Cours de version grecque publié sous forme de "feuilleton" - 2ème année de CPGE littéraire, La version grecque - cours n°7

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Ce cours de version grecque publié sous forme de "feuilleton" est enrichi de liens vers un ensemble de fiches "kit de survie" disponibles sur cette plate-forme (dans les Ressources/Autres), de lien vers le Wiki SILLAGES et de liens vers des sites pour hellénistes. Dix épisodes composent ce "feuilleton". Note : pour une bonne lecture de ce cours, il est recommandé de télécharger l'épisode du feuilleton sélectionné sur son ordinateur pour pouvoir accéder aux fiches "kit de survie" tout en poursuivant la lecture de cet épisode.
Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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Michèle TILLARD – Lycée Montesquieu, 72000 LE MANS mars 2011


Version grecque n° 7
Au point où vous en êtes dans l’apprentissage de la version, vous pouvez à présent vous attaquer à
de « vraies » version, destinées à des classes préparatoires littéraires, ou à des préparations
d’agrégation. Vous en trouverez chaque mois sur mon site, Philo-lettres, dans la « page de
l’helléniste ».
Je vous propose de vous lancer dès à présent dans la version du mois de mars .
Il s’agit du prologue d’une tragédie de Sophocle, Œdip e-Roi. Elle peut vous sembler, au premier
abord, plus difficile, parce qu’il s’agit de poésie ; mais nous allons, comme d’habitude, affronter les
difficultés les unes après les autres, en nous appuyant sur les outils déjà connus et sur le kit de survie.
Il ne serait pas mauvais, au préalable, de revoir quelques connaissances élémentaires au sujet de la
tragédie grecque : c’est ici et ici.
Il vous faudra également acquérir quelques notions de métrique.
Première étape :
prenons connaissance du texte dans son ensemble.
Ὦ ηέθλα , Κάδκνπ ηνῦ πάιαη λέα ηξνθή,
ηίλαο πνζ´ ἕδξαο ηάζδε κνη ζνάδεηε
ἱθηεξίνηο θιάδνηζηλ ἐμεζηεκκέλνη;
Πόιηο δ´ ὁκνῦ κὲλ ζπκηακάησλ γέκεη,
5 ὁκνῦ δὲ παηάλσλ ηε θαὶ ζηελαγκάησλ·
ἁγὼ δηθαηῶλ κὴ παξ´ ἀγγέισλ, ηέθλα ,
ἄιισλ ἀθνύεηλ αὐηὸο ὧδ´ ἐιήιπζα,
ὁ πᾶζη θιεηλὸο Οἰδίπνπο θαινύκελνο.
Ἀιι´, ὦ γεξαηέ, θξάδ´, ἐπεὶ πξέπσλ ἔθπο
10 πξὸ ηῶλδε θσλεῖλ· ηίλη ηξόπῳ θαζέζηαηε ,
δείζαληεο ἢ ζηέξμαληεο; ὡο ζέινληνο ἂλ
ἐκνῦ πξνζαξθεῖλ πᾶλ· δπζάιγεηνο γὰξ ἂλ
εἴελ ηνηάλδε κὴ νὐ θαηνηθηίξσλ ἕδξαλ.
{ΙΕΡΕΥ΢}
Ἀιι´, ὦ θξαηύλσλ Οἰδίπνπο ρώξαο ἐκ῅ο ,
15 ὁξᾷο κὲλ ἡκᾶο ἡιίθνη πξνζήκεζα
βσκνῖζη ηνῖο ζνῖο , νἱ κὲλ νὐδέπσ καθξὰλ
πηέζζαη ζζέλνληεο, νἱ δὲ ζὺλ γήξᾳ βαξεῖο,
ἱεξεύο, ἐγὼ κὲλ Ζελόο, νἵδε η´ ᾐζέσλ
ιεθηνί· ηὸ δ´ ἄιιν θῦινλ ἐμεζηεκκέλνλ
20 ἀγνξαῖζη ζαθεῖ, πξόο ηε Παιιάδνο δηπινῖο
λανῖο, ἐπ´ Ἰζκελνῦ ηε καληείᾳ ζπνδῷ.
Πόιηο γάξ, ὥζπεξ θαὐηὸο εἰζνξᾷο, ἄγαλ
ἤδε ζαιεύεη, θἀλαθνπθίζαη θάξα
βπζῶλ ἔη´ νὐρ νἵα ηε θνηλίνπ ζάινπ,
25 θζίλνπζα κὲλ θάιπμηλ ἐγθάξπνηο ρζνλόο,
θζίλνπζα δ´ ἀγέιαηο βνπλόκνηο ηόθνηζί ηε
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ἀγόλνηο γπλαηθῶλ· ἐλ δ´ ὁ ππξθόξνο ζεὸο
ζθήςαο ἐιαύλεη, ινηκὸο ἔρζηζηνο, πόιηλ,
ὑθ´ νὗ θελνῦηαη δῶκα Καδκεῖνλ, κέιαο δ´
30 Ἅηδεο ζηελαγκνῖο θαὶ γόνηο πινπηίδεηαη.
Θενῖζη κέλ λπλ νὐθ ἰζνύκελόο ο´ ἐγὼ
νὐδ´ νἵδε παῖδεο ἑδόκεζζ´ ἐθέζηηνη,
ἀλδξῶλ δὲ πξῶηνλ ἔλ ηε ζπκθνξαῖο βίνπ
θξίλνληεο ἔλ ηε δαηκόλσλ μπλαιιαγαῖο,
35 ὅο γ´ ἐμέιπζαο ἄζηπ θαδκεῖνλ κνιὼλ
ζθιεξᾶο ἀνηδνῦ δαζκὸλ ὃλ παξείρνκελ,
θαὶ ηαῦζ´ ὑθ´ ἡκῶλ νὐδὲλ ἐμεηδὼο πιένλ
νὐδ´ ἐθδηδαρζείο, ἀιιὰ πξνζζήθῃ ζενῦ
ιέγῃ λνκίδῃ ζ´ ἡκὶλ ὀξζῶζαη βίνλ.
40 Νῦλ η´, ὦ θξάηηζηνλ πᾶζηλ Οἰδ ίπνπ θάξα,
ἱθεηεύνκέλ ζε πάληεο νἵδε πξόζηξνπνη
ἀιθήλ ηηλ´ εὑξεῖλ ἡκίλ, εἴηε ηνπ ζεῶλ
θήκελ ἀθνύζαο εἴη´ ἀπ´ ἀλδξὸο νἶζζά ηνπ·
ὡο ηνῖζηλ ἐκπείξνηζη θαὶ ηὰο μπκθνξὰο
45 δώζαο ὁξῶ κάιηζηα ηῶλ βνπιεπκάησλ.
Ἴζ´, ὦ βξνηῶλ ἄξηζη ´, ἀλόξζσζνλ πόιηλ·
ἴζ´, εὐιαβήζεζ´· ὡο ζὲ λῦλ κὲλ ἥδε γ῅
ζση῅ξα θιῄδεη η῅ο πάξνο πξνζπκίαο·
ἀξρ῅ο δὲ η῅ο ζ῅ο κεδακῶο κεκλώκεζα
50 ζηάληεο η´ ἐο ὀξζὸλ θαὶ πεζόληεο ὕζηεξνλ,
ἀιι´ ἀζθαιείᾳ ηήλδ´ ἀλόξζσζνλ πόιηλ.

Il s’agit du Prologue de la tragédie Ŕ l’équivalent, pour nous, des scènes d’exposition : nous pouvons
donc nous attendre à l’exposé des faits qui ont mené à la tragédie. Ici, il est sous la forme d’un
dialogue, entre Œdipe et un prêtre (ἱεξεύο). Commençons par relever les marques du dialogue :
èmeindications du locuteur, vocatifs, verbes à la 2 personne du singulier ou du pluriel, impératifs...
Nous les avons surlignés en jaune.
 Comme attendu, nous trouvons des vocatifs ; le prêtre s’adresse plusieurs fois à Œdipe en le
nommant : ὦ θξαηύλσλ Οἰδίπνπο ρώξαο ἐκ῅ο (v. 14), ὦ θξάηηζ ηνλ πᾶζηλ Οἰδίπνπ θάξα
(v. 40), ὦ βξνηῶλ ἄξηζη ’ (v. 46). Une brève recherche dans le dictionnaire, si
nécessaire, nous montre que le prêtre insiste sur la puissance d’Œdipe : « Œdipe, qui
est maître de mon pays », « [tête d]’Œdipe, le plus fort de tous » et sur son excellence :
« le meilleur des mortels ». Il adresse une supplique à son Roi, dont il attend le salut.
J’en profite pour noter que le ὦ, marque du vocatif en grec et en latin, n’est pas
forcément à rendre en français par un « ô » quelque peu… pompier ! On notera
l’expression assez étrange pour nous, Οἰδίπνπ θάξα, « tête d’Œdipe » : il faudra la
traduire simplement par « Œdipe », naturellement ! Ou peut-être, avec une nuance
affective, « cher Œdipe »…
 Œdipe, en revanche, a plusieurs interlocuteurs. Il commence par s’adresser à ηέθλα (v.
1 et 6). Le mot désigne les enfants par rapport à leurs parents… Ici, le Roi Œdipe se
pose en « père du peuple » ! Le mot « mes enfants » a ici une forte charge affective.
Puis il s’adresse au prêtre : ὦ γεξαηέ pour lui intimer l’ordre de parler : θξάδ´ (v. 9).
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Le mot « vieillard », ici comme dans toute l’Antiquité, a une connotation à la fois
respectueuse et affective. Techniquement, le protagoniste s’adresse d’abord au chœur,
qui représente les habitants de Thèbes, puis au chef de chœur, le vieillard.
 Nous trouvons enfin, tout naturellement, des verbes à la seconde personne du singulier
ou du pluriel, selon que le protagoniste s’adresse à l’ensemble du chœur ou au seul
chorège, ou que celui-ci lui répond. On fera attention que le « vous » de politesse
n’existe ni en grec ni en latin. Les pluriels sont donc de vrais pluriels.
Nous trouvons également des indications de lieux et de personne, que nous avons surlignées en bleu.
 Il est d’abord fait allusion à Cadmos et à la maison royale de Thèbes : Κάδκνπ ηνῦ πάιαη (v.
1), δῶκα Καδκεῖνλ (v. 29). Cela renvoie aux origines de la cité (et il peut être utile de
consulter un dictionnaire de mythologie…)
 Il est ensuite fait trois fois mention de la cité : v. 4, 22 et 51. La tragédie grecque n’est
pas un drame personnel ; elle met en scène les soubresauts d’une collectivité, d’une
cité. Elle est à la fois religieuse et politique.
 Les personnages se nomment eux-mêmes (ce qui est assez normal dans une scène
d’exposition : il faut informer le spectateur de l’identité des personnages qu’il voit
pour la première fois) : ὁ πᾶζη θιεηλὸο Οἰδίπνπο θαινύκελνο : « celui que l’on nomme
Œdipe, connu de tous » (v. 8) et ἱεξεύο, ἐγὼ κὲλ Ζελόο, « moi, le prêtre de Zeus » (v.
18).
On notera deux autres mentions v. 20-21 : πξόο ηε Παιιάδνο δηπινῖο / λανῖο : « devant le
double temple de Pallas », notation purement géographique, et ἐπ´ Ἰζκελνῦ ηε καληείᾳ
ζπνδῷ « près de la cendre prophétique d’Isménos ; ἡ ζπνδόο, νῦ désigne la cendre des
sacrifices, et Ἰζκελόο est le nom d’un fleuve de Béotie, la région de Thèbes; le dieu de ce
fleuve est identifié à Apollon.

Il s’agit donc d’un dialogue assez dramatique, mettant en jeu la cité toute entière dans ses
relations aux dieux.
Deuxième étape :
La réplique d’Œdipe.
Ὦ ηέθλα, Κάδκνπ ηνῦ πάιαη λέα ηξνθή ,
ηίλαο πνζ´ ἕδξαο ηάζδε κνη ζνάδεηε
ἱθηεξίν ηο θιάδνηζηλ ἐμεζηεκκέλνη ;
Πόιηο δ´ ὁκνῦ κὲλ ζπκηακάησλ γέκεη,
ὁκνῦ δὲ παηάλσλ ηε θαὶ ζηελαγκάησλ·
ἁγὼ δηθαηῶλ κὴ παξ´ ἀγγέισλ, ηέθλα ,
ἄιισλ ἀθνύεηλ αὐηὸο ὧδ´ ἐιήιπζα,
ὁ πᾶζη θιεηλὸο Οἰδίπνπο θαινύκελνο.
Ἀιι´, ὦ γεξαηέ, θξάδ´, ἐπεὶ πξέπσλ ἔθπο
πξὸ ηῶλδε θ σλεῖλ· ηίλη ηξόπῳ θαζέζηαηε ,
δείζαληεο ἢ ζηέξμαληεο ; ὡο ζέινληνο ἂλ
ἐκνῦ πξνζαξθεῖλ πᾶλ· δπζάιγεηνο γὰξ ἂλ
εἴελ ηνηάλδε κὴ νὐ θαηνηθηίξσλ ἕδξαλ.
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Elle est constituée de deux phrases, adressées chacune aux deux interlocuteurs déjà mentionnés :
« mes enfants » d’abord, puis « vieillard ».
L’adresse au peuple (v. 1-7) :
La construction n’est pas difficile ; il faut seulement chercher le vocabulaire, évidemment poétique.
 ἡ ἕδξα, αο : ici désigne l’action de s’asseoir, la position du suppliant. Quant au verbe ζνάδσ, il
signifie également « s’asseoir, être assis ». D’où la traduction classique : « pourquoi êtes-vous
donc ainsi, à genoux » - mais une traduction plus fidèle dirait : « pourquoi êtes-vous donc
ainsi, assis ». ἕδξαο ζνάδεηλ constitue une expression avec COD interne, comme « vivre sa
vie » ; cf. Allard & Feuillâtre, § 222, 3 p. 162.
 ἐμεζηεκκέλνη est le participe parfait passif de ἐθζη έθσ. Et par chance le Bailly nous offre une
traduction pour l’ensemble de l’expression : ἱθηεξίνηο θιάδνηζηλ ἐμεζηεκκέλν η, « portant,
en suppliants, des rameaux d’olivier entourés de laine ». Ne boudons pas notre plaisir !
 ἁγώ (v. 6) : attention à la crase ! Il faut lire ἃ ἐγώ... ἃ est ici un relatif de liaison.
 δηθαηῶλ : attention à l’accent ! il ne s’agit pas de l’adjectif δίθαηνο, mais du verbe
δηθαηόσ-ῶ, estimer juste, vouloir, au participe présent.
 ἐιήιπζα : parfait actif de ἔξρνκαη. Il faudrait traduire mot à mot cette phrase par : « et
cela, voulant l’entendre moi-même, enfants, non par un messager étranger, je suis
venu ici, moi que l’on appelle Œdipe, connu de tous ».
Mes enfants, jeune génération de l’antique Cadmos, pourquoi êtes-vous donc assis devant moi,
portant, en suppliants, des rameaux d’olivier entourés de laine ? La cité est pleine à la fois de
vapeurs d’encens, à la fois de péans et de gémissements ; cela, je n’ai pas voulu l’entendre
d’un messager étranger, enfants, et je suis venu ici moi-même, moi que l’on appelle
Œdipe,connu de tous.
L’adresse au prêtre (v. 8-13)
ème ἔθπο : aoriste 2 personne du singulier actif de θύσ, naître, pousser, être par nature (on
reconnaît la racine *fu- du parfait latin du verbe être : fui.
 ἐπεὶ πξέπσλ ἔθπο πξὸ ηῶλδε θσλεῖλ : encore une fois le Bailly nous propose la
traduction : « puisqu’il convient que tu parles plutôt que ceux-ci. »
 θαζέζηαηε : forme de parfait second de θαζίζηεκη : se tenir, se présenter
 ζέινληνο ἂλ ἐκνῦ πξνζαξθεῖλ : génitif absolu ; le ἄλ indique l’affirmation atténuée.
 ἄλ εἴελ...optatif avec ἄλ indiquant le potentiel. Voir les fiches du kit de survie, sur la
syntaxe de ἄλ et sur les systèmes hypothétiques.

Hé bien, vieillard, parle, puisque il convient que tu parles à la place de ceux-ci ; quelle est
cette attitude ? Craignez-vous ou souhaitez-vous quelque chose ? Je voudrais vous secourir
pleinement ; je serais insensible en effet, si je n’avais pitié d’une telle supplication.
La tirade du prêtre :
{ΙΕΡΕΥ΢}
Ἀιι´, ὦ θξαηύλσλ Οἰδίπνπο ρώξαο ἐκ῅ο ,
ὁξᾷο κὲλ ἡκᾶο [ἡιίθνη πξνζήκεζα
βσκνῖζη ηνῖο ζνῖο ], νἱ κὲλ νὐδέπσ καθξὰλ
πηέζζαη ζζέλνληεο, νἱ δὲ ζὺλ γήξᾳ βαξεῖο,
ἱεξεύο, ἐγὼ κὲλ Ζελόο, νἵδε η´ ᾐζέσλ
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ιεθηνί· ηὸ δ´ ἄιιν θῦινλ ἐμεζηεκκέλνλ
ἀγνξαῖζη ζαθεῖ, πξόο ηε Παιιάδνο δηπινῖο
λανῖο, ἐπ´ Ἰζκελνῦ ηε καληείᾳ ζπνδῷ .

 ἡιηθνη est un pronom relatif, « combien grands, de quel âge », dont l’antécédent est
ἡκᾶο. Le Bailly nous suggère une traduction : « tu vois de quel âge différent nous
sommes, nous qui nous approchons de tes autels »…
 Les parallélismes et les antithèses sont nombreux :
o Οἱ κὲλ νπδέπσ καθξὰλ πηέζζαη ζζέλνληεο : les uns n’ayant pas encore la
force de voler loin (belle métaphore des oisillons)
o Οἱ δὲ ζὺλ γήξᾳ βαξεῖο : les autres lourds de vieillessee
o ἐγὼ κὲλ : moi, le prêtre de Zeus
o νἵδε η’ᾐζέσλ ιεθηνί : ceux-ci choisis parmi les jeunes (ᾔζενο = ἠΐζενο : jeune
homme ou jeune fille ; ιεθηόο vient plutôt du verbe « rassembler, choisir »
que du verbe dire, suivi d’un génitif partitif : ceux parmi les jeunes gens qui
sont choisis, l’élite.
o A cette élite s’oppose η ὸ δ’ἄιιν θῦινλ, le reste de la foule.
Hé bien, Œdipe, maître de mon pays, tu vois de quel âge différent nous sommes, nous qui
venons vers tes autels : les uns n’ont pas encore la force de voler, les autres sont alourdis par la
vieillesse, moi, le prêtre de Zeus, et eux, l’élite de la jeunesse ; le reste de la foule, couronnée
de rameaux, est assise sur la place, devant le double temple de Pallas, près de la cendre
prophétique d’Isménos.

Πόιηο γάξ, (ὥζπεξ θαὐηὸο εἰζνξᾷο), ἄγαλ
ἤδε ζαιεύεη, θἀλαθνπθίζαη θάξα
βπζῶλ ἔη´ νὐρ νἵα ηε θνηλίνπ ζάινπ,
θζίλνπζα κὲλ θάιπμηλ ἐγθάξπνηο ρζνλόο,
θζίλνπζα δ´ ἀγέιαηο βνπλόκνηο ηόθνηζί ηε
ἀγόλνηο γπλαηθῶλ· ἐλ δ´ ὁ ππξθόξνο ζεὸο
ζθήςαο ἐιαύλεη, ινηκὸο ἔρζηζηνο , πόιηλ,
[ὑθ´ νὗ θελνῦηαη δῶκα Καδκεῖνλ], κέιαο δ´
Ἅηδεο ζηελαγκνῖο θαὶ γόνηο πινπηίδεηαη .
 ἀλαθνπθίζαη θάξα : relever la tête
 βπζῶλ : comprendre ἐθ βπζῶλ, des abîmes ; la métaphore évoque séisme (ζαιεύεη) et
engloutissement par la mer (βπζῶλ θνηλίνπ ζάινπ : les abîmes d’une mer
meurtrière)… Une image de cataclysme qui nous parle étrangement, en ce mois de
mars 2011 marqué par la catastrophe japonaise…
 Encore un parallélisme :
o θζίλνπζα κὲλ θάιπμηλ ἐγθάξπνηο ρζνλόο, « périssant par les fleurs fécondes de
la terre
o θζίλνπζα δ´ ἀγέιαηο βνπλόκνηο ηόθνηζί ηε / ἀγόλνηο γπλαηθῶλ : périssant par
les troupeaux paissant et les enfantements stériles des femmes. Sophocle cite
ici les trois sources de la vie : les plantes, les troupeaux, les enfants. Toutes les
trois sont taries, signe de la malédiction qui s’est abattue sur la cité.
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La cité, comme tu le vois toi aussi, est désormais trop secouée, et elle ne peut plus relever la tête des
abîmes d’une mer meurtrière : elle périt dans les germes féconds de la terre, elle périt dans les
troupeaux paissant et dans les enfantements stériles des femmes. Le dieu porte-feu, qui s’est abattu sur
elle, parcourt la cité, le plus odieux des fléaux, par lequel la demeure de Cadmos est vidée ; et le noir
Hadès s’enrichit de nos plaintes et de nos gémissements.

Θενῖζη κέλ λπλ νὐθ ἰζνύκελόο ο´ ἐγὼ
νὐδ´ νἵδε παῖδεο ἑδόκεζζ´ ἐθέζηηνη ,
ἀλδξῶλ δὲ πξῶηνλ ἔλ ηε ζπκθνξαῖο βίνπ
θξίλνληεο ἔλ ηε δαηκόλσλ μπλαιιαγαῖο,
ὅο γ´ ἐμέιπζαο ἄζηπ θαδκεῖνλ κνιὼλ
ζθιεξᾶο ἀνηδνῦ δαζκὸλ (ὃλ παξείρνκελ),
θαὶ ηαῦζ´ ὑθ´ ἡκῶλ νὐδὲλ ἐμεηδὼο πιένλ
νὐδ´ ἐθδηδαρζείο, ἀιιὰ πξνζζήθῃ ζενῦ
ιέγῃ λνκίδῃ ζ´ ἡκὶλ ὀξζῶζαη βίνλ.

 Ne pas confondre λῦλ (maintenant) et λπλ (ainsi, donc)
 ἐθέζηηνο : ici, suppliant
 ἡ ζπλαιιαγή (μπλαιιαγή) : relation, commerce, conciliation…
 κνιώλ : l’accent montre qu’il s’agit d’un participe aoriste thématique, κνιεῖλ, de
βιώζθσ : venir
ème ιέγῃ λνκίδῃ : parataxe de deux verbes parallèles, à la 2 personne sing. passive.

Assurément ce n’est pas en t’égalant aux dieux, ni moi ni ces enfants, que nous sommes assis
en suppliants, mais en te jugeant le premier des hommes dans les malheurs de la vie, et dans
les relations avec les démons, toi qui as, par ta venue, délivré la ville de Cadmos du tribut que
nous payions à la dure chanteuse, et cela sans rien savoir de plus par nous, sans avoir rien
appris, mais l’on dit et l’on pense que par l’assistance d’un dieu tu as redressé notre vie.

Νῦλ η´, ὦ θξάηηζηνλ πᾶζηλ Ο ἰδίπνπ θάξα,
ἱθεηεύνκέλ ζε πάληεο νἵδε πξόζηξνπνη
ἀιθήλ ηηλ ´ εὑξεῖλ ἡκίλ, εἴηε ηνπ ζεῶλ
θήκελ ἀθνύζαο εἴη´ ἀπ´ ἀλδξὸο νἶζζά ηνπ·
ὡο ηνῖζηλ ἐκπείξνηζη θαὶ ηὰο μπκθνξὰο
δώζαο ὁξῶ κάιηζηα ηῶλ βνπιεπκάησλ.

 πξόζηξνπνη : suppliants. Il serait intéressant de relever, dans ce texte, toutes les
expressions de la supplication : ἕδξαο ζνάδεηλ, ἱθηεξίνηο θιάδνηζη ἐμεζηεκκέλνη,
θαζέζηαηε, ἐμεζηεκκέλνλ, ζαθεῖλ, ἑδόκεζζα ἐθέζηηνη, ἱθεηεύνκελ πξόζηξνπνη...
 fausse symétrie : εἴηε ἀθνύζαο / εἴηε νἶζζα (soit ayant entendu, soit que tu saches)
 ὡο ηνῖζηλ ἐκπείξνηζη θαὶ ηὰο μπκθνξὰο / δώζαο ὁξῶ κάιηζηα ηῶλ βνπιεπκάησλ :
phrase bien compliquée qu’il convient d’analyser : « dans la pensée que (ὡο) c’est
pour les hommes d’expérience (ηνῖζηλ ἐκπείξνηζη) que je vois (ὁξῶ) le plus (κάιηζηα) ,
l’ayant vécu (δώζαο), le succès de leurs conseils (ηὰο μπκθνξὰο ηῶλ βνπιεπκάησλ) .
On retrouve cette forme, δώζαο, au vers 1180 ; c’est un participe aoriste d’un verbe
δώσ, rare, doublé de δάσ, « vivre ».

A présent, Œdipe, notre maître à tous, nous t’implorons tous, suppliants, de nous trouver une
assistance, soit en écoutant la voix de l’un des dieux, soit que tu sois éclairé par quelque homme ; car
c’est chez les hommes d’expérience que je vois le plus, l’ayant vécu, le succès de leurs conseils.
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Ἴζ´, ὦ βξνηῶλ ἄξηζη ´, ἀλόξζσζνλ πόιηλ·
ἴζ´, εὐιαβήζεζ´· ὡο ζὲ λῦλ κὲλ ἥδε γ῅
ζση῅ξα θιῄδεη η῅ο πάξνο πξνζπκίαο·
ἀξρ῅ο δὲ η῅ο ζ῅ο κεδακῶο κεκλώκεζα
ζηάληεο η´ ἐο ὀξζὸλ θαὶ πεζόληεο ὕζηεξνλ,
ἀιι´ ἀζθαιείᾳ ηήλδ´ ἀλόξζσζνλ πόιηλ.

 Nous avons ici une série d’injonctions : il ne serait pas mauvais de vous référer à la fiche du
kit de survie sur l’impératif, l’ordre et la défense. Il s’agit d’une demande immédiate et
pressante,d’où l’impératif lexicalisé ἴζη (« allons »), et les impératifs aoristes.
 Εὐιαβήζεζη : impératif aoriste passif de εὐιαβένκαη : « sois honoré »

Allons, le meilleur des mortels, redresse la cité ; allons, prends soin de ton honneur ; car cette terre
t’appelle son sauveur à cause de ton zèle d’autrefois ; que jamais nous ne gardions ce souvenir de ton
règne, qu’ayant été sauvés nous sommes retombés plus tard, mais remets cette cité en sécurité.
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