Université Charles de Gaulle Lille3 Ecole Doctorale Sciences de l'Homme et de la Société Equipe d'accueil GERIICO Sylvain QUIDOT Thèse de doctorat en Sciences de l'Information et de la Communication La conversation banale Représentations d'une sociabilité quotidienne Sous la direction du Professeur Olivier Chantraine présentée et soutenue devant un jury composé des professeurs Jean Jacques Boutaud Université de Bourgogne Stefan Bratosin Université Toulouse Olivier Chantraine Université Charles de Gaulle Lille Eric Delamotte Université Charles de Gaulle Lille Lille Novembre

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Niveau: Supérieur, Doctorat, Bac+8
Université Charles de Gaulle Lille3 Ecole Doctorale Sciences de l'Homme et de la Société Equipe d'accueil 4073 GERIICO Sylvain QUIDOT Thèse de doctorat en Sciences de l'Information et de la Communication La conversation banale : Représentations d'une sociabilité quotidienne Sous la direction du Professeur Olivier Chantraine, présentée et soutenue devant un jury composé des professeurs : Jean-Jacques Boutaud (Université de Bourgogne) Stefan Bratosin (Université Toulouse 3) Olivier Chantraine (Université Charles de Gaulle – Lille 3) Eric Delamotte (Université Charles de Gaulle – Lille 3) - Lille, 26 Novembre 2007- te l-0 03 45 19 2, v er sio n 2 - 1 0 De c 20 08 te l-0 03 45 19 2, v er sio n 1 - 1 0 De c 20 08

  • figurations narratives de la vie quotidienne

  • socio-sémiotique du quotidien

  • conversation banale

  • dispositifs d'action des relations ordinaires


Publié le : jeudi 1 novembre 2007
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Université Charles de Gaulle Lille3
Ecole Doctorale Sciences de l’Homme et de la Société
Equipe d’accueil 4073 GERIICO

Sylvain QUIDOT

Thèse de doctorat
en Sciences de l’Information et de la Communication






La conversation banale :
Représentations d’une sociabilité quotidienne








Sous la direction du Professeur Olivier Chantraine,
présentée et soutenue devant un jury composé des professeurs :


Jean-Jacques Boutaud (Université de Bourgogne)
Stefan Bratosin (Université Toulouse 3)
Olivier Chantraine (Université Charles de Gaulle – Lille 3)
Eric Delamotte (Université Charles de Gaulle – Lille 3)





- Lille, 26 Novembre 2007-
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Je tiens à remercier particulièrement le Professeur Olivier Chantraine
pour sa confiance et son engagement pendant ces années.

Merci également à ma famille et mes proches
pour le soutien et l’aide précieuse qu’ils m’ont apportés.
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tel-00345192, version 1 - 10 Dec 2008tel-00345192, version 2 - 10 Dec 2008SOMMAIRE

Première partie : le « paysage » de la conversation banale


Chapitre 1 : Le banal dans le paradigme quotidien 20

Section 1 – Balises sémantiques 23
Section 2 - L’œuvre du banal 36

Chapitre 2 : Esthétique de la conversation banale 52

Section 1 – Figurations narratives de la vie quotidienne 56
Section 2 – Représentations symboliques du banal 68


Deuxième partie : Passerelles théoriques pour une approche
communicationnelle de la conversation banale


Chapitre 3 : Figures de l’interaction en conversation banale 98

Section 1 – Les ethnosociologies face à la banalité 98
Section 2 – La conversation banale comme « jeu de langage » : perspectives de genre 116

Chapitre 4 : Dialectique de représentation en conversation banale 132

Section 1 – Dispositifs d’action des relations ordinaires 137
Section 2 – La conversation banale remise en scène : une socio-sémiotique du quotidien 137


Troisième partie : Essai socio-sémiotique d’une sociabilité quotidienne


Chapitre 5 : Une écologie de la conversation banale 150

Section 1 – Comment braconner le banal ? 152
Section 2 – Herméneutique d’un corpus de récits 159

Chapitre 6 : Evaluation communicative : de la prosaïque à la poétique 172

Section 1 – « Les complications extraordinaires » de la conversation banale 175
Section 2 – Variations idéologiques 195

Conclusion 193

Table des matières 208
Bibliographie 220
Table des illustrations 230




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tel-00345192, version 1 - 10 Dec 2008tel-00345192, version 2 - 10 Dec 2008INTRODUCTION

La conversation banale :
Représentations d’une sociabilité quotidienne


I) La quotidien de la conversation banale
II) Le genre banal
III) Hypothèses
IV) Conceptions et représentations


« En général dès qu’une chose devient utile, elle cesse d’être belle. »
Théophile Gautier, (1832) préface aux Poésies Complètes





















6
tel-00345192, version 1 - 10 Dec 2008tel-00345192, version 2 - 10 Dec 20081I) Le quotidien de la conversation banale

Dans la vie quotidienne, il n’est pas rare d’avoir des conversations avec des inconnus. Un
échange qui se terminera aussi rapidement qu’il avait commencé en fonction des affinités et des
disponibilités de chacun. Du plus anodin des événements au plus profond des sentiments, le
2« monde social » n’est pas avare d’échanges spontanés et de moments propices de communication
3avec « les gens » tissant une toile, une concaténation de relations éphémères qui fait de la
conversation banale, le lieu par excellence de la confrontation publique d’arguments. Ainsi balisée,
la conversation banale sera considérée dans cette étude comme – une conversation entre inconnus
dans les espaces de libre circulation -.

a) Distribution spatiale

Si certains lieux privilégiés de la conversation banale sont traditionnellement identifiés : les
transports en commun, les abris bus ou les marchés, d’autres moins visibles comme les musées, les
bibliothèques, ou tout simplement la piscine municipale sont tout aussi favorables à l’échange
banal. La conversation banale est indissociable de la vie quotidienne, potentiellement présente à
4tous moments de notre circulation , et, si elle est conditionnée par certains effets de routine,
entretient un caractère exceptionnel car produite au cours d’un événement unique avec des
« individus uniques » que sont « les inconnus ». Les conditions d’existence de l’échange banal sont
assujettis à des normes à la fois informelles et communes, et relayées par des sensibilités
personnelles. Un trottoir rendu glissant par la neige sera l’occasion de donner aux autres passants
conseils et recommandations, conduisant potentiellement à des remarques connexes introduisant
chez certains un sens plus personnel, de l’humour, ou bien une vision critique.
Les lieux spécifiques de la conversation banale ne se matérialisent ni par une notion de
frontière, ni par une opposition entre public et privé, mais par une mise en action, une « mise en
5situation banale » qui ne prend forme que dans son rapport au temps. Laplantine souligne la
distinction entre le topos et choros dans son modèle chorégraphique du social. Le topos décrit
l’endroit stable et défini dans lequel l’individu se déplace, le choros désigne au-delà du lieu,

1
On utilise conversation quotidienne, échange quotidien, échange banal comme équivalent a conversation
banale.
2
« Le monde social » au sens goffmanien du terme : « Toute personne vit dans un monde social qui l’amène
à avoir des contacts, face à face ou médiatisés, avec les autres » et, lors de ces contacts, « l’individu tend à
extérioriser ce que l’on nomme parfois une ligne de conduite, c’est à dire un canevas d’actes verbaux et non-
verbaux qui lui sert à exprimer son point de vue sur la situation, et par-là l’appréciation qu’il porte sur les
participants, et en particulier sur lui-même » (Goffman, 1974, p9)
3 « Les gens » représentent l’acception populaire de « l’inconnu social » ou du « passant ordinaire »
l’importance de ce terme sera soulignée tout au long de l’étude.
4 Ce terme sera détaillé plus tard
5
Laplantine F., Le social et le sensible, Introduction à une anthropologie modale, Paris, Tétraèdre, 2005.
pp42
7
tel-00345192, version 1 - 10 Dec 2008tel-00345192, version 2 - 10 Dec 2008« l’intervalle de la mobilité du spatial et celle de la transformation dans le temps ». Cette relation
du temps et du lieu structure les situations de conversation banale. Il est tentant de parler de
« communication de situation » à l’opposé de « situations de communication ».
Une liaison étroite entre le lieu et les personnes conditionne l’existence de l’échange banal. De
la sorte, « chora » souligne Laplantine, dans la notion de chorégraphie est plus propice à définir, un
lieu en perpétuel mouvement, « l’être ensemble du chœur qui désigne à la fois le lieu où l’on danse
et l’art de danser ». Cette approche du topos permet d’envisager les espaces de conversation banale
comme intimement liés aux acteurs et événements qui y mènent une « chorégraphie ».

b) Organisation temporelle

6Qu’elle soit longue ou brève, la durée potentielle d’une conversation banale modélise
l’échange, cette prévisibilité est sans aucun doute corrélative du lieu. Ainsi, les règles informelles
de l’échange banal conditionnent la durée relative au temps que l’on peut accorder à un inconnu.
Temps et lieux semblent êtres tout à fait capitalisables ou du moins « contrôlables » par les actants.
Une conversation banale extrêmement brève se produit par exemple lorsqu’au volant d’une
voiture bloquée dans un embouteillage, un certain nombre de mimiques et de gestes d’énervement
s’échangent entres automobilistes. À l’extrême opposé, au musée, les commentaires et échanges
sur la pertinence d’une œuvre, conduisent à un échange plus libéré des contraintes de temps ainsi
qu’à un engagement sémantique plus important. Cette durée indéfinie instaure une vision d’un
temps « en devenir ».
La temporalité prévisible de la fréquentation d’un lieu prédispose favorablement la
conversation banale. C’est le cas, dans un ascenseur pour une durée courte, ou bien, dans une
temporalité plus longue, un voyage en avion. Dans ce cas, cette prévisibilité conditionne
l’existence et l’anticipation d’éventuels échanges avec les proches voisins. Une courtoisie et une
écoute plus marquées qu’à l’habitude rendent plus favorables les échanges spontanés. Ne pourrait-
on pas y voir aussi une solidarité éphémère liant son destin propre à celui de l’inconnu qui comme
soit même confie sa vie à la bonne Providence et à la main du pilote ?
Au-delà de ces considération géographiques et temporelles dont la dimension
« chorégraphique » paraît essentielle, la conversation banale se détermine avant tout comme une
situation de communication instrumentée par la notion de circulation.





6 L’usage du terme de potentialité reflète ici, le caractère indéfini est spontané de l’échange banal marqué par
les incertitudes aussi bien sur l’intention des individus que sur le durée des échanges.
8
tel-00345192, version 1 - 10 Dec 2008tel-00345192, version 2 - 10 Dec 2008c) L’espace de libre circulation de la conversation banale

« Cottard vivait complètement retiré dans son appartement et faisait monter ses repas d’un
restaurant voisin. Le soir seulement, il faisait des sorties furtives, achetant ce dont il avait besoin,
sortant des magasins pour se jeter dans des rues solitaires [...] Le jour de la déclaration préfectorale,
7il disparut complètement de la circulation ». Albert Camus, la Peste, (1947)

Comme Cottard, on circule dans la ville, physiquement en se rendant d’un point à un autre,
immatériellement en échangeant nos idées et nos commentaires. Cet échange, indissociable de tout
« comportement » social, est défini chez Weber (1921) : « N’importe quel contact entre les
hommes n’est pas de caractère social, mais seul l’est le comportement propre qui s’oriente d’après
le comportement d’autrui ». La circulation, notion clé de la conversation banale fabrique à la fois
l’aspect physique du terrain et l’aspect immatériel des idées. L’échange banal suppose une double
compétence cognitive, qui présume à la fois du comportement des autres et de l’interprétation du
sien en le conjuguant à l’anticipation et la prévisibilité des situations.

d) Esthétique de la conversation banale

Il sera convenu dans cette partie, non pas de produire un panorama de la représentation
esthétique de la conversation banale, travail sémiotique immense dont il sera simplement
intéressant de glaner ici et là, des visions de la banalité des relations humaines. On relèvera ici
plutôt des pistes de réflexion pour donner du sens à la conversation banale. La vie courante, le
quotidien sont autant d’appellation pour désigner une certaine idée de la répétition, de l’ennui et de
la reconduction sans fin d’habitudes sociales qui conduisent à l’élaboration de routines.
Le parcours esthétique suivra le voie ouverte par Todorov (2005) dans « l’éloge du
quotidien » qui insiste avec force sur les conditions populaires de l’existence de la vie quotidienne
au travers des représentations picturales dans la peinture flamande du XVIIe siècle. Ensuite, on
envisagera le quotidien de Paris chez Caillebotte ou Marquet qui dégagent des représentations
singulières de l’échange banal. Parallèlement cette exploration sera mise en relation avec la
peinture américaine à partir du travail du groupe des Huit ou d’Edward Hopper.





7 Camus A., La Peste (1947), Paris, Folio, 2005.

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