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UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE ÉCOLE DOCTORALE 4 Laboratoire de recherche « IRICE » (UMR 8138) T H È S E pour obtenir le grade de DOCTEUR DE L'UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE Discipline : Études germaniques Présentée et soutenue par Guillaume PLAS le 3 décembre 2011 L'historiste face à l'histoire La politique intellectuelle d'Erich Rothacker de la République de Weimar à l'après-guerre Sous la direction de M. Gérard RAULET Professeur, Université Paris-Sorbonne JURY M. Olivier AGARD Maître de conférences, Université Paris-Sorbonne M. Philippe ALEXANDRE Professeur, Université Nancy 2 M. Wolfgang ESSBACH Professeur émérite, Université de Fribourg i.
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Publié le : lundi 26 mars 2012
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Source : paris-sorbonne.fr
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UNIVERSITÉ PARISSORBONNE
ÉCOLE DOCTORALE 4 Laboratoire de recherche « IRICE » (UMR 8138) T H È S E pour obtenir le grade de DOCTEUR DE L’UNIVERSITÉ PARISSORBONNE Discipline : Études germaniques Présentée et soutenue par Guillaume PLAS le3 décembre 2011 L’historiste face à l’histoireLa politique intellectuelle d’Erich Rothacker de la République de Weimar à l’aprèsguerreSous la direction de  M. Gérard RAULETUniversité ParisSorbonne Professeur, JURYM. Olivier AGARDMaître de conférences, Université ParisSorbonne  M. Philippe ALEXANDREProfesseur, Université Nancy 2  M. Wolfgang ESSBACHémérite, Université de Fribourg i. Br. Professeur  M. Thomas KELLERProfesseur, Université AixMarseille 1  M. Gérard RAULET Professeur, Université ParisSorbonne
Le philosophe Erich Rothacker occupe dans l’histoire des idées allemandes une position qui,près d’un demisiècle après sa mort, est encore à bien des égards indéfinie, voire même sujette à controverse. Jamais véritablement la littérature secondaire qui lui a été consacrée ne s’est jusqu’à présent défaite de son caractère partiel,dans l’intention de démonstration choisie (apologétique ou critique, mais rarement neutralement scientifique), ou dans l’autorestriction thématique exercée(attachée par exemple à l’analyse du rôle que Rothacker joua dans les études littéraires sous la République weimarienne ou à son activité sous le régime nazi, mais jamais à la mise en évidence de la cohérence entre ces différentes phases et ces différents pans de son activité). Que
Rothacker puisse présenterpour l’historien des idéesun véritable intérêten soi(et non à titre de simple second subordonné aux auteurs majeurs des différents domaines théoriques allemands) sans que cet intérêt doive automatiquement êtrecelui d’une volonté de réhabilitationvoilà une thèse qui, sembletil,n’ajamais été véritablement perçue, ou tout du moins jamais été mise en pratique, et que les recherches récentes les plus médiatisées ont même énergiquement récusée.  Cette situation repose sur un double malentendu.Elle trahit, d’abord, la généralisation péremptoire de l’opinionconsensuelle prévalant dansl’histoire de la philosophieau sujet de Rothacker (celle d’un certain inintérêt,et d’une potentielle dangerosité idéologiquede l’étude et de la diffusion de sa pensée) à un inintérêt et une dangerosité idéologiqueà tous égardsde l’étude de son activité intellectuelle. Elle fait apparaître, ensuite et indissociablement, la négligence totale, dans les recherches sur Rothacker, de la vieille vérité herméneutique selon laquelle les partiesd’un ensemble quel qu’il soitse laissent appréhender au mieux sur fond de la perception de cet ensemble : la valeur de l’étude de Rothacker et l’appréhension correcte des positionnements théoriques et institutionnels successivement adoptés par ce dernier ne se dégagent en effet adéquatement que de la perception du mouvement global de sa carrière.  Dès lors, refusant l’hagiographietout autant que le recours automatique à la critique des idéologies,l’œillère de la perspective temporelle partielle tout autant que l’enfermement dans la tour d’ivoirepur philosophique, notre étude est mue par du l’intuition de départselon laquelle il existe un moyen terme méthodologique parfaitement apte à mettre en évidencel’importance réelle de Rothacker pour l’histoire des idées allemandes : un moyen terme constitué parl’analyseexhaustivede son activité
et plus précisément de ce que nous appelons sa « politique intellectuelle »effectuée sous l’anglespécifiquede l’histoire des intellectuels.Précisons, pour en faire ressortir la pleine pertinence, les termes que nous venons d’politique intellectuelle », nous entendonsemployer. Par le concept de « l’ensemble de l’activité intellectuelle de Rothacker, c’estàdire le tout que forment sa penséescientifique » au sens large du mot aussi bien philosophique que «  et l’activité sociale qu’il mena pour appuyer celleci au sein de différents champstel que ce tout est unifié par une intention intellectuelle globale le régissant. La mise en évidence de cette « politique intellectuelle», d’un motif et d’un moteur commun à l’ensemble des différents pans de son activité intellectuelle, au moins au début de sa carrière, permet de constituer un socle herméneutiqueà l’aide duquelil est ensuite possible d’engager une analyse diachronique de ses évolutions, et de la réintégrer dès lors, dans son unité et son mouvement retrouvés, dans l’histoire des idées allemandes contemporaines. Ce concept porte cependanten lui un autre élément, outre celui d’une logique interne unifiante : il sousentend que soient également étudiés de cette politique intellectuelle leseffets, lesrésultats, dès lors qu’il traduit également l’engagement d’un individu dans un milieu social ouvert et son effort en vue de le structurer, d’influer sur lui d’une manière ou d’une autre. Une politique effectuée à une échelle locale, en quelque sorte, une politique interne à un ou des champs spécifiques ; mais néanmoins révélatrice d’une réelle volonté de pouvoir, qui appelle cette dénomination. Enfin, ce concept rend aussi compte du fait (qui transparaissait déjà dans les propos que nous venons de tenir)que l’étude de l’activité de Rothacker nepeutêtre menée qu’en la replaçant dans ce quel’on doitidentifier comme un (ou des) champ(s), au sens où Pierre Bourdieu entend le terme. Une politique est d’autant plus nécessaire que le milieu dans lequel l’on intervient est pluriel, parcouru de tensions non seulement sociales mais aussi théoriques qui en déterminent la structure: or, c’est précisément la conception non seulement quenous avonsmilieux dans lesquels Rothacker intervint, mais que des Rothacker eut également luimême de ceuxci. C’est de cette conception que découla de manière directe l’édification, de sa part, d’une politique intellectuelle –d’un ensemble de thèsesetde multiples instruments d’appui de ces thèses–, dont il va d’ailleurs dès lors de soi qu’ellefut, à des degrés certes variables selon les époques, de nature polémique. Quant au moteur de cette politique intellectuelle, nous le localisons dans la pleine souscription à la pensée historiste et dans la volonté d’imprégner de cette pensée les champs au sein desquels Rothacker opéra ; et l’on voit à cette occasion de nouveau
pourquoi l’étude des composantes de la politique intellectuelle rothackerienneest inséparable de celle de ses effets. L’histoire des intellectuels, quant à elle,constitue à nos yeux l’outil méthodologique adéquat pour parer àune pratique de l’histoire de la philosophie à la fois trop circonscrite au seul domaine de l’activité théorique et trop peu attachée aux vecteurs sociaux et matériels de circulation et de diffusiondes idées. L’histoire des intellectuels permet à l’inverse non de délaisser le domaine de la pensée, mais de l’insérer dans uncadre plus concret, et donc plus vaste ; de même offretelle, de par son « présentisme » (F. Hartog), la perspective pleinement appropriéeà l’étude d’une activité intellectuelledont l’apport essentiel a toujours tenu à unedouble fonction de vecteur et d’éveilleurc’estàdire à des positions à la temporalité par essence plus fugace que celle du maîtrepenseur, jamais vraiment dépassé ni même dépassable.  Cette perspective totalisantesystématiquement le théorique dans un insérant ensemble étroitement solidaire et analysant cet ensemble sur le long terme que nous adoptons pour notre étudede la position et de la fonction qu’occupa Rothacker dans les champs philosophiques et scientifiques allemands de son temps permet dès lors de lever les ambiguïtés et les incohérences qui traversaient jusqu’à présent sa réception.Elle faitd’abordapparaître que la notoriété de Rothacker tinttoujours, plus qu’à sa pensée proprement dite, àl’alliance de différents moments de son activité intellectuelle dont la force d’impact respective n’atteignit son plein effet qu’au sein de cette totalité. Rothacker, pour le dire dans les termes du schéma actantield’AlgirdasJulien Greimas, fut en effet davantage un « adjuvant » qu’un « héros »et d’abord un porteparole hautement partisande l’École historique des sciences de l’esprit,qu’il soutint plus encore depuis ses nombreuses positions institutionnelles (éditoriales et académiques)de décision que par l’exercice même de sa pensée –, l’ambiguïté de sa position initiale tenant pour partie au fait que ce rôle d’« adjuvant » conduisit à ce qu’on lui attribuât, dès l’ère weimarienne, la réputation d’un« héros ». Entendant la notion de totalité aussi bien dans une perspective synchronique que diachronique, nous montronsensuite la parfaite continuité, à l’échelle individuelle de la politique intellectuelle rothackerienne etdu fait même des ruptures historiques, entre la période weimarienne et la phase initiale du régime hitlérien, la seconde marquant une évolution quantitative et non une modification qualitative en comparaison de la première.Rothacker, à la suite d’une radicalisation de ses positions, crut trouver dans le nationalsocialisme l’incarnation et le vecteur opportun de diffusion de l’École
historique telle qu’il avait promuecelleci au cours des années 1920, et chercha dès lors  avec succèsaccéder en 1933 à , avec l’aide de ces nouvelles instances gouvernementales, au dernier domaine qui manquait encore à son exercice du pouvoir : celui de la politique. Ce moment de continuité a néanmoins été suivi quelques années plus tard d’unmoment inverse de rupture, que l’étudede textes inédits ou jusqu’à présent inconnus permet à la fois de mettre en évidence et de dater de manière rigoureuse« rigoureuse» non au sens de la fixation d’uninstant, catégorie impropre à la description dece genre de phénomènes, mais à celui d’uneunivocitéd’une évolution. Le concept de « déradicalisation » forgé par Jerry Mullers’avèreà ce titre particulièrement judicieux, en ce qu’il permet de ne pas aplanir les aspérités de cette césure opérée dans la politique intellectuelle rothackerienne. Si, en effet, les années 193637 marquent à cet égard un tournant, rien n’indique pour autant que Rothacker ait souhaité à partir de cette date la chute du régime hitlérien. La dépolitisation de sa pratique de la recherche et la dépolémisation de son historisme sont bien au contraire allées de pair avec la persistance, sous des formes et avec une intensité certes amoindries, d’un engagement institutionnel au sein des milieux nationalsocialistes et de la préservation de certains motifs tout à fait compatibles avec l’idéologie de ces derniers. Le modèle analytique de la « conscience scindée » développé par Hans Dieter Schäfer apparaît dès lors comme un outil de conceptualisation pertinent pour rendre compte de l’entredeux qui résulta de ce processus de déradicalisation, et dans lequel Rothacker continua de se mouvoir jusque dans l’aprèsguerre. Car ni le couple d’antonymes de l’adhésion et de l’oppositionla phase entre 1937 et 1945), ni (pour celui de la rééducationet du refoulement (pour l’après1945) ne sont assez souples pour rendre compte des comportements complexes, en constante évolution, qu’il adopta, et qui semblent en réalité avoir été d’abord et avant tout régis par un impératif primordialpurement pragmatique : la poursuite et la diffusion de son activité de recherche. En parallèle à la mise en évidence du bénéfice apporté par l’analyse totalisante de la politique intellectuelle de Rothacker, apparaît là égalementce que l’on gagne à réinscrire cette politique intellectuelledans la totalité que constitue l’histoire des idées allemandes contemporaines. Replacée dans le contexte de l’histoire du conservatisme intellectuel allemand, ellegagne d’abordconsidérablement en lisibilité. Sous les équivoques de la conscience scindée évoquéesà l’instant peuvent en effet être dès lors subsumées, concernant la période nationalsocialiste, la conjonction de la conservation d’une orientation politique générale (le conservatisme) etdel’abandon de l’une de ses
formes de réalisation particulières (le nationalsocialisme orthodoxe), puis, pour la période de l’aprèsguerre, la manifestation d’un apolitisme devant luimême être appréhendé comme une prise de position politique, conservatrice. Dans le même temps, Rothacker sert également à vérifier, dans ce cadre interprétatif du conservatisme intellectuel allemand, un paradigme d’évolution de celuici face à l’histoire –le double ème mouvement de revirement de son orientation opéré au cours du 20 siècle, de l’arrière vers l’avant(autour de 1918), puis de l’avant vers l’arrière (dans la deuxième moitié des années 1930), paradigme relevé dès 1974 par Armin Mohler, puis confirmé successivement par Jerry Muller au sujet de Hans Freyer et par Daniel Morat au sujet des frères Jünger et de Heidegger. Ressortainsi une autre pertinence de l’analyse de Rothacker, quant à elle extrinsèque, à titred’étude de casau sujet de problématiques le dépassant. Une perspective que vérifie, sous un angle voisin,l’étudede la transmission par
Rothacker de la pensée historistedans l’aprèsguerre, sur laquelle clôt notre analyse. Aboutissement de l’évolution de sa lecture de l’École historique –d’une Weltanschauungprogressivement radicalisée à un paradigme strictement scientifique et dénué de toute politisation–, Rothacker a, au sein d’un séminaire d’une densité en futures personnalités intellectuelles de renom tout à fait comparable au célèbre Collegium philosophicummünsterois de Joachim Ritter, persévéré à contrecourant des tendances de l’époque à tenter de diffuser cette tradition théorique. Or, la mise en lumière de cette scène originelle académique amène à procéder à une restructuration tout à fait spécifique de la constellation de la philosophie allemande contemporaine, à dresser un portrait en perspective inédit d’un pan de cellecisi l’on prend le terme de perspective moins dans l’acception nietzschéenne du terme que dans le sens husserlien d’une« esquisse » (d’une «Abschattung»). En montrant pour reprendre en la modifiant une expression de JeanFrançois Sirinelli « comment certaines pensées historistes vinrent aux clercs», notre présentation n’exposeen effet qu’un versantde ce processus de genèse et de fermentation ; maisce versant n’en a pas moins occupé,en tant que tel, une fonction bel et bien constitutive au sein de la pensée respective des « clercs » étudiés. KarlOtto Apel, Jürgen Habermas et Hermann Schmitz ces trois anciens doctorants de Rothacker sur lesquels nous concentrons notre attentionne sont pas (et à plus forte raison : ne sont plus) historistes au sens où ce prédicat serait le déterminant le plusadéquat que l’on puisseaujourd’hui leur appliquer ; mais l« archéologie »de leurs œuvresfait toutefois réaffleurer la présence vive de cette
tradition au sein de cellesci, permettant dès lors d’en mieux appréhender certains éléments fondamentaux et conduisant à mettre au jour entre ces auteurs des parentés non contingentes que l’on ne pouvait jusqu’à présent déceler.A cet égard, la question de l’existenced’une «École Rothacker», jusqu’à présent controversée, semble dès lors accepter une réponse plus univoque et plus fine : on peut et on doit reconnaître l’existence d’unedans les années 1950Rothacker » « École  telle la condition à d’entendre l’expressionnon en son sens usuel d’une écolede pensée, mais en son sens littéral d’une écoleà penser,c’estàdired’un lieud’apprentissage nondogmatique de la pratique philosophique, dont il ne faut néanmoins pas sousestimerl’impact.  Mettre en évidence ces différents aspects conduit pour finir à prendre conscience d’: lun autre fait ’exposition du rôle joué par Rothacker dans l’histoire des idées allemandes n’est en rien assimilable à unequelconque réhabilitation. Pour le dire en reprenant les craintes des auteurs d’études récentesque nous évoquions en introduction : elle ne constitue nullement et ne peut constituerle relais de la propagation d’une pensée délétère auprès de lecteurs contemporains. L’étude des deux moments de fécondité positive de Rothacker (sous la République weimarienne et dans l’aprèsguerre) fait au contraire apparaître que cette fécondité n’a aucuneincidence sur lejugement que l’on peut porter au sujet del’actualité de cet auteurdans le contexte intellectuel et spirituel de notre époque. Dans le premier cas, elle fut un moment structurantd’une constellation théorique depuis longtemps révolue. Dans le second, elle n’eut d’effetque dans le mouvement de réappropriation par lequel les étudiants de Rothacker qui reçurent sa pensée historiste l’amenèrentensuite vers des terrains qui lui étaient pour la plupart étrangers; en ce sens, cette pensée n’eut là qu’unefonction d’impulsionet non de fondation, fonction que recouvrit d’ailleurs par la suite son dépassement. Dans les deux cas,l’invocation de Rothacker permet donc certes de mieux saisir certains aspects des constellations analysées, mais de ces aspects ne peut être déduitaucun constat d’une pertinenceactuelle: l’importance deest dans les deux cas un état de fait Rothacker historique,historicisé, dont la prise en considération n’a de valeur que pour la seule compréhension de moments aujourd’hui obsolètes de l’histoire des idées allemandes. Ceci posé, on perçoit mieux combien il n’y a en réalitéaucun danger à relever le rôle que Rothacker joua là bel et bien, et à développer dès lors à son égard une intention de recherche déprise de tout manichéisme ;de même qu’apparaît en quoi, entre les deux partis de l’hagiographiechoisi par les anciens disciples et de la réduction au silence pratiquée par l’histoire de la philosophie et les critiques des idéologies, une histoire des
idées bien comprise constitue, même au sujet d’un auteur aussi polarisant, un véritable tertium datur.
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