UNE INTERVIEW CHOC DE MGR MARTIN

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... ou les ravages de la langue de buis. Quand la fiction dépasse la réalité en matière de communication ecclésiastique.

Publié le : samedi 11 octobre 2014
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Une interview choc de Mgr Martin Réalisée par Michel Bellin le 11 octobre 2014
uatre ournalistes interro ent un archevêque sur le thème « Église et modernité ». Le débat risque d'être vif, très vif d'autant plus que le prélat a une solide réputation de franchise et défend, dit-on, des positions très avancées par rapport aux Restaurateurs de la Curie.
Les quatre journalistes (trois hommes, une femme) semblent motivés, voire u naces. L'homme d’E lise, lui, est calme et souriant. Une modeste croix étincelle sur son plastron gris. Affable, portant beau, l'Éminence présente tous les traits de la morphologie épiscopale : une peau de bébé ; peu d'itinérance sur sa face glabre ; un embonpoint aternel des lus rassurants. Mais, dieu merci, as une once d'onctuosité ! Ouf ! un prélat moderne : on sent un homme aguerri à la communication moderne et avide, sinon d'en découdre, du moins devrai parler . Oui, décidément, le débat ce soir risque d'être vif, très vif.
Voici, our celles et ceux ui n'ont as u assister en direct à l'interview sur la chaîneBellinus News,le fidèle compte-rendu des questions et des réponses :
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-Monseigneur Martin, l'Église connaît une période difficile et vous avez accepté de répondre franchement aux questions concrètes que se posent les chrétiens dans le monde et aussi les détracteurs de l'Institution de plus en plus nombreux...
- Bien sûr, je suis là pour ça.
-De nombreux scandales ont éclaté dans l'Église, d'abord en Amérique, puis en Irlande, ensuite en Allemagne et il semble que le pape François…
- Si vous le permettez, avant d'aborder cette question ô combien brûlante, j'aimerais la situer dans un contexte élargi de fracture culturelle. Mais bien sûr, je n'entends pas éluder un sujet aussi douloureux sur lequel nous reviendrons. D'abord, si vous le voulez bien, la crise de la foi comme prémices et symptôme.
-En admettant qu'il faille commencer par là, quelle est donc la position de l'Église face à cette crise de la foi ?
- C'est une question très grave qui interpelle toutes les consciences. Je dirai qu'il n'y a pas crise, mais mutation, crise signifiant, comme vous le savez, à la fois péril et opportunité. Plus exactement mutation et donc recherche d'un dialogue plus authentique avec Dieu.
-On a assisté récemment à ce qu'il est convenu d'appeler des ingérences du Vatican dans le domaine politique. Quelle est votre position précise sur ce sujet ?
- C'est une vaste question. L'Église se doit de porter la Parole, dans un esprit responsable, à travers le monde incarné et de chercher Jésus-Christ à
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travers les événements,hic et nunc, et toujours dans un contexte de responsabilisation et d'éveil des consciences.
-Mais que pensez-vous - et ce sujet est corrélatif au précédent - de la spéculation immobilière pratiquée par les gens d'Église, non seulement à Rome mais aussi à Paris et...
- C'est un problème délicat qui pose des cas de conscience délicats. Oui, nous l'admettons, l'Évangile est difficile à réaliser dans l'immobilier et une commissionad hocvient d'ailleurs d'être créée au Vatican afin que le Peuple de Dieu perçoive mieux les implications de l'Évangile et son impact prophétique face aux dérives foncières.
-Un synode sur la famille vient de s’ouvrir à Rome.Parlons des divorcés remariés. Car il faut tout de même revenir au vécu des gens, les catholiques et les autres. Là aussi que d'intransigeance !
- Je parlerai plutôt d'exigence. Mais une exigence aimante. Car il faut toujours apporter un effort de compréhension, dans un esprit évangélique, sans juger les personnes. Oui, le divorce est un problème douloureux, mais la miséricorde de Dieu est infinie. Là encore, tout doit être déchiffré à la lumière de l'Évangile en différenciant l'essentiel du secondaire.
-Précisément, en ce qui concerne le célibat des prêtres dont on reparle beaucoup ces temps-ci, y voyez-vous un élément de la crise catholique essentiel ou secondaire ?
- C'est un point délicat sans être névralgique. La polarité ne doit pas en être psychologique, mais évangélique : il s'agit de disponibilité sacramentelle. La lumière doit donc être faite sur le sens évangélique du sacerdoce, non pas dans un contexte professionnel, mais dans un champ vocationnel : une
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disponibilité sacramentelle, je le répète, à incarner la disponibilité de l'Apôtre dans la vérité plénière et proprement prophétique de l'Être, et ce, dans une dynamique de service fraternel à l'égard du Peuple de Dieu.
-L'armement nucléaire ?(Léger ton d'exaspération chez le journaliste) On en parle beaucoup au sujet de l'Iran, c'est donc un problème toujours crucial.
- Il faut inscrire l'armement nucléaire dans un esprit de paix. L'Église quant à elle doit apporter l'Amour aux hommes, à tous les hommes, à travers la douceur évangélique et le respect de la puissance publique. Comme l'a dit Jésus-Christ, rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui revient à Dieu. Le nouveau pape vient d'ailleurs de le préciser dans son message pascal, avec l'acuité prophétique qui le caractérise au-delà des vaines polémiques : «Il s'agit, pour tous les peuples en “exode“, depasser de la guerre et de la violence à la paix et à la concorde. »
-Venons-en à l'avortement, Monseigneur, voilà un autre sujet concret qui touche des millions de femmes et sur lequel il ne semble pas qu'il y ait beaucoup d'avancées de la part de la hiérarchie catholique ? (Le ton de la journaliste manifeste une certaine nervosité.)
- C'est un problème douloureux. L'Église est toujours contre, forcément, mais dans un esprit évangélique. Tel est le paradoxe de la foi.
-Pour en revenir aux nombreux scandales de pédophilie sur lesquels il faudra bien que vous vous exprimiez sur ce plateau, ne pensez-vous pas, Monseigneur, qu'ils soient liés d'une part à une sorte d'omerta qui a trop longtemps régné dans l'Église et d'autre part à la discipline du célibat qui devient obsolète ?
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- Les cas de pédophilie ne doivent pas être isolés du contexte ecclésial et surtout sociétal pour ne pas dire mondial. Là encore, faisons bien la différence entre l'essentiel et l'accessoire, entre souci d'élucidation et campagne d'opinion, entre charité exigeante et calomnie malveillante. En nous basant toujours sur le socle catholique, au sens étymologique du terme,katolikos, c'est-à-dire universel. Ce qui est universel, permanent, catholique et donc forcément apostolique, c'est la miséricorde de Dieu. À tout péché miséricorde ! Et dans ce domaine, plus que jamais, comme vient de le rappeler le Souverain Poncif, ce qui est essentiel, ce n'est pas l'émotion, ni l'agitation, mais la Raison. De toute façon, nous organisons cet automne un colloque sur Dieu à l'Institut Catholique de Paris qui résoudra bon nombre de problèmes dans un contexte de réflexion œcuménique et aplanira tous les scandales et les bavardages dans une dynamique de recherche de Vérité et de réconciliation fraternelle, celle-là même qu'enseigne l'Évangile, Bonne Nouvelle pour notre monde qui, plus que jamais, a soif du Dieu Vivant et meurt de cette soif inapaisée.
-Il est l'heure de rendre l'antenne. Nous remercions Mgr Martin d'avoir bien voulu apporter des réponses concrètes et ouvert quelques pistes e novatrices pour le XXI siècle.
Michel Bellin
Une contribution originale
au débat «Prophétie et langue de buis»
Site littéraire : www.michel-bellin.fr
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