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Denis Guthleben ARMAND COLIN rêves de SAVANTS ÉTONNANTES INVENTIONS DE L'ENTRE-DEUX-GUERRES BLAD SAVANTS ok:Mise en page 1 6/09/11 16:30 Page 1
  • histoire des plantes de théophraste
  • massif d'épinards et de pommes de terre de vieux fleurets
  • électroculture dans le champ des expériences sporadiques
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Publié le : lundi 26 mars 2012
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Source : dr5.cnrs.fr
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Denis Guthlebe
rêves de ÉTONNANTES INVENTIONS DE L’ENTREDEUXGUERRES SAVANTS
ARMAND COLIN
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AUTEUR
Denis Guthlebenest historien, attaché scientifique au Comité d’histoire du CNRS. Il est l’auteur de l’ouvrageHistoire du CNRS de 1939 à nos jours (Armand Colin, 2009). En 2009, le CNRS a fêté ses 70 ans. J’ai publié à cette occasion, chez Armand Colin, un ouvrage qui retrace son histoire et qui revient en quelques paragraphes sur l’Office national des inventions, l’un des ancêtres du CNRS. Ce que je ne savais pas, et que j’ai découvert en préparant le cahier des illustrations de l’histoire du CNRS, c’est qu’un véritable trésor est toujours conservé dans les sous-sols de ces bâtiments : plusieurs centaines de plaques de verre photographiques qui témoi-gnent de l’activité de l’Office. Ces photographies, inédites pour la plupart, ont été un coup de cœur pour moi. Ces plaques qui, en dépit des années, sont restées dans un état impecca-ble, dévoilent les travaux des inventeurs de Meudon, ces incroyables machines, ces folles expériences qu’ils ont imaginées entre 1919 et 1939. Quelles sont ces inventions ? Comment fonctionnent-elles ? Pourquoi et dans quel contexte ont-elles vu le jour ? Bien plus que des photogra-phies, je vous livre ici une enquête historique qui révèle un monde d’inventions et d’idées au dynamisme et à l’ingéniosité insoupçonnés !
RÉSUMÉ
Un univers de créations farfelues et d’inventions révolutionnaires
u lendemain de la Première Guerre mondiale, le souci de promouvoir l’inno-A vation et de répondre à des besoins sociaux ou d’intérêt stratégique suscite la création de l’Office national des recherches scientifiques, industrielles et des inventions. Installé sur les collines de Meudon, avec Paris pour perspective, l’Office réunit dans ses laboratoires des équipes d’inventeurs, de savants et de laborantins. Là, science, imagi-nation et ingéniosité s’unissent pour donner naissance à toutes sortes d’inventions et de machines extraordinaires. Certaines sont des ébauches ou des prototypes des objets de notre présent (la machine à laver, l’extincteur, le préfabriqué…), d’autres témoignent des rêves de modernisation agricole (les essais d’électrification des légumes), d’autres encore obéissent à l’obses-sion de la supériorité militaire (le masque à gaz collectif), ou enfin sont prémonitoires (la voiture électrique). C’est dire si l’époque est riche de trouvailles et confiante dans un progrès scientifique et technique encore empreint de poésie. Successeur de l’Office en 1939, le CNRS a hérité d’un trésor : un fonds exceptionnel et totalement inédit de photos surPour la première fois, les plaques de verre, qui révèlent l’étrange beauté de ces tempsarchives de l’Office national révolus. Grâce à ces clichés uniques réunis dans ce livre,des inventions, l’ancêtre le lecteur découvre un univers scientifique méconnu etdu CNRS, ont ouvert leurs les balbutiements de nos savants.portes à un éditeur Sous la plume de Denis Guthleben, historien, attaché Une approche poétique scientifique au Comité d’histoire du CNRS, l’humour et humoristique de la est souvent au rendez-vous, et l’on ne se privera pas de recherche scientifique quelques fous rires devant ces drôles de machines. Mais de l’entre-deux-guerres l’émotion a aussi sa place, tant on voit comment, il n’y a même pas un siècle, un monde tout différent du nôtre,Un trésor iconographique était soucieux de s’enrichir et de se moderniser.inédit
SOMMAIRE
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I.La science se met AU VERT L’électroculture : il y a de l’électricité dans l’herbe… Le savant et le roseau La scie de Pioche La pelle des mutilés Arrache-souches Chignoles pour chevaux à la chaîne L’arche de Breton Vingt millièmes de lieue sous le lac Fenêtre sur eaux troubles Blitz aquatique Piston pour plankton Chasse aux bélugas : la der des mers
II.Le grand MÉNAGE L’art de la cuisson La recherche est dans la boîte On the rocks… De fil en aiguille Chercheur, tu dors… Le meuble-classeur La science ménagère Tabouret hygiénique Marchands de tapis
III.Quand votre moteur fait BOUM ! Une fée dans le moteur Une forêt dans le moteur Les pare-boue Liénard Turbo-inventeurs Bon vent debout ! Chasse-piéton
IV.Attention TRAVAUX ! Un métro d’avance Brouette à bascule La maison à 8 francs Économies d’échelles Poterie sous pavés Port du casque obligatoire Paris en trottoirs roulants
V.MESURES de sécurité Icare à Bellevue Bouée contre bouillon Halte au feu Champ de vision pour champ de bataille Pilotage au ras des pâquerettes Au secours des inventeurs Inventeurs-sauveteurs Grandes oreilles Angles de tir
VI.IMAGES et SONS Parole au muet Loupe lumière Retour vers la troisième dimension Hachures faciles Le vote électrique Les arts ménagers sur un petit nuage Ça chauffe pour la pub Le dérouleur-enrouleur
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ORGANISATION DE L’OUVRAGE
Des photographies inédites
Un texte riche en informations et en humour
EXTRAIT
L A S C I E N C E S E M E T A U V E R T
L’ÉLECTROCULTURE : IL Y À DE L’ÉLECTRICITÉ
DANS L’HERBE
umière, humidité, température, nature du sol… la croissance des végétaux L dépend de facteurs dont la complexité a épuisé des générations de botanistes. Depuis l’Histoire des plantesde Théophraste, on ne compte plus les ouvrages dédiés à l’étude du règne végétal et de l’influence du milieu sur son développement. Bien avant que le mystère commence à être percé, cette curiosité désintéressée pour les secrets de la Nature a cédé le pas à une préoccupation plus impérieuse : l’accroissement des rende-ments. Dans la longue histoire des interventions humaines sur le monde végétal, un épisode reste méconnu : celui de l’électroculture. Que l’on ne s’y trompe pas : ces plantes, reliées à un impressionnant dispositif de fils électriques, ne sont pas les parias du potager, condamnées à la peine capitale en vertu du code floral. Électrocution jusqu’à ce que mort s’en suive ? Non : électrocution jusqu’à ce que récolte abonde !
Électrifier le jardin ou le jardinier ? L’électroculture n’est pas née à Meudon dans les années 1920. Elle trouve son origine en Ecosse, deux siècles plus tôt. En octobre 1746, le docteur Maimbray se livre à une manipu-lation inédite en soumettant deux myrtes à l’influence d’une génératrice électrostatique. Nul ne sait d’où lui vient cette idée pour le moins originale. Mais les Nul ne sait d’où lui vient Lumières, qui voient un développement prodigieux de l’étude des phéno-mènes électriques, sont propices à de telles tentatives. Les observations cette idée pour le du savant, exposées devant la Royal Society de Londres, interpellent la moins originale. Mais communauté éclairée : les plantes ont poussé au-delà de la moyenne. Il n’en faut guère plus pour faire des myrtes de Maimbray le mythe fonda-les Lumières, qui voient teur de l’électroculture, et pour encourager de nouvelles recherches à un développement travers l’Europe. prodigieux de l’étude En France, le flambeau est tout d’abord repris par l’abbé Nollet, qui rédige des phénomènes en 1749 un opuscule sur « les effets nuisibles ou avantageux » des phéno-mènes électriques, puis par Pierre Bertholon de Saint-Lazare, auteur en électriques, sont propices 1783 d’un mémoire sur « l’électricité des végétaux ». L’abbé Bertholon à de telles tentatives. observe que des jasmins, placés près de la chaîne d’un paratonnerre, atteignent une hauteur supérieure à celle des plantes qui en sont éloi-gnées. Fort de ce constat, il imagine une batterie d’expériences. L’une d’elles aboutit à la conception de l’électrovégétomètre, une perche de 15 mètres de haut couronnée d’une tige métallique reliée à la terre. Les résultats qu’il obtient restent néanmoins contradictoires. Ils ne sont guère plus concluants lorsqu’il tente de relier l’habit de son jardinier à une machine électrique, dans l’espoir de transmettre aux jeunes pousses, par l’intermédiaire de ce cobaye humain, les vertus fécondes de l’électricité.
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L ’ É L E C T R O C U L T U R E : I L Y À D E L ’ É L E C T R I C I T É D A N S L ’ H E R B E …
Des fleurets dans un massif d’épinards L’essor de l’industrie chimique et de la production d’engrais au siècle suivant maintient l’électroculture dans le champ des expériences sporadiques. Pour autant, les études ne sont pas abandonnées. L’année 1845 voit ainsi le perfectionnement de l’électrovégétomètre par Jules-François Dupuis-Delcourt, un spécialiste de l’aérostatique. Le peu de succès qu’il rencontre dans son potager le conduit toutefois à délaisser les plantes et à se consacrer, l’année suivante, à la rédaction d’un rapport sur l’utilisation festive des montgolfières. L’électroculture n’a cependant pas dit son dernier mot. Un événement concourt à son retour en grâce : l’exposition internationale de Paris en 1881, qui lance la grande aventure scientifique et technologique de l’électricité. Certes, les électrocultivateurs se situent à la marge du formidable mouvement qui s’engage alors. Il n’empêche que l’avènement de la nouvelle énergie au cœur de la société apporte de l’eau à leur moulin. L’un d’entre eux s’illustre par son opiniâtreté : Fernand Basty. Officier d’infanterie, il débute ses expériences en 1893. En 1914, le vicomte de Bonald, descendant du célèbre monar-chiste et adepte de l’électroculture, relate son initiation : « M. Basty eut l’idée de planter au
Une parcelle électrifiée dans les jardins de l’Office en 1923.
EXTRAIT
L A S C I E N C E S E M E T A U V E R T
milieu d’un massif d’épinards et de pommes de terre de vieux fleurets terminés en pointe. Il obtint pour les pommes de terre 30 % de surproduction, et quant aux épinards, ils donnè-rent trois récoltes, la première avec une surproduction de 144 %, la seconde avec une surproduction de 80 % et la troisième avec une surproduction de 34 % ». Dans la foulée, le lieutenant Basty crée une revue, qui publie des résultats indéniables. Ou presque : si la description des parcelles électrifiées est toujours méticuleuse, celle des lopins de référence est loin d’être aussi rigoureuse. Sur quelle terre et dans quelles conditions croissent les plantes témoins, non soumises à l’influence électrique ? Motus…
Le premier Congrès international d’électroculture Du 24 au 26 octobre 1912 se tient à Reims le premier Congrès international d’électroculture. L’heure est aux premiers bilans. Elle est aussi à la confrontation des expériences nationales. Fernand Basty y accueille un invité de marque : le colonel Eugène Pilsoudski, un ingénieur russe qui s’est déjà acquis une petite notoriété en testant les premiers télégraphes sans fil. Son intervention devrait constituer le clou de la rencontre. Toutefois, il peine à franchir le cap des généralités. L’influence de l’énergie électrique sur les plantes ne serait, selon lui, qu’une infime partie des forces colossales activées sur la planète. L’influence de l’énergie La Terre agirait en effet comme « un condensateur d’une énorme capacité électrique sur les plantes qui se charge pendant un certain temps et, enfin un beau jour, se ne serait, selon lui, décharge ». La conséquence de cette inversion ? Les tremblements de terre, provenant « des ouragans électriques qui ont lieu dans le sein de la terre ». qu’une infime partie des Les participants au Congrès ne pouvaient pas être familiers de la théorie forces colossales de la dérive des continents, tout juste énoncée par Alfred Wegener, ni du activées sur la planète. modèle de la tectonique des plaques, auquel il faudra encore cinquante ans pour s’imposer. Mais ils pouvaient déjà s’interroger sur la validité de leurs travaux. Le tableau brossé par Eugène Pilsoudski n’est en effet pas des plus glorieux. Il avoue à demi-mot obtenir des résultats « changeants ». C’est peu de le dire : au Jardin des Plantes de Saint-Pétersbourg, l’électricité n’a pas encouragé les fèves à pousser, ni les pommes de terre. Pire, « l’aspect des plantes électrisées est peu séduisant ». L’officier du tsar reste toutefois confiant : à coup sûr, ses prochains essais, en particulier sur le coton, se verront récompensés en 1913.
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Le miracle électrique Mais le premier Congrès international d’électroculture sera aussi le dernier. Rendez-vous est tout d’abord fixé à l’année suivante. Les participants placent en particulier leurs espoirs dans l’électrification des tonneaux de vin, une expérience prometteuse : « Les vins naturels, de qualité moyenne, se trouvent améliorés en l’espace de quelques heures et dans une si grande proportion qu’ils peuvent être confondus avec les vins vieux de qualité supérieure dont ils ont du reste l’arôme et la finesse du goût ».Toutefois, en l’absence d’avancée déter-minante en 1913, la décision est prise de remettre la rencontre à octobre 1914. L’heure n’est plus alors à l’organisation de tels événements. Et la guerre accomplit sa grande œuvre
Deux spécimens de poireaux récoltés dans un jardin électrifié à Bellevue en 1923.
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