Le baccalauréat : 200 ans d’histoire

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  • redaction - matière potentielle : au directeur de l' instruction publique
La certification des études secondaires par le baccalauréat En me confiant, Monsieur le Recteur, la mission, intimidante devant un tel Aréopage, de parler de l'histoire du baccalauréat, vous m'avez véritablement mis en danger : le sujet tout d'abord est terriblement périlleux, tant ce diplôme est objet de débats, de controverses, à la fois objet désiré et objet décrié, voire honni, objet en tout cas de réflexions nombreuses et lourdes au sein de notre institution.
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Publié le : lundi 26 mars 2012
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Source : cndp.fr
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La certification des études secondaires par le baccalauréat
En me confiant, Monsieur le Recteur, la mission, intimidante devant un tel Aréopage, de parler de l’histoire du baccalauréat, vous m’avez véritablement mis en danger : le sujet tout d’abord est terriblement périlleux, tant ce diplôme est objet de débats, de controverses, à la fois objet désiré et objet décrié, voire honni, objet en tout cas de réflexions nombreuses et lourdes au sein de notre institution. Vous m’avez mis également en danger en me contraignant à franchir les frontières de ma discipline, les lettres, à commettre un crime d’ingérence puisque je pénètre dans le territoire des historiens (et il y en a dans cette salle de prestigieux représentants.) Certes, des lettres à l’histoire, il n’y a qu’un pas puisque nous appartenons tous deux aux services Sciences Humaines… Mais tout de même ! En danger enfin, et c’est la conséquence de la raison précédente, et sans doute le risque le plus important pour moi, parce que je ne suis pas certain d’avoir les compétences requises pour cette tâche, eu égard surtout à celles de cet auditoire. Autant de raisons d’invoquer votre clémence… Cette double faute : incompétence et usurpation d’un rôle, eût parfaitement justifié la convocation de cet impitoyable tribunal de l’Aréopage : même si je peux invoquer des circonstances atténuantes, étant en service commandé par Monsieur le Recteur Steyer, (et après tout M. le Recteur Bencheneb est lui aussi compromis, m’ayant poussé à détrôner l’an dernier le Doyen qui est un historien ! Malgré ces circonstances donc, je ne suis pas certain de m’en tirer avec vous aussi bien que les premiers qui comparurent, Arès et Oreste, et qui tous deux furent acquittés ? Mais pour entrer maintenant dans le vif du sujet, j’avoue que j’ai vu dès le début de mes recherches que je n’étais pas au bout de mes peines… Et qu’il me fallait d’abord déjouer en
quelque sorte une embuscade : on me commande en effet de parler de l’un des quatre objets dont on célèbre le bicentenaire, les 200 ans donc du baccalauréat, créé en 1808 ! Il y a unanimité sur ce fait historique. « Dés sa naissance en 1808 » , écrit Claude Lelièvre dans sonHistoire des institutions scolaires, « Créé en 1808 », confirme Antoine Prost dansHistoire de l’enseignement en France« En 1808, date de sa création… » écrit le Ministre Darcos Bref, pourquoi serionsnous là à célébrer son bicentenaire si ce n’était pas le cas ? Or, derrière cette apparente évidence, se cache une inexactitude, il convient d’ajouter en effet, ce que précisent heureusement toutes les sources d’information sérieuses, dont évidemment celles que je viens de citer : il est préférable en effet de parler de la « création du baccalauréatsous sa forme actuelle. » Cette précision doit nous alerter. En outre, le naturel ou plutôt ce qui est ma seconde nature, à savoir ma formation littéraire qui en l’affaire n’est pas particulièrement
Discours prononcé le 6 mai 2008, à l’occasion du Bicentenaire des académies et des recteurs : Histoire du baccalauréat Hubert OUDIN, Doyen des IA IPR
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convoquée, ce naturel qui revient toujours au galop, est effectivement venu pour m’éclairer et faire surgir une vérité plus nuancée. Aussi évoqueraije en première partie l’histoire des mots. Et je dois dire qu’elle est doublement singulière ! En premier lieu, c’est la première surprise, je découvre que le mot « baccalauréat » apparaît bien avant le décret de Napoléon, quatre siècles avant, puisqu’il désignait au moment de la création de l’Université de Paris, un premier grade permettant d’avoir accès à la licence… Nous reviendrons sur cet examen que la Révolution avait supprimé. Le Bicentenaire célèbre donc une seconde naissance, pour ne pas dire une renaissance ou une résurrection. Il convient d’apporter cette première précision. Mais la seconde singularité concerne le bachelier et je ne m’en tiendrai là qu’au mot, car s’il désigne aujourd’hui le diplômé du baccalauréat, le mot « bachelier » précède cet emploi, non de quatre mais de sept siècles puisqu’il est antérieur d’autant de temps à la re création du baccalauréat. Bref, le titre de l’impétrant précède l’examen. Avouons que cela est étonnant. Permettezmoi donc de procéder maintenant à un court voyage en histoire du lexique et en étymologie. Le bachelier plus exactement le « bacheler » (dont on notera que c’est devenu un patronyme sous cette forme ou sous celle de Bachelet) apparaît dansla Chanson de Roland, au e XI siècle, et désigne un « aspirant chevalier ». Ce rang de débutant s’est ensuite étendu de la e chevalerie à la hiérarchie sociale, jeune homme noble au XIII siècle (occurrence intéressante pour nous puisqu’on la trouve dans ce qu’on appellele Ménestrel de Reims, ensemble de récits traduits et republiés au P.U.F. en 2002), le sens évoluant ensuite vers celui qui possède une e expertise professionnelle (maître dans un métier) pour aboutir au XIV siècle à celui, très proche de notre emploi, qui accède au premier des grades universitaires. C’est là l’ancêtre de notre bachelier. Je ne résiste pas au plaisir de vous citer ce qui est advenu à ce bachelier chez deux écrivains. Au e XV siècle d’abord, très en avance sur son temps et sans doute soucieux de parité, celui qui célébra dans une célèbre balladeles Dames du temps jadis, le turbulent François Villon, féminise le nom et mentionne une bachelière (on verra qu’il faudra quatre siècles pour arriver à la nôtre) Il nomme ainsi « celle qui est capable de prêcher parce qu’elle sait sa Bible. » ! Jouant avec cet emploi, de manière plus impertinente, Voltaire se moqua de la première bachelière : la première femme en vérité, Ève, et pourquoi atelle mérité ce titre d’honneur ? parce que selon lui, « elle tâta…de l’arbre de la science avant son mari ! » Je vous laisse méditer sur l’ambiguïté de la formule. Mais alors d’où vient ce mot « bacheler » qui je le répète précède le baccalauréat ? Du latin médiéval « baccalaris » ou « baccalarius » désignant quelqu’un appartenant à un groupe social intermédiaire entre le chevalier et le paysan. Quant à expliquer une étymologie plus précise, les philologues en sont réduits à des conjectures dont aucune n’est satisfaisante… d’autant moins que le mot connaît une fortune très diverse : sous une forme bacchalariatus, il désigne un grade inférieur dans l’assemblée des chanoines (le fameux châpitre) et le fait d’être dans un corps
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intermédiaire, le fait basculer en Catalan du chevalier au vilain et du vilain au fripon. Puissent les bacheliers que nous formons ne pas connaître cette évolution… Ce qui justifierait à soi seul le retour de l’enseignement de la morale. Je n’oublie pas le baccalauréat. Mais si on en est réduit à des hypothèses pour le bachelier, du moins avant qu’il ne retrouve une place comme titulaire du baccalauréat, aton au moins des certitudes pour expliquer ce baccalauréat ? Que nenni ? Voilà aussi un terme obscur. Pire, nous dit Littré, puisque c’est selon lui un « singulier barbarisme » Nous voilà bien. La tentation était et est toujours grande de le décomposer en le faisant dériver de « bacca » « la baie » et de « laurus » : le laurier, le baccalauréat étant une couronne de baies de laurier, offerte au vainqueur (dangereux couronnement car, je parle sous le contrôle des botanistes, le seul laurier à posséder des baies serait le laurier cerise dont les baies rouges sont très toxiques !) Quoi qu’il en soit, c’est là une fausse étymologie (une de plus) et ce serait bien plutôt notre « bacchalarius » médiéval, notre bachelier qui associé à « laureatus » aurait donné le mot e composé « baccalauréat », mot apparaissant au XIV , je le répète, comme grade attribué à l’examen de « déterminance » l’examen consistant à « déterminare quaestionem », discuter une question, bref l’héritier de la dispute en rhétorique et l’ancêtre de nos oraux. Je ne puis achever cette excursion dans l’histoire des mots, sans mentionner une mésaventure qui touche fréquemment les mots et à laquelle n’a pas échappé le baccalauréat. C’est la manie de l’apocope qui a là encore sévi (on ne dira jamais assez à quel point notre nature paresseuse ou le souci d’économiser notre énergie ont exercé une influence en linguistique). L’apocope a bel et bien, comme pour le métro, le ciné, le vélo…supplanté l’original, puisque vous savez bien qu’on ne passe qu’exceptionnellement son baccalauréat mais qu’on parle tous du bac. « Passe ton bac d’abord ! » Sauf que l’on introduit là une homonymie qui est ancienne et qui est à la fois périlleuse et intéressante, symboliquement intéressante. Périlleuse, car voilà le baccalauréat devenu « bac » le récipient ! (cf. le récipiendaire qui n’a bien sûr rien à voir, ce n’est qu’un très mauvais jeu de mots), le bac désignant par extension e l’embarcation. Au XIX siècle, on s’en amuse déjà, la langue verte reprenant le diminutif de bac, le bachot dont la dérivation ou postérité est particulièrement féconde avec le bachotage, et le verbe « bachoter », la langue populaire donc, se saisit de «bachot» pour s’en moquer de la manière suivante, puisque la bachelière, décidément peu ménagée, et ce n’est pas fini ! désigne « une femme du quartier latin qui est juste assez savante pour conduire une bachot en Seine et non pour passer en Sorbonne » ! À l’inverse, si l’on conserve l’apocope comme métaphore plus noble, l’homonymie devient alors intéressante symboliquement, le bac étant l’embarcation qui permet de passer sur l’autre rive, représentant matériellement en quelque sorte ce que le Ministre Darcos appelle « le rite de passage ». J’en arrive donc maintenant à l’histoire de cette institution bicentenaire. Tel est l’objet de cette deuxième partie. Vous me pardonnerez de n’être point exhaustif : cela serait laborieux et
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risquerait, à cette heure, de vous être fatal ! Je ne retiendrai donc que quelques moments et faits décisifs où significatifs, sans omettre quelques anecdotes qui ne sont pas moins significatives mais dont je trouve qu’elles ne manquent pas de saveur. C’est donc par un décret organique du 17 mars 1808 que Napoléon, rétablissant les Universités de l’Ancien Régime, restaure en même temps une « maîtrise es arts » qu’il nomme baccalauréat. En réalité, il avait fallu deux ans de travail… et plus de vingt rédactions au Directeur de l’Instruction Publique, le Directeur Fourcroy (homme de science, chimiste et médecin) pour aboutir au décret impérial. (Napoléon eut, je le rappelle, un célèbre médecin champenois : Corvisard, mais ce dernier fit ses études de médecine avant 1808.) Ce décret en réalité arrête les grades universitaires : baccalauréat , licence et doctorat , ainsi que les conditions d’accès : pour le bac, il faut avoir au minimum 16 ans. Le baccalauréat joue bien un double rôle de « sanction des études secondaires » et de passeport (rappelezvous l’apocope) pour l’université. Le jury n’est d’ailleurs composé que de professeurs d’université… Les professeurs du secondaire n’entrant que très tardivement dans le jury. Cinq baccalauréat sont créés : lettres, sciences (mathématiques et physique), médecine, droit et théologie mais dans la pratique et la réalité, c’est le bac littéraire qui sanctionne les études secondaires et permet de passer les autres. Les candidats subissent des épreuves orales de 45 minutes, chacune privilégiant la culture grécolatine. Huit candidats sont interrogés en même temps sur les auteurs grecs – latins, la géographie, l’histoire et la philosophie. Comment ne pas voir dans ces épreuves collectives, une survivance du baccalauréat médiéval, l’examen de déterminance ? On n’attribue pas de notes mais une appréciation « très bien, bien, assez bien ou mal » Combien de candidats ontils reçus en 1809 (et non en 1808 comme on le voit parfois) :31 Par contre, il y eut 666 (!) bacheliers en 1810 (futce une année maudite, à cause de ce nombre hautement symbolique), puis 3 000 en 1830. Vous savez tous que l’histoire du bac va souvent être alors une histoire de statistiques, ce dont je ne nie pas l’importance et nous savons qu’il y a parmi nos Recteurs des spécialistes, statistiques qui vont de pair avec les évolutions de l’examen et avec son extension sociale. C’est en 1830, qu’on introduit une épreuve écrite, une composition en français, mais en 1840, c’est la version latine qui détermine l’admissibilité à l’oral (le ministre philosophe Victor Cousin la juge absolument indispensable). C’est aussi à cette époque que selon l’historien Philippe Marchand, maître de conférence à Lille 3 , apparaît le bachotage : s’ouvrent en effet des boîtes à bac ou fours à bachot ! (pour préparer les 500 questions proposées au tirage), l’engouement pour le bac suscite alors une telle « triche » qu’on promulgue en 1901 une loi contre les tricheurs. Entre 1820 et 1870 sont publiés plus de 70 décrets, sur le baccalauréat, notamment sur les modalités de passage, c’est dire l’importance de l’examen. Le système de notation connaît une évolution importante en 1854 signalée par l’historien A. PROST : de l’appréciation, on passe en effet à une autre méthode qu’il me semble intéressant de préciser : il s’agit d’un jeu, ou plutôt d’un vote à l’aide de trois boules : une rouge pour un avis
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positif, une blanche pour l’abstention ou un avis moyen et une boule noire pour un avis défavorable… On procède ainsi pour chacune des épreuves. Que se passetil si le candidat a plus de boules noires ? Il est « blackboulé »… terme qui est évidemment un emprunt à l’anglais et e qui est entré dans la langue au milieu du XIX siècle. En 1874, le bac est scindé en deux parties, deux séries d’épreuves à passer à une année d’intervalle, ce qui sera abandonné, puis repris.. et reviendra beaucoup plus tard sous la forme actuelle des épreuves anticipées. En 1880, on instaure à côté du bac classique avec latin, un bac moderne sans latin, bac qui va connaître très rapidement un grand succès. Mais avant d’aller plus loin, il me faut m’arrêter sur un fait particulièrement important et intéressant . Nous avons parlé des bachelières dans l’histoire des mots, j’avais signalé que nous n’en avions pas fini avec elles, ( ?), mais dans l’histoire du diplôme, nous n’avons pour le moment que des bacheliers. C’est qu’en effet il a fallu attendre longtemps avant de voir une femme obtenir le diplôme. Réservé à une toute petite frange d’une génération et de la société (« brevet de bourgeoisie » dit Cl. Lelièvre) il est aussi réservé aux hommes. Il y eut tout de même une première femme qui l’obtint mais non sans mal. Il s’agit d’une institutrice vosgienne qui s’est battue pour pouvoir le passer et finit, après plusieurs refus de la Sorbonne, par le passer à Lyon (je rappelle que les instituteurs n’ont été tenus d’avoir le bac que sur ordonnance de Pétain). On l’autorise à passer l’examen, à condition qu’elle ne se fasse pas voir, elle passe les épreuves avec succès (six boules rouges, deux blanches et une noire) mais il lui a fallu se battre encore pour obtenir le diplôme. Ce sera une victoire à l’arraché pour la désormais célèbre JulieVictoire Daubié bachelière à37 ans,en 1861, car le ministre de l’Instruction Publique, un certain Rouland refusant de lui signer par crainte du ridicule, il a fallu que l’impératrice Eugénie convoquât un conseil des ministres en présence de Napoléon III pour contraindre. En réalité, ce sont les lois Ferry qui autorisent les jeunes filles à accéder au lycée et à y obtenir un certificat d’étude spécifique. Et ce n’est qu’en 1924 qu’il leur est possible de passer le baccalauréat, lorsque les programmes secondaires deviennent communs entre filles et garçons. Vous ne m’en voudrez pas de passer rapidement (peutêtre même m’en saurez vous gré) sur les étapes marquant les grandes évolutions du baccalauréat… et en fait de son développement et sa démocratisation, décriée par certains on le sait. Le site du Ministère retrace cette évolution et donne ce qu’il appelle les dates clés. 1968 : création d’un bac technologique (année fameuse où le bac sous la contrainte des événements revient à ses sources quant aux modalités : on ne passe que des épreuves orales). 1985 constitue aussi une date extrêmement importante avec la création du bac professionnel. Je rappelle que c’est sous le ministre Chevènement, et en 85 qu’est fixé cet objectif selon lequel 80% d’une classe d’âge doit atteindre le niveau du baccalauréat, objectif qui sera inscrit dans la loi d’orientation de 89 (des rumeurs rapportent que le Ministre Chevènement eut cette idée en rentrant d’un voyage au Japon où plus de 80% d’une classe d’âge obtient le baccalauréat) :
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« 80 % d’une classe d’âge doit accéder au « niveau » du baccalauréat ». J’insiste sur ces deux points : d’une part, c’est accéder au niveau, d’autre part c’est un objectif et il n’est pas atteint (nous sommes en 2007 à 65% d’une classe d’âge), enfin ce chiffre vaut pour tous bacs confondus. Le Recteur Bloch ici présent peut nous apporter des informations d’une extrême précision, sur les évolutions, la genèse de ces évolutions, les raisons qui ont présidé aux choix opérés. Les travaux qu’il a conduits feront l’objet de publications prochaines, et pourront peutêtre tordre le coup à certaines idées reçues. Il ne me semble pas inutile, pour ma part, de rappeler aux tenants d’un discours déplorant la dévalorisation du baccalauréat que la série générale (car c’est à son propos qu’on parle de « braderie ») est loin d’atteindre le taux de 80% d’une classe d’âge puisque ce bac concerne 52 à 53% des candidats. On confond un peu trop facilement le % de réussite des candidats qui peut, selon les séries, être assez élevé (jusqu’à 83%) avec ce fameux taux d’accès d’une classe d’âge. Cette précision apportée, il n’en est pas moins vrai qu’en deux siècles, l’augmentation du nombre de bacheliers témoigne moins d’un changement de l’examen que d’un changement de société : de e 31 à 6 000 bacheliers à la fin du XIX siècle, de 6 000 à 521000 en 2007 selon les chiffres de la DEP. Mais alors qu’en estil dans notre académie ? Qu’on se rassure, je ne vais pas plus dans cette dernière partie, que dans les précédentes vous infliger une quantité de données chiffrées : pour deux raisons, l’une c’est que nous sommes concernant le baccalauréat, une très jeune académie puisqu’on ne délivre le diplôme que depuis 1962 ; la seconde, c’est que je ne voudrais pas ternir cette belle journée par des statistiques qui ne réjouissent pas les Recteurs qui prennent leur poste : pour reprendre une expression chère au Recteur Bloch, « nous ne sommes pas les premiers de la classe ! » Je me limiterai pour les statistiques à celles que m’ont fournies les services de la DEC pour le premier bac de l’académie : outre qu’on voit apparaître dans la liste des reçus un instituteur célèbre, on constate qu’on n’est pas loin d’atteindre la parité fillesgarçons, même si les demoiselles n’ont pas encore dépassé les garçons ; en revanche, la filière littéraire classique est peu choisie par les garçons, les filles quant à elles, ne choisissent qu’en très petit nombre les bacs scientifiques. Nous ne manquons pas dans notre académie et nos quatre départements de personnalités célèbres et de prestigieux bacheliers. Encore une fois, pour la raison que je viens d’évoquer (nous sommes très jeunes !), ces célébrités n’ont pas par la force des choses obtenu leur diplôme dans l’académie. Cela ne facilite pas le travail pour qui veut savoir s’ils sont effectivement bacheliers puisque nous ne disposons d’archives que depuis 1962. Au moins peuton savoir s’ils ont préparé
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leur baccalauréat dans nos lycées, encore que bien des biographies soient parfois discrètes et souvent allusives. Que dire sinon que nous avons un échantillon très large des spécialités. Comment ne pas penser d’abord à des écrivains de renom. J’aurais aimé vous dire, moi qui suis Ardennais (du pays de Vitalie Cuif, la mère Rimb.) que Rimbaud passa son baccalauréat dans les Ardennes. Hélas, pour nous mais heureusement pour la poésie, il fit à Charleville une rhétorique brillante, remportant des prix nombreux mais commença ses errances avant d’entrer en terminale ; vous parler également d’Hippolyte Taine, historien, philosophe et critique littéraire, né à Vouziers en 1828, mais il fit ses études secondaires à Paris. Obtint son baccalauréat à Charleville un très grand linguiste, le Givetois Charles Bruneau (né en 1898), auteur d’une importante histoire de la langue française. Plus exactement, il poursuit l’Histoire de la langue françaisecommencée par l’autre grammairien célèbre qui est son homonyme, Ferdinand Brunot. Mais pour trouver des écrivains connus, il faut venir à Reims où il est possible de connaître le parcours des « phrères simplistes » René Daumal, un Ardennais encore, Roger Vailland, Roger Gilbert Lecomte fondateurs duGrand Jeuleur bachot au Collège des Bons Enfants, passèrent (collège qui deviendra le Lycée Clemenceau) avant d’intégrer… pour Daumal Henri IV et pour Roger Vaillant Louis le Grand. La ville vit naître ou passer d’autres écrivains de grand renom : Paul Fort, Georges Bataille, mais ils quittèrent la ville avant la fin de leurs études secondaires. On me signale que le philosophe et sociologue J. Baudrillard fit ses études jusqu’en terminale au lycée Jean Jaurès. Plus proche de nous, l’écrivain Daniel Rondeau, aujourd’hui Rémois, obtint son baccalauréat en 68 au Lycée Bayen.
Réservons un sort particulier à un autre grand personnage : particulier parce que c’est un écrivain important, mais particulier parce que ses travaux en épistémologie unissent la philosophie et la science. Si je vous citeL’eau et les rêves,ouPsychanalyse du feu, vous aurez reconnu Gaston Bachelard, né à Bar sur Aube, où il fit toutes ses études secondaires, où il enseigna la physique avant d’enseigner à Dijon puis à la Sorbonne. Restons avec les scientifiques ou ingénieurs célèbres. Si je n’ai pu vérifier si le pharmacien HouzeauMuiron (qui donne son nom à une rue de Reims) passa son baccalauréat à Reims sa ville natale, j’ai découvert que Troyes vit naître un autre pharmacien qui fit toutes ses études au lycée Chrestien de Troyes, Émile Coué, dont la méthode aujourd’hui connue et quelque fois moquée, fit de lui un psychothérapeute célèbre. Pour achever cette série, voici deux ingénieurs célèbres, l’un élève à Châlons sur Marne (ainsi nommé à cette époque), Étienne Oehmichen, inventeur de l’hélicoptère, l’autre natif de Vouziers mais dont les parents ont souhaité, comme il l’écrit luimême, qu’il préparât son bac dans le lycée régional prestigieux, le lycée de garçons de Reims : c’est Albert Caquot, ingénieur en aéronautique, spécialiste dans la construction d’ouvrages d’art en béton armé, on peut voir une stèle qui lui est consacrée à Sophia Antipolis. Vouziers, vous aije dit, peut s’honorer d’être la seule souspréfecture de France à avoir eu en même temps deux de ses enfants à l’Institut, Albert Caquot à l’Académie des Sciences et
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Monseigneur Jean Leflon, autre bachelier de l’académie qui fut nommé en 1966 membre de l’Académie des Sciences morales et politiques. Pour rester chez les ecclésiastiques, je signale qu’un certain Monsieur Gaillot dont les audaces lui valurent d’être nommé « évêque in partibus de Partenia », (« in partibus infidelium » soit « au pays des infidèles ») est natif de SaintDizier et obtint son bac dans l’un des séminaires de la région. Il serait injuste de ne pas citer quelques personnalité contemporaines, dans les milieux artistiques ou journalistiques, au risque d’être plus « people » : Isabelle Adjani obtint son bac au Lycée Jean Jaurès. Sa famille avait donné comme condition à son entrée dans l’école de théâtre de Robert Hossein, qu’elle pût être inscrite dans un lycée de la ville (ce fut Jean Jaurès) pour pouvoir préparer et passer son
baccalauréat.
Quant à l’instituteur célèbre que j’ai mentionné il y a un instant, il s’agit d’un instituteur de fiction : c’est en effet l’acteur Gérard Klein qui figure sur la liste des admis de l’académie lors de sa première session de 1962. Deux journalistes enfin : Roger Zabel qui fit ses études à Épernay au Lycée Léon Bourgeois, obtint son bac en 1970, et Patrick Poivre d’Arvor qui le prépara et l’obtint à Clemenceau. Mais alors, me direzvous, n’euton aucun Recteur parmi nos bacheliers ? Les Ardennes en fournirent deux : le Recteur Fortier , le Recteur Michel Migeon (c’est le Recteur Forestier qui nous donne ce deuxième nom) . Il est vrai que l’académie n’est pas véritablement une pépinière de Recteurs, mais (je vous demande, Madame et Messieurs les Recteurs de me pardonner les propos qui vont suivre), ce serait plutôt une pouponnière, puisque comme vous le dites vous même, vous êtes nombreux à avoir fait vos classes dans l’Académie. Il est vrai que cette initiation, cet apprentissage du métier de Recteur, a pu bénéficier de l’expérience et des services d’une des plus célèbres bachelières de l’Académie, célèbre au point d’avoir acquis une stature nationale, ce qu’aucun recteur ne démentira : vous avez tout de suite compris que je parlais de Mademoiselle Bernadette DUBOIS. (tiens voilà une association de consonnes « DB » qui me rappelle une …. JulieVictoire Daubié). J’espère, Mesdames et Messieurs, que vous me pardonnerez de clore cette troisième partie de manière un peu légère et badine, badinage qu’il serait présomptueux de qualifier d’élégant (appellation contrôlée) mais que, je l’espère également, (gare aux tournures syntaxiques qui courent le risque des anacoluthes !) vous n’aurez pas trouvé inélégant. Il est temps pour conclure de retrouver la gravité que requiert un tel sujet. « À l’instar du Code Civil, écrit le Ministre Darcos, le baccalauréat est devenu l’une de ces « masses de granit » sur lesquelles Napoléon voulait bâtir l’unité nationale ». Cet examen est bel et bien un monument
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historique solide ; le parcours rapide des deux siècles de son existence montre une histoire mouvementée qui atteste la capacité d’évolution de cette institution vivante. Le diplôme du baccalauréat n’est évidemment plus et ne pourrait plus être la reconnaissance et l’apanage d’une élite… par définition restreinte. Pour autant, d’une part l’examen conserve sa valeur de rite de passage, auquel certains n’hésitent pas à conférer un caractère initiatique. D’autre part les évolutions et la démocratisation ne signifient pas à mon sens et quoi que disent certains chants de lamentations, qu’il a perdu toute valeur (on sait à quel point il manque à ceux qui ne l’ont pas !). Comment ne pas redire ce que nous disent toutes les études menées depuis plusieurs années : plus le niveau de qualification est élevé, plus grandes sont les chances d’insertion sociale. Puisque cette institution a su, comme l’écrit Claude Lelièvre, résister à tous les vents et à toutes les attaques, on est autorisé à penser qu’elle saura répondre à toutes les questions nouvelles qui lui sont posées autant par l’école et en son sein même, que par l’ensemble de la société civile ; il faudra sans nul doute savoir choisir entre « la nostalgie des origines » pour reprendre un titre célèbre de Mircéa Eliade, et une évolution parfaitement maîtrisée.  Hubert OUDIN, Doyen des IAIPR
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