Commémorer la Grande Guerre

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Commémorer la Grande Guerre (2014-2020) : propositions pour un centenaire international Rapport au Président de la République Joseph ZIMET septembre 2011 Secrétariat général pour l'administration Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives « Le 2 août 1914, jour de la mobilisation, le peuple français tout entier se mit debout dans son unité. Cela n’avait jamais eu lieu. Toutes les régions, toutes les localités, toutes les catégories, toutes les familles, toutes les âmes, se trouvèrent soudain d’accord. En un instant, s’effacèrent les multiples querelles, politiques, sociales, religieuses, qui tenaient le pays divisé. D’un bout à l’autre du sol national, les mots, les chants, les larmes et, par-dessus tout, les silences n’exprimèrent plus qu’une seule résolution. » Extraits de l’allocution prononcée par le général de Gaulle, le 2 août 1964, au Palais de l’Elysée, pour le cinquantenaire de la mobilisation de 1914. « Le souvenir de la Grande Guerre est sur la France comme la cendre du volcan sur ses pentes » Michel Bernard, La Tranchée de Calonne « J’ai la tête épique. Je chante le Poilu. » Joseph Delteil, Les Poilus. 3 5 6 Sommaire Introduction Résumé du rapport I. Les enjeux d’un centenaire international II. Le centenaire de la Première Guerre mondiale : un rendez-vous identifié et anticipé, en France et à l’étranger III.
Publié le : dimanche 10 novembre 2013
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Commémorer la Grande Guerre (2014-2020) : propositions pour
un centenaire international

Rapport au Président de la République


Joseph ZIMET
septembre 2011











Secrétariat général pour l'administration
Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives






« Le 2 août 1914, jour de la mobilisation, le peuple français tout entier se mit debout dans son unité.
Cela n’avait jamais eu lieu. Toutes les régions, toutes les localités, toutes les catégories, toutes les
familles, toutes les âmes, se trouvèrent soudain d’accord. En un instant, s’effacèrent les multiples
querelles, politiques, sociales, religieuses, qui tenaient le pays divisé. D’un bout à l’autre du sol
national, les mots, les chants, les larmes et, par-dessus tout, les silences n’exprimèrent plus qu’une
seule résolution. »
Extraits de l’allocution prononcée par le général de Gaulle, le 2 août 1964, au Palais de l’Elysée,
pour le cinquantenaire de la mobilisation de 1914.

« Le souvenir de la Grande Guerre est sur la France comme la cendre du volcan sur ses pentes »
Michel Bernard, La Tranchée de Calonne

« J’ai la tête épique. Je chante le Poilu. »
Joseph Delteil, Les Poilus.



3 5 6

Sommaire
Introduction
Résumé du rapport
I. Les enjeux d’un centenaire international
II. Le centenaire de la Première Guerre mondiale : un rendez-vous identifié et
anticipé, en France et à l’étranger
III. Proposition de calendrier pour le Centenaire
IV. Trois grands projets pour un Centenaire
V. Les orientations stratégiques du Centenaire
VI. La gouvernance du Centenaire
VII. Le financement du Centenaire
Annexe
7 Introduction
Durant quatre ans, de 2014 à 2018, la France sera l’hôte du monde entier.
Durant quatre ans, les nations du monde entier viendront en France commémorer
l’engagement de leurs soldats et de leurs travailleurs sur le front de l’ouest, épicentre du
premier conflit mondial de l’histoire de l’humanité.
Durant quatre ans, Australiens, Allemands, Britanniques, Canadiens, Américains, Indiens,
Chinois, Nord-africains, Subsahariens, Indochinois, Néo-zélandais, Polonais, Russes, Belges,
Tchèques, Portugais et bien d’autres encore, viendront arpenter le champ de bataille pour y
retrouver les traces de leurs ancêtres.
Durant quatre ans, les représentants de ces pays viendront en France honorer leurs morts et se
recueillir dans les nécropoles militaires qui peuplent pour l’éternité les paysages de la Grande
Guerre.
Dans un même temps, le temps d’une commémoration qui ne ressemblera à aucune autre, les
Français emprunteront les sentiers de la mémoire et retrouveront les souvenirs d’un temps qui
fut celui de leurs parents et de leurs grands-parents, acteurs, témoins ou simples spectateurs de
la Grande Guerre, la plus grande, la plus dure, la plus terrible épreuve collective que la société
e
française traversa au cours du XX siècle, dont elle sortit exsangue et bouleversée.
Durant quatre ans, chaque famille française retrouvera le chemin des monuments aux morts
de ses villages ; chaque famille française se remémorera les récits de ses anciens, blessés,
gazés, mutilés de la Grande Guerre ; chaque famille se souviendra des récits de famille,
colportés de génération en génération, et qui tous racontaient la même chose : la souffrance et
l’horreur d’une guerre qui ne ressemblait à aucune autre.
Durant quatre ans, les Français replongeront au cœur d’un temps révolu mais qui demeure
pourtant étrangement familier ; durant quatre ans, le temps d’une commémoration, la société
française retrouvera son passé et ses racines, ses ancêtres et ses morts, ses terroirs et ses
clochers ; elle retrouvera un événement fondateur qui a bouleversé le quotidien de nos aïeux,
transformé leurs modes de vie et façonné le monde qui est le nôtre.
Durant quatre ans, de 2014 à 2018, la France et les Français retrouveront la Grande Guerre.

*
* *

De ce passé, saurons-nous faire bon usage ?
En 2014, les Français s’arrêteront sur le bord du chemin et se retourneront pour contempler,
au loin, les lueurs encore vives de la Grande Guerre.
A distance rassurante de l’événement, ils s’efforceront de comprendre le cataclysme de 14-18,
de déchiffrer les motivations qui poussèrent les peuples les plus avancés de la planète à
9 engloutir leurs ressources morales et matérielles dans un immense brasier qui manqua
d’annihiler la civilisation européenne.
Une dernière fois, ils ramasseront les cendres encore incandescentes de la Grande Guerre pour
les transmettre aux générations futures, afin qu’elles n’oublient pas que c’est de ce terreau à la
fois tragique et épique que notre monde prit forme, il y a cent ans.
Mais la puissante poussée mémorielle dont le centenaire de la Première Guerre mondiale est
porteur ne doit pas se réduire à une bouffée de nostalgie.
e
C’est le regard tourné vers l’avenir et les enjeux du XXI siècle que la France et les Français
devront aborder cette commémoration.
C’est en pensant aux défis du temps présent que l’histoire de la « der des der » devra être
questionnée et enseignée dans les écoles, les collèges et les lycées de France.
C’est main dans la main avec l’Allemagne, partenaire, depuis près de cinquante ans, d’une
réconciliation historique et de l’édification d’une Europe pacifique, qu’elle devra être
racontée et commémorée.
C’est à l’unisson de cette même Europe de la paix, construite sur les décombres des deux
e
conflits mondiaux du XX siècle, que la France pourra s’interroger, avec ses voisins
européens, sur l’héritage moral et politique de la Première Guerre mondiale. Car la
commémoration du Centenaire sera aussi un chœur polyphonique, à travers lequel l’Europe
pourra, si elle le souhaite et si elle s’en donne les moyens, donner de la voix.

*
* *

A cet usage du passé pour éclairer l’avenir, fait écho la résonnance mémorielle contemporaine
du Centenaire, sa portée immédiate et présente, hic et nunc.
Quel sens faut-il donner à la commémoration de la Grande Guerre, cent ans après ?
Force est de reconnaître que nous n’avons pas quitté le « moment historique habité par
1l’obsession commémorative », analysé par Pierre Nora dans la conclusion de ses Lieux de
mémoire, en 1992.
2La « boulimie commémorative d’époque », qu’il pointait alors du doigt, n’a pas faibli. Osons
dire qu’elle est même devenue gloutonnerie.
A cet égard, le Centenaire sera une nouvelle pierre ajoutée au singulier édifice mémoriel bâti
3par les Français depuis la « métamorphose de la commémoration » et le basculement vers un
nouveau régime mémoriel.

1 Pierre Nora, Les Lieux de mémoire, Paris, Gallimard, 1992, p. 4687.
2
Ibid.
3 Ibid., p. 4688. Ce nouveau régime se caractérise, selon Pierre Nora, par « la subversion et le délitement du
modèle classique de la commémoration nationale, tel que la Révolution l’avait inventé et tel qu’en lui-même
l’avait fixé la IIIe République conquérante, et son remplacement par un système éclaté, fait de langages
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