Université Marc Bloch Strasbourg II Faculté de Théologie Catholique

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Niveau: Supérieur, Doctorat, Bac+8
Université Marc Bloch - Strasbourg II Faculté de Théologie Catholique Thèse de Doctorat Nouveau Régime en Théologie Catholique présentée et soutenue publiquement par Jean BRABLÉ UNE PASTORALE DE LA MARGINALITÉ Sous la direction du Professeur Ambroise BINZ Jury Professeur Robert MOLDO Professeur Bernard KAEMPF Professeur Joseph PIRSON juillet 2003

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Publié le : mardi 1 juillet 2003
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Université Marc Bloch - Strasbourg II
Faculté de Théologie Catholique



Thèse de Doctorat Nouveau Régime en Théologie Catholique

présentée et soutenue publiquement
par

Jean BRABLÉ
UNE PASTORALE
DE LA MARGINALITÉ
Sous la direction du Professeur Ambroise BINZ

Jury Professeur Robert MOLDO
Professeur Bernard KAEMPF
Professeur Joseph PIRSON

juillet 2003 1 2

« Chaque individu est engagé
dans une expérience,
celle de vivre
– dans un problème,
celui d'exister »
Donald Wood WINNICOTT,
De la pédiatrie à la psychanalyse, Éditions Payot, Paris, 1969, p. 398.



à mon père et à ma mère





Les citations sont reprises des sites Internet suivants :
Textes du Magistère (encycliques, lettres pontificales, …) :
www.vatican.va/holy_father/index_fr.htm
Textes législatifs français : www.legifrance.gouv.fr
Les textes bibliques sont extraits de la Bible de Jérusalem sur CD-ROM Ictus Win ver-
sion 2.6 1994-1999, tout comme les textes du Concile Vatican II.


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AVANT-PROPOS



L’exclusion est un terme à la mode. Elle fait peur car elle peut toucher n'importe qui, à
tout moment. On parle moins de marginalité. On préfère employer d'autres termes
comme déviance, délinquance ou vie hors des normes sociales. La marginalité est
pourtant un problème qui gangrène notre société.
« Les valeurs traditionnelles se perdent », dit-on, « C'est pour cela que l'on entend et
voit ce qui ne se voyait pas dans le temps ». « Et puis ceux qui sont exclus ou en
marge », entend-on aussi, « l’ont bien voulu.
Ils n’ont qu'à chercher du travail ».
Ces simplismes sont nombreux. Leur propre est d’offrir une idée toute faite, qui ne de-
mande qu'à être reçue, sans remise en question.
L’idée simple, elle, suppose une mise en question. Par exemple, se dire que chacun a
un rôle à jouer pour qu’il y ait davantage d'intégration sociale, en est une.
Mais l’idée simple met souvent mal à l’aise car elle oblige à changer de regard,
et de comportement, en un mot à agir.
C’est un défi qui nous est lancé à nous tous, aujourd’hui.
4 5












INTRODUCTION
Que peut recouvrir une pastorale au cœur de la marginalité ? La pastorale concerne
l'agir de l'Église dans ses multiples formes et dans sa cohérence avec le message
fondateur Deux questions majeures surgissent à ce propos : que revêt cet agir et
comment s'en saisir ? Pour y répondre, il convient d’étudier l’ensemble du champ de
cette pratique, par delà la multiplicité des possibilités et l'inévitable subjectivité des
approches. Mais pour celui qui s'intéresse à la marginalité, cette entreprise constitue
une gageure car son champ est extrêmement vaste. Deux nouvelles questions appa-
raissent alors : existe-t-il un seul type de marginalité et n’y aurait-il qu’une seule forme
de pastorale dans ce champ ? Notre recherche s’enracine dans la complexité, à la
fois de la marginalité, et en même temps des pratiques pastorales.
L’une des caractéristiques propres d’une théologie pratique ou pastorale est la con-
textualisation. Il s'agit de l’élaboration théologique à partir de l'enracinement expérien-
tiel d'une pratique et au cœur de celle-ci. Notre pratique avait débuté en 1985 au sein
d’associations, d’abord auprès de jeunes en difficulté sociale pour nous conduire suc-
cessivement vers la prison, puis vers les personnes prostituées pour s'attacher fina-
lement aux personnes sans domicile fixe. L’une de ces présences nous ouvrait quasi
naturellement vers les autres et il nous était de plus en plus difficile de nous engager
au service des uns ou des autres, sans tenir compte de ce qu’il y avait de commun
dans toutes ces situations de marginalité. Cette expérience nous a amené au constat 6
que la marginalité se rend visible de plusieurs façons et semble se décliner en plu-
sieurs champs, quatre en l'occurrence. Il faut alors commencer par déterminer les cri-
tères de la marginalité et ses constantes, ce qui lui confère son unicité, au-delà de
ses diverses catégories. On verra d'ailleurs que celles-ci ne sont pas hermétiques.
Une personne peut être concernée par une, deux, trois voire même les quatre catégo-
ries, par exemple une jeune femme en difficulté sociale qui s’est prostituée, vit dans la
rue sans domicile fixe et se trouve actuellement en prison. Pour nous, ce qui donne
son unité à la marginalité sociale, est un processus anomique. Celui-ci se distingue
par une série de faits ou de cas de dérèglements sociaux qui correspondent à une si-
tuation globale. Aucune règle ne peut déterminer en soi une normalité ou anormalité.
Ces situations sont caractérisées par un effondrement du système de valeur de réfé-
rence du groupe social.
La marginalisation sociale désigne une perte d'insertion sociale qui confine en der-
nier ressort à l'exclusion. Il est possible de circonscrire artificiellement des lieux de
marginalité. Dans ces lieux, des personnes connaissent un lot commun : la marginali-
té, qui se traduit par une relégation hors des normes sociales. La sociologie préfère
parler de déviance. Nous voyons d'emblée qu'il conviendra de définir et de clarifier dif-
férents termes pour découvrir les réalités qu'ils recouvrent. Mais si les termes ren-
voient à des réalités, celles-ci sont vécues par des personnes que les statistiques en-
ferment dans des chiffres et des grilles d'analyse. Pour notre part, nous souhaitons
partir à leur rencontre pour tenter de proposer un parcours inverse au processus de
marginalisation, celui qui leur permettra de se réapproprier leur histoire pour parvenir
à une insertion sociale effective et à une véritable humanisation.
Deux écueils sont alors à éviter. Le premier serait d'adopter dans ce vaste champ un
regard tellement global qu'il en perdrait les singularités, ce qui est contraire à une
théologie pastorale qui parle d'une réalité unique et de personnes uniques. Mais à
l'inverse, s'intéresser exclusivement à une seule situation spécifique conduit à perdre
le lien avec les autres situations de marginalité. Nous partons d'ailleurs d'un constat. Il
existe aujourd'hui un morcellement des actions pastorales spécifiques aux différentes
situations marginalisantes. L'action pastorale risque alors de se marginaliser à son
tour, en perdant le regard d'ensemble sur ces différentes situations qui souvent se re-
couvrent. Une pastorale de la marginalité comporte des défis et des enjeux propres,
ceux justement d’une pastorale d'ensemble qui ne s'enlise ni dans la globalisation qui
gomme les réalités propres, ni dans le singularisme qui ne perçoit plus que les cas
particuliers. 7
La tâche d'une théologie pastorale de la marginalité consiste à s'interroger sur le lieu
de l'action, à découvrir comment elle se déroule et quel est son objet. En d'autres
termes, il sera question du lieu de l'agir pastoral, de ses instruments et de son sys-
tème de référence. Chacun de ces aspects sera repris en suivant les trois temps
classiques de la révision de vie mise en honneur par l'Action Catholique :
• voir, observer les réalités en jeu et le lieu de l'agir ;
• juger, analyser celles-ci grâce aux instruments qui seront utiles à l'action ;
• agir, élaborer un système de référence et un plan d’action.
Plus largement ces trois verbes désignent la démarche propre de la lecture croyante
de la réalité. L’intuition de Joseph CARDIJN lors de la fondation de la Jeunesse Ou-
vrière Chrétienne en 1925 était d’offrir des clés de lecture et d’action aux jeunes tra-
vailleurs, puis aux chrétiens d’autres milieux de vie confrontés aux grands boulever-
sements sociologiques, économiques, idéologiques et humains de la société indus-
trielle. Or, ceux-ci déterminent notablement les processus de marginalisation.
Les trois temps, voir, juger, agir, caractérisent une nouvelle logique qui commence
par observer et décrire les faits, puis les confronte à l’éclairage de la réflexion chré-
tienne pour finalement ouvrir à l’engagement dans l’action. Cette nouvelle logique in-
ductive allait renouveler la manière d’approcher la réalité, marquée jusqu’alors par le
processus classique qui déduit les modalités de l’action à partir des principes géné-
eraux. Au cours de ce même XX siècle, la théologie pastorale ou théologie pratique a
pris pleinement son essor pour désigner une manière de faire de la théologie qui se
situe dans un contexte particulier et un lieu déterminé pour un groupe spécifique. La
théologie pratique ou pastorale se donne les moyens de l'action par une recherche
empirique des éléments nécessaires à la mise en œuvre de cette action. Le point de
départ est l'agir d'un groupe ou d'une communauté, agir qui est constamment gardé
présent en point de mire. Voir, juger et agir disent plus largement la perspective d'une
logique de l'action dont relève la théologie pratique ou pastorale.
Voir est le temps de l'observation. La première partie de notre recherche conduira à
cerner la réalité à laquelle nous nous confrontons, en précisant dans un premier
temps les réalités rencontrées. Pour ce faire, il faudra préciser les termes et découvrir
ce qu'ils recouvrent. Ces clarifications nous amènent à décrire les lieux de marginalité
qui intéressent notre recherche. Mais au-delà des lieux, il faudra aussi aller à la ren-
contre des personnes marginalisées. Cette partie se terminera par la présentation des
pratiques existantes. Elles sont actuellement nombreuses dans les différents milieux

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