Vues sur les Problèmes de la Phllosophie

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TUES SUR LES PROBLEMES IN w PHlLOSOPHIE 1 De toutes les illusions qui ont égaré gravement I'intelligonce dans notre civilisation occidentale, l'une des plus funestes a eté, sans doute, celle qui consiste B prendre la philosophie pour une sorte de science, ayant son domaine propre, decouvrant des principes et aboulissant, par la déduction, B des propositions que nous devrions tous accepter. Cette perversion de la reflexion ne peut &tre parfai- tement comprise que si l'on remonte aux moyens qu‘employhrent les anciens penseurs pour soumettre B la disciplme de leur logique les idees populaires qui offraient le plus d‘int6r&, sulvaat l'opinion de leurs contemporains.
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Publié le : mardi 27 mars 2012
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TUES SUR LES PROBLEMES IN w PHlLOSOPHIE
1
De toutes les illusions qui ont égaré gravement I’intelligonce dans
notre civilisation occidentale, l’une des plus funestes a eté, sans
doute, celle qui consiste B prendre la philosophie pour une sorte de
science, ayant son domaine propre, decouvrant des principes et
aboulissant, par la déduction, B des propositions que nous devrions
tous accepter. Cette perversion de la reflexion ne peut &tre parfai-
tement comprise que si l’on remonte aux moyens qu‘employhrent
les anciens penseurs pour soumettre B la disciplme de leur logique
les idees populaires qui offraient le plus d‘int6r&, sulvaat l’opinion
de leurs contemporains.
Les philosophes ioniens avaient une profonde veneration pour
le savoir des Orientaux qui leur semblaient &re devenus les mailres
du ciel, en prédisant les éclipses; mais l’espr~t moqueur, subtil et
artistique des Grecs ne pouvait accepter les cosmogonies asiatiques,
toutes peupldes de monstres ; des hommes particulleremen t ingénieux
surent découvrir dans ce chaos quelques inventions qui méritaient
d’être conservées; ils simplifì6rent ce que les Barbares avaient com-
pliqué h l’exces et 11s presenterent des conceptions du monde dignes
de prendre rang h cbté des théories medicales helleniques, qui Btaient
deja en voie de grand progrès. La maniere dont les Grecs conçurent
l’examen de la nature, dépendit toujours Btroitemeu’t de ces origines
mythologiques : les hypotheses sur la constitution des corps, sur
leurs transformations périodiques, sur leur production ou leur
destruction, occuphrent une place pleinement prépondérante dans
ce que l’antiquité nommait la physique; à c6te de ces doctrines
ghérales, les quelques notions exp&imentales, vagues, incoor-
donnees et parfois meme incoherentes, que fournissaient de
médiocres methodes d’observation, ne pouvaient faire que bien
REV. M~A. - T. XVIll (o0 5-19!0) 39 $82 REVUE UE M~TAPXYSIQUE ET DE MOIIALE.
triste figure; les travaux entrepris par les géomètres sur I’astro-
* nomie, l’optique, l’équilibre des fluides, n’étaient pas regardes
comme appartenant B la science de la nature La vkritable science
de la nature était composée de dissertations analogues celles qu’on
lit dans le TLmde ou dans la Physique; science et philosophie s’iden-
tifiaient donc, quand elles s’occupaient de la nature.
I1 paraît aujourd’hui bien démontré par les recherches de M. Fou-
cart que l’Egypte a transmis B la Grèce les idées relatives & la vle
d’outre-tombe qui donnerent une si grande autorité aux mystères
d’Eleusis*. C’est certainement en Egypte qu’il hut chercher les
sources des doctrines de Platon, qui a travaillé sur des emprunts
faits aux religions de l’hgypte par les pythagoriciens et déjk fort
hellénisés par ceux-ci; ainsi se constitua une autre philosophie qui
fuut une science de l’%me, des choses divines et du gouvernement
que Dieu exerce dans le monde. Les stolciens et plus lard les néo-
blatoniciens verdrent daos la pensée hellénique tan t d’afflrmatlons
empruntées aux religions orientales qu’on a pu regarder souvent la
phllosophie des premiers slhcles de notre &re comme étant deJh
presque une théologie.
La seule philosophie que l’on puisse appeler specifiqúement
hellénique, est celle qui a pour obJet la morale: cette morale €ut
construite d‘une manihre tres particulière, en raison des conditions
politiques au milieu desquelles vivaient ses fondateurs. Lorsque les
vieux usages commenctwent a perdre leur autorité, que les sophisles
apprirent aux jeunes gens riches qu’il n’y avait rien au-dessus du
succhs obtenu par d’habiles pardes, que les démagogues eurent
entrain6 les républiques grecques B adqter une conduite pleine de
violences, soit envers les autres cités, soit envers leurs citoyens
rlches, de courageuses protestations s’6ievkrent contre cette corrup-
tion de L‘%me.
A partir de Socrate, beaucoup de philosophes se pr4oecupdrent
de prbenter aux Grecs des codes de l’ducation civique, destin& B
leur apprendre comment ils pourraient se conshtuer une nature
i. Archimede fut systematlquement p318 de cdte par ICE phllosophes (Reuw
arch&logtque, janvier 1869, p. 47, et fbrzer, p. iii).
2. Foucart, Recherches surl’a*ipne et Ia notum dea mgst8res d’Ekzcsu, pp.82-83.
- HBrodote avart d#$& signale Ia grande influence que les crojancee rehgleuses
des Bglptlens avaient eue sur la Grbce tres ancienne (hvre I!, 50-52, 58, 81,
i23, ilí); II attribuenotamment aux Egjptiens i’honneurd’avoir etc les premiers
B enselgaer la survie des hommes (i-23). G. SOREL. - VUES SUR LES PROBLhES DE LA PAILOSOPHIE. 583
morale propre 8 leur assurer une vie que ne pourraient critiquer les
gens raisonnables, qui serait conforme aux sentiments d’honneur
contenus dans la tradition nationale et qni leur donnerait plus de
bonheur sérieux que les dévergondages de leurs instincts. Comme
les vices des institutions dhmagogiques entrainaient trBe facilement
les hommes B s’&carter de la prudence, les philosophes cherchaient
h montrer comment une société pouvait &tre organisée, en vue de
rendre plus facile l’application complbte de lenr code.
Nous avons aujourd’hui quelque peine h comprendre comment
les moralistes grecs ont pu regarder les fautes comme &ant impu-
tables 9 l’ignorance, c’est-b-dire les ranger dans le domaine de
l’intelligence, alors que nous sommes habitues b les rapporter 8 la
volonté. Leur doctrine tient b ce qa’h leurs yeux la morale 6talt un
code de I’éducation, qui devait s’apprendre comme on apprend lo
code du metier de navigateur.
Le christianisme augmenta encore la valeur qn’on attribuait aux
affirmations des diverses dogmatiques qn’il s’annexa. Il les subor-
donna toutes B la theologie et il fit de celle-ci quelque chose d’ana-
logue & la science juridique, puisqu’el?e s’appuyait sur des inter-
prétalions donnees b des textes sacds par des autorit& souveraines.
Les conceptions de la physique generale furent choisies de manière
B pouvoir faciliter l’exposition des mysthes i ; la morale devint une
Jurisprudence des tribunaux pénitentiels, propre 8 conduire l’Arne
sur la voie du salut*.
La Renaissance opera, dans une certaine mesure, comme avaent
op&$ les philosophes grecs : elle emprunta B l’antiquile,, dont la * gloire la fascinait, comme les anciens avaient emprunté a l’Orient et
B I’Egypte, dont la civilisation leur semblait si avancee par rapport
g, la leur; elle opposa ainsi aux théories scolastiques, d4sormais
condamnees comme barbares, des affirmations qu’elle Jugeait pro-
pres & &re accept6cs comme trbs vraisemblables par des gens fami-
Ilers avec la bonne litterature; il lui fut ainsi impossible d’indiquer
la voie sur laquelle se sont engagés tes hommes de notre temps
pour acqukrir les connaissances regardées aujourd’hui comme étant
i. Au x1.11. siecle les carthiens eurent beaucoup h faire pour essayer d’accom-
lnoder leur theorie de la matuere au dogme de la presence delle.
2. Les chretiens qui sutraient les princlpes de la we spirituelle, s’Inspiraient
plus directement des moralistes grecs, puisque toute leur philosophle consik
tait dans un code de l’ascbtisme, destine B rendre l’homme parfalt chrdtien et
B lui-procurer la paix parfaite. 584 REVLL DE MILTAPHYSIQUE ET DE MORALE.
vraiment &rieuses sur la physique, les religtons ou le droit.
Descartes que l’on a si souvent représente comme le premier
maitre moderne, est tout B fait un ancien dans son attitude devant
la physique : avec beaucoup plus de connaissances qu’Aristote, il
vogue, comme lui, au milieu de ces hypothhsescosmiques que notre
science repousse comme inutiles.
Si la philosophie de la nature subit alors un profond changemen t,
cela tint aux conditions nouvelles de la guerre : les hommes de ce
temps etaient si pr6occupCs des effets obtenus par l’artillerie que le
lancement des bombes prit pour eux une importance aussi grande
que celle qu’avaient eues les rotations des cieux pour les Chaldeensi
on appliqua, en conséquence, aux corps pesants les propriétés qui
avaient jadis cté attribuées aux torps cdestes, c’est-&dire qu’ils
furent reputés éternels et qu’ils conserverent indefiniment leur
qouvement; In matière fut ami diuinisde et grace B cette divinisa-
tion, elle devint apte B fournir l’explication compliite du monde.
Los dissertations de physique génerale n’ont pas cess& dans les
temps modernes, d’&e empreintes de matérialisme.
Les philosophes spiritualistes crurent qu’ils rendraienl un sérieux
service R l’esprit humain, en intercalant une théorie de l’Arne et de
Dieu entre le christianisme et le matérialisme des philosoph’es-phy-
siciens; jusqu’8 ces dernieres années beaucoup de catholiques ont
eté persuades que, pour conserver les croyances religieuses, il était
nécessaire de conserver ce qu’on peut appeler la mdtaphysiqtce-
tampon d’un spiritualisme plus ou moins cartésien; celui-ci etait
propre & jouer un rdle analogue ir celui que les diplomates ont
souvent attribué aux petits pays intercales entre deux grands fhts
rivaux. Descartes était ainsi une sorte de Pere lalque de l’gglise
en dépit de nombreuses protestations de th6ologiens.
Les abus de la Jurisprudence pénitentielle : la casuistique rel&-
ch&, les indulgences acquises & prix d’argent, les œuvres pies qui
permettent de transformer en gens respectables des criminels
averest, revoltaient tout le monde au temps de la Reforme. Lors-
qu’une partie de l‘Europe eut 616 affranchie di! la domination catho-
lique, les docteurs protestants furent effrayés de. l’imprévu dever-
goadage qui avail suivi la suppression des anciens rites pénitentiels.
Les savants de la Renaissance estimerent que le salut devait &tre
i. Voir lesobservabons de Reoansur le talmudlsme et le catholiclsmeduMoyen-
.?ge, dans Saint Paul, pp. 485.488. G. SOREL. - VUES SUR LES PHOBLkMES DE IA PHILOSOPHIE. S85
cherche dans les monuments de l’antiquité; les juristes romains‘ et
les. philosophes storciens leur fournirent des materiaux pour
construire un droit naturel, capable, B leur jugement, d’imposer les
regles morales les plus convenables aux citoyens et aux rois.
En face de ces philosophies que nous voyons mourir, se consti-
tuhent des disciplines de l’esprit destinées au plus brillant avenir;
si Descartes est encore un physicien h l’ancienne mode, Galilée
inaugura la science actuelle, en donnant aux travaux geometriques
conçus sur le plan de ceux d’hrchimede la place éminente qui leur
revient, d& qu’on se place au point de vue moderne. Newton suit
les traces de Galilée quand il traite la gravitation des astres par des
procedes mathématiques, sans fournir aucune explication du meca-
nisme qui pourrait produire leur mouvement; nul eleve ne demande
aujourd‘hui h ses professeurs de physique de lui dire ce qu’est
I’électricité et en quoi consistent les proprietés fondamentales de la
matibre, car les lois et les calculs fondes sur ces lois suffisent tt
satisfaire notre desir. Ainsi l’ordre dans lequel les Grecs avaient
rangé les valeurs des diverses connaissances relatives B la nature
est aujourd’hui renverse : les consid6rations generales sur les
causes des phénombnes constitubrent pour eux l’essentiel de la
physique; on les laisse de c6té dans les exposes didactiques; Ies
curiosites anciennes reparaissent seulement par accident, lorsqu’on
a besoin de fabriquer des hypothhses nouvelles; mais on les oublie
dbs que ces hypotheses ont conduit & des théories mathematiques.
L’idee de la divinisation de la matihe est on ne peut plus 6trangBre
B la physique moderne; aussi les savants ne tiennent-ils pbs &
l’ancien maUrialisme, B moins qu’ils ne se declarent materialistes
par protestation contre 1’Eglise; - I’anticlericalisme n’est pas une
philosophie, mais une politique.
Le spiritualisme avait 6tB Btabli, on l’a vu, comme un ouvrage
avance propre B empCcher le materialisme de donner l’assaut B la
religion; son interet diminue tous les jours, au fur et B mesure que
les conceptions de la physique mathematique Bcartsnt bs preJug8s
materialistes chez ies gens vraiment tri% instruits. L’observation
avait montre, d‘ailleurs, que les metaphysiques issues de celle de
i. Sumner Mame dit que toute Is philosophie morale moderne depend du
droit romain par l’interm¿diaire de Grotius (&ludes wr Z’hlstowre du drort, lrad.
Iranç., p. 377). 586 REVUE DE YkTAPHYSlQUE ET DE BIOHkLE.
Descarte8 étaient fort loin d’avoir les vertus qu’on leur avait
attribuees ; leurs théories relatives B ¡‘Ame et B Dieu ne faisaient
d’impression que sur des gens qui n’avaient pas cessé d‘&re
soumis B de puissantes influences chrétiennes; d’autre part, on a
pu souvent se demander siles démonstrations cartésiennes n’étaient
point propres B developper le doute dans des esprits hésitants; en
tout cas, l’histoire montre qu’il n’y 8 aucun rapport entre les forces
qui ont assuré les succh des grands mouvements religieux et l’auto-
rit4 accordée par les penseurs au spiritualisme.
Au début du xlxe siede il se produisit une tres extraordinaire
restauration du christianisme, alors que suivant le plus grand
nombre des personnes Øclairbes, la foi n’aurait plus et6 qu’une
vieillerie condamnée B rapidement disparattre : on s’est demandé
comment une pareille renaissance avait 6th possible. On a reconnu
\ qu’il y en avait eu de nombreuses dans le temps passé et que ces
transformations dependent de causes psychologiques si profondes
qu’on pouvait pr6voir d’inddsais rajeunissements du christianisme.
Wmrmais, aux yeux des modernes, l’essentiel de la religion con-
sistera en ces activités myetiques dont l’examen avait BLé fait autre-
fois uniquement par les directeurs de conscience des maisons
religieuses. Le livre émit par William James SUF The varieties of
religious experience nous a montre quelle grande place les rlqdnb
rations des mystiques occupent dans l’histoire des mœurs. Les
nouvelles Btudes peuvent se poursuivre dans leurs moindres détails
sans qu’on soit jamais appel6 B se poser ies problbmes que Platon,
Descartes ou Leibniz ont discutés * : le spiritualisme se trouve ainsi
ecartØ comme inutile.
Les appllcations que l’on a faites, au mrs du XIX* siècle, du pré-
tendu droit natureì, n’ont pas kté heumuses. On a cru, par exemple,
que l’on pourtail enseigner la morale dans des écoles que freuente-
raient, avec un Bgal profit, les enrants de toutes les communautés
religieases et coax que leur famille veat Bloigner de toute aglise. I1
ne faut pas tenir compte, pour juger cette tentatiw, de ce qai se
i. L’astlte de heu, sa atcessite, son immattrialitb, sa simplieitb, son indwi-
eibilltC, son mdeterminalion logique, son infinit4 sa persomalile m8taphysrquey
son rapport avec le mal qu’il permet sans le der, sa sufhanee, son amour de
lui-m&rne et son absolue fbllcitb : franchement qu’importent tous ses attributs
pour la me de l’bomme? S’ils ne peuvent mn changer B notre conduite,
qu’importe h la pende relighse qu’ils soient vrais ou faux? 9 (W. James,
L’expérience religtewe, trad. hang., p. 373.) 0. BOREL. - VUES SCA LES PROBLkMES DE LA PHILOSOPHIE. 587
passe chez les peuples anglo-saxons, parce qu’il existe chez eux une
si forte empreinte chrétienne sur la littérature, les usages de la vie,
les manihres populaires de juger les choses, que l’enseignement
scolaire ne peut &tre regard6 comme neutre que si on s’arrhte &
considérer les formules qu’il emploie : les mots sont neutres, mais
les forces intimes de la comeienee qu‘ils servent A nommer, sont
chrétiennes. Chez nous autres Français, la morale laique n’a pu 6tre
qu’un simple bavardage, fort ennuyeux ’. - Le droit traditionnel
crée beaucoup d’obstacles capables darreter lee caprices des hommes
puissants; le droit naturel peut servir h justifier l’arbitraire; la
jurisprudence a été bouleversée, au nom d’un prbtendu droit
sufirieor, pour devenir la servante docile des passions de ces
msftres d’un jour que nous donnent les partís politiques; le respect
de la loi a été si profondément ébranlé que les gens de bon sens
redoutent aujourd‘hui tonte dissertation sur le droit naturel, comme
un pihge sophistique. - Les utopies suciales constituent la plus
claire manifestation des aberrations oh conduit logiquement le
droit naturel; on n’ose plus guere les presenter avec la confiance
naïve qu’avaient les anciens inventeurs de ces romans.
Aux considerations sur le droit naturel se sont substitu6es1 peu B
peu, des recherches sur les rapports que les mœurs et les institu-
tions des divers peuples ont avec leur état économique; l’homme
d’ht peut puiser dans une telte connabsauce des inspirations pour
reformer la Ikgislation sur divers points de dblail qui donnent Iieu
B des plaintes. Bien souvent ces recherches sont dénaturées par des
prejugés qui empbchent de prétendus observateurs de voir ce qui se
passe réellement; mais du moins, on possbde la possibilite de cm-
tr6ler les théories, tandis qu’il n’y a aucune Timite & opposer aux
fantaisies des docteurs en droit naturel.
f1
- A toutes les époques il a exist6 des gens avisés qui ont senti le
les philosophes : les médecins vide des dogmatiques enseignees par
prudents, voyant B quelles aberrations conduisaient, dans la pra-
tique, de mauvaises philosophies naturelles, ne voulurent s’en rap-
porter qu’B l’empirisme; les gens qui écrirent pour l'instruction
1. Vol?, par exemple, ce que dit II ce sqe‘t M. Henri Monnier dans 1’Aunnt-
gnrde du i3 arrll 1110; ce Journal est l’organe de pasteurs du protofnntrsme
le plus Irbtfral; il parait & Orthez. 588 REVUE DE IkPAPAYSIQUE El' DE MORALE.
des hommes d'glat, ont souvent émis t'opinion que les formules
théologiques ne méritent que l'indiffbrence, mais que les religions
méritent d'&tre conservées ti titre de moyens propres & assurer
l'ordre; I'hisloire des mœurs montre que les hommes se sont
presque toujours conduits suivant des regles de probabilisme.
Ainsi la critique des philosophies semble-t-elIe conduire a un scep-
twisme, contre lequel proteste notre esprit; car nous ne pouvons
accepter sans révolte que notre impuissance soit universelle
Aujourd'hui les dogmatiques ne sont pas seulement attaquées par
ìe scepticisme de gens qui ne veulent pas que Ies hommes tentent
de s'6lever au-dessus des opinions utiles; elles son1 mises de catb
au profit de descriptions qui imposent h l'esprit la plus grande
dose qu'il ait Jamais supportée de certitude. Les doctrines philoso-
phiques sont, en quelque sorte, continuellement réduites en pous-
siere par les progres de la physique mathhatique, de l'dtude de
l'experience religieuse, de l'histoire des usages ou des institutions
considerbes dans leurs rapports avec l'economie ; nous ne d6dai-
gnons plus les affirmations dos philosophes dogmatiques en raison
des doutes que nous avons acquis au sujet des opinions humaines,
mais en raison de ce que ces afikmations ne peuvent &tre Jamais
donndes par les auteurs dogmatisanta que comme assez probables,
alors que nous avons le moyen de nous attacher B des choses que
nous pouvons regarder comme certaines.
Est-ce B dire que le rble de la philosophie soit fini? Personne ne
le croit; mais on a quelque peine it s'entendre sur le r61e qu'elle a
remplir. Beaucoup de gens pensent que si elle ne peut plus rien
nous apprendre sur les questions traitees dans les etudes modernes,
elle pourrait, ìout au moins, nous aider h nous diriger dans notre
travail d'investigation. Claude Bernard n'a-t-il pas éte rang6 parmi
les esprits les plus philosophiques du xrxe siede pour avoir Bcrit
Vlntroduction à la mddecine expdrimentale, en vue de faire connaitre
aux jeunes physiologistes la voie dans laquelle il s'&tait engage
d'une maniere si heureuse?
Les philosophes ont cru, plus d'une fois, qu'il leur appartenait de
poser des rkgles pour la recherche de 3a v6rit8; Stuart Mill avait
1. 11 ne serait pas difficile de m'objecter que l'esprit humain n'a Point partout
de telles exigences; mais je parle seulemerd de ce qui se produit dans no8
clviiisations Occidentales; tout le monde sail avec quelle 6nergie l'eglise
combat les calholiques qui ne veulent admettre d'autre verite Cerlalne que
celle qul leur eet imposbe par son autorit6 doclrinale. b
G. SOREL. - VUES SUR LES PROBL~MES DE LA PHILOSOPHIE. 589
imagine de rdduire en canons de l'tnduclion les m6lhodes de raison-
nement des experimentateurs; il n'y a rien de plus vain que son
organon, dont jamais aucun physicien n'a tenu compte. C'est 8. ces
prétentions outrecuidantes, que s'appliquent les judicieuses paroles
qu'on lit dans les dernieres pages de l'Introduction & la mkdecine
expérimentale :
Je pense que les savants font leurs decouvertes, leurs theories,
leur science sans les philosophes. Si l'on rencontrait des inmedules
b cet egard, il serait peut-&re facile de leur prouver, comme dit
J. de Maistre, que ceux qui ont fait le plus de découvertes dans la
science, sont ceux qui ont le moins connu Bacon, landis que ceux
qui l'ont lu et medité, ainsi que Bacon lui-mhe, n'y ont guere
réussi ... Quand des philosophes, tels que Bacon ou d'autres plus
modernes, ont voulu entrer dans une systematisation generale des
preceptes pour la recherche scientifique, ils ont pu paraître sddui-
sants aux personnes gut ne voient la science que de loin; mais de
pareils ouvrages ne sont d'aucune utilité aux savants faits, et pour
ceux qui veulent se livrer b la culture des sciences, ils les kgarent
par une fausse slmplicité des choses; de plus ils les génent en char-
geant l'esprit dune foule de pr6ceptes vagues ou inapplicables qu'il
faut se hdter d'oublier si l'on veut entrer dans la science et devenir
un veritable expérimentateur1. 1)
Ce que valent les philosophies des methodes scientifiques, on
l'a trop vu lorsque tant de savants et de philosophes se sont occupds
d'dclairer les queslions de la suggestion, de l'hypnotisme, de l'occul-
tisme. Des physiciens couverts de gloire (Crookes), des professeurs
celebres de physiologie (Charles Richet), des cliniciens d'une saga-
cite universellement reconnue (Charcot), des observateurs conscien-
cieux jusqu'h la minutie (Binet), des philosophes professionnels
(Pierre Janet) eut été dupes par des femmes dune intelligence
extremement rdduite. Si j'avais BtB admis B voir quelques-unes de
ces merveilles, j'aurais dit : a C'est drble; il faudrait faire examiner
cela par un prestidigitateur n; je crois bien que tel ebt 618 aussi
l'opinion de toutes les personnes qui n'ont pas l'orgueil des savants;
mais ceux-ci n'auraient pu admettre que leur competence fut infé-
rieure & celle d'un htstrion; mal leur a pris d'avoir confiance dans
i. Claude Bernard, Introduction il la mddecine exppbnmentale, pp. 393-394. :&O REVLE DE MhAPHYSIQtiE ET DE %ORALE.
leur mélhodologie Scientifique 1. Cette malheureuse aventure qui a
été si funeste au prestige de la science, a montré combien avait
raison Claude Bernard quand il écfivait dans les pages citées plas
haut : (( Ces procédés et ces methodes scientiliques ne s'apprennent
que dans les laboratoires ... Les savants speciaux en chaque science
peuvent seuls intervenir dans de pareilles questions )) de critique
scientifique.
Ce n'est pas l'intelligence, éclairée par l'enseignement des philo-
sophes, qui constitue la véritable garantie du savant contre les illu-
sions; le mbcanisme qu'il emploie ¶, les exemples donnés par les
bons auteurs et la routine du métier agissent dune manière presque
automatique pour le guider; d& qu'il sort de sa spécialité, il est aussi
d6sorien té qu'un menuisier placé dans un atelier de maréchal ferrant.
Si la phirosophie n'est pas apte h donner un code pour la
recherche scientifique, ne serait-elle pas appelée, tout au moins, B
drifierqa crédibilité des bases de la science? Cette prétention pour-
rait parattre d'autant plus justifiée que les thbologiens admettent
un contrble de ce genre pour la religion. h encore l'expbrience
n'est pas favorable aux prétentions de la philosophie; tout ce qui a
été &rit, dc notre temps, sur les principes de la géomhtrie n'a eu
aucune influence sur le travail mathématique. Les hommes ont tou-
jours fonde les raisons de crédibilité de la géométrie sur le rOle
glorieux que celle-ci a rempli dans les arts : elle est née chez lei
Grecs d'un art de batir qui produisait des monuments prodigieux
par le fini de l'exécution; elle se réalise aujourd'hui dans des méca-
nismes qui sont un sujet d'orgneil pour notre civilisation, par leur
dimension, leur puissance et leur perfection. Aux abstracteurs de
quintessence qui veulent persuader b nos contemporains qu'il y a
pent-&re une autre géom6trie que celle d'Euclide, on répond en
demandant queIles sont les expériences qui ont provoqué la wis-
tance de leurs doctrines *; ils n'ont pas de telles exp6riences B mon-
1. Dans un artiele publie par le Mahn (f9 mai 1908) kl. Gustave Le Bon dit
que le concours des prestidigitateurs est lrbs necessaire en ces occasions, mais
que 1'Inetilut psychologique ne parait pas le dtslrer.
2. Je comprends lu calcul mathdmalique dans le mbcanisme sclentinque.
3 J'entends par Ih qu'il ne suffirait pas de hire vow que notre gdomdtrie est
e& iosuf6sance rbultalt de kits qu'il Insuffisante (Zoellner croylut que
aurait constates au cours de seances de spirillsme) et qu'une autre gbomdtrle
rendrait mieux compte de ce qu'on observe; il faudrait encore que les principes
nouveaux fussent s1 clalrement manifestes qu'aucune inddclsion fdt possible
pour I'exp6rimentateur;la geometrie euclidienne depend, en effet, d'une maniere
les Grecs &aliserent dans leurs monuments lncontestabie de I'expbrience que

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