VOIE BOLENE, CHEMIN DE CESAR

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Pendant toute la domination de Rome sur l’Europe, des routes sont construites, allongeant et complexifiant le réseau routier.
A l’apogée de l’Empire romain, (mort de Trajan, en 117 après JC), on estime que les voies romaines s’étendaient sur environ 80 000 km, reliant Rome aux régions les plus reculées de l’empire.
Conçues au départ, à des fins militaires et politiques, elles ont acquis une valeur économique en favorisant le commerce et la communication entre les régions. Toutes les routes construites par les Romains n’ont pas la même importance.
Publié le : mardi 17 février 2015
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SOMMAIRE





Chronologie

Introduction

Les voies romaines : rappel

Toponymie

Les communes traversées par la voie Bolène

Les milliaires sur la "via Bolena"

La recherche et l’identification de "Condate"

Annexes

Sources : Archives, Bibliographie, Sitographie




CHRONOLOGIE

Avant JC
58 César, proconsul de Cisalpine et Transalpine.
52 Révolte de Vercingétorix – Siège de Gergovie.
52 Défaite de la cavalerie gauloise.
52 Prise d’Alésia. Vercingétorix est fait prisonnier.
50 Pacification générale de la Gaule.
46 Triomphe de César – Mort de Vercingétorix.
44 15 mars Meurtre de César.
43 Manitius Plancus fonde Lugdunum (Lyon)
La Gaule est attribuée à Octave
39 Octave et Agrippa prennent possession de la
Gaule
20 Construction du réseau routier par Agrippa
Mise en place de l’organisation définitive de
16
l’administration
12 Institution du culte romain

Après JC
14 Mort d’Auguste – Recensement des Gaules
15 Achèvement du réseau routier d’Agrippa
47 Les cités de Gaule reçoivent le droit latin
70 La Gaule est entièrement pacifiée
165 Grande épidémie
177 Persécution et martyres chrétiens à Lyon
255 Invasion des Francs et des Alamans
260 Postumus Empereur en Gaule
275 Réfection du réseau routier
297 La gaule est réorganisée en 14 provinces
406 Grande invasion germanique



INTRODUCTION

Marcus Vipsanius Agrippa est
né vers 63 av. J.C dans une famille
aisée. En 27, Agrippa construisit le
premier Panthéon à Rome pour
commémorer sa victoire d'Actium.
Il construit aussi les premiers
bains publics et le horrea Agrippiana
(grande grange à blé située derrière

le Forum). Il participe activement à Agrippa Marcus
de nombreuses campagnes et Vipsanius
occupe souvent la fonction de
gouverneur provincial. Vers la fin du mois de mars
l'année 12 avant JC, Agrippa tombe malade et meurt.
Il est enterré dans le mausolée d'Auguste.

En Gaule, il trace un réseau routier en étoile
qui partait de Lyon et reliait les grandes cités des
provinces gauloises conquises. L’ensemble de ce
réseau routier commencé en l’an 20 avant JC ne
s’achèvera qu’en 15 après JC. Plusieurs de ces voies
portent aujourd’hui le non de "Via Agrippa".

Retrouver le tracé emprunté par cette voie,
traversant le Velay (Haute-Loire), a toujours été
source de multiples controverses entre historiens et
chercheurs locaux. Les premières discussions et
publications sur le sujet, remontent à notre
connaissance en 1815.

La "Via Agrippa" appelé aussi "via Bolena" et
parfois "chemin de César", partait de Lugdunum
(Lyon) et se dirigeait, en traversant les départements
du Rhône, de la Loire, de la Haute-Loire et de la
Lozère, sur Segodum (Rodez), puis sur Tolosa
(Toulouse) et finissait à Bordeaux.

1Elle entre en Velay au nord d’Usson en Forez
près du village d’Estivareilles, à proximité du hameau
d’Egarande (-RANDE = frontière, en gaulois) pour le
quitter près de la station dite de "Condate" au bord de
l’allier et entrer en Gévaudan.

Condate : localité non encore identifiée, dont
la seule certitude de son existence, est sa présence
èmesur la carte dite de Peutinger datant du XII siècle.
Cette localité est donc bien située sur la voie reliant
Ruessium (St Paulien) à Anderitum (Javols – Lozère).
La carte ou itinéraire de Peutinger (découverte
èmeà Worms à la fin du XV siècle) du nom de son
propriétaire, géographe et humaniste allemand,
représente les grandes voies de communications et les
stations (ou étapes) dans l’empire romain.
Cette carte présente le réseau routier de
l'époque de Caracalla (211-217). C'est une
èmereproduction de la fin du XII siècle réalisée par les
moines de Colmar à partir d'une carte datant de 350,
dont l'original était encore plus ancien.
Elle apporte une somme de
renseignements, sur les distances, les étapes, les
distances entre ces étapes, mais elle est loin de faire
l’unanimité au sein des chercheurs et historiens.
Les indications concernant le relief, les rivières
ou les mers n’ont qu’un caractère secondaire parfois
fantaisiste. Seuls les itinéraires peuvent retenir notre
attention, avec toutefois quelques réserves.



1
Usson, jadis vellave, est aujourd’hui, commune du département de
la Loire.
Etudions cette carte :

• les doubles tours représentent les étapes
importantes
• la villa représente des thermes : Aquis Segete
(Moingt – 42)
• le tracé rouge représente les routes avec les
distances (en chiffre romain) : la distance entre
Icidmago (Usson en Forez) et Ruessium (St
Paulien) indique XVII soit 17 lieues
• les villes secondaires : Icidmago (ou Iciomago),
Ruessium, Condate, pour le tracé qui nous
concerne, ne sont que notés.
• les noms des peuples importants : on reconnaît les
Bituriges écrit en rouge. (localisé par erreur au
dessus de Lugdunum : Lyon)

èmeLes copistes du XII siècle ont parfois, mal
interpréter des noms latins ou commis des erreurs de
transcription ou de localisation, voir adapter la langue
èmeancienne à celle parlée couramment au XII siècle. Il
faut aussi tenir compte des modifications successives
des tracés, liées aux destructions de ponts, à
l’instabilité des terrains, aux crues qui ont pu modifier
certains passages, ou plus simplement à la volonté de
l’homme de réduire les distances ou de faciliter les
échanges commerciaux. Cette carte, loin d’être
parfaite, a le mérite d’exister.

Cet itinéraire fut souvent restauré. Des bornes
milliaires découvertes en Velay, mentionnent les
empereurs : Sévère, Antonins (96 à 192 après JC),
Alexandre, Maximin, Philippe, Posthume (275-276
après JC)

Dès 70 après JC. la Gaule est pacifiée. L’intérêt
militaire de ces voies disparaît (Pax romana : 70 à 350
environ après JC). On a, sans doute comme on le fait
aujourd’hui, profité de ces restaurations pour
aménager le parcours en fonction des intérêts
commerciaux, relier des bourgs jusque là, à l’écart.
Des tronçons sont alors abandonnés, certains
passages à gué sont remplacés par des ponts, plus
faciles et plus sûrs en toutes saisons, pour le transport
des marchandises.
La voie passe désormais par les bourgs
importants. Parfois, une villa ou une auberge au bord
de cette route devient une agglomération, un bourg.

On retiendra le parcours suivant :

Lieues MillePas
Lugdunum Segusiavorum 16
(Lyon-69) (Feurs-42)
Segusiavorum Aquis Segete 9
(Feurs-42) (Moingt-42)
Aquis Segete Icidmago 17
(Moingt-42) (Usson-42)
Icidmago Ruessium 17
(Usson-42) (St Paulien-43)
Ruessium Condate (?) 12
(St Paulien-43)
Anderitum
Condate (?) 22
(Javols-48)*

* Anderitum : "Le grand gué" en gaulois, capitale des
Gabales (actuel province du Gévaudan, département
de la Lozère). Anderitum, de son nom actuel, Javols,
doit sa prospérité à sa situation géographique sur un
important nœud routier, La voie Lyon – Bordeaux et
une voie descendant vers le sud-est par Banassac.




- Carte ou table de Peutinger

1 Icidmago = Usson en Forez (42)
2 Revessione = Saint Paulien(43)
3 Condate = Condate ? (43)
4 Anderitum = Javols (48)


Il reste sur le terrain, comme repères, des
bornes milliaires pas toujours à la bonne place, des
sites archéologiques pas toujours bien identifiés, ou
èmeidentifiés au début du XIX siècle sans grande
rigueur, enfin, la toponymie, qui a subit de multiples
modifications tant par le patois local, que par les
transcriptions successives, parfois de façon
phonétique.


Axe de recherche toponymique.

Dans son excellent travail sur "la toponymie du
Velay", Mr J. Arsac nous donne les premiers éléments
permettant une localisation de cette voie.

• Ces informations seront complétées par la
lecture des cadastres napoléoniens des
villages situés de part et d’autre de la voie,
• Confirmées (dans la mesure de leur
existence) par la lecture des terriers. Sorte
de cadastre contenant les aveux
(déclaration de propriétaires ou locataires),
déclarations et reconnaissances passées
entre les tenanciers et la seigneurie. Ils se
généralisent après 1350 et conservent sous
forme écrite, les noms de terroirs les plus
anciens que nous connaissons, transmis par
tradition orale.
• Etablissement d’une cartographie du
passage présumé et la concordance avec
les découvertes archéologiques.
• Situer "Condate" et justifier ce choix.






LES VOIES ROMAINES


Pendant toute la domination de Rome sur
l’Europe, des routes sont construites, allongeant et
complexifiant le réseau routier. A l’apogée de l’Empire
romain, (mort de Trajan, en 117 après JC), on estime
que les voies romaines s’étendaient sur environ
80 000 km, reliant Rome aux régions les plus reculées
de l’empire.
Conçues au départ, à des fins militaires et
politiques, elles ont acquis une valeur économique en
favorisant le commerce et la communication entre les
régions.

Toutes les routes construites par les Romains n’ont
pas la même importance.

• Les routes les plus importantes sont les viae
publicae, les voies publiques de l’Etat. Elles sont
entretenues par l’Etat, elles relient Rome aux capitales
des provinces et aux points importants du territoire.

• On trouve ensuite les viae vicinales, reliant les
cités entre elles. Elles sont entretenues par le cités,
avec souvent beaucoup de difficultés.

• En dernier lieu, on trouve des viae privatae, qui
relient les domaines fonciers aux autres routes.
L’entretien est à la charge des propriétaires.


La construction.

Les voies romaines sont, pour l’essentiel,
construites par les légionnaires romains, entre deux
campagnes militaires. Parfois, à leur place, on emploie
des esclaves ou les populations locales soumises.



La méthode de construction est très souvent la
même : on creuse deux fossés latéraux pour faciliter
l’écoulement de l’eau, puis on déblaie la terre, si
possible jusqu’à la roche. Dans le fond de la tranchée
ainsi obtenue, on dépose parfois une couche de sable.

L’assise de la route est donnée par la couche
de fondation en grosses pierres plates posées sur un
sol dur. Elle est recouverte d’une couche inférieure à
base de gravier et de pierres concassées. Vient
ensuite, une couche de sable et enfin de la couche de
roulement, faite de gros pavés.
On cherche souvent à donner à la route une
forme bombée, afin de faciliter l’écoulement des eaux
de pluie.

La largeur des ces voies est fixée par des
èmetextes de loi (loi des XII tables, V siècle avant JC).
Elles ont une largeur minimum de 8 pieds soit 2.35
mètres. Dans les courbes, cette largeur doublait.

Les attelages romains ne disposaient pas d’un
train avant articulé (essieu et timon fixes), il leur
fallait donc, beaucoup plus de place pour manœuvrer.

A proximité de Rome, les routes mesurent
jusqu’à 12 mètres de large, avec des trottoirs de
chaque côté. Dans la plupart des cas, ces voies ont
une largeur variant de 4 à 6 mètres.

En règle générale, il semble que la finition des
routes soit meilleure à proximité des agglomérations.
On sait que leur entretien laisse parfois à
désirer, malgré la main d’œuvre nombreuse et peu
coûteuse dont disposent les Romains.


L’implantation.

Les voies romaines sont généralement
construites en ligne droite, en suivant si possible les
crêtes, notamment dans les régions humides ou
montagneuses. Elles reprennent bien souvent des
tracés plus anciens, celtes, gaulois et peut-être même
de l’époque néolithique.
Ces voies pavées sont à l’origine, destinées aux
militaires mais elles profiteront aussi au commerce
notamment pour les transports de lourds
chargements.

Dans les zones accidentées, la voie suit
volontiers la "crête militaire", en choisissant les pentes
exposées au sud, moins battues par les vents d'hiver
et plus sèches, en s'efforçant de rester à une altitude
constante.

Selon le terrain, on procède à des adaptations.
Ainsi, en montagne, la route est le plus souvent taillée
à même la roche, parfois avec des tronçons recouverts
de planches, lorsque la pente est trop raide, donc très
glissante par temps de pluie.

En d’autres endroits, on creuse des rainures
pour guider les roues des chars, afin d’éviter qu’ils ne
sortent de la route.

Dans les Alpes, on a également retrouvé des
traces d’une sorte d’escalier à larges marches destiné
à faciliter la montée des animaux de trait.

On évite au maximum les détours en coupant
les dépressions au plus court et en n'hésitant pas à
s'attaquer à de fortes pentes (jusqu'à 15 %), dans la
mesure où elles sont régulières et acceptables pour les
bêtes de somme.

Lorsque la pente est trop importante, les
romains construisent alors, une cavée (1). Le mot
"cavée" vient du latin "cavus", avec le sens de : creux,
creusé.


Construction d’une cavée


Une tranchée est ouverte, de la largeur de la
voie (2). La profondeur est relative à l'état du sol.
Dans la mesure du possible, la voie doit reposer sur la
roche. Un léger dévers permet à l'eau de s'évacuer. La
terre déblayée est ensuite utilisée pour créer un
parapet, renforcé par de lourdes pierres (3).

Les ponts

La grande majorité des ponts romains étaient
en bois et non en pierre, contrairement à une idée
largement répandue. Ils nous sont connus grâce à
deux représentations (bas-relief de la colonne Trajane
à Rome et décor d'une mosaïque d'Ostie) et par
quelques mentions écrites. Les ponts en pierre sont
construits surtout à partir du règne d'Auguste.

En 179 av. JC, le Pont Aemilius est le premier
pont de Rome dont les piles sont en pierre, mais le
tablier est en bois.

La construction des fondations et des piles est
la tâche la plus difficile. Ces travaux sont réalisés en
période de basses eaux, pendant les mois d'été et sur
plusieurs saisons parfois.

Les troupes romaines en campagne en
construisent de très légers en bois (César : la guerre
des gaules, Livre IV, XVII) mais le plus souvent elles
se contentent de paver des gués par mesure
2d’économie et pour des questions de rapidité .

Les larges fleuves, quant à eux, sont traversés
en bac ou sur des ponts de bateaux. Il semble
toutefois que le Rhin à Cologne et le Rhône à Arles
soient traversés très tôt par des ponts.
Il ne reste que très peu de ces ponts en pierre,
dont on peut assurer qu’ils soient romains. Certains
portant cette appellation ne sont que roman (milieu du
moyen âge).

2
C. Tavernier, Les voies de communication dans le brivadois,
Almanach de Brioude 1961, p 165 à 195


Les déplacements.

Le long des routes, tous les 1000 pas romains
(environ 1481 mètres) sont plantées des bornes
milliaires (ancêtres de nos bornes kilométriques). A
Rome, Auguste fit dresser sur le Forum une borne
recouverte de bronze doré, (le milliarium aureum), sur
laquelle se lisaient les distances entre Rome et les
principales villes du monde romain.

Ces bornes, qui indiquent la distance, entre
l’endroit où elles sont placées et la capitale de la
province, se composent d’une haute colonne de pierre,
généralement cylindrique, solidement fixée au sol. En
plus des indications de distances, le nom du
constructeur ou des restaurateurs successifs de la
voie, sont gravés sur le fût de pierre.

Le long des grandes voies, tous les 10 ou 12
Km, les voyageurs trouvent des relais (mutatio) où les
courriers et les fonctionnaires peuvent changer leurs
chevaux.
Tous les 30 ou 40 Km, on trouve aussi des
gîtes d’étape (mansio), où l’on peut manger et se
reposer. La plupart de ces voies étaient doublées
d’une "sente". Chemin de terre, destiné aux animaux
non ferrés et aux piétons.

Un équipement complet du légionnaire pesait
de 25 à 30 kg. Au pas ordinaire, les soldats romains
parcouraient 20 milles en 5 heures soit 29.6 Km. Au
pas plein, ils en parcouraient 24 soit 35.5 Km.



Les conditions de voyage.

Malgré l’existence de patrouilles de
surveillance, les routes restent peu sûres par la
présence de bandes de brigands (latrones). Les gens
préfèrent voyager en groupe et surtout de jour.

Les véhicules utilisés sont peu confortables et
lents. Les voyages prennent énormément de temps.
Les chars transportant les marchandises, font semble-
t-il, environ 30 Km par jour.
Le service des dépêches, la Poste impériale,
(cursus publici), dont l’importance est parfois capitale,
arrive péniblement à 80 Km par jour.

Mesures de longueurs

Le pied = 29,63 cm
Le pas = 5 pieds = 1,4815 m
Le mille = 1 481,5 m
La lieue gauloise revue par Rome = 2222 m, soit 1,5
mille romain.



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