Albert Zegels vignobles et vins sur le Chemin de Saint Jacques de ...

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Publié le : mercredi 28 mars 2012
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Introduction

Lorsqu’on s’intéresse à un sujet à la fois historique et aux accents contemporains, la tendance
est souvent à développer avec emphase les faits dans le sens que l’on souhaite apporter à
l’histoire ou qui peut enjoliver et conforter notre propos.

Pour une quantité de bonnes raison, le Chemin de Saint Jacques de Compostelle nous
intéresse, nous attire, nous fait rêver, et le parcourir, aux dires des pèlerins, participe à donner
un sens à la vie.

Je n’ai pas parcouru le Chemin de saint Jacques. L’aspect religieux ne correspond pas à mes
convictions.
Par contre, son parcours, meublé d’anecdotes, d’événements historiques, de sites et de
monuments simples ou exceptionnels, de paysages naturels exceptionnels ou plus simplement
de lieux qui ont vécu le développement de la civilisation qui est la nôtre, me font imaginer ma
présence sur ces sentiers tantôt arides, tantôt suaves, tantôt secs brûlés du soleil, tantôt
ruisselants de pluie ou couverts de neige et de glace.

Un amoureux de la vigne et du vin ne pouvait que s’imaginer un lien étroit entre l’histoire,
l’aventure des pèlerins et la présence de la vigne sur ce long Chemin.

Alors, j’ai parcouru trop rapidement l’histoire de la vigne et du vin et j’en ai retenu les
éléments qui allaient dans le sens de ce que je voulais y trouver.

De ce fait, j’ai systématiquement occulté certaines réalités historiques qui auraient pu
minimiser l’impact de l’existence du Chemin de Compostelle sur l’histoire de la vigne et du
vin en Espagne.
J’ai voulu faire comme si la vigne arrivait dans ce pays au Moyen-âge, sans me préoccuper de
sa présence dans l’antiquité, en faisant comme si j’ignorais l’introduction de la vigne par les
1
Phéniciens et les Carthaginois, occultant le fait que des traces prouvent que les « Ibères »
èmeconnaissaient le vin dès le 6 siècle avant J.C., que l’extension de la consommation de vin et
l’installation de la culture de la vigne par les Grecs et ensuite les Romains n’étaient
qu’anecdotiques, oubliant que malgré les invasions barbares la vigne avait survécu chez les
Ibères et que l’occupation des Musulmans, de 711 après J.C. jusqu’à la longue
2
« reconquista » qui ne se terminera qu’en 1492 à Grenade , pourtant hostiles à l’alcool,
n’avait sans doute pas entravé l’extension de la vigne pendant tous ces siècles.

Pour moi, l’histoire de la première route du vin commençait avec le début de la reconquête,
coïncidant curieusement et peut-être très opportunément, avec la découverte vers l’an 813, du
tombeau de l’apôtre Saint Jaques en Galice.

Le Chemin de Saint Jacques de Compostelle fut donc la première route vitivinicole de
l’Histoire.

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De l’influence du Chemin de Saint Jacques sur la société

Le Chemin de Saint Jacques engendra un souffle d’air frais sur la Péninsule Ibérique.

Ainsi donc, après la chute de l’Empire Romain et les invasions des Barbares et des
ème
Musulmans, la péninsule au XI siècle était en pleine reconquête, la reconquista.

Pour l’Eglise, le Chemin de Compostelle fut une belle opportunité pour asseoir le
christianisme. Compostelle se transforma, tout comme Jérusalem et Rome en destination de
pèlerinage.



Les congrégations religieuses furent les premières à baliser la route, édifiant des monastères le
long du Chemin et ouvrant leurs portes pour offrir le gîte et le couvert aux pèlerins venus des
différents coins d’Europe.
èmeLes moines du XI siècle rencontrèrent, en parcourant la péninsule, des terres quasi
abandonnées en raison des sanglantes batailles de la reconquête.
Pour cette raison, le chemin était dangereux pour les hommes qui le parcouraient. Les routes,
les infrastructures, les activités comme l’agriculture et évidemment la viticulture, même là où
elle avait connu des heures de gloire sous l’Epire Romain, restaient très précaires.
C’est pour cette raison que la fameuse abbaye bourguignonne de Cluny se consacra plus
spécialement à équiper le Chemin. C’est aussi cela qui conduisit à l’édification d’églises,
d’ermitages, de monastères et d’auberges hôpitaux, à la réparation des chemins et des routes,
à la construction de ponts sur les rivières.

En même temps, l’édification des abbayes et des hôpitaux fut le moteur d’une
impressionnante explosion démographique. En effet, les constructions et les activités
artisanales qui les entouraient procuraient du travail pour des terrassiers, des maçons, des
tailleurs de pierre, des charpentiers, bref tous les métiers liés à la construction et à
l’édification des routes et des ponts.
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La présence de ces populations induisait l’implantation de petits hameaux proches des
monastères, prémices des villages et des villes actuelles. Les habitants se mirent aussi à
l’agriculture et à l’élevage, utilisant les techniques des ordres religieux, amenées des autres
pays pour enrichir les pratiques traditionnelles locales.

A l’origine, les jardins des monastères étaient le seul garde-manger des pèlerins.

Parmi les produits de la terre, la vigne et le vin prirent très rapidement une importance
considérable.
Pour les moines, la pratique du travail manuel était un des préceptes principaux. Le travail des
champs était un des fondamentaux. Entre « ora et labora, prière et travail», les religieux
élaboraient aussi le vin.

Et il ne manquait pas de bras forts pour les aider. La croissance démographique importante fit
que tous les jours, des hommes cherchant du travail frappaient aux portes des abbayes.
Les moines déléguèrent bien vite le travail de la vigne à ces nouveaux arrivants. C’était un
travail qui demandait une énorme dépense de forces physiques. Avec la seule aide de la houe,
le premier travail consistait à débroussailler le sol et à le labourer.

Le fait que les communautés de moines étaient constituées de membres plus instruits que les
paysans, les institua en foyers de diffusion de techniques et de pratiques de l’exploitation de la
terre plus novatrices. Les moines, plus ouverts à l’innovation apportèrent l’assistance
technique la plus efficace et gratuite pour le monde de l’époque.

En même temps que le gigantesque et perpétuel travail des hommes qui plantaient et
diffusaient la vigne dans les zones proches du Chemin de Saint Jacques, le développement des
monastères atteint une dimension exceptionnelle.



En matière de viticulture, parmi les techniques importées par les ordres religieux, on sait que
pour l’obtention de nouveaux ceps de vigne, ils perfectionneront le système défini par
l’expression locale « echar mugrones » ce qui signifie « lancer des marcottes » ou
« provigner ». L’opération consiste à enterrer les sarments inférieurs ou provins, sans les
détacher de leur cep pour leur faire prendre racine. Une fois que le sarment a vu le
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développement de ses racines accompli, on le sépare du cep mère. Ensuite, on liait les
marcottes à un échalas pour permettre l’enracinement et le développement définitifs. Et ainsi
successivement, de cep à cep, pour renouveler ou étendre le vignoble.

Pour la vinification, ce sont aussi les moines qui apprirent à maîtriser les transvasement, c'est-
à-dire passer d’une cuve à une autre pour décanter le vin. Ils apprendront à filtrer le vin
trouble avec un peu de sable ou des œufs. Ils découvriront l’utilisation de différentes variétés
de vignes et poseront les bases de la vitiviniculture moderne.

Ce qui est certain, c’est que de nombreux monastères et hôpitaux du Chemin de Saint Jacques
détenaient depuis les temps les plus anciens de leur édification, des vignobles importants.
Le plus connu des « vins de moines » sera, bien plus tard, celui de Don Pérignon qui sera à la
ème
base des vins de Champagne à la fin du XVII siècle.

Du vin … pour qui, pourquoi ?

Le vin n’était pas seulement réservé aux moines. Les gens de condition plus humble, les
paysans, les artisans buvaient du vin en abondance et pas seulement à l’occasion des fêtes et
des distractions. Et nous ne parlons pas ici de la noblesse ni de la haute bourgeoisie mais des
pèlerins et des personnages qui gravitent autour du Chemin.

La généralisation de la consommation du vin au moyen âge était aussi le résultat des
croyances en ses vertus thérapeutiques et médicinales. Les gens de l’époque buvaient de l’eau
avec beaucoup de méfiance en raison de son insalubrité généralisée.

La vérité est qu’il ne manquait pas de motifs de consommer du vin.

Quatre raisons rendaient nécessaire la présence de vin dans les lieux de prière : la
célébration de l’eucharistie, les malades hospitalisés, les très nombreux pèlerins hébergés, la
consommation des moines…
Saint Benoit, conscient des vertus du « breuvage sacré », recommandait à ses frères en
èmereligion d’en consommer avec raison, au cours des repas monastiques (73 règle,
ème
capitulaire du 6 siècle). Il préconisait la valeur d’une « hémine » afin qu’ils restent
toujours au mieux de leur forme, « digestes et alacres », au prétexte que « Mieux vaut prendre
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un peu de vin par nécessité que beaucoup d’eau par avidité ».

Quant à la valeur d’une « hémine », celle-ci a toujours été l’objet de contestations. En 1667,
une savante « Dissertation sur l’hémine de vin », de plus de 350 pages a été rédigée par Dom
Claude Lancelot. Elle varierait d’un tiers de litre à un litre et quant à sa consommation, Saint
Benoit accepte qu’elle soit dépassée en certaines circonstances comme un climat
excessivement sec, la pénurie d’eau, les durs travaux des champs, l’ardeur de l’été …
Réalité ou opportunisme ?

En ce qui concerne la consommation des pèlerins, celle-ci est illustrée par le refrain qui
clamait : « con pan y vino se anda el Camino » que l’on peut traduire par : « avec du pain et
du vin, on mène à bien le Chemin ».

Au-delà de la traduction littérale des mots, cette ritournelle a deux significations, aujourd’hui
encore.
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D’abord, le pain et le vin constituaient l’alimentation de base de tous les pèlerins quasi à
l’exclusion de toute autre nourriture, même si quelques plats populaires, de fromages et de
viandes en salaisons, et le « caldo » bouillon traditionnel, semblent s’être transmis jusqu’à
nous.
Mais, aujourd’hui, dire que l’on se nourrit de pain et de vin pendant le voyage signifie « se
contenter de peu, du minimum », pour mener une telle expédition. C’est une manière
d’exprimer la volonté de faire une sorte de renonciation provisoire à la débauche de la
consommation de biens de l’ère moderne. Cette philosophie accompagne souvent le pèlerin
moderne.

Le vin sera donc toujours un protagoniste de la vie du Chemin.
Nous l’avons vu, que se soit pour sa valeur religieuse car il est utilisé durant la consécration
comme symbole du sang du Christ, ou que ce soit pour sa valeur reconstituante après les
longues étapes des pèlerins ou encore pour ses propriétés médicinales, le vin était un des biens
les plus appréciés.



Vérités ou non, tout au long du Chemin, on pouvait entendre … et on entend encore
aujourd’hui mille et une histoires de miracles et d’autres aventures liées au vin.
L’une d’elle raconte qu’un pèlerin gravement malade fut sauvé par le vin des Hospitaliers de
Pomerol en France. Après ce miracle, le pèlerin décida de s’établir viticulteur sur le Chemin
et d’exercer ainsi une difficile forme de sacerdoce.

Ces milliers de pèlerins qui traversaient les Pyrénées chaque année pour atteindre leur objectif
apportaient dans leurs besaces une quantité impressionnante de nouvelles connaissances et
d’expériences.

ème èmeClairement, le Chemin de Saint Jacques de Compostelle constitua entre les XI et XVI
siècles principalement, un phénomène d’échange d’informations dans tous les domaines.

La part économique de cette prospérité n’aurait pas pu être possible sans la révolution
commerciale des marchés médiévaux.
Les étapes de repos du Chemin se convertirent en un bouillonnement de commerçants, de
travailleurs et de pèlerins.
Une tour de Babel au centre de laquelle le vin devint aussi une monnaie d’échange.
L’influence du Chemin sur le vin est donc bien une réalité. En règle générale, le puissant
mouvement engendré par le Chemin de Saint Jacques fut une véritable révolution
commerciale pour la Péninsule.
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Avec les pèlerins arrivèrent une multitude de marchands, d’échangeurs, de musiciens, de
conteurs et d’autres personnages qui constituèrent le moteur de l’évolution économique de la
région.

Partout dans les villages, un jour de la semaine fut consacré à l’échange des marchandises par
les paysans des environs pour offrir leurs productions aux pèlerins de passage. Des foires et
des marchés se généralisèrent.

Il n’est pas facile d’évaluer aujourd’hui ces échanges mais le « Centre Européen d’Etudes
Compostellanes » de Paris a évalué entre 250.000 et un demi-million, le nombre de pèlerins
qui parcouraient annuellement le Chemin durant les siècles de splendeur de celui-ci, c’est-à-
ème ème
dire du XII au XV siècle.

En ce qui concerne la vigne et le vin, il semblerait que ce soient d’abord les moines
cisterciens qui édifièrent le Monastère de Valbuena et les moines bénédictins de Cluny en
Bourgogne qui apportèrent avec eux les méthodes de culture de la vigne et d’élaboration des
vins déjà appliquées en France.
Quant à Sahagun, son monastère est connu pour avoir été toujours entouré de vignes. En 1085,
sur la base d'une petite colonie, avait été fondée cette communauté dans une petite ville de
marché, qui, avec des privilèges royaux a exercé une grande attraction pour les pèlerins.
Sahagún fut l'abbaye la plus puissante sur le Chemin, qui, même, frappait sa propre monnaie.
Ses biens (y compris la compétence), s’étendait de Guadarrama (aujourd’hui dans la
Communauté de Madrid) jusqu'à la mer Cantabrique. 50 à 100 monastères dépendants, un
scriptorium important et une auberge de grand pèlerinage ont également appartenu à l'abbaye.
Selon le rapport d’un témoin oculaire de l’époque dans la littérature, l’auberge était de 60 lits,
disposait d’un magasin de grains de blé de 2000 fanegas = 111 000 L = 111 m3, et du fameux
« Cuba de Sahagún », le célèbre tonneau de vin géant de Sahagún.

L’intense vitalité de la route jacobine fit beaucoup pour la viticulture. A cette époque
commencèrent à se dessiner les zones viticoles aux personnalités les plus différenciées.
C’est sur ce chemin que nous retrouvons des régions vinicoles très importantes d’Europe, le
Rhin, la Bourgogne, Bordeaux, et en Espagne, La Rioja, la Navarre, El Bierzo, Valdeorras et
Ribeiro.


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La production, avec le temps arriva à dépasser la simple consommation grâce à l’influence de
ce commerce débutant qui fit que les différentes zones entrèrent en compétition en raison de
la demande croissante. Aristocratie et bourgeoisie amplifièrent aussi la demande. Les abbayes
cherchèrent également à tirer profit de leurs productions agricoles, en particulier du vin et du
blé puisque les débouchés se pointaient.

Le marché du vin fit l’objet de minutieuses réglementations depuis les versions les plus
anciennes de la règle générale des cisterciens.
Les monastères en arrivèrent rapidement à créer la charge de « mercator », l’acheteur, moine
ou convers à la charge des échanges et qui, pour cette raison était un personnage que l’on
rencontrait fréquemment dans les foires et les marchés.
Ces acheteurs contribueront à l’extension de la consommation de vin. En effet, ce sont eux qui
harcelaient les viticulteurs pour qu’ils approvisionnent le marché de quantités croissantes de
vin, à la demande des riches bourgeois ou comme monnaie d’échanges.
Mais le vignoble ne resta pas seulement aux mains du clergé. La noblesse et les bourgeois
possédaient des vignobles, principalement pour leur propre approvisionnement. Mais,
rapidement, en raison de l’augmentation de la demande, tant sur les marchés locaux que pour
approvisionner les bourgs ou pour l’exportation vers des régions lointaines d’Europe du Nord,
le vignoble et le vin prirent une importance considérable dans l’économie.


Les appellations du Chemin de Saint Jacques

ème ème
Ainsi, tout commença avec la création des premiers monastères aux XI et XII siècles.
Sur son parcours sur les terres espagnoles, le Chemin de Saint Jacques jeta les bases
d’excellentes zones viticoles comme la Navarre, la Rioja, la Ribeira del Duero, le Bierzo,
Valdeorras, Ribeiro et les Rias Baixas. De l’autre côté des Pyrénées, le long du chemin, on
pouvait rencontrer les prestigieuses régions viticoles du Rhin, de la Bourgogne et de
Bordeaux.

Aujourd’hui, dans la péninsule, de nombreuses bodegas, les caves, de ces différentes
appellations font référence à ce fait aussi bien pour leurs vins que pour leurs installations et
ème
leurs localisations. Le pèlerin du XXI siècle peut encore contempler sur des chapelles, des
retables ou des chœurs d’églises et de monastères, de nombreuses scènes en relation avec le
vin ou la vigne.

Dès l’entrée en Navarre, on pouvait rencontrer des vins dont les références figuraient déjà
4
dans le Codex Calixtinus , « premier guide touristique » rédigé il y a 900 ans, louant les crus
des vins d’Estella. On peut y lire que Estella “es fértil en buen pan, óptimo vino, carne y
pescado, y llena de toda suerte de felicidades” ce qui se traduit pas « Estella est fertile en bon
pain, vin parfait, viande et poisson, et remplie de toutes sortes de bonheurs ».
Egalement en Navarre, on trouve encore le monastère et les bodegas à Irache. On sait, par
exemple qu’après que Sancho el de Peñalen, roi de Pamplone eut donné en 1060 les terres de
Ayegui à l’abbaye Nuestra Señora de Irache, son abbé se mit d’accord avec les habitants en
1083 pour que chacun de ceux-ci fournisse au monastère comme contribution, une quantité
déterminée de vin.


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Les bodegas Irache ont installé aujourd’hui une fontaine avec deux flûtes. L’une délivre de
l’eau aux pèlerins, l’autre du vin.
Une céramique invite ainsi : « Peregrino si quieres llegar a Santiago con fuerza y vitalidad,
de este gran vino echa un trago y brinda por la felicidad «
« Pèlerin, si tu veux atteindre Saint Jacques avec force et vitalité, bois une gorgée de ce
grand vin et trinque au bonheur ».
Si cette fontaine aujourd’hui ne délivre pas un « grand vin » et joue surtout sur l’aspect
mercantile du Chemin, elle n’en est pas moins un témoignage de la présence du vin en ces
lieux depuis des temps mémorables.



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L’histoire de la vigne et du vin dans La Rioja remonte à la plus haute antiquité. Elle est bien
antérieure à l’époque Romaine. Il est clair que cette époque romaine participa aussi à son
développement. A partir du Moyen-âge, il existe une base écrite qui permet de suivre cette
histoire. En 1063, dans le relevé de population de Longares, on trouve l’imposition aux
habitants de cette localité d’une charge ou d’une servitude en faveur du monastère de San
Martin de Albelda de « dos dias de arar, dos dias de cavar, dos dias de entrar, dos dias de
cortar y un dia de vendimiar, … deux jours à labourer, deux jours à bêcher, deux jours à
5
rentrer, deux jour à tailler et un jour à vendanger » . A partir de là, les témoignages écrits
abondent.
Dans la Rioja encore, on peut voir sur l’antique façade de l’église de l’hôpital des pèlerins de
San Juan de Acre de Navarrete, deux pèlerins buvant à des outres de vin.


En ce qui concerne vignobles et vins de la Ribera del Duero, on peut supposer, comme le
6confirme Columelle , que les crus de la Ribera del Duero furent similaires à ceux des autres
régions de la Péninsule Ibérique à l’époque romaine, encore que ces vins devaient présenter
quelques particularités, dans la mesure où le vin fut un modèle d’ornementation de mosaïques
dans le centre de la péninsule alors qu’il n’apparaît pas dans d’autres régions. Tout indique
que le vin est lié culturellement à la Castille depuis l’antiquité et tout particulièrement quant
elle devint un royaume. Ainsi, le vin ne fut pas seulement important dans l’économie de la
région, mais aussi motif d’idéalisme religieux. C’est dans la région de la Ribera del Duero que
se situe Nuestra Señora de la Vid – Notre Dame de la Vigne, une des plus belles sculptures en
pierre de la Vierge au monde, et qui devait être la patronne de ces vins renommés dans le
monastère qui porte son nom.

Peu d’informations circulent sur l’histoire lointaine de l’appellation El Bierzo, sinon que le
vignoble y était déjà présent à l’époque romaine et que les monastères du Moyen-âge
contribuèrent à son extension et à sa renommée, en particulier par le cépage roi de la région,
le Mencia. On rapporte cependant que dans l’Hospederia de Foncebadon, le chargé de
l’assistance aux pèlerins, le moine Gaucelmo, distribuait comme menu réglementaire le vin de
El Bierzo. De Foncebadon, il ne reste aujourd’hui qu’un petit hameau, en raison de son
isolement géographique.

Il est très probable que Valdeorras, qui signifie littéralement Vallée de l’or, soit le premier
endroit où l’on produisit du vin en Galice. Après que les Romains eurent exploité l’or des
gisements locaux, les garnisons plantèrent des vignes et leurs vins étaient reconnus dans le
monde latin.
Les vignobles passeront ensuite aux mains de l’Eglise et connaîtront un véritable âge d’or au
Moyen-âge. La première note écrite faisant référence à l’existence de vignes à Valdeorras est
un document daté du 19 octobre de l’an 940.

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