La Culture, 3e pourvoyeur d'emploi en Europe - SACEM

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Magsacem n°91 novembre 2014 - janvier 2015

Publié le : jeudi 11 décembre 2014
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N° 91 LE MAGAZINE DES SOCIÉTAIRES SACEM NOVEMBRE 2014-JANVIER 2015
magsacem
Étude La,luutcre unechancepourlEurope! DOSSIER>PAGE06
11> GRAND ENTRETIEN Fleur Pellerin : « La diversité de la création musicale dans les médias est une priorité. »
20> COULISSES Humour Montreux, capitale européenne du rire
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ÉCHOS | À LA UNE | GRAND ENTRETIEN | DÉCRYPTAGE | PORTRAIT | MUSIQUE STORY | RENCONTRE | COULISSES | AGENDA
L’ ÉDITO Changements ombreux sont ceux qui se fé-licitent de la composition de la nouvelle Commission euro-enne, gage, à les lire, d’une véri-le efficacité dans la gestion des aires et d’une humilité nouvelle ns le dialogue. Les créateurs et leurs éditeurs sont plus circonspects et plutôt inquiets de la prééminence, dans le discours du président Juncker,d’un numérique dégagé des«silos nationaux du droit d’auteur»ou de l’utilisation exclusive du mot «copyright» à la place de «author’s right» – qui est la traduction juste, en an-glais, de «droit d’auteur». On ne peut que s’étonner de voir l’ancien Premier ministre du Luxembourg, qui n’a eu de cesse, lorsqu’il occupait ces émi-nentes fonctions, de maintenir dans son pays un statut fiscal déstabilisant pour toute la Communauté européenne, devenir le chantre d’une harmonisation au seul service des consom-mateurs dès qu’il s’agit de droit d’auteur. Quel paradoxe, que cette volonté d’affaiblir le droit d’auteur, alors qu’une étude toute récente, à laquelle est consacré le dos-sier de ceMagsacem,montre à quel point, avec leurs sept mil-lions d’emplois, les secteurs de la culture sont importants pour la croissance et l’emploi en Europe. Le rattachement du droit d’auteur au commissaire en charge de l’économie numérique est un signal très inquiétant. Sur un autre plan, le fait que le seul député européen français qui fasse partie de la commission Éducation et Culture soit un membre du Front National pose une vraie question quant à la motivation de nos parlementaires à défendre la création. Nous resterons donc avant tout une force de propositions visant à harmoniser au mieux l’idéal européen, le développement du numérique avec l’indispensable rémunération de la création, par le biais de sociétés de gestion collective, dont le respect de leur spécificité et de leur indépendance doit être garanti.
Notre nouvelle ministre de la Culture, Fleur Pellerin, que je remercie d’avoir accepté de nous accorder un entretien dans ces pages, est une spécialiste du numérique qui semble avoir compris que, quelle que soit la technologie employée pour dif-fuser la création, elle ne doit en aucun cas se développer aux dépens de la rémunération des créateurs, sous peine de ré-duire considérablement le nombre d’œuvres nouvelles créées et produites. Les propos de notre Premier ministre sur la culture affichent une volonté et un désir qui tranchent avec la sinistrose et les promesses déçues de ces dernières années. Nous avons noté avec plaisir ce qu’il a dit à propos du piratage, le 15 septembre, lors d’un discours remarqué au Grand Palais:«Nous avons sans doute sous-estimé l’impact du piratage de masse. Il est pour-tant une vraie source d’appauvrissement pour l’ensemble du secteur de la création». Espérons que ce discours se concrétisera, dans les semaines à venir, par un renforcement des dispositifs permettant une juste rémunération des créateurs et de leurs éditeurs pour l’exploitation de leurs œuvres, que ce soit par un droit d’auteur sécurisé sur Internet, par le renforcement de la copie privée ou par la préservation du budget de la Hadopi, afin qu’elle pour-suive efficacement ses missions. Mon prédécesseur, Jean-Claude Petit, a mené avec le Conseil d’administration et les équipes de la Sacem une politique dé-terminée sur ces différents sujets. Nous allons, avec Jean-Noël Tronc, continuer et amplifier l’ac-tion de la Sacem pour que les musiques et tous nos répertoires puissent prospérer dans toute leur diversité.
Retrouvez la composition du Conseil d’administration 2014-2015 s
Laurent Petitgirard, compositeur, président du Conseil d’administration, membre de l’Institut
magsacem| |Le magazine des sociétaires Sacem| Directeur de la publication :Jean-Noël Tronc| Directrice de la rédaction :Catherine Boissière| Comité de rédaction :François Besson, Olivia Brillaud, Louis Diringer, David El Sayegh, Jean Fauque, Claude Gaillard, Christian Gaubert, Claire Giraudin, Claude Lemesle, Blaise Mistler, Laurent Petitgirard, Cécile Rap Veber, David Séchan, Véronique Sinclair, Arlette Tabart, Stéphane Vasseur et Christophe Waignier| Signatures :Philippe Barbot, Romain Bigay, Éléonore Colin, Laurent Coulon, Éloïse Dufour et Rémy Louis| Ont collaboré à ce numéro :Lilian Goldstein, Roger-Pierre Hermont, Véronique Pourcel, Julie Poureau et Nicolas Pribile| Direction artistique :Quentin Derville et Marie-Christine Fhrepsiadis| Maquette et mise en pages :Agence 21 x 29,7| Impression :Corlet Roto – o BP 46 – 14110 Condé-sur-Noireau|Le magazine des sociétaires Sacem est publié tous les quatre mois|2108-8802N ISSN |Sacem – Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de ivile à capital variable immatriculée au registre du commerce et des sociétés de Nanterre sous le numéro D 775 675 739|Siège social : Sacem – Dir unication – 225, avenue Charles-de-Gaulle – 92528 Neuilly-sur-Seine Cedex|Tél.: 0147154715| Couverture:© VictorKap-Boarding1Now/ Thinkstock|
MAGSACEM # 91
Lancement
acem n vers t ance un Étudiants, à vos copies ! uel avenir pour les droits des créateurs ? Si la Sacem est humanQiste du droit d’auteur, ce sont les pleinement engagée pour défendre une conception juristes et les acteurs du droit national, européen et international, qui la façonnent et en tracent les contours. Aussi, dans le cadre de sa plateforme pédagogique SacemUniversité, la Sacem lance un concours destiné à sensibiliser les juristes de demain aux intérêts des auteurs, com-positeurs et éditeurs de musique.
Qui ? Cette première édition s’adresse aux étu-diants inscrits en master 2 de droit de la propriété intellectuelle ou des technologies de l’information et de la communication, pour l’année universitaire 2014-2015. Ce prix est organisé en partenariat avec la Revue internationale du droit d’auteur(Rida),revue trimestrielle consacrée au droit d’au-teur dans le monde.
Quand ? Les inscriptions sont ouvertes depuis le 15 octobre 2014. Les étudiants peuvent envoyer leur article via sacem.fr jusqu’au
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auteur.
30 janvier 2015. Le grand oral et l’annonce du lauréat du Prix du droit d’auteur Sacem se dérouleront courant mars-avril 2015.
Comment ? Les étudiants des universités partenaires sont invités à composer un article autour d’un sujet de réflexion sur le droit d’auteur, en lien avec un thème d’actualité juridique. Un formulaire d’inscription est en ligne sur sacem.fr. Les cinq finalistes sélection-nés par un comité rédactionnel, composé de professionnels du droit, viendront défendre leur composition devant un jury de personnalités, sous forme d’un grand oral, à l’issue duquel le meilleur se verra décerner le prix.
À la clé… Le candidat lauréat remportera la somme de 2 000 euros, la publication de son article dans laRida,un stage conventionné au sein du département juridique de la Sacem pour une durée de six mois, un abonne-ment de deux ans à laRidaet des places pour assister à des événements culturels soutenus par la Sacem.
\ POUR EN SAVOIR PLUS: SACEM.FR.
NOvEMbRE 2014-jANvIER 2015
ÉCHOS03
RÉPARTITION DU 6 OCTOBRE 2014 Tendances Le montant global des droits mis en répartition le lundi 6 octobre s’élève àplus de 76 M€.Il est en baisse de 14,18 % par rapport à octobre 2013. Cette baisse s’explique, d’abord, par les résultats exceptionnelsenregistrés lors de la répartitiond’octobre 2013(+ 16,54 %) grâce, notamment, à des régularisationsdans le secteur de la copie privée (+ 4,7 M€) et celui de la musique en ligne, qui avait enregistré le montant record de 7,9 M€. Dans le même temps, lors de la répartition d’octobre 2014, lesdroits en provenance de l’étrangeront baissé de 15,56 %. La baisse du yen par rapport à l’euro a eu un effet négatif sur les droits versés par le Japon ; les droits venant d’Italie retrouvent leur niveau habituel après les régularisations comptabilisées sur octobre 2013. Les difficultés économiques de l’Espagneet celles que connaît la société d’auteurs espagnole expliquent en grande partie la forte baisse des droits en provenance de ce pays. Enfin, desretards de règlementde plusieurs sociétés étrangères ont affecté de manière sensible la répartition des droits liés à la diffusion par câble des chaînes françaises à l’étranger. Autre secteur qui enregistre une forte baisse (– 46,49 %), celui desdroits vidéographiques,des règlements tardifs de la part de producteurs ont conduit à reporter sur janvier 2015 la répartition des montants en cause. Les sommes traitées au titre del’écoute en ligne et du Web 2.0sont en progression de 24,92 % et le téléchargement de sonneries de téléphonede 281,35 % (régularisation d’Orange pour la its période 2010 à 2013). Enfin, les dro en provenance d’Arte correspondent aux diffusions de novembre et décembre 2013 ; ils n’avaient pas pu être répartis en juillet dernier en raison de la remise tardive des programmes par la chaîne. \PROCHAINES RÉPARTITIONS : MERCREDI 7 JANVIER 2015, MARDI 7 AVRIL 2015 (VOIR CE CALENDRIER EN TÉLEX, PAGE 4). \\INFORMATIONS SUR LES RÉPARTITIONS PRÉCÉDENTES : SACEM.FR > MON ESPACE > MA RÉPARTITION > DONNÉES DES RÉPARTITIONS.
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PRIX Un sociétaire nobélisé La Sacem salue Patrick Modiano, prix Nobel de littérature. Membre de la Sacem depuis 1969, celui qui est l’un des plus grands romanciers de notre époque est aussi un auteur de chansons. Avec Hugues de Courson, Patrick Modiano a en effet signé l’album Fonds de tiroir.Il a écrit ou coécrit des chansons pour Françoise Hardy, dont Étonnez-moi, Benoît, éditée par Jean-Max Rivière (Tilt Music). Ce dernier est à l’origine de la rencontre entre le jeune auteur et la chanteuse.
ACCORD La Sacem, première à signer avec Netflix La Sacem a conclu un accord avec Netflix en juillet. Les membres de la Sacem dont le répertoire est présent dans les œuvres audiovisuelles diffusées par Netflix ont ainsi la garantie de recevoir une juste rémunération, qu’ils soient auteurs de musique, de sketches, de doublage – sous-titrage, compositeurs, réalisateurs ou éditeurs. Cet accord, signé avant même le lancement de la plateforme en France, confirme la capacité de la Sacem à anticiper l’arrivée sur le marché de nouveaux acteurs numériques, mais aussi son efficacité dans un univers où l’offre légale de contenus culturels en ligne ne cesse de croître.
VISITES Manuel Valls et Fleur Pellerin à la Sacem
e 3 juillet dernier, Laurent Petitgirard et le bu-au du Conseil d’administration accueillaient anuel Valls dans les locaux de la Sacem. n moment d’échange privilégié au cours uquel le Premier ministre s’est montré parti-ulièrement attentif aux préoccupations des réateurs et éditeurs de musique, soulignant ue« la culture doit redevenir une priorité »et affirmant :pouvez compter sur mon engagement total pour la culture,« Vous la musique, les créateurs, les droits d’auteur ».Deux mois plus tard, lors du vernissage de la rétrospective consacrée à Niki de Saint Phalle au Grand Palais, Manuel Valls a confirmé cet engagement pour la défense du droit d’auteur lors d’un discours remarqué. À peine deux mois après sa nomination, Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication, s’est elle certains de ses sociétaires. En marge de cette rencontre, elle a accepté de répondre aux questions duMagsacem (page 11).
ILS ONT DIT
La culture doit devenir une compétence obligatoire des régions. » Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône-Alpes, dansLe Mondedu 17 juillet 2014.
Télex \ En 2015,les répartitions auront lieu le mercredi 7 janvier, le mardi 7 avril (en raison du lundi de Pâques, le 6 avril), le lundi 6 juillet et le lundi 5 octobre. Rappelons l’article 55 du règlement général, qui spécifie que« les sommes ré-parties sont payables le troisième jour d’ouverture de la Sacem au mois de janvier »,ce qui explique la date du 7 janvier 2015, les bureaux de la société étant fermés le vendredi 2 janvier.\\Le rapport d’activité 2013 est en ligne.Chiffres de la col-lecte et de la répartition, présentation des projets menés et des nouveaux enjeux… Il constitue un document de référence pour mieux connaître la Sacem et son activité sur une année. Pour le télécharger : sacem.fr > La Sacem > Espace presse > Publications > Rapports d’activité.\\\Les programmes d’aide de l’action culturelle de la Sacemsont actuel-lement ouverts pour l’année 2015.Nous vous invitons à les consulter dès à présent sur sacem.fr > Actions culturelles > Financez vos projets > Demande en ligne.\\\\Une commission technique dédiée à la formation profession-nelledes sociétaires a été créée au mois de juin. Présidée par Frédéric Kocourek, elle est composée de cinq auteurs, quatre compositeurs et un éditeur désignés pour un an. Lors de sa première réunion, la commission a défini ses grands axes de travail pour l’année 2015 : communication sur le droit à la formation, identification des besoins des auteurs, analyse de l’offre de formations existante et élaboration d’une offre complémentaire. •
MAGSACEM # 91
LE MOT DU DIRECTEUR GÉNÉRAL Que nous prépare la nouvelle Europe?
omme le souligne, dans son édito, notre président, LaurentPetitgirard, une leEurope se met en place, e mobilisation est plus que écessaire. Face à sa pression nte, nous avons les moyens vec cette responsabilité sup-taire que nous confère le fait première société d’auteurs d’Europe, tant en termes de collectes que de nombre de membres. La Sacem collecte, en effet, un total de 1,3 milliard d’euros de droits (835 millions d’euros de droits d’auteur, auxquels s’ajoutent 460 millions d’euros de droits autres : droits voisins collectés pour l’Adami, la Spedidam, les sociétés de producteurs, ainsi que la copie privée pour l’ensemble des secteurs culturels, ou encore les mandats comme celui géré pour Universal Music Publishing International), et vous êtes aujourd’hui près de 153 000 auteurs, compositeurs et éditeurs à en être sociétaires, dont 3 870 nouveaux depuis le début de l’année.
Nos leviers d’action sont multiples.
Au niveau européen et mondial, il faut renforcer la coopération entre sociétés sœurs. C’est le sens du travail mené avec Armonia, le premier portail européen de licences multinatio-nales pour les services de musique sur Internet, créé par la Sacem (France et Luxembourg), la Sgae (Espagne), associée à la Spa (Portugal), la Siae (Italie) et rejoint, en septembre 2013, par les sociétés Artisjus (Hongrie) et Sabam (Belgique) et tout récemment, par la Suisa (Suisse). Au-delà des activités de li-cence, Armonia a mis en place un partenariat technologique avec la société espagnole BMat afin de traiter et d’enrichir les données de ventes en provenance des sites numériques (iTunes, Spotify, Youtube, etc.) en vue de faciliter leur facturation et leur répartition. Armonia a également engagé une collabora-tion, officialisée en juillet 2014, avec l’alliance MusicMark, qui regroupe les trois grandes sociétés nord-américaines Ascap, BMI et Socan.
Il faut aussi poursuivre notre politique proactive dans le numé-rique. C’est pourquoi la Sacem est la première en France à avoir signé, dès juillet 2014, un accord avec Netflix, plusieurs mois avant l’ouverture officielle de ce service de vidéos en ligne en France. Nous avons également renouvelé notre contrat avec Spotify, acteur principal du streaming dans le monde, jusqu’à fin 2015. Et nous avons rétabli le dialogue avec de nombreux éditeurs de jeux vidéo pour mettre des accords en place.
La poursuite de notre modernisation, tant dans notre réseau de collecte que dans les outils informatiques, et la maîtrise de nos coûts de gestion sont notre priorité pour préserver les
grands principes de la Sacem : assurer un niveau maximum de collecte des droits d’auteur et une répartition à la fois la plus importante et la plus juste possible à ses membres.
Nous devons aussi consolider notre dimension solidaire et les services que nous vous rendons. C’est dans cet esprit que vous trouverez dans ceMagsacemun supplément concernant vos retraites.
Parmi les nouveaux services développés pour vous, le dépôt en ligne des œuvres remporte un vif succès, avec 42 588 œuvres déclarées depuis son lancement, en février dernier, et vous êtes maintenant plus de 10 000 à être inscrits à Sacem PLUS. Continuez à vous inscrire et à utiliser tous ces outils et services en ligne !
La transparence est un objectif de toutes nos actions. Ainsi, des mesures annoncées lors de l’Assemblée générale de juin pour vous permettre de mieux identifier vos œuvres et faire baisser les sommes irrépartissables ont déjà pris effet, comme l’extension de trois à cinq ans des informations mises à votre disposition sur les œuvres en instance d’identification acces-sibles dans votre espace sécurisé, qui est donc passée de douze à vingt répartitions.
Cette extension est également appliquée progressivement à l’application Lidis (Liste des diffusions pour l’information du sociétaire), que la Sacem est la première société au monde à mettre à la disposition de ses membres, et qui vous donne accès à toutes les données de diffusion ayant servi de base à la répartition des droits provenant des télévisions, des radios, de la sonorisation musicale, des discothèques et de la musique sur Internet.
Pour conclure, je veux vous rappeler que, pour que votre so-ciété puisse mettre en place une répartition juste et perfor-mante, il est essentiel que vous déposiez vos œuvres, car la moitié des œuvres non identifiées sont des œuvres que des sociétaires ont oublié de déposer, ou qui sont déposées très tardivement. Avec votre participation, ces mesures de transparence et d’in-formation réduiront le taux d’œuvres non identifiées ou non répartissables, et augmenteront d’autant les droits versés sur vos feuillets.
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Jean-Noël Tronc, directeur général de la Sacem
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Étude Laculture,une chance pour l’Europe !
La culture européenne se conjugue au pluriel. Si chacun s’accorde à dire que sa diversité est une des grandes richesses de l’Europe, peu savent qu’elle représente éga-lement une réelle force économique. C’est ce que révèle une étude EY sur la valeur des industries culturelles et créatives en Europe. Édifiant.
a culture européenne ? C’est une mosaïque ! Des fragments de toutes les couleurs, de toutes les formes, qui, à l’arrivée, «L créent une véritable harmonie ».Ancien manager de la librairie Rizzoli, à New York, avant de devenir admi-nistrateur général du Centre culturel américain de Paris, Alexandre Mehdevi sait de quoi il parle.« Pour moi, l’Europe, c’est un choix »,poursuit cet homme de culture qui, un jour, décide de tout quitter pour ouvrir une librairie internationale à Prague. Cette auberge espagnole que représente la culture européenne, l’étude sur « les secteurs culturels et créatifs européens, générateurs de croissance » en révèle toute la dimension. Avec plus de sept millions d’emplois, le secteur est comparable à celui de l’hôtellerie-restauration et dépasse largement l’automobile et la chimie(cf. graphique page suivante). Son chiffre d’affaires de 535,9 milliards d’euros représente 4,2 % du PIB européen. Une confirmation, donc ! L’étude réali-sée par le cabinet EY s’inscrit bien dans la continuité de France Créative, qui estimait, l’an dernier, la valeur des industries culturelles et créatives en • • •
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Une Europe connectée Le dynamisme culturel tient aussi dans la capacité de ces industries à s’adapter continuellement à leur environnement. Malgré la crise économique et sociale, elles ont su relever les défis du numérique,du salon musical Popkomm, à Berlin, en témoigne : des nouveaux supports et des nouveaux compor-« L’un des débats qui dominent, aujourd’hui, l’actua-tements. L’étude démontre à quel point ces indus-lité culturelle en Allemagne porte sur la façon dont tries sont bel et bien des actrices à part entière deAmazon ruine la distribution classique du livre et lèse, l’écosystème numérique et de ses transformations.».ainsi, les auteurs Débat d’autant plus vif que le Si les industries technologiques européennes ont livre continue d’occuper une place de choix dans presque toutes fermé boutique, si nos tablettes ou la culture allemande. nos smartphones sont à présent inventés aux États-Films, presse, livres, photos, documentaires, émis-des3conso5mmateurs%en ligneUnis et fabriqués en Asie, l’Europe reste l’un des sions de télévision, podcasts, musique en ligne : plus grands lieux créateurs de contenus et d’œuvresce sont ces contenus qui forment la vraie richesse protégés. Rédacteur d’une revue dédiée aux culturesont déjà acheté au moinsde nos matériels. Sans création, sans contenu, numériques, Klaus Gropper, un ancien responsableun livre sur Internet.sans droits d’auteur, le smartphone ou la tablette perdraient d’un coup leur valeur et leur attrait. Le Panorama révèle ainsi que 70 % du temps moyen Financement passé sur une tablette sont consacrés à la consom-La copie privée, pilier de la diversité mation de biens culturels. L’Europe est très Si vingt-six pays sur les vingt-huit membres de l’Union européenneconnectée ! 73 % de la population utilisent Internet l’ont adoptée, c’est bien que l’exception au droit d’auteur pour copiecontre 61,8 % aux États-Unis. Aujourd’hui, 197 mil-privée a démontré sa pertinence et son efficacité. Créée enlions d’Européens possèdent un smartphone. en 1965, cette exception offre la possibilité aux individusRadim, enseignant en République tchèque, le ibrement des œuvres acquises légalement, pour leurconfirme :« Chez nous, pas de problème pour se onnel. En France, c’est la loi Lang de 1985 qui l’a instaurée.connecter. Nous avons accès au réseau wifi dans les gt-deux autres États de l’UE, la France prévoit unecafés, les restaurants, les trains… À Prague, il suffit ion aux créateurs dont les œuvres sont dupliquées :de tapoter sur son smartphone pour acheter un ticket ation pour copie privée. Prélevée sur le prix des supportsen entrant dans le bus ! »Même constat pour Nata-ement et de stockage (tablettes, smartphones, disqueslia, jeune Polonaise, chargée de ressources hu-es…), elle est une source de financement primordiale,maines à Cracovie :je lis la presse« Maintenant, ation, et la garantie d’une inaltérable vitalité culturelle.! ».et je regarde les films sur mon ordinateur En cinq mille manifestations culturelles sont soutenuesSuède, Cécile, une jeune Française familière de ée. D’une grande modernité, le système de la copie privéece pays, commente :« Même les écoles maternelles tous les usages et tous les supports, notammentsont gagnées par le numérique. Cela fait partie du s. Il a, d’ailleurs, dépassé les seules frontièresquotidien ! ». Le Panorama économique nous es depuis longtemps, puisque ce sont aujourd’huiapprend que la télévision et Internet sont les deux pays du monde entier (États-Unis, Canada, Japon,deux médias les plus populaires, désormais au ateur, Burkina Faso, Russie, Suisse…), qui ont un systèmemême niveau : les Européens leur consacrent en ration pour copie privée opérationnel. Régulièrementmoyenne près de trente heures par semaine. e disparition par les fabricants et les importateurs l, la copie privée est l’un des piliers de la diversité n Europe.
3
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Source: Eurostat – EY, 2012.
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En bas à droite :le festival Sziget, à Budapest, sur l’île d’Óbuda, au bord du Danube. Il est souvent considéré comme le Woodstock européen.
l’Autriche, une ville qui fut Capitale européenne de la culture en 2009 :« Notre ville a construit son identité autour de l’innovation avec, notamment, un grand musée du futur, des festivals de musique élec-tronique ou des spectacles pyrotechniques. Pour sa part, Salzbourg, la ville de Mozart, vit entièrement autour de la musique classique et accueille régulière-ment de grands artistes. » Se forger une identité, mais aussi changer son image : Bilbao, ville industrielle du Pays basque espagnol en déclin, revit désormais grâce au Musée Guggenheim, qui allie beauté architectu-rale et richesse des collections d’art.
Automobile
Agroalimentaire
Sidérurgie
L’atout diversité Bercé par la saudade portugaise, absorbé polar danois, hypnotisé par une peinture ital subjugué par les lignes architecturales d’ meuble en Toscane ou à Paris, électrisé musique électro d’un club de Berlin ou Barce la culture européenne fait naître des ém diverses mais nous renvoie à un socle co
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Les emplois par secteur en Europe (en millions d’euros)
Industries culturelleset créatives
7,1
France à 74 milliards d’euros. Cette fois-ci, ce sont onze secteurs qui ont été passés au crible : arts graphiques et plastiques, cinéma, télévision, musique, spectacle vivant, publicité, architecture, jeux vidéo, livres, presse et radio. La culture foi-sonne de secteurs dynamiques, modernes, créa-teurs d’emplois et de croissance, avec nombre d’acteurs économiques qui comptent et rayonnent sur la planète Europe et au-delà.
Évoquer la culture européenne, c’est convoquer de multiples images, des spécificités artistiques et historiques, des stars de légende, des œuvres monumentales, des projets innovants. À lui seul, le secteur de la musique concentre 1,2 million d’emplois, dont la grande majorité – et c’est une des grandes forces de l’Europe – ne sont pas délo-calisables car intimement liés aux territoires sur lesquels sont organisés concerts, festivals et spec-tacles.« Les festivals de plein air sont des employeurs importants, au niveau local. Une petite équipe tra-vaille pour le Sziget tout au long de l’année, mais au moment du festival, ce sont 9 000 personnes qui sont employées !», témoigne Károly Gerendai, fondateur et directeur général du Sziget, un festival qui, pendant une semaine en août, rassemble chaque jour plus de 65 000 spectateurs venant de toute l’Europe. En Grèce, berceau du théâtre occidental, Yorgos Loukos organise chaque année le festival Épidaure, à Athènes.« En plus des emplois directs créés par l’événement, ce sont plusieurs centaines de personnes qui, à chaque édition, travaillent pour le festival. Sans compter les retombées touristiques, de l’hôtellerie jusqu’à la vente de miel, d’huile d’olive ou de confiture d’orange… »Les festivals et le spectacle vivant en général jouent un rôle majeur dans l’économie. Ils ne cessent de se diversifier, attirent de plus en plus de monde et sont un élément clé de l’attractivité des territoires. Dans chacun des vingt-huit pays de l’Union euro-péenne, la culture sous toutes ses formes contribueaussi à renforcer la cohésion sociale. Les collec-tivités l’ont, d’ailleurs, bien compris et s’emparent de la culture pour se forger une identité et déve-lopper leur rayonnement. Christina, assistante commerciale, réside à Linz, dans le nord de
Chimie
Télécoms
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Hôtellerie-restauration
Bâtiments et travaux publics
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Les industries culturelles et créatives sont une réponse à la crise : elles offre croissance, rayonnement, emplois, attractivité, compétitivité et perspecti à la jeunesse.
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« Nous avons, en plus, la possibilité d’interagir avec nos émissionsde télévision, via les réseaux sociaux », explique Lilia, 29 ans, responsable de communi-cation à Porto. Le cross média s’est beaucoup développé, enrichissant l’expérience du consom-mateur, qui a la possibilité d’approfondir, via le second écran, sa connaissance d’une émission de télévision, par exemple, de participer à des jeux en direct et même, parfois, d’intégrer une com-munauté. Ces dix dernières années, les revenus du numérique ont contribué au dynamisme du secteur créatif : 30 milliards d’euros issus du numérique entre 2001 et 2011. Si on prend le top sept des biens et services achetés en ligne par les Européens, deux sont des produits culturels : les livres et les billets de spectacle (concerts, festivals, théâtre…). Dans le secteur de la musique, le strea-ming ne cesse de croître, notamment grâce au succès des plateformes française et suédoise Dee-zer et Spotify. Jonathan Forster, directeur de Spo-tify, raconte :avons lancé Spotify en Suède,« Nous en 2008. Aujourd’hui, nous sommes présents dans presque tous les pays d’Europe et aux États-Unis. Nous sommes convaincus que le streaming est l’avenir de la musique. C’est un nouveau modèle d’écoute basé sur l’instant et sur l’accès illimité à la musique. »
Des champions européens À l’image de la réussite de Spotify, l’Europe dispose d’un faisceau d’entreprises culturelles et créatives. Reuters, Lagardère ou l’AFP pour la presse, Ende-mol pour la télévision, Publicis pour la publicité, Universal ou Europacorp pour le cinéma, Rovio ou Ubisoft pour les jeux vidéo, Pearson et Hachette pour l’édition et Sweco pour l’architecture sont
L’Europe compte 10000chaînes de télévision. La télévision est le secteur qui s’est le plus développé pendant la crise.
10 Sur les plus gros éditeurs au monde, 7 sont européens.
>ZOOM La culture attire les jeunes ! Développer des jeux vidéo, animer une communauté de fans, inventer un concept de publicité, gérer la lumière d’une scène de spectacle… les industries culturelles et créatives offrent une belle palette de métiers. Très divers, qualifiés ou non, ces emplois ont en commun un environnement attrayant. C’est une des raisons qui expliquent sans doute la forte proportion de jeunes travaillant dans la culture en Europe : 19,1 % des employés ont moins de 30 ans. C’est dans les pays d’Europe centrale que ce pourcentage est le plus élevé. Michel Lambot,
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autant d’entreprises culturelles européennes répu-tées dans le monde entier… Mais en y regardant de plus près, derrière ces beaux succès, les indus-tries culturelles et créatives sont protéiformes et recouvrent différents modèles économiques allant de l’autoentrepreneur au grand groupe mondial, en passant par les intermittents du spectacle, les start-up ou les PME familiales. Des entreprises parfois fragiles, qui s’appuient sur des politiques publiques nécessaires à leur développement. Garantie de la vitalité artistique des industries culturelles et créatives, le cadre légal offert par les institutions nationales et européennes est, en effet, un précieux atout. 60 % des droits d’auteur dans le monde sont collectés en Europe, au sein desquels 80 % proviennent de la musique. Unique rémunération des créateurs, le droit d’auteur est primordial, pour ces métiers souvent précaires. Ce n’est pas un hasard si les créateurs sont tou-jours nombreux à se mobiliser pour défendre la propriété intellectuelle et le modèle européen du droit d’auteur lorsqu’il est menacé. Si cette mosaïque culturelle est au fondement même de la construction européenne, l’une de ses plus grandes richesses et une opportunité pour l’Europe, les responsables européens n’en ont pas tous conscience. Le nouveau président de la Commission européenne lui-même, Jean-Claude Juncker, suggérait récemment de« briser les barrières nationales en matière de réglementation du droit d’auteur ».En cette période de crise, espé-rons que cette étude détaillée permettra aux déci-deurs européens d’ouvrir les yeux sur le rôle central joué par les créateurs et la création pour le dynamisme de notre continent.
fondateur et créateur du label Pias, le reconnaît : « Il y a très peu d’écoles qui préparent à une carrière dans la musique. Notre industrie forme elle-même ses compétences. Les jeunes sont très nombreux à vouloir travailler chez nous, et ils sont plus nombreux ici que dans d’autres industries en France». Même constat pour Henrique Mota, PDG des Éditions Principia et vice-président de la Fédération européenne des éditeurs :« Nous embauchons de plus en plus de jeunes depuis que nos maisons d’édition sont entrées de plain-pied dans l’ère du digital. »
FLEUR PELLERIN
« La diversité de la création musicale dans les médias est une priorité. »
Droits d’auteur, copie privée, lutte contre le piratage, diversité musicale dans les médias… Peu après sa prise de fonction, Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication du Gouvernement Valls 2, a accepté de répondre à la rédaction duMagsacem.
Cela fait presque deux ans que la Commission copie privée ne s’est pas réunie depuis la démission de la plupart des membres du collège importateurs. Comment comptez-vous réactiver cette Commission ? Dès mon arrivée, je me suis saisie de la question de la Commission copie privée et j’ai engagé, avec mes collaborateurs, un dialogue constructif avec les différentes parties prenantes, afin de sortir au plus vite de cette situation de blocage. L’important est que le travail de la Commission reprenne en répondant au mieux aux attentes de chacun dans une démarche de dialogue responsable.
Vous avez obtenu du Premier ministre une sanctuarisation du budget du ministère. Cependant, on annonce une baisse sensible du budget de la Hadopi. Qu’en est-il exactement ? Comme nous avons eu l’occasion de l’expliquer lors de la présentation de la loi de finances pour 2015, la Hadopi disposera d’une dotation reconduite par rapport à celle qui lui avait été allouée pour 2014, ce qui doit lui permettrede couvrir ses missions. Le Premier ministre a rappelé la nécessité de la défense du
droit d’auteur et de la réponse graduée, mais aussi qu’il fallait également mieux lutter contre les sites qui proposent massivement des œuvres, en violation du droit d’auteur. Le rapport de Mireille Imbert-Quaretta fournit, à ce titre, un certain nombre d’outils dont nous sommes en train d’examiner les moyens de mise en œuvre, ainsi que la manière de mieux coordonnerles actions des services de l’État qui ont à traiter de ces sujets de défense des droits.
L’un des chantiers importants du ministère consistera à transposer
la directive sur la gestion collective. Quelles seront les grandes lignes qui gouverneront cette transposition ? Quel rôle, selon vous, doit jouer la gestion collective dans les années à venir ? Cette transposition, que la directive impose d’achever avant le printemps 2016, appelle l’adoption de nombreuses dispositions législatives, dont les services du ministère de la Culture et de la Communication mettent en place la concertation avec les principaux acteurs concernés. Ils feront ensuite valider le fruit de ce travail
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au plan interministériel, de sorte qu’un premier projet de texte devrait être écrit pour le printemps prochain. Le travail de concertation a, notamment, débuté avec la Sacem.
Un dossier auquel est attachée la filière musicale : l’absence de diversité musicale à la radio et, d’une manière générale, la mauvaise exposition d’émissions dédiées à la musique à la télévision. Que comptez-vous faire pour pallier ces carences ? Favoriser la diffusion de la richesse et de la diversité de la création musicale dans les médias est une priorité. Éviter une trop forte concentration des titres diffusés en radio permettrait au public de découvrir plus d’artistes, tout comme favoriser la diffusion de concerts et, plus généralement, de musique sur les antennes de France Télévisions. Des propositions ont été faites en ce sens par Jean-Marc Bordes dans son rapport consacré à l’exposition de la musique dans les médias. Il faut maintenant passer à la phase de concertation et c’est ce à quoi travaillent les services de mon ministère avec les différents acteurs.
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Éditeurs Préproduction :un programme sous le sceau de l’ambition
Le programme d’aide à la préproduction fait peau neuve: il s’ouvre en grand! Afin d’accompagner les évolutions du métier d’éditeur, et servir au mieux l’ensemble de ses sociétaires, la Sacem a largement renforcé ce programme. Détails et explications.
aide à la pré-production en «Ldirection des éditeurs est primordiale, pour la Sacem. Sa nou-velle version était attendue par nos 5 600 éditeurs membres »,indique Lilian Goldstein, responsable des musiques actuelles et du jazz à la direction de l’action culturelle de la Sacem, à propos des nouvelles dispositions du programme. Créé il y a cinq ans, il a été entièrement refondu cet été : des critères as-souplis et élargis, un large éventail de dépenses éligibles, des béné-ficiaires potentiels plus nombreux, mais aussi une enveloppe multi-pliée par quatre, passant de 300 000 à 1,2 million d’euros.
Ouvert à tous Désormais, tous les éditeurs membres de la Sacem, quel que soit leur statut (adhérent, profes-sionnel ou définitif), peuvent sol-liciter ce programme pour des projets concernant des dévelop-pements pour tous les auteurs-compositeurs membres de la Sacem (tous statuts confondus : adhérent, professionnel et défi-nitif). Et ce, qu’il s’agisse du ré-pertoire des musiques actuelles, du jazz de création ou de celui des musiques contemporaines. Pour Caroline Molko, présidente de Warner Chappell et membre du Conseil d’administration de la Sacem,« c’est la réponse logique à la volonté de mieux soutenir les éditeurs, quelles que soient leur
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taille et l’esthétique qu’ils tra-vaillent. Ils sont les premiers par-tenaires des auteurs et composi-teurs. C’est donc un moyen, pour la Sacem, d’aider l’ensemble de ses sociétaires ». Autre nouveauté, et non des moindres, le nombre de projets présentables chaque année n’est plus limité. Là aussi, c’est un moyen, pour la Sacem, de soute-nir le plus grand nombre de pro-jets possibles, les éditeurs étant, dans l’écosystème musical, les oubliés des guichets d’aide.« Ouvrir à tous les éditeurs va donner accès à nombre de jeunes structures qui font véritablement du développe-ment à une aide dédiée. Il existe très peu d’aides pour les éditeurs », ex-plique Julien Banes, cogérant desÉditions Levallois et d’Upton Park.
Accompagner les éditeurs Le métier d’éditeur est multiple. Assumer par tous les moyens l’exploitation et la diffusion per-manente et suivi d’une œuvre auprès du public et de la filière professionnelle est un travail qui nécessite, au quotidien, créativité, réactivité ainsi qu’une forte capa-cité d’adaptation. S’il s’agit depuis toujours de mettre en place les conditions propices à la création, rechercher des partenaires, conseiller et orienter, est aussi un métier en perpétuelle évolution : « Dans une industrie en mutation, l’éditeur prend des risques artis-tiques et financiers importants. C’est pour cela que ce programme
existe. Quand il n’y a pas de label phonographique ni de producteur scénique derrière l’artiste en dé-veloppement, c’est très souvent l’éditeur qui prend le risque de faire la promotion au sein de la fi-lière professionnelle afin d’assurer une diffusion auprès du public. Il se retrouve au centre du 360° », détaille ainsi Lilian Goldstein.
Dépenses éligibles Pour être au plus proche des be-soins des professionnels, le pro-gramme couvre un large éventail de dépenses éligibles. Deux orien-tations sont proposées : première-ment, le développement d’auteurs et/ou compositeurs au travers de la création de répertoires nou-veaux ; deuxièmement, la valorisa-tion et le rayonnement d’œuvres du répertoire de la Sacem par le biais des opérations événemen-
Des critères assouplis et élargis, un large éventail de dépenses éligibles, des bénéficiaires potentiels plus nombreux et une enveloppe passée de 300000 à 1,2 million d’euros.
tielles et à caractère ponctuel (anniversaires, anthologies, célé-brations…). Comme l’explique Jean-Marie Salhani, éditeur his-torique de jazz, président des Édi-tions Le Sphinx et secrétaire adjoint au sein du Conseil d’administration de la Sacem:«Si les dépenses éli-gibles sont très larges, offrant ainsi de nombreuses possibilités aux édi-teurs pour investir et soutenir les auteurs-compositeurs, c’est pour une raison simple: cela recouvre la réalité de notre profession. C’est la force de ce programme». Pour le volet développement, cinq grands axes ont été définis: l’aide à l’écriture (achat de matériel) et à la maquette phonographique, la production de contenus audiovi-suels (sites Web, clips, dossiers de presse électroniques…), la for-mation et la professionnalisation (formations professionnelles, mas-terclasses, coaching…), la mise en réseau professionnel et la promo-tion (stages d’écriture, attachés de presse…) et enfin les show-
La pianiste Raphaële Atlan a été soutenue par la Sacem.
cases et le développement scénique. Répondre aux exigences des pro-fessionnels, c’est aussi être le plus réactif possible. Le pro-gramme est donc ouvert tout au long de l’année et le délai de trai-tement des demandes est de deux mois à compter de l’accusé de réception du dossier.« Les ser-vices de l’action culturelle de la Sacem ont démontré leur capacité à répondre très vite aux demandes, selon une temporalité qui corres-pond à la réalité et aux besoins des éditeurs »,souligne Jean-MarieSalhani. Pour faciliter en-core plus le travail des éditeurs, tout le processus se fait en ligne, via une interface très intuitive, ce qui fait réellement gagner du temps aux professionnels.
Créer une dynamique L’aide au développement va de 2 500 à 10 000 euros maximum, dans la limite de 50 % du budget total du projet. Pour Myriam Kanou, présidente
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des Éditions Jules, ce programme offre un axe professionnalisant. Les auteurs et compositeurs peuvent bénéficier de coaching, de masterclasses, de stages d’écri-ture… Pour exemple, MyriamKa-nou a sollicité un accompagne-ment de coaching scène pour le groupe Orfaz.« Ce sont des pro-ducteurs de son, plus habitués à être en studio que sur scène. Tra-vailler leur jeu de scène et leur scénographie va leur faire passer un cap dans leur carrière », ex-plique-t-elle. Jean-Marie Salhani a, quant à lui, sollicité le volet pro-motion de ce programme pour le saxophoniste Stéphane Guil-laume, dont l’album paraît sur le label Gemini Recordsen no-vembre 2014, et pour la pianiste Raphaële Atlan. Cette aide lui a permis d’obtenir les services d’une attachée de presse et de pouvoir se développer sur le plan national et international. • • •
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• • • Pour Julien Banes, cette refonte du programme pourra créer une dyna-mique«en permettant à des éditeurs qui faisaient jusqu’alors plus de la gestion de catalogue de pouvoir in-vestir dans le développement de nouveaux auteurs-compositeurs».
Valorisation et rayonnement du répertoire Le volet dédié à la valorisation et au rayonnement d’œuvres du répertoire de la Sacem par le biais d’opéra-tions événementielles (impliquant, par exemple, spectacle vivant et/ou CD, livre, programme audiovisuel…) et à caractère ponctuel (anniversaire, anthologie, célébration…) n’est pas en reste. Ces projets étant générale-ment plus coûteux, le plafond de l’aide accordée est de 20000 euros, dans la limite de 50% du budget to-tal du projet.
De nouvelles dispositions qui ra-vissent Jean-Paul Secher, fonda-teur des Éditions Musicales Artchipel, qui bénéficie de l’ouver-ture à la musique contemporaine. Il a pu, pour la première fois, sollici-ter le programme pour un projet autour du compositeur Philippe Schœller : une partition de 2 h 45 pour accompagner le film restauré J’accuse, d’Abel Gance,le dans cadre des commémorations de la guerre 14-18, jouée le 8 novembre
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Le groupe Orfaz a sollicité un accompagnement de coaching scénique.
par l’OrchestrePhilharmonique de RadioFrance, à la Salle Pleyel. Le concert sera retransmis sur Arte et France Musique. Pour Jean-Paul Secher,«l’ouverture de ce pro-gramme tombe à pic. Cela repré-sente quelque chose de formidable, surtout pour de petites structures comme la mienne. Cette création a demandé un travail éditorial colossal, avec des coûts très importants. Cela fait longtemps qu’il n’y a pas eu, en France, de projet d’une telle ampleur en musique contemporaine. Il serait très difficile, pour une structure comme la mienne, de financer cela sans cette aide, compte tenu de l’in-vestissement nécessaire».
Évolution permanente Jusqu’à maintenant, le pro-gramme d’aide à la préproduc-
tion soutenait entre trente et qua-rante projets par an. Un volume qui devrait être beaucoup plus consé-quent, à l’avenir.est évident que« Il nous aurons, désormais, beaucoup plus de demandes. Il est difficile d’évaluer en amont, mais nous de-vrions être sur un volume de plus de trois cents projets aidés par an », estime Lilian Goldstein. En un mois, fin septembre, plus de soixante demandes étaient déjà parvenues. Un bilan de ce programme sera réalisé dans un an, pour envisager les futures évolutions. Pour Caroline Molko, l’ambition est claire :« Il faut que ce programme rencontre un grand succès, que les éditeurs l’utilisent au maximum pour dé-montrer son utilité pour la profes-sion, et qu’il soit, à l’avenir, encore amélioré et augmenté. »
>FOCUS Demandez le programme ! Le programme d’aide à la préproduction livre, programme audiovisuel…) vise à soutenir tous les éditeurs et à caractère ponctuel (anniversaire, membres de la Sacem pour le monde, anthologie, célébration…). quel que soit leur statut et toutes L’éventail des dépenses éligibles est esthétiques confondues, selon deux large. Le programme est ouvert tout au axes: long de l’année et le délai de traitement • le développement d’auteurs et/ou est de deux mois. compositeurs membres de la Sacem Seules restrictions, les éditeurs pour le monde et la création associés à un groupe de télédiffuseurs de nouveaux répertoires; ne sont pas éligibles. Et, en cas de • la valorisation et le rayonnement coédition, l’aide ne peut être attribuée d’œuvres du répertoire de la Sacem qu’à un seul des coéditeurs. au travers d’opérations \ RETROUVEZ TOUTES CES INFORMATIONS événementielles (impliquant, par SUR SACEM.FR > ACTIONS CULTURELLES exemple, spectacle vivant et/ou CD, > SOCIÉTAIRES > PRÉ-PRODUCTION
RÉCOMPENSE Marc Marder, Prix France Musique-Sacem
e Le compositeur Marc Marder a reçu le 8 Prix France Musique-Sacem de la musique de film pour la bande originale du filmL’image manquante, de Rithy Panh. Remis lors d’une soirée à la salle Pleyel, le 10 octobre dernier ce rix récom ense une œuvre sélectionnée parmi des films sortis dues. Le lauréat Marc pour une œuvre originale, qui sera créée et interprétée par l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Originaire de New York, Marc Marder a notamment composé la musique deSidewalk Stories,film muet de Charles Lane, qui avait gagné, en 1989, le Deutscher Schallplattenpreis, l’équivalent allemand des Victoires de la musique.
HOMMAGE Ils nous ont quittés Hervé Cristiani, Antoine Duhamel, Lorin Maazel, Nicolas Skorsky, Pierre Vassiliu, Jacques Wolfsohn… La Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique rend hommage à ses sociétaires disparus au cours de ces derniers mois. Créateur de la célèbre chansonIl est libre, Max,Hervé Cristianiavait les talents d’un poète, mêlés à la passion de celles et ceux qui font de la musique l’histoire d’une vie. Musicien pluriel, compositeur prolifique,Antoine Duhamela écrit et composé pour une diversité d’esthétiques musicales. Nouant de belles complicités artistiques avec des réalisateurs de renom, il a signé de nombreuses partitions pour le septième art. Lorin Maazela offert son talent, sa virtuosité, son raffinement et sa technicité aux plus grands orchestres du monde. Tel un magicien des sons, il a marqué à jamais la création contemporaine. Auteur et cocompositeur deChanson populaire,interprétée par Claude François,Nicolas Skorskyétait un parolier de talent et un pionnier du disco. Adaptateur et interprète de la célèbre chansonQui c’est, celui-là,Pierre Vassiliuétait l’auteur-compositeur de plus de cent soixante-dix œuvres aux multiples influences et un grand voyageur. Découvreur de talents,Jacques Wolfsohnest l’homme sans qui Johnny Hallyday n’aurait peut-être jamais été remarqué. Il a, ainsi, lancé la carrière de nombreux talents de la chanson française. La Sacem honore la mémoire de ces grands hommes, dont les noms resteront à jamais liés à la création musicale. \ RETROUVEZ TOUS LES HOMMAGES RENDUS PAR LA SACEM À SES SOCIÉTAIRES : SACEM.FR > LA SACEM > ESPACE PRESSE > COMMUNIQUÉS.
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Les coups de cœur de…Philippe Ochem, directeur de Jazzdor, Smac Jazz à Strasbourg. Album Tower-Bridge Marc Ducret Ayler records Marc Ducret, inspiré par le jeu permanent de miroirs du « Ada » de Vladimir Nabokov, distille ici une musique complexe mais fluide et toujours passionnante. Sommet des précédents opus « Tower » 1, 2, 3 et 4 puisqu’il rassemble les douze musiciens des différentes formules, Tower-Bridge est le projet le plus excitant que j’aie entendu ces dernières années : un monument du jazz d’aujourd’hui !
Concert Can you hear me Tentet, de Joëlle Léandre Créé le 30 septembre au festival Musica dans le cadre de la saison de Jazzdor. Joëlle Léandre passe de l’écrit à l’improvisé avec fluidité au point qu’il est difficile, parfois, de discerner l’un de l’autre. Ce programme, conçu comme une suite, touche par son engagement, son refus d’appartenir à une catégorie plutôt qu’à une autre ou plutôt son vœu d’appartenir à toutes. Musique savante et populaire à la fois au bon sens du terme, elle réconcilie tous les publics aux lisières de la musique dite « contemporaine » et du jazz.
Découverte Carrousel Théo Ceccaldi Trio Ayler records Trio à cordes atypique rassemblant violon, violoncelle et guitare électrique, ce jeune groupe déjà passionnant se fait entendre un peu partout. Lauréat du dispositif Jazzmigration, porté par AJC (Association Jazzé Croisé), le trio joue une musique intense et véloce, originale et risquée : vivante !
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