COMPLAINTE DE GAZA

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L'écran de TV vient de s'éteindre. Aussitôt la fureur d'écrire...

Publié le : lundi 20 juillet 2015
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Michel Bellin
COMPLAINTEDEGAZA
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Notre passé est une tragédie, notre présent est un calvaire, mais heureusement, nous n'avons pas d'avenir.
Dicton palestinien
COMPLAINTE DE GAZA
Dans les ruines de Gaza mon cœur est éventré ma jeunesse écrabouillée tout espoir lézardé sur les murs de Gaza Dans les ruines de Gaza des veuves aux yeux mouillés toutes en rides et ravines gémissent des Inch Allah des nuées d'orphelins une armée d’amputés de beaux vieillards hagards mais dignes et tant de fiers héros tirés comme des lapereaux pour avoir défendu les tunnels de Gaza Dans les ruines de Gaza trop jeune pour combattre ou pour déguerpir mes projets un à un s’écroulent mes nerfs sous haute tension sont nuit et jour dénudés mon amour de la vie a vraiment dépéri sous les ruines de Gaza Dans les ruines de Gaza seuls les écrans plats entre deux matchs de foot ou de sirupeuses séries font miroiter la Suède et le Canada
aussi la France eldorados sans Tsahal ni checkpoints peut-être la bague d’une riche et compatissante étrangère pour fuir les ruines de Gaza Dans les ruines de Gaza je sue l’ennui je tue le temps je veux vieillir en accéléré pour survivre moins mal et avec Omar et Mahjoub on rigole on bricole on rêve on suppute nos chances on met des shekels de côté mais mon cœur est un no man’s land car mon jasmin a flétri dans les ruines de Gaza Pourtant au milieu des ruines de Gaza j'ai vu ce matin deux enfants rire aux éclats dans une auto-tamponneuse bleue qui les secouait en faisant tutut et pouêt-pouêt oui j’ai vu cette antiquité venue d’on se sait où cette épave ahurissante peut-être tombée d'un ciel criblé d’étoiles j’ai vu cette bagnole marrante secouée de tutut de pouêt-pouêt et du fous-rire de deux gosses heureux à Chadjaiya dans une ruelle épargnée de notre belle Palestine assassinée !
Alors je ne sais pas pourquoi qu’est-ce qui m’a pris quel tsunami d’ironie m’a emporté m’a dévasté et aussitôt réconforté quand à mon tour je me suis marré de joie ou de nervosité
marré marré marré à en crever et j’ai hurlé en admirant nos chères ruines de Gaza en montrant le poing au soleil torse bombé et plomb durci fort et loin j'ai lancé mon cri dégoupillé :
«Allah Akbar !»
Ecrit à Boulogne-Billancourt, le dimanche 19/07/15, après avoir visionné le remarquable reportage d’Agnès Merlet sur ARTE «Nous, réfugiés palestiniens…»
Michel Bellin dédie son texte au jeuneYounès Maher , qui survit avec vaillance et humour dans le camp de réfugiés palestiniens de Burj El Barajneh, dit « La tombe des vivants », au Liban.
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