Bd. 21 (1958-1961), Avant-propos et Introduction

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Bd. 21 (1958-1961), Avant-propos et Introduction I. Avant-propos L'objectif de la collection de Documents diplomatiques suisses est à la fois scientifique et pratique. Il s'agit, dans l'esprit de ceux qui en assument la res- ponsabilité, de mettre à la disposition des chercheurs et des praticiens, les sources officielles utiles pour la reconstitution et pour la compréhension de l'histoire de la politique étrangère de la Suisse, d'un Etat neutre mais profon- dément impliqué dans le système politique international.
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Publié le : mardi 27 mars 2012
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Source : dodis.ch
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Bd. 21 (19581961), Avantpropos et Introduction I. Avantpropos L’objectif de la collection deDocuments diplomatiques suisses est à la fois scientifique et pratique. Il s’agit, dans l’esprit de ceux qui en assument la res ponsabilité, de mettre à la disposition des chercheurs et des praticiens, les sources officielles utiles pour la reconstitution et pour la compréhension de l’histoire de la politique étrangère de la Suisse, d’un Etat neutre mais profon dément impliqué dans le système politique international. Placée sous le patronage de l’Académie suisse des sciences humaines et sociales qui a pris, depuis janvier 2000, le relais du Fonds national suisse de la Recherche scientifique dans le financement de la recherche, notre entreprise reçoit, en plus de la collaboration des Archives fédérales et des universités, l’appui du Département fédéral des Affaires étrangères et du Fonds national suisse de la recherche scientifique. Une Commission pour la publication de do cuments diplomatiques suisses, comprenant des représentants des instituts d’histoire des Universités et Hautes Ecoles suisses, des Archives fédérales, du Département fédéral des Affaires étrangères, de l’Académie suisse des sciences humaines et sociales et du Fonds national de la recherche scientifique, assume la responsabilité de la publication. Une convention de collaboration a été signée avec le Département fédéral des Affaires étrangères en vue d’assurer des échanges fructueux entre notre équipe de recherche et les services diplomati ques concernés par les dossiers que nous contribuons à rendre accessibles à la connaissance historique. Une première série de 15 volumes, couvrant la période 18481945, a été publiée sous le patronage de la Société générale suisse d’histoire entre 1979 et 1996. Avant même que le dernier volume de cette série ne soit sorti de presse, la décision a été prise de poursuivre la recherche et la publication pour une nouvelle période 19451961, correspondant à «l’ère Petitpierre», du nom du Conseiller fédéral en charge de la diplomatie suisse du 1er février 1945 au 30 juin 1961. Cette période est caractérisée par un élargissement considérable des relations internationales et par leur transformation sous l’influence déter minante des deux Grandes Puissances, par la multiplication des acteurs résul tant du processus de décolonisation et par la prise en compte de nouveaux domaines d’action, traduisant l’internationalisation croissante de la vie écono mique, sociale, culturelle et technique. Autant de développements qui posent de nouveaux défis à la diplomatie suisse qui ne cesse d’augmenter ses repré sentations diplomatiques et ses services internes. Autrement dit, on assiste à une augmentation considérable des dossiers dont notre équipe restreinte de chercheurs, recrutés dans différentes universités du pays, doit rendre compte dans son travail d’édition. Confrontée aux problèmes communs à tous les éditeurs de «papiers d’Etat» pour sélectionner un nombre très limité de documents significatifs dans la masse sans cesse croissante des dossiers d’archives, la commission s’est pro posée de recourir aux techniques de l’informatique. A cet effet, la banque de données DODIS – accessible sur Internet par www.dodis.ch – a été mise au point en étroite collaboration avec les informaticiens de l’Office fédéral de l’informatique et ceux des Archives fédérales. DODIS a été conçue à la fois pour la publication des documents dans les six volumes prévus et pour rendre ac cessible une quantité toujours plus importante de documents originaux sous forme électronique. La banque de données fournit d’amples informations sur les personnes (suisses et étrangères), les organisations (structures administra
tives, associations professionnelles, partis politiques, groupes d’intérêts et au tres sociétés ou entreprises) et sur les lieux géographiques (pays, villes, confé rences, accords) qui apparaissent dans les documents publiés ou nonpubliés. Les documents sélectionnés proviennent des Archives fédérales où sont conservés les actes du Parlement, du Gouvernement et des départements fé déraux (ministères). La Suisse ayant un gouvernement collégial, toutes les décisions de quelque portée relèvent du seul Conseil fédéral. De plus, les divers départements et offices sont concernés par l’un ou l’autre aspect de la politique étrangère de la Suisse. Il s’ensuit que les documents publiés ne reproduisent pas uniquement les actes du Département fédéral des Affaires étrangères; une part appréciable des textes provient des actes du gouvernement luimême – ainsi les procèsverbaux des séances et des décisions du Conseil fédéral – de divers départements ou d’offices spécialisés, ou encore de délégations et de commissions spéciales qui ont transmis des rapports au gouvernement, sans oublier des lettres de personnalités officielles ou exerçant des fonctions semi officielles, voire de représentants d’institutions privées. La collection ne vise pas à documenter l’ensemble des événements exté rieurs intéressant la Suisse ni à reconstituer toute l’évolution de la politique étrangère de la Confédération. Elle s’attache plutôt à illustrer les traits essen tiels de la politique extérieure suisse dans ses diverses dimensions ainsi que les conceptions et les données fondamentales des relations internationales. Ont été retenus pour la publication d’abord des textes qui font saisir l’orientation générale de la politique extérieure suisse ou qui ont pu déterminer, à un mo ment donné, cette orientation; ensuite des textes qui montrent le rôle de la Suisse dans la politique internationale ou qui éclairent son attitude face à tel événement ou face à tel problème; des rapports, des analyses de situation qui contiennent des informations originales ou qui reflètent le point de vue du neu tre sur des événements importants; enfin, des instructions, des avis, des noti ces et des correspondances qui sont indispensables à la compréhension de telle ou telle affaire, notamment du processus de décision et du rôle des acteurs. Les documents sont présentés dans l’ordre chronologique. Afin d’en faciliter la consultation thématique, on a établi une table méthodique dont une version en français et une en allemand sont publiées. Elles sont divisées en chapitres thématiques (celui sur les relations bilatérales est organisé par ordre alphabé tique) et comportent des résumés succincts. En outre, on trouve des index des noms de personnes, des organisations (hormis les structures administratives) et des noms géographiques. Des organigrammes en fin de chaque volume fournissent des renseigne ments sur la structure administrative et sur la représentation diplomatique de la Suisse à l’étranger et des pays étrangers en Suisse. En règle générale, les documents sont publiés intégralement et dans leur langue d’origine. Les passages supprimés sont indiqués par des points de sus pension entre crochets; une note en donne parfois l’essentiel. Les formules de salutations ont été supprimées, sauf dans le cas où elles paraissent avoir une signification particulière. La partie rédactionnelle est écrite dans la langue du document choisi, soit en français, en allemand et en italien. Elle se distingue du texte du document luimême reproduit en caractère romain, par l’emploi de l’italique. Les passa ges soulignés ou en caractères espacés du document original sont également rendus par l’italique. Les interventions de la rédaction à l’intérieur du document figurent entre crochets. L’orthographe et la ponctuation ont été modifiées sans autre dans les cas de fautes évidentes ou pour unifier l’écriture à l’intérieur du texte.
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L’entête des documents comprend les éléments suivants: la cote d’archives, le numéro de référence de la banque de données DODIS, le titre rédactionnel – pour les auteurs et les destinataires des documents, on indique soit les noms et les initiales des prénoms des personnes avec leur fonction, soit les administrations et les services concernés –, la qualification du texte (copie, minute) dans le cas où l’on n’a pas pu reproduire l’original, le genre du docu ment, sa date et son lieu de rédaction. En outre, lorsque ces indications appa raissent sur l’original, l’entête peut comprendre encore: le degré de classifica tion (confidentiel, secret) ou d’urgence du document, son numéro d’ordre, les initiales (ou le paraphe) du rédacteur et du secrétariat, l’objet du texte repro duit. Quand il est repris littéralement, le titre du document luimême est rendu enPETITES CAPITALES DE CARACTÈRE ROMAIN. L’appareil critique est délibérément limité. Les notes visent avant tout à corriger les inconvénients de l’indispensable sélection en fournissant notam ment des références aux documents non publiés, aux documents enregistrés dans la banque de données et aux imprimés officiels que le lecteur voudrait pouvoir consulter. Dans la mesure du possible, il est fait renvoi aux documents mentionnés dans les textes publiés, sauf dans les cas où leur contenu ressort suffisamment du document. La formule «non reproduit», sans indication de provenance, signifie que les documents en question figurent dans les mêmes dossiers que le texte reproduit. Lorsqu’un document présumé important a fait l’objet d’une recherche approfondie qui aboutit à un résultat négatif, on l’indique par la formule «non retrouvé». Quant à l’indication DODIS, suivie d’un numéro, elle renvoie soit à des documents reproduits dans la banque de don nées, soit à des références à des sources. Par la publication de cette nouvelle série de volumes et l’établissement d’une banque de données sur les relations internationales de la Suisse, les éditeurs souhaitent, tout en contribuant à la connaissance des enjeux et des problèmes internationaux qui se sont posés au gouvernement et au peuple suisses depuis 1945, fournir des points de repère fondamentaux à tous ceux qui se préoccupent – citoyens, chercheurs, analystes, journalistes – ou qui sont en charge – magistrats, fonctionnaires, diplomates, parlementaires – de la formulation et de la conduite de la politique étrangère. Genève, Berne, février 2001 Commission nationale pour la publication de documents diplomatiques suisses JEANCLAUDE FAVEZ,Président CHRISTOPH GRAF,Viceprésident
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II. Introduction er Par la publication de ce volume 21 (1 mars 195830 juin 1961) s’achève la période dite Petitpierre, du nom du chef du Département politique fédéral (DPF) qui a conduit la politique étrangère de la Suisse de février 1945 à fin juin 1961. Contrairement à la période précédente, marquée par un espoir de pacifi cation des relations internationales, concrétisé par des gestes significatifs de détente entre Grandes Puissances dont le sommet des Quatre Grands à Genève en été 1955, les années 19581961 connaissent en plus des crises frontales entre les deux blocs d’abord au sujet de Berlin, puis de Cuba, de grands boule versements résultant de la décolonisation accélérée du continent africain. La guerre d’Algérie en constitue le chapitre le plus complexe et le plus sanglant. Quant à l’indépendance du Congo belge, elle interpelle la communauté interna tionale, pressée par les autorités congolaises d’intervenir pour aider le nouvel Etat à maintenir l’ordre intérieur et son intégrité territoriale. Ces événements ont constitué autant de défis pour la diplomatie suisse; ils offrent aussi des occasions à saisir pour mettre en évidence une politique de neutralité fondée sur l’objectif cardinal de sauvegarder une marge de manœu vre indépendante entre les grandes constellations de Puissances; dans un contexte de polarisation des forces et de rivalités entre Moscou et Washington, la diplomatie suisse est soucieuse d’éviter l’isolement du pays, notamment par rapport à la dynamique de l’intégration européenne, qui franchit une étape er importante avec la mise en place du Marché commun au 1 janvier 1959. Dans le présent recueil, mais aussi de façon plus ample dans la base de données, sont reproduits des documents qui traduisent les réflexions menées au sein du Conseil fédéral non seulement sur la situation internationale, mais surtout sur les défis auxquels la Suisse doit répondre, qu’il s’agisse des rela tions avec les Nations unies, les institutions européennes – Conseil de l’Europe, OECE, CEE, création de l’AELE et de l’OCDE – ou encore des relations à établir avec les nouveaux Etats et de l’assistance technique aux pays «sous développés»; il convient aussi d’y ajouter la question de la coopération scienti fique internationale, en particulier dans le domaine de la recherche atomique, dont un des objectifs, celui de la défense nationale, est l’objet d’échanges de points de vues au sein du collège gouvernemental qui ne reflètent pas l’unanimité. Par rapport à toutes ces questions d’actualité à l’époque et souvent de pre mière importance pour l’avenir du pays, il revient au chef du DPF de solliciter de façon insistante l’avis de ses collègues; il leur soumet des exposés et des papiers de synthèse, tant il est convaincu, comme il l’écrit dans un exposé du 15 avril 1959, que «le Conseil fédéral fasse le point et cherche à former une opinion sur des questions générales qui sortent du cadre des affaires couran tes, ainsi que sur les méthodes de travail à appliquer, dans la mesure où elles ne répondent plus aux exigences actuelles»(Doc. N° 37).Il invite même ses collègues à consacrer une séance extraordinaire «à une discussion sur l’ensemble de ces problèmes». Nous avons retenu certains de ces échanges au sein du Conseil fédéral qui montrent que si sur certains aspects particuliers, notamment sur les relations avec l’Europe communiste et par rapport à l’intégration européenne les avis divergent, c’est l’unanimité qui domine, que ce soit sur la question de la nonadhésion à l’ONU ou sur l’affirmation de la neutralité: «Le Conseil fédéral n’a aucune raison de s’écarter de la ligne politi que qu’il a suivie depuis la fin de la guerre. La neutralité reste entièrement valable. Elle a sans doute perdu en grande partie sa raison d’être sur le conti nent européen, en raison de la division actuelle du continent, entre une Europe 4
occidentale dont la Suisse fait partie et une Europe orientale. En revanche, elle a trouvé de nouvelles raisons d’être sur le plan mondial. Nous devons la ren forcer en rendant des services chaque fois que nous en avons l’occasion» dé clare Petitpierre à ses collègues, le 23 mai 1958, qui conclut que «la Suisse doit rester indépendante et disponible»(Doc. N° 5). Il y a aussi unanimité du Conseil fédéral dans la reconnaissance du fait que «la Suisse est trop petite pour prendre une initiative en vue d’un règlement pacifique du conflit mondial qui puisse avoir une quelconque chance de succès» (discussion interne du 25.10.1960, Doc. N° 102).Durant la période prise ici en considération, la Suisse saura justement sai sir des occasions pour démontrer qu’être neutre ne signifie pas observer passi vement ce qui se passe ou attendre que l’orage extérieur se soit calmé, mais au contraire que le Conseil fédéral peut offrir ses bons offices, comme dans le cas du conflit algérien; ce dernier constitue une de ses plus brillantes presta tions au règlement d’un douloureux conflit. Les circonstances de l’arrivée au pouvoir du Général de Gaulle, l’évolution de la situation en Algérie même, les préparatifs diplomatiques et techniques des entretiens francoalgériens qui aboutiront en mars 1962 aux accords d’Evian sont largement documentés. Les comptes rendus de l’Ambassadeur de Suisse à Paris, Pierre Micheli, sur ses entretiens avec les dirigeants français, notamment avec le Général de Gaulle et Michel Debré, fournissent des éclaira ges pertinents sur les vues des responsables français à propos des «évène ments d’Algérie», rapportés de première main, notamment par le Consul de Suisse à Alger, Henri Voirier; d’autres rapports présentent des points de vue originaux de dirigeants français sur l’avenir de l’intégration européenne, mais aussi les incertitudes de la position française à l’égard des institutions récem ment créées. Certes, avec la France, il y a d’autres enjeux, notamment com merciaux et financiers, mais aussi le pénible et insoluble contentieux sur l’engagement de jeunes gens suisses dans la Légion étrangère, y compris le sort des déserteurs, certains ayant été témoins de pratiques de la torture à l’encontre des nationalistes algériens, dont les récits choquent l’opinion suisse; cette question provoque des tensions entre Berne et Paris, en plus de l’accueil jugé trop tolérant par les autorités françaises d’activistes algériens, soutenus par des opposants français et suisses à la guerre d’Algérie. La crise qui éclate au Congo dès son accession à l’indépendance, en juillet 1960, va fournir à Berne l’occasion d’illustrer avec une ampleur inédite depuis la deuxième guerre mondiale sa «neutralité active». En effet, la Suisse, non membre des Nations unies, est fortement sollicitée par le Secrétaire général des Nations unies à l’assister dans ses efforts pour entretenir des services vi taux de l’administration congolaise, tout en faisant acheminer par Swissair des vivres et des techniciens dans différentes parties de cet immense territoire. On est frappé de la rapidité avec laquelle le Conseil fédéral a réussi à mettre des ressources et des compétences à disposition de ce qui peut être considéré comme la première grande intervention humanitaire en Afrique. Certes, les intérêts suisses étaient importants au Congo: mines et infrastructures hydrau liques; résidents helvétiques, qu’ils soient commerçants, techniciens, médecins ou missionnaires. Si, dans ces deux crises qui affectent les relations internationales, le Conseil fédéral s’est rallié aux propositions de Max Petitpierre pour qui il était important de prendre des risques au service de la communauté internationale comme cela avait déjà été le cas, en participant à la Commission de surveil lance des nations neutres pour l’armistice en Corée depuis 1953, c’est qu’il s’agit de légitimer le maintien d’une politique de neutralité dans sa dimension
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universelle; en se montrant solidaire de l’ONU, sans en faire partie, mais aussi de l’Europe, sans se lier aux objectifs politiques des institutions européennes. En ce qui concerne l’organisation de l’Europe, les textes proposés rendent compte des nombreux tâtonnements de la politique d’intégration des Puissan ces européennes ellesmêmes. En effet, si la mise en œuvre du Marché com mun devient une certitude à la fin de 1958, l’échec de la négociation entamée en 1957 en vue d’instaurer une grande zone de libre échange entre les Six Etats signataires des Traités de Rome, et les autres Etats de l’OECE, irrite par ticulièrement Berne, qui avait placé ses espoirs dans cet ambitieux espace éco nomique de 18 Nations, destiné à éviter une division de l’Europe non commu niste. Certes, l’idée d’un aménagement spécifique des relations économiques avec la nouvelle CEE est présente dès 1957 dans les esprits des dirigeants suisses, tant sont intenses les relations commerciales avec la plupart des Six. En outre, certains d’entre eux estiment, en faisant référence à la neutralité, que la Suisse doit se garder de prendre part à une nouvelle division entre Eu ropéens, en favorisant la création d’un groupe à partir des NonSix qui s’opposerait aux Six. Finalement, la Suisse s’associe aux initiatives britanni ques et scandinaves qui aboutissent à la création d’une petite zone de libre échange entre sept Etats industriels de l’OECE; après plusieurs phases de né gociations en 1959, la convention établissant l’Association européenne de libre échange (AELE) est signée à Stockholm, le 4 janvier 1960. Cette étape ouvre le chapitre complexe des relations entre les deux grands groupements économi ques européens qui connaîtra nombre de rebondissements tant il est vrai que chacun des pays membres veille en priorité à la sauvegarde de ses intérêts particuliers: il y a surtout les deux grandes puissances qui prétendent au lea dership européen – la France et la GrandeBretagne – dont les desseins avoués ou secrets provoquent troubles et raidissements aussi bien parmi les membres de la CEE que parmi ceux de l’AELE. La fluidité des positions des divers gou vernements européens à l’égard des institutions existantes ou naissantes crée une incertitude qui plane sur les formes de l’organisation future de l’Europe. La perception de ces «variations» européennes incite les dirigeants suisses à ré évaluer constamment leur propre position et à légitimer une politique d’attente face au dilemme «neutralitéintégration» qui est évoqué de façon récurrente. Un autre enjeu dont l’importance s’affirme durant la période prise ici en considération, c’est «l’aide aux pays sousdéveloppés». La décolonisation de plusieurs pays en Asie et en Afrique représente un défi d’autant plus grand que l’on dénote une «offensive économique engagée par l’URSS et ses satellites et, dans une moindre mesure pour le moment, par la Chine, dans les pays sous développés d’Asie, d’Afrique et de l’Amérique latine»(Doc. N° 37). La Suisse ne devrait pas se limiter à envoyer quelques experts dans les pays qui l’ont sollicitée, mais elle devrait contribuer à former l’élite intellectuelle, administra tive et culturelle de ces nouveaux Etats. Le Service de l’assistance technique, auparavant intégré à l’Office fédéral de l’Industrie, des Arts et Métiers et du Travail (OFIAMT) du Département fédéral de l’Economie publique, est transféré er au DPF le 1 janvier 1960; en plus, le Conseil fédéral décide en avril 1961 la création du poste de Délégué à la coopération technique, confié à Hans Keller. Ces innovations administratives reflètent l’importance accordée au Tiers Monde dans la politique extérieure du pays. La coopération technique avec les nou veaux Etats ne venaitelle pas d’être reconnue comme un nouvel enjeu priori taire de la politique mondiale dans le cadre des négociations qui ont conduit à la création de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à Paris, le 14 décembre 1960, par les 18 Etats de l’OECE auxquels les EtatsUnis d’Amérique et le Canada se sont associés; la Suisse y prit une part
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active en dépit des risques que sa participation pouvait impliquer pour sa neu tralité. Dans un contexte de guerre froide, marqué par plusieurs crises et tensions diverses, la politique de sécurité préoccupe fortement le gouvernement fédéral. En plus de la question récurrente de la vente et de l’achat de matériel de guerre, opérations qui interpellent constamment la politique de neutralité, le Conseil fédéral consacre des débats intenses et controversés à l’achat d’avions «Mirage», âprement négocié avec la France, mais aussi de chars «centurion» à l’Afrique du Sud. Il y a surtout la décision, rendue publique en juillet 1958, d’envisager la possibilité de doter la défense du pays d’armes nucléaires. Cette déclaration suscite non seulement un mouvement d’opposition au sein de l’opinion qui conduira finalement à l’abandon de ce projet, mais aussi une réac tion directe de l’URSS qui ne cache pas sa réprobation d’une décision que Mos cou interprète comme un abandon de la neutralité suisse. Pour les Soviétiques, le gouvernement fédéral aurait nettement choisi le camp impérialiste! Sur le plan de la défense, il y a aussi de nombreuses mesures internes pri ses par le gouvernement. En plus du vaste chantier de réorganisation de l’armée, il y a le problème de son équipement, notamment les équipements dits «secrets» fournis par les EtatsUnis d’Amérique, au sujet desquels il faut péniblement négocier un arrangement sur le contrôle par des experts améri cains de l’utilisation de ce matériel. Le gouvernement s’occupe aussi de l’établissement d’une liste de personnalités du monde de l’économie qui de vraient être dispensées de service militaire en cas de mobilisation de guerre et ceci dans l’intérêt de la défense économique du pays. En outre, dans un souci de protéger des secteurs vitaux de l’économie en cas de conflit en Europe, le gouvernement examine la possibilité de transférer le siège de certaines socié tés suisses dans des pays réputés sûrs: des démarches sont entreprises en particulier au Canada dans ce but. Quant à la politique des bons offices qui constitue une activité quasi per manente de la diplomatie suisse, elle connaît un développement remarquable durant la période. Il y a le rôle exceptionnel joué dans le règlement du conflit francoalgérien par l’accueil et la protection des négociateurs algériens sur sol suisse pendant les négociations d’Evian, ainsi que les nombreux services ren dus aux Nations unies tant sur le plan logistique que sur celui des prestations humanitaires lors de la crise du Congo; en outre, le gouvernement suisse a été sollicité, en plus de la quinzaine de mandats de représentation d’intérêts étran gers qu’il assume déjà en 1958, pour représenter les intérêts de l’Iran en Israël depuis février 1958, des EtatsUnis d’Amérique à Cuba depuis janvier 1961 – mandat toujours en vigueur – et de la Belgique en Egypte depuis février 1961. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’acceptation de ces mandats soulève parfois des débats très sensibles, mettant en contradiction la pratique de la neutralité avec la sauvegarde d’intérêts spécifiquement suisses: ainsi le refus du Conseil fédéral de représenter en 1961 les intérêts de la République sud africaine au Caire par égard pour les nombreux Etats africains avec lesquels Berne est en train d’établir des relations diplomatiques. En plus de ces enjeux que plusieurs des textes reproduits dans le présent volume documentent avec une densité variable, une partie importante des documents choisis concernent les relations bilatérales; ils apportent des infor mations de divers ordres qui varient selon les pays. Si ce sont les questions d’ordre économique qui dominent avec certains partenaires, on peut constater qu’une part importante des documents retenus illustre des interférences entre le politique et l’économique. Pour des raisons de place disponible dans le vo lume imprimé, la plupart des documents sur les relations économiques et fi
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nancières se trouvent dans la base de données. Etant donné que la période est fortement marquée par les tensions internationales et par l’accession de nom breux pays d’Afrique à l’indépendance ou qui se sont engagés dans un combat de libération de plus en plus violent, comme dans les colonies portugaises, ce sont des documents plutôt de nature politique, voire de caractère administratif, qui méritaient d’être retenus. Nous avons aussi jugé intéressant de documen ter les moments significatifs de cet élargissement considérable des tâches di plomatiques sur le continent africain, véritable défi pour le DPF, dont les res sources lui sont toujours comptées. La sauvegarde et la promotion d’intérêts présents et futurs dans les nouveaux Etats exigeaient un effort inédit de pré sence diplomatique et consulaire (22 nouveaux Etats sont reconnus entre mars 1958 et juin 1961), effort justifié par ailleurs par la nouvelle obligation morale d’assumer sa part dans la stratégie de coopération technique avec les pays en voie de développement. Avec les voisins, il y a des négociations économiques qui se compliquent du fait de l’instauration du Marché commun. Des arrangements sur des questions financières (emprunts), fiscales (double imposition) et sociales (travailleurs immigrés et frontaliers) sont l’objet d’interminables négociations entre Berne, Bonn, Paris et Rome: en juin 1961, un nouveau bras de fer est ouvert avec le gouvernement italien au sujet des droits des travailleurs italiens en Suisse. Avec les EtatsUnis, il y a l’épineuse question du service militaire des Suis ses résidant en Amérique, mais aussi le règlement devant la Cour internatio nale de Justice de l’affaire Interhandel, sans parler de la complexe question des taxes sur l’importation des montres suisses. Une maladresse de l’Ambassadeur américain à Berne a provoqué un incident diplomatique, réglé par la fermeté de Petitpierre, déterminé à faire respecter la dignité du «Petit Etat» offensé! Les relations avec l’Union Soviétique sont affectées, comme nous l’avons déjà signalé, par les tensions qui résultent de l’annonce faite par le Conseil fédéral, en juillet 1958, d’étudier la possibilité de doter la défense nationale d’armes nucléaires. Par ailleurs, Berne répond poliment aux appels adressés par le Soviet suprême aux peuples du monde en faveur du désarmement et d’un arrêt de la course aux armements. Le Conseil fédéral rétorque tout aussi diplomatiquement aux objections de Moscou à l’entrée de la Suisse dans l’AELE. Mais, parallèlement, des liens sont maintenus sur le plan commercial avec l’URSS et surtout avec certains Etats satellites. Certes, le chef du DPF se fait l’avocat au sein du Conseil fédéral d’échanges culturels et scientifiques à développer avec l’URSS et les autres Etats du Pacte de Varsovie, car il faut maintenir, à son avis, des contacts avec les élites de ces pays ouvertes aux valeurs occidentales qui se trouveront ainsi confortées. Il n’est pas très écouté dans ce domaine tant l’opinion publique suisse est convaincue de l’instrumentalisation des échanges culturels et scientifiques souhaités par les pays de l’Est à des fins strictement politiques ou de propagande. En revanche, la Yougoslavie représente un cas à part, notamment sur le plan économique; il est même question d’une association de ce pays commu niste à l’AELE. La Suisse est invitée à assumer sa part d’un emprunt internatio nal consenti par les puissances occidentales à Belgrade dont l’objectif est de permettre au gouvernement yougoslave de garder ses distances par rapport à l’URSS. Par ailleurs, une discussion est ouverte au sein de l’administration fé dérale sous la pression d’entreprises suisses au sujet de l’engagement de tra vailleurs yougoslaves. Enfin, sur toutes les questions documentées ou suggérées ici ainsi que sur des thèmes qui ne figurent pas dans la table méthodique de ce volume, des documents en nombre variable selon les thèmes, mais souvent d’une grande
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ampleur, ont été sélectionnés; ils sont accessibles sous la forme d’image élec tronique dans la base de données DoDiS (www.dodis.ch), qui fournit des in formations aussi bien sur les différents dossiers généraux et bilatéraux que sur les personnes et les institutions concernées. Depuis l’été 2006, la base de don nées a été améliorée, renforçant encore les possibilités de consultation et de recherche. Il nous reste à exprimer notre reconnaissance aux collaboratrices et colla borateurs qui ont pris part régulièrement – ou pour un temps limité – au dé pouillement des archives, à la sélection des documents, à leur saisie dans la base de données et à leur annotation: Klaus Ammann, Mauro Cerutti, Damien Carron, Dario Gerardi, Kathrin Marthaler et Marc Perrenoud. Au début de l’année 2006, quelques changements ont eu lieu au sein de l’équipe: si Klaus Ammann a changé d’orientation, nous avons accueilli 3 nouveaux collabora teurs. Tout d’abord, Martin Meier, engagé pour une année dans le cadre d’un projet d’amélioration du programme informatique de la base de données; il a en outre continué d’intégrer dans DoDiS les informations historiques recueillies par la Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre mondiale, qui a publié 26 volumes: les index biographiques, géographiques et des organi sations de ces volumes ainsi que les documents annexés. Son travail a abouti en août 2006 à l’implantation sur Internet d’une version de DoDiS renouvellée et élargie (informations supplémentaires et nouvelles possibilités de recher ches). Au titre de collaborateurs candidats au doctorat, deux jeunes chercheurs ont été intégrés à l’équipe dès le printemps 2006: Daniel Béguin et Maurizio Rossi. Pour sa part, Daniel Bourgeois, qui avait été associé à la publication des DDS depuis ses débuts, a pris une retraite bien méritée: sa précieuse collabo ration nous manque désormais. Quant à la saisie des documents et à leur inté gration dans la base de données, elle a été effectuée par Tanja Rietmann, re layée par Margita Chmelová Carron. Les documents publiés dans ce volume ont été transcrits en grande partie par Irène Pazzini, secrétaire au Département d’histoire générale de l’Université de Genève. Nos remerciements s’adressent également aux collaboratrices et collabora teurs des Archives fédérales et à leur directeur, Andreas Kellerhals, pour leur constant soutien. Ils s’adressent aussi à l’Académie suisse des sciences humai nes et sociales (ASSH), qui administre et finance partiellement notre projet dans le cadre de ses programmes de longue durée. Que son secrétaire général, Markus Zürcher, son adjoint, Christian Peter, et leurs collaborateurs trouvent ici l’expression de notre gratitude pour leur disponibilité. Que le Fonds national de la recherche scientifique (FNRS), qui assure le financement de la publication ainsi qu’une partie importante des charges relatives à l’amélioration du pro gramme informatique, reçoive ici la marque de notre reconnaissance qui s’adresse en particulier à Rudolf Bolzern pour ses conseils avisés. Enfin, il nous revient encore à exprimer notre gratitude, pour son soutien et sa confiance, au Département fédéral des affaires étrangères, à l’Ambassadeur Alexandre Fasel, chef du Centre d’analyse et de prospective, et en particulier à François Wisard, chef du Service historique, pour leur esprit de collaboration et pour leur enga gement dans la mise en œuvre d’objectifs communs, destinés à procurer à la conduite de la politique étrangère du pays une perspective et une expertise historiques qui permettent d’inscrire dans la longue durée toute action et toute initiative actuelles. Par ailleurs, un appui substantiel a été accordé par la Fondation Ernst et Lucie Schmidheiny, grâce auquel le programme de publication a pu être main tenu à un rythme soutenu: que son Conseil et son Président, le professeur Marcel Guenin, trouvent ici l’expression de notre gratitude.
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Enfin, notre commission de publication, lieu privilégié de collaboration en tre l’ASSH, les Universités, les Archives fédérales, le Département fédéral des affaires étrangères et le Fonds national de la recherche scientifique, a connu des changements importants. Son président depuis 1992, le professeur Jean Claude Favez, ainsi que le viceprésident, Christoph Graf, directeur des Archi ves fédérales, ont renoncé à leur mandat, qu’ils ont assumé avec un dévoue ment remarquable dans le souci permanent de garantir la poursuite du projet de publication. Le relais a été pris par Hans Ulrich Jost, professeur honoraire à l’Université de Lausanne, en tant que président et par Andreas Kellerhals, nou veau directeur des Archives fédérales, à la viceprésidence. Pour sa part, la Conseillère nationale bernoise Christa Markwalder Bär a pris place dans la commission à la suite de la démission du Conseiller aux Etats jurassien, Pierre Alain Gentil. Aux uns et aux autres, ainsi qu’à tous les membres de la commis sion, nous adressons notre reconnaissance pour leurs conseils avisés, leur confiance et leurs encouragements renouvelés à l’équipe des chercheurs, en gagés dans une entreprise de recherche fondamentale portant sur une des dimensions essentielles de l’histoire d’un pays comme la Suisse que sont ses relations avec le monde extérieur. Genève, août 2006 ANTOINE FLEURY
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