Transmission des savoirs :archaïsme ou inertie ?

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L’objet de cet article cherche à mettre en lumière la manière dont les savoirs peuvent être transmis de façon différente. S’il s’agit d’un élément important, il ne s’inscrit pas dans la réflexion de cet article, comme étant un élément essentiel. Il ne s’agit donc pas d’une position méthodologique. Cependant la méthode sera constamment abordée en filigrane. Il s’agit plutôt d’expliquer comment des apports fertilisateurs dans les apprentissages seraient en mesure d’augmenter l’acuité des personnes au monde moderne tout en prenant en compte la différence constitutive de chacun des apprenants. Nos sociétés contemporaines se sont inscrites dans un hiatus entre ce que l’on est et où l’on va. Il n’est plus possible d’aborder notre époque en méconnaissant ce qui participe de ce que nous sommes et ce à quoi nous aspirons. La fin du XXe et ce début de XXIe siècle nous imposent – le terme est choisi — une vision spécifique de notre monde. Elle correspond à une norme éducative selon laquelle, un savoir, qu’il est nécessaire de qualifier d’inexact et de partiel, conditionne l’apprenant à mettre au service d’une « Babel économique globalisée » les apprentissages reçus. Cette pratique de la relation aux savoirs est enfermée dans un concept éducatif étanche. Une sédimentation qui s’appuie sur un triptyque constitué de la croyance, la raison et l’intelligence.
Publié le : lundi 14 juillet 2014
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L’objet de cet article cherche à mettre en lumière la manière dont les savoirs peuvent être transmis de façon différente. S’il s’agit d’un élément important, il ne s’inscrit pas dans la réflexion de cet article, comme étant un élément essentiel. Il nes’agit donc pas d’une position méthodologique. Cependant la méthode sera constamment abordée en filigrane.
Il s’agit plutôt d’expliquer comment des apports fertilisateurs dans les apprentissages seraient en mesure d’augmenter l’acuité des personnes au monde moderne tout en prenant en compte la différence constitutive de chacun des apprenants.
Nos sociétés contemporaines se sont inscrites dans un hiatus entre ce que l’on est et où l’on va. Il n’est plus possible d’aborder notre époque en méconnaissant ce quiparticipe de ce que nous sommes et ce à quoi nous aspirons. La fin du XXe et ce début de XXIe siècle nous imposentle terme est choisiune vision spécifique de notre monde. Elle correspond à une norme éducative selon laquelle, un savoir, qu’il est nécessaire de qualifier d’inexact et de partiel, conditionne l’apprenant à mettre au service d’une «Babel économique globalisée » les apprentissages reçus. Cette pratique de la relation aux savoirs est enfermée dans un concept éducatif étanche. Une sédimentation qui s’appuie sur un triptyque constitué de la croyance, la raison et l’intelligence.
Dans notre civilisation occidentale, la raison et l’intelligence font parfois l’objet d’une idolâtrie passablement mercantilisée et nombre d’offrandes valident cettesituation. L’actualité récente nous renseigne sur ce principe, à propos de la publicité de la banque CIC, entendue sur quelques ondes radio. En effet, à l’occasion du bac2014, la banque offre pour une ouverture de compte : 160€ pour une mention «très bien », 80€ pour une mention « bien » et 40€ pour une mention «assez bien ». Il en va ainsi de la culture du podium qui rend le système éducatif résolument compétitif, à l’image de la performance attendue dans la sphère économique ou sportive. Comment en sommesnous arrivés là ? Doiton être coupable par avance de n’être pas assez brillant à l’aune d’une règle éducative et sociale, ou frustré de contempler les récompenses ruisseler sur les mêmes personnes et de n’y être jamais associé? Estil possible de poursuivre dans cette voie, et estce moral de poursuivre dans cette voie ?
Cela n’est qu’un exemple d’une actualité particulièrement visible et discriminante pour tous les suivants qui ne sont pas élus, à commencer par le numéro4. L’égalité des chances s’évapore à mesure de l’écoulement des années. En quelque sorte, cela revient à dire que celui qui est dépourvu de l’intelligence attendue par le système, français en l’occurrence, aurait droit à un billet sans retour, non subventionné, vers la zone opaque où se débattent les exclus de toutes sortes, les travailleurs pauvres, les écartés du système éducatif, les inadaptables de toutes catégories, les trop mobiles professionnels, ceux qui prônent la transversalité des savoirs, etc. Voueraiton une vénération absolue au couple intelligenceraison ? Et de quelle intelligence s’agitil ? Estelle plurielle ?
Et la raison, pourquoi occupetelle une place si prégnante dans notre civilisation ? Et ses métastases : le matriciel, le structurel, le mesurable, le quantifiable, le normatif, les procédures… Quid de leurs réelles conséquences sur la façon dont nous appréhendons le monde, les apprentissages, la vie en collectivité (école ou entreprise) ? Autant de questions aux abords délicats, aussi fragiles que tranchants. Que faudraitil entreprendre pour limiter cette marginalisation humaine qui ne cesse de croître ? Ce que nos sociétés modernes nous enseignent est aujourd’hui, non pas dépassé, mais inadapté. Le convoi de la modernité et du progrès ne cesse d’avancer à une allure toujours plus folle. Une minorité pense encore qu’il est possible d’entrer dans ce déplacement vertigineux avec un bagage unique pour tous, avec
une intelligence préconstruite, orientée et encadrée, qui s’appuie sur la religion de la raison. Cette raison seule ne peut plus contenir le principe éducatif universel. Remarquons au passage que ces lignes ne prétendent pas démontrer l’inutilité de la raison. Au contraire même. La raison demeure l’élément clef de notre capacité à demeurer ce mammifère explorateur. Mais, croiremordicusqu’elle est toute puissante, c’est oublier que toute raison qui ne se critique pas mène à la standardisation de la pensée et de ses applications. La raison nous imprègne totalement, modèle nos consciences sans que l’on ait besoin de l’étudier. Cependant, elle se doit d’être complétée.Et la croyance! Qu’estelle en réalité ? Ne seraitelle pas une proposition immanente qui s’appuie aussi bien sur le sacré que sur le profane? Croire en quelque chose n’estce pas aborder les frontières du non réel, du rêve, de la confusion... de l’espoir? Autant de questions qui présupposent d’atteindre une «Majorité » au sens kantien du terme pour en cerner toutes les particularités. Voici donc apparaître une ambiguïté nouvelle. En effet, pour atteindre cette majorité, si l’émancipation demeure l’absolue nécessité, il en va de même à propos de la liberté. Or la liberté ne s’opposetelle pas à la croyance ? Comment devienton libre sans pouvoir repérer les chemins qui y mènent, souvent par manque de transmission ? Délicate question ! Il se pose donc une nouvelle interrogation : émancipé veutil dire, être libre ? Cette nouvelle question pose la manière dont il faut aborder la réalité de l’action dans l’apprentissage des savoirs, alors que l’on sait qu’il manque une partie peu conceptualisée, parce que mal, ou pas du tout apprise, car majoritairement bannie du canon occidental. Cet oubli d’apprentissage que certains appellent intelligence intuitive porte en réalité, l’expression du sensible exceptionnellement conscientisé par une minorité et pas du tout enseigné. C’est une partie de cette intelligence dont il est question, bien que l’incongruité autant que l’incompréhension de cette proposition alternative soit de nature à émouvoir les gardiens du canon éducatif qui a toujours fonctionné et fait, par ailleurs, ses preuves. Par rapport à ce que nous connaissons actuellement dans nos sociétés du XXIe quant à la transmission des savoirs, et particulièrement dans la société française, un apport nouveau et des ajouts essentiels sont une nécessité pour donner aux générations actuelles et futures, et ce, quel que soit leur statut, lycéen, étudiant, parent, travailleur, la connaissance d’une approche différente, les clefs nouvelles pour aborder et comprendre le lien puissant qui lie les civilisations entre elles, le lien qui les unis à ce Tout, que par facilité de langage on nomme globalisation ou mondialisation, et l’humanité à sa planète originelle.
Ce lien se situe dans la forme dont les enseignements sont dispensés, bien sûr, mais surtout dans le fond même de la structure des savoirs, le socle incontournable, dont le complément particulier, et de plus en plus nécessaire, se situe dans le cercle fermé, étanche même, qui préserve l’accès à la Connaissance. Naturellement tout peut être contesté et annoncer que tout cela n’a rien d’une révolution éducative. En quelque sorte cela est exact! Il n’y a pas de nouveauté fondamentale dans ce discours. Il n’y a dans cette idée que le principe selon lequel beaucoup de concepts ont été oubliés. Cet article consiste donc à réactiver les aspects oubliés (disciplines, matières, notions et méthodes) que l’on doit synthétiser dans une proposition éducative à vocation humaniste, plus englobante et moins sélective. Ne pas laisser décrocher des étudiants, ou ne pas laisser dériver les conflits dans les entreprises si l’on se place du point de vue entrepreneurial, proposer des solutions positives et améliorer la relation interpersonnelle ; autant de situations difficiles à traiter. En refusant de croiser des disciplines entre elles, en oubliant de gérer la pluralité des variables et en ramenant toute analyse à des
données quantifiables et mesurables, le système éducatif et managérial sert la seule réalité économique, mais nesert pas l’Homme dans sa réalité vivante.
Ce postulat entend bien tarauder toute réflexion intelligente construite sur un passé fossilisé. Pourtant, une des questions couramment entendues pose la question du retour aux « humanités» ainsi qu’aux Lumières?
Si la réponse est à l’évidence positive, elle ne peut plus s’inscrire dans la seule spiritualité chrétienne qui a conditionné une facette de cette période. De la même façon, l’histoire du XVIIIe siècle, bien que très récente, ne ressemble en rien à cette société rapide et à la complexité sans limites que nous connaissons aujourd’hui. Bien entendu les philosophes des Lumières, ces esprits libres et tournés vers la connaissance ne sont pas à remettre en question, cela serait une ineptie. Mais, force est d’admettre que leur inscription dans une époque encore marquée par une culture judéochrétienne omniprésente les attache à cet indestructible lien culturel.
Ce qui anime en réalité cette réflexion postule qu’il est possible de compléter la transmission des savoirs avec des outilsingrédients complémentaires et interconnectés entre eux.
Ce XXie siècle est le siècle des transformations profondes, qui d’ailleurs peuvent ne rien avoir à faire avec des avancées et des progrès. Il n’échappe à personne que nous sommes sortis de notre étroit cadre national, pour pratiquer un multiculturalisme voulu ou subit, mais incontournable, salvateur même !
Tout d’abord, nous ne pouvons pas exclure du socle civilisationnel enraciné dans son terreau, tous les savoirs essentiels à l’émancipation et à la compréhension. Seulement, ces savoirs dispensés depuis des décennies ne sont plus, ni la seule méthode pour que l’individu trouve sa vraie place dans les systèmes économiques et sociétaux contemporains ni le seul corpus de pensée proposé comme unique antidote à l’ignorance. Dans un monde pluriel, multiethnique, pluriculturel, multireligieux, il est de plus en plus difficile de continuer à nier ce que représentent les spiritualités, les sociétés, les civilisations, les religions, cette mosaïque étonnante, étrange pour certains, et complexe par définition. Dans nos sociétés hyperactives, où la réactivité est devenue un principe, une règle, de plus en plus d’individus aspirent à un quelque chose d’autre. Ceuxlà n’hébergent pas dans leur mémoire, des conceptions révolutionnaires. Peutêtre s’inscriventils comme des réformateurs ou encore des « nouveaux » se querellant avec les « anciens ». Possible ! Mais pas obligatoire ! Comprendre comment nous détruisons les talents (scolaires, universitaires ou professionnels) devient une nécessité. Comprendre comment on soigne cette plaie éducative et professionnelle qui élimine le bon sens, bouche les horizons créatifs, annihile les glissements culturels horizontaux, demeure l’un des enjeux les plus inatteignables qui soient parce que rien n’est préparé, rien n’est construit. Faire se déplacer la pensée et repousser ses limites, libérer l’esprit; n’estce pas là une notion radieuse, une quête humaine essentielle ? Pourquoi doiton être toute sa vie ceque nos modèles civilisationnels nous demandent d’être? Ces besoins de spiritualité débordent du cadre initiatique qui les a protégés, parfois des influences extérieures, intrusives, parce que souvent trop critiques à leur égard.
Cette approche se veut aussi bien œcuménique qu’eudémoniste, transversale autant que verticale.
Le principe d’éveil émancipateur et de libération devrait permettre l’arrêt du processus de stérilisation des savoirs. Souffrons en revanche de ne pas apercevoir la moindre once d’un début d’accès à la Connaissance.
Patrick LOUART
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