MES BIEN CHERS FILS

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L'un des scoops du récent Vatileaks : une homélie inédite de Benoît XVI à un groupe de pèlerins gays.

Publié le : samedi 27 avril 2013
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Michel Bellin






MES BIEN CHERS FILS



Une homélie inédite de Benoît XVI
à un groupe de pèlerins gays





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Cette allocution confidentielle de
l’ex-Souverain Pontife fut
prononcée à l’automne dernier
dans le salon San Bartolomeo du
palais du Vatican (Cf. l'édition -
expurgée - de l’Osservatore
Romano du 5/11/2012).
Fidèlement rapportée à l’auteur
grâce à l'amicale complicité de
Paolo Gabriele, l’ex-majordome
du pape, cette homélie est enfin
divulguée et traduite aujourd’hui
par Michel Bellin en exclusivité
sur la plateforme littéraire
YouScribe.
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es bien chers fils,


C’est pour Nous une félicité, que dis-je, une félicité, une Grâce, de Nous
adresser à vous ce matin, à quelques jours de l’Avent – Adventus, temps de la
venue de Notre-Seigneur que nous allons accueillir à Noël. Certes, notre
rencontre, bien chers fils homosexuels, est insolite et c’est pourquoi Nous avons
tenu à la rendre discrète, non pas le jour de l’Angélus dominicale ni au cours de
l’audience pontificale du mercredi, mais ce lundi matin à la sauvette, dans
l’antichambre de nos appartements, afin que nul ne soit ici scandalisé. Car
malheur à celui qui scandalise un de ces petits, il vaudrait mieux lui attacher au
cou une meule de moulin et le précipiter dans la Géhenne éternelle.
À l’instar de notre divin Maître dont Nous relayons la Voix, nous vous
accueillons aujourd'hui en catimini mais avec mansuétude pour vous dire que
Nous vous aimons, tels que vous êtes, vous les brebis perdues du grand Israël,
les plus indignes et les plus peccamineuses du troupeau que votre Bon Pasteur
néanmoins chérit. Dans cette homélie, voici le message que Benedetto, votre
Souverain Poncif, veut vous transmettre : quel que soit le destin des introvertis,
leur indignité mais aussi leur souffrance, et bien qu’ils soient le rebut du genre
humain, l’opprobre des deux cités maudites et que leurs actes soient par nature
essentiellement pervers et leurs revendications matrimoniales gravement
illicites, Nous ne jugeons pas, Nous ne condamnons pas, Nous compatissons,
nous faisant les plus humbles parmi les humbles, serviteur des Serviteurs du
Christ et nous vous disons solennellement aujourd’hui, contre vents et Marais :
ne vous lamentez pas, ne désespérez pas car Dieu est Amour, Dieu vous chérit 4
tels que vous êtes même si ses voies sont impénétrables et Nous souhaitons de
tout cœur que son message de tendresse paternelle vous atteigne au fondement
de votre espérance puisque, disait l’Apôtre, là où le péché abonde, la Grâce
surabonde.
Puisque aujourd'hui, en la fête de Saint Frusquin, c’est l’insolite qui nous
réunit, contact exceptionnel, audacieux, curieux… pour ne pas dire ignominieux,
c’est ce thème de l’inédit que Nous avons choisi de développer : Dieu nous
interpelle au cœur de l’événement le plus humble. Dans la rencontre la plus
inattendue, il pétrit nos âmes et ensemence notre foi dans l’humus du quotidien.
Ce sera le thème de Noël : Emmanuel, Dieu avec nous au fond d’une mangeoire
! Oui, Dieu se dévoile et se donne là où l’on ne l’attend pas car, disait encore
l’Apôtre, tout est grâce au cœur de votre disgrâce. Pour preuve, mes bien chers
fils, Nous voudrions, afin que votre conversion soit patente et que se tende
jusqu’au ciel l’énergie de votre repentance, Nous voudrions donc vous citer ce
matin trois témoignages : trois rencontres humaines singulières, trois anecdotes
prosaïques au travers desquelles le Seigneur s’est frayé un chemin jusqu’aux
iniques que vous êtes. Providence inouïe. O felix culpa ! Nous avons donc
estimé que plus qu’une savante homélie, des propos légers conviendraient
davantage à votre touchante superficialité puisque, dit encore l’Evangile, la
Parole de Dieu est semée dans divers terrains, même là où abonde l’ivraie de la
concupiscence. Nos propos, chers fils, vont relater des événements tout simples,
tels qu’on Nous les narra récemment en grande confusion, Nous voulons dire en
touchante confession. Nous aurions sans doute dû les conserver dans le secret de
notre alcôve… pardon, de notre chapelle privée mais nous avons pensé que ces
trois témoignages de vie pouvaient vous édifier. Car il est essentiel de revenir au
quotidien, au réel, à l’éphémère puisque le Verbe s’est fait chair (même si triste
est la chair)… le Verbe s’est donc fait chair et il a planté sa tente parmi nous,
parmi vous également, chers fils homosexuels, vous, les nomades de cet amour
qui n’ose pas dire son nom. In principio erat verbum et verbum caro factum est. 5

Notre premier témoignage émane – vous allez sourire, mes bien chers fils,
mais c’est la stricte vérité ! – notre témoignage émane donc d’un cambrioleur,
un modeste truand, presque inoffensif qui sévit néanmoins encore aujourd’hui
en pillant les villas d’Ostie. C’est malgré tout un brave homme et, Nous qui
connaissons bien les arcanes de la Banque du St Esprit, nous nous amusons
souvent de son touchant amateurisme. Un jour, juste avant de lui donner
l’absolution, (à l’époque, Nous n’étions que vicaire en Bavière ; ce n’est que
plus tard que le lascar Nous suivit en Italie), bref, Nous avions été ému par la
mésaventure qui lui était arrivée. L’homme était en train de cambrioler une
maison, quand il entendit soudain une voix : « C'est mal ce que tu fais, Jésus te
regarde et il va venir. » Notre Zachée moderne se retourne interloqué et voit un
perroquet qui lui répète : « C'est mal ce que tu fais, Jésus te regarde et il va
venir. C’est mal… » Le cambrioleur rétorque alors : « Tu sais, moi, j'en ai rien à
foutre de ton Jésus… » Pardonnez-moi, mes fils, mais la vérité historique Nous
oblige à rapporter tels quels ces propos, aussi choquants soient-ils. Edulcorons-
les néanmoins afin de ne pas scandaliser le moindre de ces bambins. L’homme
réplique donc : « Moi, de Jésus-Christ, peut m’en chaut mais dis plutôt comment
tu t'appelles, mon coco ? » - « Je m'appelle Alexandre, c'est mal ce que tu fais,
Jésus te regarde et il va venir. » - Arrête de me casser les couilles… pardon,
arrête d’exacerber ma trop humaine patience, dis-moi plutôt, Alexandre, c'est
un drôle de nom pour un perroquet, non ?» - « Et Jésus, c'est pas un drôle de
nom pour un pitt bull ? »

Vous riez, mes chers fils ? Vous vous esclaffez ! Le rire est bénéfique car
Tout est Grâce. Même si notre parabole – qui est authentique – ne dit pas si le
mauvais larron fut converti pour de bon après que la dite Grâce l’a cruellement
mordu. Deuxième exemple, chers fils indignes, de l’effet de surprise que le
Seigneur peut vous réserver. En ce temps-là, j’étais théologien à Stuttgart, un 6
assez bon théologien ma foi, si j’en crois les médias. Nous Nous interrogions
beaucoup à l’époque à propos de l’éthique, - la morale, c’est vraiment
formidiable ! - principalement sur cette question : l’inversion est-elle
essentiellement perverse ou intrinsèquement perverse ? Nuance pouvant justifier
l’abstinence. (Vous savez, la théologie, ce n’est pas sorcier : aussi simple que
dieu et dieu font trois !) Bref, revenons à notre témoignage : voici ce qui arriva à
notre beau-frère qui Nous confia un jour sa mésaventure avec des larmes de
repentir. Nous ignorons d’ailleurs comment il osa s’abandonner à un tel aveu
mais nous étions alors tous deux jeunes, très proches l’un de l’autre, c’était aussi
la fête de la bière toujours propice aux confidences... Bref, pour votre
édification, mes bien chers-fils homosexuels, voici la rencontre que fit le beau-
frère du futur pape, telle qu’il Nous la narra.
Siegfried – notre parent s’appelle, pardon s’appelait Siegfried … oui,
Siegfried est mort hélas dans les années quatre-vingt. Comme il était très
catholique, il suivait les prescriptions de nos prédécesseurs en matière de morale
sexuelle. Puisqu’ils ont mis le préservatif à l’Index, notre feu beau-frère prenait
la bulle papale au pied de la lettre… alors forcément … à force de s’arrêter dans
les aires d’autoroute, même avec le doigt couvert… Nous ne vous l’avons pas
encore dit ? Siegfried était routier. Il reliait l’Allemagne de l’Ouest et la France
deux fois par semaine, heureux de vivre, chantant à sa manière les louanges du
Seigneur. Épanoui dans sa cabine, rendant hommage à sa… bref, il était joyeux
et psalmodiait nuit et jour « J'ai un beau camion, je vais à Dijon, je m'appelle
Siegfried et j’ai un gros bide ! » Notre feu beau-frère, comme vous le constatez,
était un être simple, un peu fruste, très attachant au demeurant. Heureux les
pauvres d’esprit ! Bref, il Nous raconta avoir pris un jour une religieuse en stop
et notre cher Siegfried – honni soit qui mâle y pense – aurait bien voulu suivre
un tantinet l’appel de la Nature… bref se la faire, pardonnez-moi mes frères,
mais la religieuse, craignant - après avoir vécu en vierge - de finir en sainte, ne
se laissa pas si facilement lutiner et lui répliqua d’une voix doucereuse : « Mon 7
frère, j'ai juré de rester pure et je ne peux trahir ce vœu. Seulement comme vous
êtes serviable, je veux bien avoir une relation avec vous, non par concupiscence
mais par reconnaissance, mais il faudra faire cela par derrière afin que je
conserve ma virginité. » Notre beau-frère se dit que c'est toujours mieux que rien
et il accepta les conditions. Siegfried arrête donc son camion peu après
Strasbourg et, sur le capot rutilant, rend céans hommage à la nonne en
l’honorant postérieurement, selon ce qui avait été convenu. Quand il repart, tout
guilleret il reprend son refrain : "J'ai un beau camion, je vais à Dijon, je
m'appelle Siegfried et j’ai un gros bide ! » Arrivé à destination, s’étonnant que
son auto-stoppeuse, placide et apparemment ravie, fût demeurée silencieuse, le
camionneur lui demande : « Mais, ma sœur, vous n’aimez pas chanter ? Ne vous
ai-je pas comblée ? » Alors la religieuse, rayonnante de bonheur, entrouvrit la
portière, bondit sur l’asphalte et quitta feu le beau-frère du futur ex Benedetto en
lui chantant : « Je vais m'amuser au bal costumé, j’ai bien pris mon pied : je
m'appelle Roger ! » D’où notre question qui demeure pendante et enfle encore
davantage sous la poussée de la putative préméditation : enculage de poids
lourd, est-ce essentiellement ou intrinsèquement peccamineux, poil aux pneus ?

Vous riez derechef, mes bien chers fils ? De contentement, vous vous
battez les flancs ! Votre joie fait plaisir à votre Pasteur car c’est un rire d’enfants
: laissez venir à moi les petits enfants. Et n’êtes-vous pas, chers fils
homosexuels, d’éternels enfants à qui est promis le Royaume ainsi qu’à ceux qui
leur ressemblent ? C’est bien, c’est saint et sur la voie de la repentance,
l’humour est le début de la délivrance. Mais il se fait tard et Nous devons
conclure. D’autres taches pastorales nous appellent, autrement pressantes : la
délégation en urgence des évêques français, vos chers compatriotes, pour que
Nous intervenions directement auprès de la Présidence afin que soit
déprogrammé l’examen de la loi scélérate du mariage universel. Povero
Francesco… Anatema sit. Mais Nous ne voulons pas que se termine cette 8
audience sans vous livrer un dernier témoignage évangélique, tout aussi
exemplaire, montrant que Dieu notre Père se terre au fond de vos ornières. Un
mot encore : Nous n’ajouterons pas de conclusion à notre pontifical sermon. Il
convient de laisser à Dieu lui-même le mot de la fin comme le tranchant du
glaive : à tout Seigneur tout honneur. Quant à vous, redoublez d’attention, fils
très chers, écoutez, méditez, priez, priez sans fin - les oraisons jaculatoires sont
faites pour votre bien, les indulgences plénières pour votre rémission car, vous le
savez bien, vous qui, m’a-t-on dit, raffolez de sémantiques fantaisies… euh…
comment dit-on ?... chez nous, schüttelreim : le pape en personne n’aime pas
qu’on bâcle les rites ! Nous confirmons doctrinalement et pastoralement Nous
contrepétons. Priez donc, suppliez et méditez l’épilogue de cette rencontre
prophétique où, tel Yahvé dans le Buisson ardent, pour vous, pauvres manants,
l’Inédit de Dieu daigne entrebâiller son Paradis.

C’est sœur Greta elle-même qui Nous a rapporté l’anecdote, elle est donc
authentique. Sœur Greta est notre sœur – véritablement notre sœur, pas pour du
beurre, nous l’avons fait venir de Traunstein et elle est aujourd’hui à notre
service, lingère chef au Vatican et sous-secrétaire de la Commission Pontificale
chargée de la question de la Soumission de la Femme – bref, voici ce qu’elle
Nous narra. Début octobre, c’est tout récent, elle a rencontré près de Castel
Gandolfo un brave abbé, plus tout jeune, grand amateur de safari, un saint
homme un peu hors-normes, amateur de grives et aussi de ragazzi, dit la rumeur
malveillante, mais homme de Foi et Nous lui conservons notre estime (Nous
venons de le nommer nonce apostolique en Thaïlande). Bref, voici la discussion
que Nous a rapportée hier matin Greta, encore très choquée et à peine remise,
doublement sœur, Nous l’avons dit, de lit et en Jésus-Christ.
- Et oui, ma sœur ! lui avouait le saint prêtre, un rien penaud. Que voulez-
vous, c'est ma faiblesse : j'aime la chasse ! 9
- Mais vous n'y pensez pas, mon Père ! protestait sœur Greta. Ce sont
d’innocentes créatures du Bon Dieu que vous massacrez
- Oh ! pas tant que ça... je rentre souvent bredouille. Mais si ça vous
inquiète, accompagnez-moi, demain après les vêpres.
- Et bien, soit !
Le lendemain, le prélat et la nonne battirent la campagne près d'Ostia.
Soudain, le monsignore voit un lapin, épaule, le vise, tire et… le rate.
- Ah, nom de Dieu ! J'ai raté le lapin !
- Mon père ! Allons ! Mais vous jurez !
- Certes, ma sœur, je le confesse, à vous, future papesse ! C'est plus fort que
moi, mais je vous promets que... Oh ! un faisan !
Le prêtre tire, mais rate le faisan.
- Ah nom de Dieu de bordel de Dieu ! J'ai raté le faisan !
- Mais enfin ! Mon Père ! Contrôlez-vous ! Et votre âme éternelle alors ?
Qu’en faites-vous ? Dieu vous punira !
- Oui, ma sœur, je sais bien mais je... Là ! un chevreuil ! Pan ! Pan ! Ah !
nom de Dieu de sacré nom de Dieu de putain de bordel de merde ! J'ai
aussi raté le chevreuil !

À cet instant… Mes bien chers fils, soyez à présent très attentifs, je vous
en conjure, car cet épilogue apocalyptique autant que prophétique vous
concerne en premier chef et éclaire votre fatal destin si vous ne changez pas,
si vous ne vous convertissez pas, si vous ne réintégrez pas le droit chemin,
comme le montra dans la Bible l'épisode d'Ananias que Yahvé soudain
foudroya pour punir son larcin. À cet instant précis donc, au dernier coup de
fusil, alors que dans l’aube blême montait vers le ciel l’ultime blasphème, en
un clin d’œil les cieux se chargent de nues menaçantes, des archanges
vengeurs sillonnent l’horizon. Au son de la trompette, un éclair vient alors 10
frapper de plein fouet... la nonne exsangue qui s’affaisse sur la lande. Et du
haut des nues, une voix tonne :




utain de nom de Moi ! J’ai raté le curé ! »






Fantaisie pontificale écrite à Boulogne-Billancourt, les 26 et 27 avril 2013.

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