Ecole centrale de Lyon Cérémonie de remise des diplômes Diplômés 2006 Samedi 25 novembre 2006

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Ecole centrale de Lyon Cérémonie de remise des diplômes Diplômés 2006 Samedi 25 novembre 2006 Jouer le partage, Monsieur le Directeur, Mesdames, Messieurs, mes chers Camarades, Vous voilà donc Ingénieurs et pour certains Docteurs Diplômés de l’Ecole centrale de Lyon – Promo 2006 Bonne arrivée … chez les anciens ! Lorsque Florence Altmayer, ancienne elle aussi, m’a demandé en juin 2003 de vous accompagner, je n’avais pas mesuré toutes les surprises que m’amènerait votre rencontre. Il y a bien eu un avant et un après. Trois années seulement se sont passées et nous ne sommes plus tout à fait les mêmes. Il y a trois ans vous quittiez le monde scolaire, monde qui vous rassurait, et vous voilà ce jour tout instruit et pour un certain nombre d’entre vous, déjà dans le monde de l’Entreprise. L’Ecole a encore une nouvelle fois réussi son challenge, un grand bravo à l’Ecole. La tradition me demande de vous délivrer un dernier message. Alors que vous dire aujourd’hui que vous ne sachiez pas encore ! Et bien tout simplement vous dire, ce que j’aurais aimé entendre en 1978 lors de ma sortie de l’Ecole. Critère assez simple et efficace qui, dans le même temps, m’indique ce que je n’ai pas à dire, à savoir ce que je n’aurais pas aimé entendre. Commençons par ce que je n’aurais pas aimé entendre : je n’aurais pas aimé entendre un discours lénifiant, rassurant - aussi surprenant que cela paraisse - sur la réussite… Je n’aurais pas aimé ...
Publié le : jeudi 29 septembre 2011
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Ecole centrale de Lyon
Cérémonie de remise des diplômes
Diplômés 2006
Samedi 25 novembre 2006
Jouer le partage,
Monsieur le Directeur, Mesdames, Messieurs, mes chers Camarades,
Vous voilà donc Ingénieurs et pour certains Docteurs
Diplômés de l’Ecole centrale de Lyon – Promo 2006
Bonne arrivée … chez les anciens !
Lorsque Florence Altmayer, ancienne elle aussi, m’a demandé en juin 2003 de
vous accompagner, je n’avais pas mesuré toutes les surprises que m’amènerait
votre rencontre.
Il y a bien eu un avant et un après.
Trois années seulement se sont passées et nous ne sommes plus tout à fait les
mêmes.
Il y a trois ans vous quittiez le monde scolaire, monde qui vous rassurait, et vous
voilà ce jour tout instruit et pour un certain nombre d’entre vous, déjà dans le
monde de l’Entreprise.
L’Ecole a encore une nouvelle fois réussi son challenge, un grand bravo à l’Ecole.
La tradition me demande de vous délivrer un dernier message.
Alors que vous dire aujourd’hui que vous ne sachiez pas encore !
Et bien tout simplement vous dire, ce que j’aurais aimé entendre en 1978 lors de
ma sortie de l’Ecole. Critère assez simple et efficace qui, dans le même temps,
m’indique ce que je n’ai pas à dire, à savoir ce que je n’aurais pas aimé entendre.
Commençons par ce que je n’aurais pas aimé entendre : je n’aurais pas aimé
entendre un discours lénifiant, rassurant - aussi surprenant que cela paraisse - sur
la réussite… Je n’aurais pas aimé entendre non plus un discours d’un ancien qui
nous aurait parlé de son temps, où, bien sûr, tout était mieux…
Alors, je vous rassure je ne vais pas vous dire que demain tout va être facile, ni
que de mon temps… tout simplement parce que c’est faux.
Jouer le partage
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Le parcours qui vous attend est bien semé d’embûches, mais il est passionnant, et
puis de mon temps, je vous l’assure, c’était moins bien.
En effet depuis notre toute première rencontre lors de votre week-end
d’intégration, j’ai pu vous retrouver lors de plusieurs de vos nombreuses activités,
et j’ai pu mesurer votre ouverture lors des discussions animées et ce fut une
expérience extraordinaire, où l’on découvre votre volonté d’écoute des plus jeunes
comme des moins jeunes…
puisque vous nous y aviez accepté, nous les
anciens. Vous êtes beaucoup plus à l’écoute que nous ne l’étions et c’est
formidable !
Et puis vous avez déjà le virus du voyage, et c’est non seulement bon pour Air
France, mais pour la construction de l’Europe que nous avons à poursuivre
ensemble, alors oui vous êtes beaucoup mieux que nous l’étions, mais sûrement
moins bien que vos futurs enfants.
Alors venons-en à ce que j’aurais aimé entendre
: tout simplement un témoignage de quelqu’un qui est parti un peu devant et qui
pourrait me dire ce qu’il a vu, et pour la préparation d’un vol c’est un plus fort
appréciable.
Vous allez en effet devoir quitter votre univers pour un grand vol. Mais vous allez
aussi garder de ce passage, en sus d’une formation excellente qu’il vous faudra
transformer en compétences, des amitiés fortes et solides. Vous avez aimé votre
école ; et vous le montrez dans les rites et la langue propre que vous y avez
institués.
Vous allez donc – superbe diplôme en poche – devoir maintenant restituer et
partager votre savoir.
Venons-en donc à l’essentiel de mon propos que j’énoncerai en trois mots :
Jouer le Partage
Reprenons
Voilà qu’est arrivé ce jour, depuis longtemps annoncé, où vous avez à donner
congé à une forme de vie qui est la vôtre depuis une demie décennie au moins et
sur laquelle reposait, pour une bonne part, votre identité.
A ce moment où se donne congé la vie d’étudiant – d’abord taupin pour le plus
grand nombre d’entre vous, puis élève ingénieur – on savoure, avec raison, ce qui
a été fait et ce qui a été acquis.
L’effort consenti, comme le savoir et le diplôme acquis conduisent à penser que le
grand jeu de la vie est bien parti, et que la donne obtenue, parfois durement,
réduit les incertitudes du futur ; on anticipe volontiers que le monde à venir - qui
Jouer le partage
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commence à la sortie de l’école - soustraira aux hasards anonymes les mérites
que l’école a ainsi reconnus. Leur sont réservées des voies plus sûres, presque
programmables. Bref nous pensons alors que les jeux ont été faits et bien faits,
que le partage entre soi et le monde nous a été plutôt bénéfique et que la part qui
nous a été accordée est belle.
Et bien j’aimerais vous proposer une autre lecture et une autre pratique de ce
passage qui vous arrive aujourd’hui, ce passage entre deux régimes de vie, celui,
pour dire vite, où l’on est accompagné à celui où l’on commence à accompagner
et j’aimerais vous inviter à remettre en jeu cet acquis, ce passé d’étudiant, cette
identité et de jouer cette identité dans le jeu du partage.
Partage d’abord entre la vie étudiante et la vie active.
Quelle qu’en soit la
forme : l’une ne sera pas définitivement caduque demain et l’autre a commencé
déjà depuis pas mal de temps. Le plaisir d’apprendre et l’enthousiasme de
comprendre ne cesseront pas une fois que sera franchie la porte que votre école
va ouvrir sur le monde
.
Cette activité vous appellera à être des apprenants, sûrs que ce qu’ils savent,
toujours plus riche et étoffé chaque année, n’est rien en regard de ce qu’ils ne
savent pas encore
C’est aussi le grand secret du « rester jeune » - il vous faudra rester curieux, et la
curiosité n’est pas un vilain défaut !
Partage entre d’un côté le monde de la maîtrise et du calcul et , de l’autre, le
monde du flou et de l’incertain
, le monde des logiques molles. Le monde que
vous quittez est un monde où s’exercent le calcul et la certitude qui lui est
attachée, où se développe la maîtrise conquise sur le réel, le futur, les risques,
certitudes arrachées grâce aux immenses capacités de la raison et de la pensée
humaines. Le monde où vous abordez est fait également de maîtrise, mais s’y
mêle tout autant de l’incertain, du non calculable, du non programmable, sans que
la frontière apparaisse nettement.
Dans ce monde-là,
jouer le partage, cela veut dire qu’il faudra faire des choix,
prendre des décisions et en assumer la responsabilité, alors même que l’assise
que confère la maîtrise pourra faire défaut. Vous allez entrer dans un univers où
l’incertain s’étend beaucoup plus largement que dans l’univers que vous allez
quitter.
Mais que cela ne vous empêche pas de décider et permettez-moi à ce sujet de
citer un grand penseur et un grand poète européen, Goethe
« Avant d'être totalement engagé dans la décision , l'hésitation nous tenaille. Or. la
décision engendre un torrent d'événements et l'individu peut alors bénéficier d'un
nombre de faits imprévisibles, de rencontres et du soutien matériel que nul
n'oserait jamais espérer.
Quelle que soit la chose que vous pouvez faire ou que vous rêver de faire, faites
la. L'audace a du génie, de la puissance et de la magie.
Commencez dès maintenant."
Jouer le partage
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Oser ne veut pas dire précipitation – « la nuit porte conseil » comme disait grand-
père - et on peut avoir peur en prenant puis en assumant sa décision, n’ayons pas
peur de la peur !
Partage entre soi et tous ceux que l’activité que vous exercerez mettra sur
votre route.
Partage dont il faudra préserver la richesse en ne la figeant pas dans un cadre ou
des formes où rien de vivant ne peut plus être donné, mais où on ne concède que
des contreparties, des équivalences, les mêmes choses, les mêmes gestes, les
mêmes paroles, retournées à l’identique.
C’est qu’il ne faut pas confondre le symétrique et le partage : ce n’est pas parce
que le gâteau est strictement et scrupuleusement découpé en parts et que l’on
peut y voir des axes de symétrie autant qu’on veut, à l’infini, que le partage est
véritablement opéré. Le partage est rebelle à la mesure et à la quantification.
Le départ entre le « Bonjour » émis et le « Bonjour » reçu n’est pas un partage,
juste un code de civilité, indispensable par ailleurs !
Le partage dont je vous parle est plus profond et plus requerrant : il demande à
faire retour personnellement de ce que l’autre a pu nous apporter, souvent à son
insu. Quelle est sa part ? Quelle est la mienne ? Quelle est la nôtre ? dans cet
événement qui nous a réunis et dans lequel nous avons fait oeuvre ensemble,
chacun à la place que l’organisation nous avait fixée. Pour vous demain, que ce
soit pour mettre en place un système d’information, définir une stratégie ou
concevoir un nouveau protocole de recherche, dans les idées lancées comme
dans celles qui ont été retenues, chacun a sa part et l’oeuvre réussie ne voudra
plus distinguer ces parts, mais conservera l’idée que chacun a su jouer le partage
avec l’autre, moins soucieux du soi et de ses limites que de la dynamique que ce
jeu a permis de lancer.
Partage entre vous et vos parents
, ici présents. Ce partage existe depuis votre
naissance, et les termes de ce partage sont changeants. Demain, vous ne serez
plus la fille ou le fils étudiant ingénieur à l ‘Ecole Centrale de Lyon, et ils ne seront
plus les parents d’un élève ingénieur. Ils le seront de quelqu’un appelé à des
responsabilités, une activité où le changement se fait de plus en plus rapide,
quelqu’un qui va assurer de plus en plus son emprise sur le monde, quelqu’un
dont l’identité d’étudiant fait partie du passé, passé vivant certes, mais passé. Le
changement que vous allez connaître ne les laissera pas à l’écart : eux aussi ont à
changer et ce changement qu’ils vont connaître devra être partagé.
Partage entre vous et vous-mêmes enfin.
Sans doute le partage le plus difficile et le plus enrichissant. Il va falloir s’ouvrir à
ce que le monde va vous offrir tout en conservant ce que vous avez été et
alimenter l’un par l’autre : le futur qui arrive et le passé qui vous a façonnés
doivent s’alimenter et se transformer l’un l’autre. A l’aide de ce qui va vous arriver,
Jouer le partage
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vous comprendrez mieux ce que vous avez été, et ce que vous avez fait et appris
vous permettra de vous orienter dans le monde qui arrive.
Dans tout jeu, il y a un enjeu
, et nous pouvons nous demander quel est l’enjeu
de ce jeu que je vous propose, le jeu du partage ?
L’enjeu c’est la rencontre,
la rencontre au sens plein du terme. La véritable
rencontre requiert un partage. La rencontre est multiforme, ce peut-être la
rencontre de l’autre, mais aussi la rencontre d’une musique, d’une peinture, d’un
auteur, d’une oeuvre, d’un parcours en montagne, d’une douleur aussi… toutes
ces rencontres m’appellent à me dessaisir de moi-même, de mes habitudes ; elle
m’appelle à modifier ma représentation du monde.
Jouer le partage
c’est être acteur de sa vie et des rencontres qui la font.
Jouer le partage
, ce peut-être aussi de provoquer et accompagner le
changement.
C’est le défi le plus difficile qui soit : les hommes ont une peur panique du
changement ; le statu quo rassure. Le changement, vous l’avez vécu en tant
qu’acteur de votre vie d’étudiant : vous avez certes opéré votre propre
changement mais avez surtout voulu bousculer les habitudes et remettre en cause
les organisations dans un grand nombre de vos activités. Je vous en félicite ! Vous
avez pu mesurer combien il est difficile de bâtir un projet qui soit acceptable et
accepté par tous, et surtout compris.
Demain d’autres projets de changement se présenteront, et il vous faudra jouer.
Puissent ces quelques éléments alimenter votre carnet de route, et puisqu’il s’agit
aujourd’hui d’une date historique, il y en a une autre qui me semble symbolique :
en effet il y a un siècle, presque jour pour jour le 12 novembre 1906 à Paris, se
poursuivait l’un des plus vieux rêves de l’homme. Après le tout premier bond des
frères Wright, Santos-Dumont venait de parcourir l’incroyable distance de 220 m à
6 m d’altitude et en 21 secondes. Cet événement n’aurait pas pu avoir lieu sans
une coopération étroite entre les hommes, en effet, c’est à partir de la réflexion
des
Chinois
sur les cerfs-volants , des esquisses de Leonard de Vinci – un
Italien
, qu’Otto Lilienthal – un
Allemand
– avait pu comprendre les règles de l’air,
qu’Octave Chanute – un
Français
– a pu conseiller utilement les Frères Wright et
permettre un peu plus tard à Santos Dumont –
Brésilien
– de poursuivre
l’exploration du vol.
C’était un grand défi qui venait d’aboutir
D’autres défis tout aussi passionnant vont s’offrir à vous, et ils sont nombreux :
comme
rapprocher le monde
en développant les nombreux liens nouveaux que
sont les télécommunications (combien de SMS ont déjà atteints vos portables
depuis le début de cette rencontre ? sans parler des E-mails et autres
messages,…) ; ou encore
accompagner les découvertes de la biologie
qui me
semble toujours en être à ses balbutiements ;
rendre citoyennes les Entreprises
– puisque tel semble être votre souhait ; accueillir les nombreux projets qui vous
Jouer le partage
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attendent, dont certains ne sont peut-être même pas encore imaginés. Et qui sait
certains d’entre vous iront un jour rejoindre les équipes qui décideront de remettre
en ligne un nouveau supersonique de transport.
Alors, ayez de l’
ambition
, et lorsque vous douterez,
pensez à cette superbe
phrase de Guillaumet à son ami Saint-Exupéry : « Les orages, la brume, la neige,
quelque fois ça t’embêtera. Pense alors à tous ceux qui ont connu ça avant toi, et
dis-toi simplement : ce que d’autres ont réussi, on peut aussi le réussir ».
Et si mon discours a pu vous paraître parfois abscons, je pourrais aussi le
résumer en trois messages
Accomplissez votre projet
– même si pour un grand nombre d’entre vous, ce
projet n’apparaît pas aujourd’hui clairement, [ce qui était mon cas à la sortie de
l’école], nous avons tous bien un projet, un vol à réaliser.
Jouez la rencontre
Et la rencontre de l’Entreprise est elle aussi riche, l’Entreprise vous donnera
autant que vous lui donnerez, là aussi il s’agit bien d’un partage.
Ayez du courage
Le parcours est parsemé d’embûches certes, et il est autorisé de se tromper et
d’avoir peur; mais le parcours est beau.
Et puis quelques mots :
Quelques mots pour vos remercier pour l’extraordinaire rencontre que vous
m’avez offerte
Merci
Je suis très fier de la promo 2006
Et pour finir réellement un petit clin d’oeil qui pourrait lui aussi résumer cette
présentation et afin de ne pas oublier votre passage dans cette superbe ville
qu’est Lyon, voici une maxime tirée de la Plaisante Sagesse Lyonnaise.
« Tout le monde peuvent pas être de Centrale Lyon – il en faut ben d’un peu
partout
»
Bonne chance à tous
Réalisez vos rêves
Frank Debouck
La Grave, 23 novembre 2003
Lyon, 25 novembre 2006
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