres monnaies au détriment du commerce extérieur . Néanmoins, il faut
attendre la seconde moitié du vingtième siècle pour que soit impulsé un vaste programme de
recherche sur les frontières adéquates des zones monétaires (ces dernières pouvant être
définie comme des espaces économiques dans lesquels les taux de change sont fixes, ou

1 Asie : H. Yuen [2000], S. Beak et C. Song [2002], S. Tsang [2002], Z. Zhang, K. Sato et M. McAleer [2002].
Amérique du nord : A. DeSerres et R. Lalonde [1994], H. Grubel [1999]. Amérique du sud : M. Fratianni et A.
Hauskrecht [2002] F. Ferrari-Filho [2002], S. Scandizzo [2002]. Afrique : B. Mkenda [2001], J-M. Bosco
N’Goma [2000]. Caraïbe : M. Hendrickson et al. [2002], O. Manioc et J-G. Montauban [2002]. Océanie : D.
Hargreaves et McDermott [1999], T. Jayaraman [2001].
2 Hawkins et Masson [2003, p. 6]
2
encore dans lesquels il existe des monnaies communes). Au début des années soixante, une
violente controverse émerge entre les défenseurs des changes fixes et les promoteurs des
changes flexibles. Dans cette période caractérisée par le système monétaire de Bretton
3Woods , la théorie économique va assister à la naissance d’une approche nouvelle et
spécifique traitant des relations entre pays, monnaies et régions : la théorie des Zones
Monétaires Optimales (ZMO).
A l’époque une fraction importante d’économistes, notamment les keynésiens de la
synthèse, supposait que le flottement des monnaies constituerait une alternative avantageuse.
Un taux de change pourrait s’avérer être un outil très efficace pour la stabilisation des
économies nationales. Dans un « monde keynésien » (caractérisé par une évidente rigidité
des prix et des salaires et par une faible mobilité internationale des facteurs de production), la
flexibilité des taux de change serait en mesure de juguler les effets négatifs des chocs
exogènes. Cette présomption était également partagée par des monétaristes tels que Friedman
[1953] ou Johnson [1969] qui voyaient d’un bon oeil l’indépendance monétaire des
économies, car celle-ci garantirait une plus grande maîtrise des niveaux d’inflation
domestique. Ainsi, la théorie des ZMO a été attractive pour les keynésiens comme pour les
monétaristes, mais pour des raisons quelque peu différentes. La grande interrogation des
tenants de la théorie des ZMO est la suivante, quelle doit être l’étendue d’un espace
économique où les agents utilisent une même monnaie ? Ou encore, quel est le domaine
approprié ou « optimal » pour une zone monétaire ? L’optimalité étant définie en terme de
capacité de stabilisation du sous-emploi et de l’inflation domestique. Cette question
fondamentale peut être abordée de deux manières. En premier lieu, dans une perspective
nationale, on peut se demander si les frontières d’un pays donné correspondent bien à celles
d’une ZMO. Ce pays possède t -il des caractéristiques lui permettant d’utilis er sa monnaie de
manière optimale sur tout le territoire national ? ou aurait-il plutôt avantage à ce que des sous-
espace (régions) du domaine national possèdent leur propre monnaie ? En second lieu, dans
une optique supranationale, on peut s’interroger su r l’opportunité pour un pays à prendre part
à une zone monétaire plus large, c'es-tà-dire un espace dont les limites iraient bien au-delà des
simples frontières nationales. La théorie des ZMO cherche à identifier les mécanismes
d’ajustement qui pourraient se substituer efficacement au processus d’ajustement inhérent aux
changes flexibles. L’existence de tels processus de substitution au sein d’une région ferait
d’elle une bonne candidate à l’unification monétaire.
La problématique supranationale de la théorie des ZMO peut également être
appréhendée sous un autre angle. Il est généralement admis que l’échange monétaire est plus
avantageux que le troc. En conséquence, si l’échange monétaire est profitable au niveau
inférieur d’une nation, pourquoi ne pas expl oiter les avantages de l’échange monétaire dans
un espace plus vaste ? Jusqu’où est -il approprié de pousser l’élargissement territorial d’une
monnaie ? De manière systématique, les théoriciens des ZMO comparent les coûts
(macroéconomiques) associés aux changes fixes, aux bénéfices (microéconomiques) issus de
l’amélioration de l’utilité de la monnaie par l’extension des domaines monétaires
4domestiques . Pendant plusieurs décennies, les théoriciens des ZMO ont essayé d’identifier
les critères sur lesquels les limites des zones monétaires devaient être établies. Ces analyses
insistent essentiellement sur le degré de mobilité des facteurs de production et les spécificités
du commerce international. Les premiers apports de Mundell [1961], MacKinnon [1963] et
Kenen [1969] constituent le socle de la théorie traditionnelle des ZMO.

3
Le système monétaire institué par les accords de Bretton Wood (1944) était caractérisé par la fixité des
changes. La plupart des monnaies étaient ancrées au Dollar US, qui lui même était convertible en or à taux fixé.
Pour de plus amples détails, se référer par exemple à P. De Grauwe [1999] ou Krugman et Obsfeld [2001].
4 La réduction des coûts de transactions , l’amélioration de la liquidité des monnaies et la réduction des flots de
capitaux spéculatifs, sont les bénéfices traditionnellement attendus de zones monétaires élargies. A la liste des
coûts ont généralement citer : la perte de l’outil stabilisateur de taux de change, l’abandon de l’autonomie de la
politique monétaire, une possible aggravation des disparités entre régions riches et pauvres, une privation des
recettes de seigneuriage, et enfin le coût d’entrer ou de sortie d’une union monétaire.
3
1-1 Le critère de mobilité du facteur-travail de Mundell
Par l’adoption d’une monnaie commune ou de la fixation irrévocable des taux de
change, les pays prenant l’engagement mutuel de constituer une zone monétaire renoncent à
employer le taux de change comme instrument de politique économique. L’économiste
canadien Robert Mundell [1961] (lauréat du prix Nobel d’économie en 1999) est
généralement considéré comme le père fondateur de la théorie des ZMO. Il fut le premier à
rechercher dans quelles conditions le bénéfice réel d’une renonciation à l’instrument de taux
de change outrepasse le coût réel de cet abandon. Pour Mundell l’élément déterminant est le
degré de mobilité des facteurs de production, plus singulièrement celui du facteur-travail.
Lorsque deux nations produisent des biens différents, tout déplacement de la demande d’un
pays vers un autre provoquera un déficit commercial, une récession économique et un
accroissement du chômage dans le pays produisant le bien dont la demande s’est contractée.
Inversement, la nation sujette à une évolution favorable de la demande mondiale connaîtra un
excédent commercial, un accroissement de l’activité économique et la résurgences de
poussées inflationnistes. Dans un monde keynésien (empreint de rigidité des prix), et en
situation de fixité des changes, le réajustement passerait par la migration de travailleurs de
l’économie récessive vers le pays en expansion. Le déplacement des forces labo rieuses induit
une réduction des coûts associés à l’instauration d’une union monétaire. Un groupe de nations
dont les cycles économiques seraient moins corrélés pourrait tout de même constituer une
zone monétaire, sous réserve que la main d’ œuvre soit suffisamment mobile.

1-2 Le critère d’ouverture de Mac Kinnon
Le second critère développé par la théorie des ZMO porte sur le degré d’ouverture ou
d’interdépendance des économies susceptibles de constituer une zone monétaire. Mc Kinnon
[1963] fut le premier à insister sur le degré d’ouverture comme critère de décision entre
régime de change fixe ou régime de change flexible.
Le degré d’ouverture étant défini comme le rapport entre biens échangeables et non -
échangeables. Pour Mac Kinnon, plus une économie est ouverte, plus elle a intérêt à opter
pour un régime de changes fixes afin d’éviter les fluctuations des prix relatifs entre biens
échangeables et biens non-échangeable. L’objectif de stabilité interne des prix pourrait être en
effet compromis si une part significative de la consommation domestique est importée et est
sujette à d’importants mouvements de prix suite aux variations du taux de change. Ainsi, les
économies de petites tailles engagées de manière intensive dans le commerce international
auraient avantage à former une zone monétaire. Mac Kinnon soulève un autre argument en
faveur de l’adoption de changes fixes par de petites économies ouvertes : une probabilité plus
forte d’illusion monétaire. La présence d’une illusion monétaire est ce qui permet aux changes
flexibles d’assurer leur fonction stabilisatrice. Néanmoins cela est difficilement validé dans la
dynamique. Plus les dévaluations sont fréquentes, plus elles auront des effets inflationnistes ;
ce qui réduira la probabilité d’une future dévalu ation. Une grande différence entre la
caractéristique dévoilée par Mundell et le critère d’ouverture de Mac Kinnon est que ce
dernier influe non seulement sur les coûts mais aussi sur les bénéfices associés à la formation
d ‘une zone monétaire. L’idée d’un e relation positive entre le degré d’ouverture économique
et les bénéfices relatifs à une union monétaire ou à des changes fixes n’appelle pas une
justification particulièrement élaborée. En effet, plus le commerce intrazone sera significatif,
plus grande seront les économies réalisées en matière coûts de transactions. Par contre, la
relation entre l’ouverture et les coûts éventuels d’une zone monétaire est a priori moins
évidente. On sait que la perte de l’outil de taux de change constitue un des coûts maj eurs
associé à la formation d’une zone monétaire. Or, il existe une relation inverse entre le degré
d’ouverture et l’efficacité stabilisatrice du taux de change. Plus grand sera le degré
d’ouverture d’une économie, plus grandes seront les répercussions de s variations du change
sur les prix domestiques. Le coût global de la formation d’une zone monétaire sera donc plus
faible si le degré d’ouverture est élevé.
4

1-3 Le critère de diversification de la production de Kenen
En réponse aux travaux initiaux de Mundell et de Mac Kinnon, Peter Kenen [1969]
introduit la diversification des produits comme critère de ZMO. L’idée défendue par Kenen
peut être exprimée en ces termes : si la structure productive d’une économie est bien
diversifiée, un choc adverse de demande sur un bien ou un secteur aura des répercussions
relativement peu significatives. La diversification aura pour effet de substituer la mobilité
intersectorielle au critère de mobilité internationale du travail. Il ressort de cette analyse que
des pays aux productions diversifiées constitueront plus facilement une zone monétaire
puisque les chocs asymétriques frappant chaque pays auront un effet atténué. Inversement, les
pays aux structures productives spécialisées auront intérêt à laisser flotter leurs monnaies. Ils
doivent être en effet capables d’ajuster leurs taux de change pour stimuler leurs exportations
en situation de faible demande mondiale (pourvu que cette demande soit élastique au prix). La
diversification a une influence immédiate sur le niveau d’asymétrie des chocs. Plus la
structure productive d’une économie sera diversifiée, moins grand est le degré d’asymétrie
des chocs. La diversification productive œuvre donc à réduire le coût attendu d’une union
monétaire ou de changes fixes.

Au fil du temps, et à mesure des progrès réalisés par la science économique, la liste
des critères identifiés n’a cessé de s’allonger. George Talvas [1993] relève ainsi un nombre
non-négligeable de critères en marge des caractéristiques traditionnelles : la similarité des
taux d’inflation, la flexibilité des prix et des salaires, le degré d’intégration des marchés
financiers et marché des biens, l’intégration fiscale. A cet inventaire peuvent être ajoutés ce
5que Mongelli [2002] désigne comme des « métacritères » : la variabilité du taux de change
réel et le degré de symétrie des chocs macroéconomiques. Ce qui ramène à neuf le nombre de
caractéristiques. La théorie des ZMO a souvent été décriée en raison de la trop grande
multitude de caractéristiques soulevées et de ne pas avoir été à même d’aboutir à un critère
unique et mesurable empiriquement. Pour Johnson [1973], par exemple, cette théorie semble
être « une impasse ». Cependant comme l’affirme Thomas Willett [2001, p. 4], cette pléthore
de critères démontre plutôt la force de la théorie des ZMO en tant que cadre de réflexion sur
les questions liées au choix des régimes de change :
« …the incorporation of additional considerations showed the power of OCA analysis, not as
specific theory, but as an approach of thinking about exchange rate issues. In this view the greatest
value of OCA approach is that it demonstrates the fallacy of debating the virtues of fixed versus
flexible exchange rate in the abstract and focuses attention instead on the factors which influence the
relative costs and benefices of alternative exchange regime for different countries. From this
perspective one should never have expected OCA theory to lead to a single quantifiable criterion any
more than macroeconomic theory would lead to unambiguous strategies for optimal monetary and
fiscal policies».
Néanmoins, l’approche des ZMO a été au cœur d’une critique bien plus fondamentale
ces deux dernières décennies. Sans pour autant négliger la portée de la remise en cause induite
par la verticalité à long terme de la courbe de Philips et l’argument d’inefficacité des
politiques économiques, la théorie des ZMO a été considérablement remis en cause par
l’émergence de la thèse de l’endog énéité des critères de ZMO qui invite à reconsidérer les
résultats, jugés souvent trop pessimistes, des analyses empiriques réalisées dans le cadre fixé
par la théorie des zones monétaires optimales.




5 Ces critères, plus faciles à tester empiriquement, sont qualifiées de « métacritères» dans la mesure où ils ne se
préoccupent pas des facteurs économiques sous-jacents justifiant qu’un groupe de pays ou régions forment (ou
ne forment pas) une zone monétaire. On porte plutôt l’attention sur des indicateurs agrégés, au lieu d’identifier
les vraies caractéristiques comme les autres critères de ZMO tentent de le faire.
5
Section II- La thèse de l’endogénéité des critères d’optimalité
Frankel et Rose [1997] distinguent dans la multitude des caractéristiques mises en
avant dans la littérature, deux critères fondamentaux pour l’évaluation des bénéfices nets
associés aux unions monétaires : l’intensité des échanges bilatéraux entre pays partenaires
(intégration commerciale) et le niveau de symétrie des cycles d’affaire. Un groupe de pays
caractérisé par une intégration commerciale prononcée et/ou une forte corrélation des revenus
nationaux auraient plutôt intérêt à instaurer une monnaie unique ; et cela en dépit des coûts
associés à la perte de l’autonomie monétaire au niveau domestique. La problématique d’un tel
groupe de pays est illustrée dans la figure 1. On y voit clairement l’univers des couples
intégration commerciale/ corrélation des cycles d’affaires, ainsi que la frontière d’optima lité.
L’aire hachurée située en dessous de la frontière d’optimalité renvoie à des situations où
l’indépendance monétaire est préférable. Cela correspond, sur la figure 2, au continuum de
points pour lesquels le bénéfice net de l’union monétaire est négati f. La surface neutre (figure
1) située en amont de la frontière d’optimalité, représente des situations où l’union monétaire
est supérieure à l’indépendance des monnaies. Un groupe de pays qui serait dans cette partie
du plan (au point C par exemple) dégagerait un profit net positif (figure 2) de l’unification
monétaire.

Figure 2 Figure 1
Bénéfice net de
Symétrie des l’unification
cycles monétaire
d’affaires
+
C
frontière d’optimalité
0 - C
B
B
A
A -
Intégration commerciale Intégration commerciale

Frankel et Rose développent un argument qui va grandement restreindre la portée de la
théorie traditionnelle des ZMO. Ils affirment que la corrélation des cycles d’affaires
s’améliore avec l’intensification des échanges. En d’autres termes ils postulent l’existence
d’une fonction positive entre le niveau d’intégration marchande et le degré de symétrie des
cycles économiques. Selon eux, l’union monétaire induirait des mutations structurelles qui
atténueraient très significativement les résultats de la théorie standard des unions monétaires.
L’instauration d’une monnaie commune pourrait rendre des alliés monétaires plus aptes à
satisfaire les critères d’opt imalité. L’intuition qui sous tend cette hypothèse est que
l’intégration monétaire réduirait les coûts de transaction au -delà même des simples économies
liées à l’élimination de la volatilité des changes. Une monnaie commune serait perçue par les
acteurs économiques comme un acte fort, un engagement durable (du moins plus stable qu’un
simple système de changes fixes) car elle exclurait toute possibilité de dévaluation
compétitive dans le futur. Il s’en suivrait une augmentation des IDE, une in tensification du
commerce intrazone, un renforcement de l’intégration économique et financière et enfin une
amélioration de l’asymétrie des cycles d’affaires. Toutes ces évolutions seraient le fruit, soit
6





frontière d’optimalité
d’une propension croissante de chaque pays à exporter (importer) vers ses partenaires
monétaires, de la propagation des chocs de productivité par le biais des échanges ou encore de
l’effet disciplinant d’un traité monétaire. En s’inspirant du cas de l’union monétaire
européenne, Frankel et Rose [1997] proposent l’exemp le suivant :
Soit un ensemble de pays impropres, aux yeux de l’analyse traditionnelle des ZMO, à
former une zone à monnaie unique. Ce groupe de pays se positionne initialement au point A
situé en amont de la frontière d’optimalité (figure 1 et 2). Si ces pays décident de former une
zone de libre échange, il y aura une augmentation des échanges bilatéraux et de la corrélation
des revenus nationaux. Le groupe quittera son emplacement d’origine pour ce positionner au
point B, mais demeurera tout de même à droite de la frontière d’optimalité. C’est alors que
faisant fi des préceptes de la théorie traditionnelle des ZMO ces pays décident de s’engager
malgré tout dans une alliance monétaire. Un renforcement de l’intégration commerciale et de
la symétrie des cycles d’affaires, s’en suit. Le groupe de pays est propulsé au point C, soit en
aval de la frontière d’optimalité. Les implications d’un tel résultat sont importantes :
l’aptitude de certaines régions du monde à constituer des zones monétaires optimales devra it
être nécessairement reconsidérée à la hausse. Si la satisfaction des critères d’optimalité n’est
pas avérée (ex-ante) avant l’unification des monnaies (ex-ante) il est assez probable qu’elle le
devienne (ex-post) suite aux effets bénéfiques de l’union. Les critères de ZMO seraient en
vérité endogènes, de sorte qu’ « un examen naïf des données historiques donnerait une fausse
idée de l’habilité d’un pays à rejoindre une union monétaire » [Frankel et Rose (1997), p. 2].
Cependant, il convient de signaler que certains auteurs tels que Krugman [1993,1996]
ou Eichengreen [1996] rejètent cette hypothèse « optimiste » et suggèrent un cas de figure
nettement plus sombre : l’hypothèse de spécialisation. S’appuyant sur la théorie du commerce
international, ils considèrent que l’intensification des échanges mène nécessairement les
économies vers une spécialisation. Le renforcement des relations d’échange entre alliés
monétaires les pousserait à se spécialiser dans la production pour laquelle ils ont un avantage
comparatif. Les économies deviendraient alors moins diversifiées et auront en conséquence
des cycles d’affaires moins corrélés.
Si tant est que la controverse entre endogénéité et spécialisation sort quelque peu du
cadre de notre propos, notons toutefois que deux arguments tendent à atténuer la seconde
proposition. Le premier, remarquablement mis en exergue par Frankel et Rose [1997] est le
paradoxe évident entre les faits observés et l’instabilité naturelle du modèle théorique de
spécialisation. En effet, si la diversification constitue le point crucial, le problème de sous
optimalité d’une zone monétaire peut être résolu en élargissant le domaine monétaire étant
donné que la diversification croît avec la taille de l’entité géographique. Si à l’inverse un
groupe de pays n’est pas suffisamment diversifié (il ne constitue pas une ZMO) il devrait se
scinder en entités plus petites, mais malheureusement moins diversifiées. Ces mêmes entités
devraient alors se scinder en régions encore plus petites et ainsi de suite, jusqu’à une complète
spécialisation individuelle. Il n’existe aucun mécanisme de rattrapage au sein du modèle de
spécialisation. Le second argument est qu’en insistant principalement sur le fait que la
symétrie des chocs a vocation à s’amoindrir, les défenseurs de la seconde hypothèse oublient
au passage que les chocs de demande peuvent à priori s’étendre aux partenaires monétaires
(via la propension à importer) et cela en dépit de la spécialisation des économies. En effet,
une économie récessive a une capacité moindre d’absorption, ce qui limite les exportations de
ses partenaires. Ainsi l’hypothèse d’endogénéité semble plus robus te que celle de
spécialisation.
Dans la discussion qui suit, nous mettons en exergue la pertinence de la théorie de
l’endo généité par l’étude d’un épisode assez ancien d’alliance monétaire en Europe du nord,
connu sous le nom d’Union Scandinave. Elle fut le phénomène d’intégration monétaire
d’avant guerre le plus abouti. Par ailleurs, en s’étalant sur près d’un demi -siècle l’ Union
Scandinave a démontré un longévité assez exceptionnelle. D’où l’intérêt qu’elle a suscité en
nous, après avoir retenu l’attention d’économistes contemporains tels que Bergman et al.
7
[1993], Bergman [1999], Henriksen et Kaergård [1994] ou encore Bordo et Jonung [1999]. Le
rappel historique de l’union scandinave fournirait selon nous une preuve tangible de la
profondeur et de la robustesse des arguments formulés à l’encontre de la théorie standard des
ZMO.

Section III- l’Union monétaire scandinave (1873-1924)
Avant 1880 le système monétaire international pourrait être qualifié de système
tricéphal dans la mesure où il s’articulait en trois blocs monétaires distincts et rivaux : (a) le
club des monométallistes-or réunis autour de la Grande-Bretagne (le système monétaire
britannique étant effectivement sous étalon-or dès 1821) (b) le bloc bimétalliste sous
6
domination française et (c) le bloc-argent marqué par une prépondérance germanique .
Jusqu’en 1870 il existait un certain équilibre des forces entre les trois ensembles. Le groupe
bimétalliste jouait par un rôle clef dans la stabilité globale du système monétaire international
[Flandreau, 1996].
Jusqu’en 1873 le régime monétaire des économies nordiques était fondé sur un
monométallisme argent. A partir début des années 1870 la dépréciation tendancielle et
marquée du cours du métal blanc hypothéquait chaque jour un peu plus l’avenir du
bimétallisme. Les hauts responsables scandinaves perçurent la démonétisation de l’argent
dans l’empire germanique (1871) comme le signe annonciateur d’une généralisation
prochaine et irréversible de l’étalon -or. Alors que les allemands se défaisaient « à tours de
bras » de leurs réserves en métal blanc sur les marchés internationaux (ce qui concourrait à
accentuer d’avantage la baisse du cours de l’argent), de petites économies périphériques
comme la Suède, la Norvège ou le Danemark, avaient tout intérêt à réagir rapidement pour ne
pas essuyer des pertes importantes sur leurs avoirs en argent. Les premiers pays à basculer
vers l’étalon -or pourraient se dégager, à bon prix, de leur argent avant que le marché ne soit
saturé [Talia, 2004]. De plus, ils pourraient se constituer des réserves à bon marché, avant que
le cours du métal jaune ne s’envole. Conscient de tout cela, les di rigeants scandinaves
décidèrent d’adopter sans plus attendre une monnaie d’or. Ils profitèrent de ce changement de
régime monétaire pour instaurer une monnaie commune.
Ainsi le 19 août 1872, les délégués gouvernementaux de la Suède, du Danemark et de
la Norvège, se réunirent à Copenhague dans le cadre d’une commission monétaire. Cette
dernière, avait pour principal objectif de trouver un consensus autour des lignes de force de
l’Union monétaire scandinave à venir. La commission monétaire accomplit sa tâche avec
succès, puisque le 18 décembre 1872, les délégués des trois nations scandinaves réunis à
Stockholm, signèrent un traité d’Union monétaire. La Convention internationale fut ratifiée
sans peine par les parlements suédois et danois ; mais elle fut par contre rejetée par la
Norvège. Le parlement norvégien estimait qu’une participation à l’union monétaire porterait
trop gravement atteinte à la souveraineté nationale [Bergman et al., 1993]. Finalement, au
terme de négociations bilatérales, les gouvernements suédois et danois conclurent à la
création de l’Union monétaire Scandinave le 23 mai 1873. Une nouvelle monnaie fut définie
en conformité aux principes de la Convention de 1872-1873. Les réticences de la Norvège à
l’égard de l’alliance monétaire s’évanoui rent peu à peu ; mais plus particulièrement après que
ce pays eut réformé son système monétaire en faveur de l’étalon -or. Ainsi, les dirigeants
norvégiens adhérèrent à l’Union monétaire scandinave le 16 octobre 1875. Le projet
communautaire parvint donc à maturité au tournant de la décennie 1870.

6 Flandreau [1995, pp.25-26] opère une classification entre nations et régions du monde suivant leurs blocs
monétaires d’appartenance : « Autour de 1860, le bloc-or comprenait la Grande-Bretagne, le Portugal, le Brésil,
la Turquie, l’Australie, et quelques colonies anglaises. Le bloc -argent incluait le Nord et l’est de l’Europe (Etats
allemands, Hollande, Etats scandinaves, Autriche), l’Asie (Inde, Chine, Japon), le Mexique et quelques Etats
d’Amérique du Sud. Finalement, La France, la Belgique, l’Italie, la Suisse, …, ainsi que les Etats -Unis
appartenaient au bloc bimétallique.
8
Lors de la Convention de 1872-1873, les Hautes Parties contractantes adoptèrent une
unité de compte nouvelle et commune, la couronne, dont le centième fut baptisé du nom de
öre. Les autorités publiques décidèrent de frapper deux monnaies principales : les pièces d’or
de 20 et de 10 couronnes [Talia, 2001]. Les règles fondamentales de fabrication de ces deux
catégories de pièces se résumaient aux prescriptions techniques suivantes : le titre des
nouvelles monnaies fut établi à 0.9 d’or fin, le reste étant constitué de cuivre. Il fut en outre
décidé que 124 pièces de 20 couronnes ou 248 pièces de 10 couronnes seraient fabriquées à
7
l’aide d’un kilogramme d’or . Les Etats scandinaves convinrent que le remplacement intégral
des anciennes monnaies d’or devrait obligatoirement intervenir avant la fin de l’année 1881
(un délai de 8 ans fut donc accordé aux différents états pour conformer leurs circulations
monétaires au traité d’Union). Les membres de l’Union scandinave déci dèrent par ailleurs que
les monnaies d’or érodées cesseraient d’avoir cours légal entre particuliers dans l’éventualité
d’une perte de poids excédant 0.5 %. Les caisses publiques accepteraient néanmoins les
pièces d’or dont l’usure pouvait représenter jusq u’à 2 % de leur contenu métallique.
Au volet des monnaies divisionnaires d’argent, la Convention prévoyait la frappe de
petites monnaies d’argent et de bronze. Les Etats -membres de l’Union choisirent de frapper
des pièces d’argent de 10, 25, 40 et 50 öres, ainsi que de petites coupures en métal blanc
8d’une valeur de 1 et 2 couronnes . Les Etats scandinaves adoptèrent un titre commun de 0.865
pour les monnaies divisionnaires ; soit une valeur inférieure à celle retenue pour les monnaies
d’or. Par ailleurs, il n’y eut aucune limitation imposée aux membres de l’Union scandinave
9quant à l’émission de petites coupures [Bergman, 1999, p. 3] .
Le papier-monnaie représentait une partie très substantielle de la circulation monétaire
en Scandinavie : en 1885, par exemple, la proportion de billets dans la masse monétaire
10s’élevait à 74 % en Norvège, 70 % en Suède et 52 % au Danemark . A la suite de la création
de l’Union scandinave chaque Banque centrale accepta, au pair, les billets émis par les autres
Etats de l’Un ion, sans que cela n’eût été inscrit dans un quelconque traité international. Il
s’agissait là d’une coopération monétaire spontanée entre les trois Instituts d’émission
puisqu’il fallut attendre jusqu’en 1901 pour que le papier monnaie fût officiellement inclus
dans l’Union monétaire scandinave.
Les trois Instituts d’émission scandinaves conservaient une pleine souveraineté en
matière de politique monétaire nationale dans les limites définies bien sûr par le régime
d’étalon -or qui constituait le socle de l’Union monétaire scandinave. Afin d’assurer une plus
grande transparence et d’exercer un meilleur contrôle des actions menées par les différents
partenaires monétaires, les dirigeants scandinaves décidèrent d’échanger annuellement des
informations sur l’ ensemble des activités monétaires nationales ; notamment sur le retrait des
anciennes pièces d’or et la frappe des nouvelles monnaies jaunes. Les autorités monétaires des
trois pays se mirent en outre d’accord sur la tenue d’examens réguliers de la conform ité des
monnaies nationales. En 1885, un acte de loi prévoyant la constitution d’un mécanisme de
compensation entre Banques centrales fut ratifié d’un commun accord. Les engagements qu’il
erconsacrait entrèrent en vigueur le 1 août 1888 [Bergman et al., 1993]. Par cet accord chaque
Institut d’émission s’engageait à ouvrir des comptes courants à ses deux homologues
scandinaves. Ces comptes courants n’étaient pas rémunérés et ne nécessitaient d’ailleurs

7 Olzack [1996]
8 idem
9 Deux éléments sont en mesure d’éclairer cette absence de réglementation. Le premier fut
l’incapacité des Etats scandinaves à évaluer, de manière précise, les besoins en monnaies
divisionnaires de l’activité économique. Le deuxième élément, plus fondamental, fut l’existence d’une
clause de liquidation dans le Traité d’Union monétaire, qui ôtait à chaque gouvernement toute réelle
incitation à émettre surabondamment des petites coupures afin d’accroître ses gains de seigneuriage.
En effet, le traité international stipulait qu’en cas de dénonciation de la Convention internationale de
1873, le règlement des positions croisées en terme de monnaies divisionnaires devait être effectué
exclusivement au moyen de pièces ou de lingots d’or.
10 Olzack [1996, p. 73]
9
aucune provision. L’évaluation des positions croisées f ut établie sur une base trimestrielle et
le règlement des soldes déficitaires devait être effectué en or.
Le déclenchement de la Première Guerre Mondiale en 1914, fut l’évènement majeur
qui précipita l’échec de l’Union scandinave. Alors que les belligérant s dépréciaient leurs
monnaies nationales et écoulaient l’or à bon marché, le prix de la couronne demeurait fixe
dans l’Union scandinave. Cette dernière fut rapidement en proie à une vive spéculation qui
obligea les alliés monétaires à renoncer graduellement au régime d’étalon -or. En effet, la
suspension de la convertibilité des billets, la prohibition des exportations d’or et la révocation
du statut légal des monnaies divisionnaires, constituent le triptyque ayant déstabilisé
irrémédiablement le régime monétaire des trois économies nordiques, et provoquer
11
l’implosion totale de la communauté monétaire scandinave .

Section IV- Modèle
Lors de la première section nous avons vu que la théorie des ZMO se présente comme
un outil d’aide à la décision pour les pays en proie à une problématique d’union monétaire.
Les critères économiques mis en lumière permettraient d’anticiper le bénéfice net associé à la
formation d’unions monétaires. Dans le cas de l’Union Scandinave, nous nous demandons
rétrospectivement quel serait le verdict de la théorie des ZMO ? La formulation d’une réponse
claire exige bien souvent de se contraindre à analyser un nombre restreint de critères jugés de
plus grande pertinence. Cela s’appelle traditionnellement une justification des critères
sélectionnés. Néanmoins, dans le cas qui nous intéresse, une telle justification n’a pas lieu
d’être en raison d’une contrainte insurmontable quant à la disponibilité des données
historiques. En conséquence, nous retenons dans notre analyse que trois caractéristiques : le
niveau de symétrie, l’ampleur et la vitesse d’ajustement des chocs macroéconomiques. Les
12travaux empiriques récents ont accordé une attention toute particulière ce type de critères .
Les économies sujettes à des chocs identiques devraient aspirer à des mesures similaires en
matière de politique monétaire, de sorte que la mise en place d’une monnaie commune
occasionnerait moins de conflits. Ainsi, nous avons évalué la symétrie et la taille des chocs
macroéconomiques subis par les trois pays scandinaves au cours de la période précédant
l’Union scandinave (1831 -1872) et pour la période d’alliance monétaire effective (1875 -
1913). Nous avons également déterminé la corrélation entre les chocs scandinaves et les chocs
exogènes que nous assimilons aux chocs éprouvés par l’économie britannique. Nous avons
procédé pour chaque nation scandinave comme pour la Grande-Bretagne à l’estimation d’un
13système d’autorégression vectorielle (VAR) annuel à deux retards , incluant une variable de
production (le taux de croissance réelle) et une variable de demande (le taux d’inflation).
Ensuite, suivant une méthodologie assez conventionnelle nous déterminons les chroniques des
divers chocs structurels dont nous calculons les niveaux de symétrie. Pour l’ensemble des
économies scandinaves, l’ampleur et la vitesse d’ajustement des chocs sont appréhendées au
travers des fonctions de réponses des modèles VAR qui nous livrent leurs effets sur la
croissance réelle et l’inflation.

4.1. Procédure d’estimation
Considérons une économie dont le rythme de la croissance réelle et le taux d’inflation sont
affectés, à chaque année t, par des chocs de deux ordres : des innovations d’offre (0 ) et des yt
chocs de demande nominaux (0 ). Supposons par ailleurs, que ces chocs soient la source pt
d’effets biens spécifiques sur les grandeurs macroéconomiques domestiques. Ainsi, et comme
14il est généralement d’usage , nous admettons que les chocs d’offr e ont des effets permanents
sur la croissance réelle, alors que les chocs nominaux n’ont que des conséquences

11 K. Talia [2001], M.Bergman [1999]
12
Hawkins et Masson [2003]
13
Le nombre de retards est fixé ici en fonction de l’AIC et du critère de Schwartz.
14 Anders [2003]
10

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