Discours du comte Albert de Mun

Publié par

Les documents contrerévolutionnaires Réserver l’action pour l’avenir serait une faute ; réserver la vérité en serait une plus grande encore. Cardinal Pie Numéro 20 — Décembre 2001 gouvernement honnête, stable et réparateur. M. le comte de Lambilly, qui m’a donnéManifestations et Le rétablissement de la monarchie depuis cinq ans, dans ce département, des traditionnelle paraissait ainsi à beaucoup la témoignages si précieux d’une amitié àpropagande condition nécessaire du salut public, et laquelle je me félicite d’autant mieux de l’espérance semblait d’autant plus permise à pouvoir rendre un public hommage, qu’elleroyalistes ses partisans que la mort du jeune prince est faite de deux parts inégales, l’une impérial, massacré par les Zoulous, en d’abnégation, l’autre de reconnaissance, et désorganisant le parti bonapartiste, avait que celle-ci, qui est la mienne, est aussi la plus accru le nombre des conservateurs disposés, lourde. (Bravos. — Applaudissements. — Vive9 pour débarrasser le pays de la République, à M. de Monti ! — Vive M. de Lambilly !) se rallier à la cause de la vieille royauté. Mais ce n’est pas seulement le patronageComte Albert de Mun, M. de Mun n’avait jamais varié dans ses d’une amitié qui m’honore et de leurs noms convictions royalistes, connues de tous ses respectés que m’apportent ici ces deuxDiscours prononcé à Vannes, amis,etauxquellesM.
Publié le : lundi 10 juin 2013
Lecture(s) : 97
Nombre de pages : 8
Voir plus Voir moins

Les documents contrerévolutionnaires
Réserver l’action pour l’avenir serait une faute ; réserver la vérité en serait une plus grande encore.
Cardinal Pie
Numéro 20 — Décembre 2001
gouvernement honnête, stable et réparateur. M. le comte de Lambilly, qui m’a donnéManifestations et Le rétablissement de la monarchie depuis cinq ans, dans ce département, des
traditionnelle paraissait ainsi à beaucoup la témoignages si précieux d’une amitié àpropagande condition nécessaire du salut public, et laquelle je me félicite d’autant mieux de
l’espérance semblait d’autant plus permise à pouvoir rendre un public hommage, qu’elleroyalistes ses partisans que la mort du jeune prince est faite de deux parts inégales, l’une
impérial, massacré par les Zoulous, en d’abnégation, l’autre de reconnaissance, et
désorganisant le parti bonapartiste, avait que celle-ci, qui est la mienne, est aussi la plus
accru le nombre des conservateurs disposés, lourde. (Bravos. — Applaudissements. — Vive9
pour débarrasser le pays de la République, à M. de Monti ! — Vive M. de Lambilly !)
se rallier à la cause de la vieille royauté.
Mais ce n’est pas seulement le patronageComte Albert de Mun, M. de Mun n’avait jamais varié dans ses d’une amitié qui m’honore et de leurs noms
convictions royalistes, connues de tous ses respectés que m’apportent ici ces deuxDiscours prononcé à Vannes,
amis,etauxquellesM.lecomtede Messieurs, et leur présence est autre chose
dans une réunion d’électeurs du Chambord avait daigné rendre récemment que le gage d’une affectueuse sympathie.
un éclatant témoignage en lui adressant, à la Leur place était marquée au premier rangdépartement du Morbihan, le 8
suite de son invalidation, une lettre qui était d’une réunion dont le caractère politique est
mars 1881, in Discours du comte en même temps un gage précieux de sa haute publiquement annoncé, et je suis heureux, en
approbation pour son attitude ; mais, placé les saluant à ce titre, de donner pour ma partAlbert de Mun, Paris :
sur le terrain catholique par les conditions l’exemple d’une discipline qui m’est douce
Librairie Ch. Poussièlgue, mêmes de la lutte sociale où il s’était engagé assurément, mais que j’aime à pratiquer,
e depuis dix ans, il n’avait pas encore eu surtout parce qu’elle est la force de tous les
1902, Tome 2 , pp. 385-423. l’occasion d’exprimer publiquement ses partis, la condition même de leur vie, et, pour
sentiments politiques. le parti royaliste tout spécialement, la
conséquence naturelle du principe qu’il
En face des maux accumulés par la représente. (Très bien ! très bien !)Y Y Y République, il ne crut pas possible de garder
plus longtemps le silence, et, sachant Si je n’avais eu, Messieurs, rien d’autre à
d’ailleurs qu’il répondait aux sentiments faire au milieu de vous qu’un discours, je
es violences du gouvernement de la personnels de M. le comte de Chambord, de n’aurais pas, dans cette saison, troublé l’ordre
République contre les catholiques se plus en plus résolu à manifester le caractère habituel de votre vie ; si je n’avais eu qu’uneLmultipliaient sans trêve ; les lois nettement catholique de sa politique, il protestation nouvelle à vous demander
d’enseignement, déjà votées ou en voulut montrer à tous ceux qui partageaient contre des mesures arbitraires ou contre des
préparation, menaçaient, conformément au ses convictions religieuses la nécessité, au lois funestes, j’aurais encore hésité à le faire ;
plan tracé par les loges maçonniques, de nom même de leurs intérêts les plus chers, de vos consciences suffisent à vous dicter
consommer rapidement la déchristiani- se grouper autour du drapeau de la contre la tyrannie révolutionnaire une
sation du pays ; les attentats accomplis monarchie légitime. L’approche des perpétuelle protestation, et vous en donnez,
contre les religieux venaient de combler la élections législatives, qui devaient avoir lieu à chaque attentat nouveau, le témoignage
mesure. Un grand nombre de magistrats du dans le courant de 1881, rendait d’ailleurs éclatant. (Applaudissements.) Ce que je vous
parquet avaient donné leur démission plutôt naturelle et nécessaire une entière et loyale apporte aujourd’hui, permettez-moi de vous
que de s’associer aux dénis de justice déclaration de principes. M. de Mun choisit, le dire, ce n’est pas non plus une profession
ordonnés par le gouvernement contre les pour accomplir cet acte considérable, de foi personnelle ; ni vous ni moi n’en avons
congrégations proscrites. L’indignation était l’occasion d’une réunion d’électeurs du besoin : ni vous, qui m’avez donné le plus
profonde et l’émotion générale. Les illusions Morbihan, convoquée à Vannes par le beau gage de votre confiance en me faisant
de ceux qui avaient pu croire aux promesses comité royaliste du département. Ce fut là votre compatriote ; ni moi, qui ai rencontré
de liberté prodiguées par les républicains qu’il prononça, le 8 mars 1881, le discours sur le chemin de ma vie politique, dans les
s’évanouissaient chaque jour ; il devenait suivant, publié le lendemain sous le titre de encouragements publics dont mon roi m’a
évident pour tous que la République, Dieu et le Roi. comblé et dans l’acharnement dont les
fatalement condamnée par les passions de républicains m’ont poursuivi, un double et
ses partisans à la guerre religieuse, était suffisant honneur. (Bravos redoublés. — Cris de9
impuissante à donner la paix aux consciences vive M. de Mun !)
et la tranquillité au pays. La prospérité M,ESSIEURS
matérielle qui avait accompagné les Je viens, Messieurs, vous dire, dans toute la
premières années du gouvernement nouveau franchise de ma conscience, ce que je penseAvant d’aborder les graves questions que je
avait fait place à une crise générale et tous les de la situation du pays, et ce que je crois être,me propose d’examiner devant vous, je dois
jours plus aiguë dans l’industrie et dans en face de cette situation, le devoir de tousremercier M. le comte de Monti des paroles
l’agriculture. Les gaspillages financiers d’une les gens de bien. Je ne me dissimule pas latrop bienveillantes qu’il m’a adressées dans
administration imprévoyante et souvent gravité du sujet, mais j’apporte à cetl’énergique allocution que vous venez
coupable aggravaient encore cette situation ; entretien le sentiment profond d’uned’entendre et de saluer de vos
le malaise et l’inquiétude étaient partout. nécessité politique ; car s’il y a dans la paroleapplaudissements, et il me permettra, j’en
Dans tous les milieux sociaux on publique de lourdes responsabilités, lesuis sûr, de confondre dans une même
commençait à sentir le besoin et le désir d’un silence, à certaines heures, en porte avec luiexpression de gratitude son nom et celui deo2 Les documents contrerévolutionnaires n 20 — Décembre 2001
L’agriculture, Messieurs, il me suffit de laessentiels. (C’est vrai ! — Très bien ! —
Déjà on prépare la nommer devant vous pour vous arracher unApplaudissements.)
cri de détresse qui vient faire écho auxdictature qui doit en sortir
protestations de tous les agriculteurs deD’un bout à l’autre du pays, prêtre oucomme le couronnement France, écrasés par un régime sous lequelreligieux, magistrat ou soldat, laboureur,
naturel de la République. succombe la richesse nationale, et dont leindustriel ou artisan, père de famille ou
contre-coup va du producteur atteindrecontribuable, il y a des gens qui souffrent etOr ce n’est pas assez de
l’ouvrier des champs par la diminution duqui le disent tout haut quand ils sont libres,maudire cette dictature travail et la rareté des salaires. (Assentiment.)tout bas quand ils sont gênés dans leur
qui s’avance et de lui crier, indépendance, et le nombre en est si grand,
L’industrie : il y a dix-huit mois déjà, M.que c’est presque tout le monde. (Oui ! oui !en se détournant d’elle,
Pouyer-Quertier, parlant au président de laC’est bien cela !) J’allais dire tout le monde, s’ilqu’elle est la honte et la République au nom de soixante chambres den’en fallait retrancher la troupe des satisfaits
perte du pays. commerce, résumait en deux mots saqui ont des places et des appointements et
condition et le terme de ses revendications :qui, se trouvant à l’aise dans leur nouvel état,
« Ce qu’elle demande, disait-il, c’est ladéclarent que tout est au mieux dans laqui ne sont pas moins redoutables. Nous
possibilité de vivre et de faire vivre lesmeilleure des républiques. Ceux-là, si voussommes à l’une de ces heures. (Sensation
nombreuses populations ouvrières qu’elleleur demandez ce qu’ils pensent de laprolongée.) Demain les destinées de la France
emploie. » On en est là ; c’est-à-dire que lasituation politique, ils vous répondront sansseront livrées une fois de plus aux tempêtes
situation est tendue jusqu’au point d’êtredoute par le vieux refrain de Béranger :électorales, et déjà on prépare, par de
devenue une question de vie ou de mort.savantes manœuvres, la dictature qui doit en
Quels dînés ! Voilà la prospérité où nous nous endormons.sortir comme le couronnement naturel de la ()C’est cela ! — C’est la vérité !République. Or ce n’est pas assez de maudire
Les ministres m’ont donnés !cette dictature qui s’avance et de lui crier, en
Oh ! que j’ai fait de bons dînés ! Et si, prêtant l’oreille à d’autres révélations,se détournant d’elle, qu’elle est la honte et la
vous voulez savoir où en sont, à côté de cesperte du pays. (Très bien ! très bien ! — (Rires ironiques. -— Applaudissements), et pour intérêts matériels, qui sont la vie même duApplaudissements.) le reste, ils vous renverront à ce récent pays, les grandes institutions qui sont les
discours du trône, où le président de la fondements de l’ordre social, on vous diraUn homme public doit autre chose à ceux Chambre des députés étalait sous les yeux de avec une patriotique douleur les ravages quequi placent en lui quelque confiance ; s’il ses collègues émerveillés et ravis la longue porte dans cette généreuse armée, quiconnaît un moyen d’échapper à cette honte énumération des bienfaits répandus par leurs s’appelle l’armée de la France, le despotismeet à ces ruines, s’il croit savoir où peuvent mains, des travaux accomplis par leur zèle, et politique mêlant son inquisition perpétuelleêtre l’honneur et le salut, il faut qu’il le dise, le tableau magnifique de la prospérité, de la à tous les actes de la vie militaire ; la maniesous peine de manquer à sa tâche. Je viens grandeur et de la satisfaction républicaines. des innovations révolutionnaires troublant àessayer de remplir la mienne, et je ne pouvais
chaque instant l’œuvre de la défensechoisir, voulant accomplir un acte aussi Messieurs, voilà le langage officiel et le nationale ; la malsaine recherche d’unegrave, d’autres auditeurs que vous, piédestal que se dressent à eux-mêmes les illégitime popularité cachant, sousMessieurs, qui m’avez ouvert les portes de la hommes qui nous gouvernent. l’apparence d’une diminution fictive desvie politique, qui m’y avez soutenu sans
charges publiques, une désorganisationdéfaillance, à travers tant de luttes et de Et maintenant voulez-vous que, nous croissante, et, pour achever ce désordrecontradictions, et qui m’avez gardé, dans la détournant de ces triomphateurs, nous matériel, la persécution religieuse qui vient,mauvaise fortune, une affection si fidèle et si regardions, en face de ce tableau, la réalité en chassant Dieu de la caserne, ravir au soldattouchante. des choses, et que nous descendions un peu sa meilleure consolation, aux familles leur
des hauteurs gouvernementales pour nous plus précieuse garantie, à la patrie le gage leMessieurs, depuis dix ans la République tourner vers la France qui ne dîne pas au plus certain du dévouement de ses enfants.existe en fait ; depuis cinq ans elle est Palais-Bourbon (rires), vers la France qui()Bravos répétés. — Applaudissements.officiellement organisée ; c’est un stage croit en Dieu, vers la France qui travaille et
suffisant, une expérience assez longue, pour qui produit ? Oh ! alors, Messieurs, nous D’autres encore vous parleront desque nous soyons fondés à lui demander entendrons un autre langage. Les uns vous magistrats ébranlés sur leurs sièges,compte de ce qu’elle a fait pour le pays, de ce montreront les dépenses accrues de 850 dénoncés partout et jusqu’à la tribunequ’elle lui réserve, de ce qu’elle lui coûte et de millions depuis 1876, les budgets s’élevant nationale comme des ennemis publics,ce qu’elle lui rapporte. (Rires ironiques. — toujours, les crédits supplémentaires placés entre l’indépendance de leurs âmes etApplaudissements.) accordés presque sans discussion, et la préservation de leur carrière, et menacés
cependant l’emprunt toujours à l’état latent d’une législation nouvelle qui, en sacrifiantJe ferai cet examen avec tout le calme, avec et le besoin d’argent révélé par toutes les ceux d’aujourd’hui, ne laissera plus à ceux detoute la modération possibles, et je vous mesures financières. demain que le prix des services qu’ilsdemanderai de m’entendre dans les mêmes
rendront. (C’est cela !)dispositions, comme des hommes qui usent Les autres vous dénonceront, sous
de leur droit et qui accomplissent leur devoir l’apparence d’une prospérité trompeuse, une Voilà ce qu’on fait des institutions du pays ;de citoyens, en se préoccupant des questions crise économique chaque jour plus et faut-il vous parler de l’administration ?les plus graves de la vie nationale. redoutable, et qui nous prépare pour demain Hier j’avais sous les yeux un relevé des
un réveil terrible. Ils vous diront que mouvements effectués dans les différentsEt d’abord je constate qu’à l’heure où je l’importation des produits étrangers va ordres de fonctionnaires depuis trois ans ; il yvous parle, après deux années d’un pouvoir toujours en augmentant dans des a eu 15,956 mutations, et, dans le nombre, desexercé sans contestation, sans limite, sans proportions énormes, pendant que milliers de révocations qui laissent toute uneentrave d’aucune sorte, par les républicains, l’exportation diminue, si bien que la balance armée d’anciens et fidèles serviteurs du paysilyaen France, au lieu de l’apaisement et de du commerce français s’établit, pour 1880, avec un avenir détruit, un grand nombrela sécurité, une agitation profonde et un par une perte totale de 1 milliard 507 millions privés de ressources les plus nécessaires àmalaise général. (C’est vrai ! c’est vrai !) Je (c’est vrai !), c’est-à-dire que notre argent leur vie et à celle de leur famille. Voilàconstate partout, dans tous les rangs de la passe à l’étranger, et que, plus le chiffre des comment on traite l’administrationsociété, une inquiétude chaque jour affaires grossit chez nous, plus c’est au française ; on la brise, on la bouleverse degrandissante, et j’entends de toutes parts des bénéfice des nations voisines ; situation fond en comble, et on s’en sert comme d’unegens qui se plaignent : l’un de sa vie matérielle déplorable que vous connaissez tous, parce prime offerte aux amis par la faveur d’unembarrassée et incertaine du lendemain, que vous en souffrez cruellement, et qui parti politique.l’autre, de sa vie morale troublée de mille révèle un trouble profond dans les intérêts
manières ; celui-ci de l’atteinte portée à sa étroitement unis de l’agriculture et de Et pendant qu’on met ainsi, au dedans, leconscience religieuse, celui-là de l’obstacle l’industrie. pays en coupe réglée, au dehors on abaisse lamis à l’exercice de ses droits les plusoLes documents contrerévolutionnaires n 20 — Décembre 2001 3
dignité nationale dans d’inexcusables coup, enfermés dans les plis de leurs robes de tombereaux, les Frères et les Sœurs expulsés
aventures. On compromet à l’étourdie, dans bure, les droits de Dieu et des citoyens. des écoles communales ; la conjuration de la
un banquet, le nom de la France ; on engage (Bravos répétés. — Applaudissements.) Ils se loi Paul Bert enfin, qui enveloppe dans une
dans un repas intime sa parole et peut-être refuseront à croire ce que nous avons vu : les gratuité mensongère et ruineuse
ses soldats ; on va, par une ignorance ou une ministres de Dieu saisis par ceux qu’on l’enseignement sans Dieu, qu’elle prétend
complicité également coupables, jusqu’à charge de poursuivre les malfaiteurs ; que dis- imposer à tous par l’odieux despotisme de
permettre à des contrats inavoués de livrer je ! Jésus-Christ lui-même enfermé dans ses l’obligation. (Bravos répétés.) Demain ce sera
ses armes et ses approvisionnements (Oui ! sanctuaires par des mains impies. Ils se peut-être la loi du pays, et alors on sera bien
oui ! — A bas Gambetta !) ; on oublie enfin refuseront à le croire, ou bien ils supposeront près du couronnement de l’édifice, car on
qu’on a, par un coup du destin, la garde d’une quelque nouvelle invasion des barbares, et ils aura mis la main sur les générations qui
vieille et grande nation, et que c’est elle, et ne voudront pas admettre que ce spectacle grandissent, et, dans quelques années, on
non pas la république, qu’on mène avec soi, inouï fut donné par un gouvernement légal, aura fait un peuple sans Dieu, sans croyance
quand on essaye de se mêler au concert de l’ordonnant au nom des lois, et forçant à y et sans foi, c’est-à-dire un peuple prêt pour
l’Europe ; et, comme il y a dix ans on ne savait participer les soldats de la France. (Long tous les esclavages. (Très bien ! très bien !)
faire ni la guerre ni la paix, aujourd’hui, murmure d’indignation.)
incapable de garder simplement et à la fois la Voilà l’œuvre de la République !
paix et l’honneur national, on passe Et pourtant c’est l’histoire d’hier, et,
effrontément des provocations qu’inspire la pendant que j’en évoque le souvenir, il y en a Oh ! je sais qu’on se défend de toute haine
jactance aux désaveux empressés que un autre qui me presse malgré moi et qui préconçue, et qu’à chaque violence nouvelle
commande l’intérêt électoral. (Bravo ! bravo !) remplit mon âme ; je parle presque jour pour on s’assoit sur les ruines qu’on a faites pour
jour dix ans après le 18 mars, et je m’imagine reprendre haleine et parler d’apaisement. Je
Et puis on monte au Capitole, tandis que, que tout à coup un des otages de la sais cela, et je dis, Messieurs, que c’est une
s’élevant plus haut encore que ces plaintes Commune secoue sa poussière sanglante et comédie électorale (Oui ! oui !) ; je dis que non
patriotiques, la grande clameur de tous les apparaît au milieu de nous. Que va-t-il dire ? seulement on ne peut pas s’arrêter parce
déshérités retentit chaque jour davantage, Au récit de ces demeures violées, de ces qu’on est poussé par les impatients, mais
qui demande compte à la république églises profanées, de ces prêtres traités en encore et surtout qu’on ne veut pas s’arrêter,
bourgeoise des promesses qu’elle adressait malfaiteurs, il croira que nous rappelons les et on ne le veut pas, parce que l’œuvre
au peuple, et qui fait sonner aux oreilles des temps où il a succombé pour Dieu et pour la entreprise n’est pas une œuvre de hasard, de
parvenus du libéralisme le glas de la question patrie. Mais non, il faudra lui répondre que circonstance ou de politique, mais une
sociale. (Bravos.) nous parlons d’aujourd’hui, et qu’après dix œuvre de sectaires longuement préparée
ans passés sur sa cendre refroidie, ses yeux ne dans les loges de la franc-maçonnerie,
La question sociale ! Il n’y en a pas, répond se sont un moment rouverts que pour voir ses commencée dès le lendemain de la guerre de
le journal de M. Gambetta. Rabagas l’avait frères proscrits et ses bourreaux 1871, dans les discours où M. Gambetta allait,
dit avant lui (rires):«Iln’yaquedes positions triomphants. (Bravos répétés. — Vivent les comme à Saint-Quentin, comme à la Ferté-
sociales ; quand on n’a pas les meilleures, il Jésuites !) Dix ans, Messieurs, qui l’eût dit sous-Jouarre, ameuter les esprits contre les
faut les prendre. » On les a prises ; on s’y alors, à cette heure tragique où l’indignation catholiques ; une œuvre enfin dont le
trouve bien et on se bouche les oreilles, soulevait toutes les âmes, et où la France programme est devenu celui de toute sa vie
témoignant une fois de plus que, suivant la épouvantée poussait à son réveil un long cri politique et qui porte un nom connu de toute
parole de l’illustre P. Monsabré, le de repentir, d’espérance et de foi ? la France : c’est le programme de Romans.
libéralisme révolutionnaire n’est qu’ « une
société en commandite dont le capital se Voilà la vérité. (Oui ! oui ! —C’est la patiente réalisation
compose de mensonges, et dont le but est Applaudissements.) On a pu varier les
d’un plan savamment conçu,d’établir, sur les ruines des pouvoirs procédés, essayer tour à tour de la violence et
renversés, une entreprise gouvernementale habilement poursuivi ; c’est de la modération ; on n’a jamais changé de
qui profitera aux gros actionnaires. Tant pis programme, et on poursuit avec persistancela guerre à Dieu, légale et
pour le peuple (R. P. Monsabré, Radicalisme le plan qu’on a tracé d’avance. Ce n’est pas
méthodique, mais toujourscontre radicalisme)».(Bravos. — C’est cela !) l’emportement d’un jour, c’est un système de
irréconciliable et acharnée ; gouvernement qui consiste à déchristianiser
Voilà où nous en sommes. la France pour mieux l’asservir, à mettrec’est la destruction
partout l’État à la place de Dieu, et, quand on
progressive mais résolueEt il me reste, Messieurs, vous le aura suffisamment enguirlandé les électeurs
pressentez, pour aller au bout de ce triste de la religion. de belles promesses et de bonnes paroles,
examen, la tâche la plus douloureuse, celle quand on les aura étourdis par le mirage
qui émeut le plus profondément mon cœur d’une prospérité factice et trompés par les
Dix ans ! Et laissez-moi le dire, leet les vôtres ; il me reste à parler de la guerre apparences d’une modération intéressée, un
despotisme qui nous tient courbés a quelquereligieuse déchaînée dans tout le pays. système de gouvernement qui consistera, on
chose de pire que celui qui nous menaçait l’espère bien, à se mettre soi-même à la place
alors ; celui-là c’était l’explosion violenteJe ne veux pas faire passer sous vos yeux le de l’État.
d’une criminelle folie, dont l’excès mêmelugubre et interminable défilé des violences,
compromettait le succès ; aujourd’hui c’est lades proscriptions et des ruines qui ont rempli Voilà la dictature qu’on nous prépare.
patiente réalisation d’un plan savammentl’année dernière. Je ne veux pas essayer un
conçu, habilement poursuivi ; c’est la guerre àrécit incomplet de ces scènes déchirantes et C’était jadis la dictature de l’incapacité ;
Dieu, légale et méthodique, mais toujoursà jamais honteuses pour une nation, que aujourd’hui ce sera quelque chose de bien
irréconciliable et acharnée ; c’est latoute la France a connues, et dont le souvenir plus redoutable, ce sera la dictature de
destruction progressive mais résolue de lane s’effacera pas des âmes chrétiennes ni des l’impiété. (Bravos.)
religion. (Oui ! oui ! C’est vrai !) Ce ne sont pascœurs épris de la vraie liberté. (Jamais !
seulement les moines proscrits et dépouillés,jamais !) Sans doute la France chrétienne, la France
c’est l’hospice et le bureau de bienfaisance honnête a protesté par d’admirables
transformés en instruments d’un partiUn jour, Messieurs, nos enfants et nos résistances contre la tyrannie qui la presse ;
politique ; c’est la sœur de Charité chassée duneveux se refuseront à croire ce que nous et je ne sais rien de plus beau, de plus
chevet des mourants, l’administration duavons vu : les asiles sacrés de la prière et de la fortifiant que cette lutte entre la conscience
culte livrée à l’autorité civile, le prêtre obligécharité attaqués en pleine paix, sans que rien et le despotisme, que cette nation qui défend
de se faire soldat, et le recrutement du clergédans ces cloîtres silencieux fût venu servir, je son âme contre l’esclavage, qui se dérobe
rendu presque impossible ; c’est par-dessusne dirai pas de provocation, mais de prétexte avec de superbes révoltes au joug qu’on lui
tout la conjuration formée contre l’âme deà une telle surprise, obligés de se tenir propose, et qui, sentant sur son épaule la
nos enfants, la conjuration de l’article 7 et despendant un mois en état de défense, et main de ses vainqueurs, se redresse
lois Ferry, les crucifix enlevés à coups de balailivrant enfin à la force, derrière leurs portes courageusement, s’enveloppe dans son
dans les écoles de Paris et jetés dans desbrisées, leurs hôtes innocents, et, du même honneur et s’écrie, comme cet orateur deo4 Les documents contrerévolutionnaires n 20 — Décembre 2001
Rome au tyran qui le menaçait : « Quand tu politique ; elle est dans cette erreur pratique l’opinion. Je le veux bien ; mais d’abord n’est-
m’arracherais la langue, mon âme, restée qui, s’appliquant à un pays déterminé, y tient ce rien que le mal qui se fait pendant qu’on
libre, de son souffle seul repousserait ta tous les gouvernements pour également attend la réaction promise, et cette lente
violence » (Bravo ! -— Applaudissements bons ; elle est dans cette insouciance qui les corruption que la loi promène dans le pays,
prolongés.) Je ne sais rien de plus beau que ces accepte tous par une défaillance coupable, et avec tout son prestige et tous ses moyens
protestations qui se multiplient sans cesse qui se réfugie dans le chimérique espoir de d’action ? Et je le dirai encore, Messieurs, —
depuis deux ans ; rien de plus beau que ces trouver des expédients pour en tirer parti. je suis ici pour tout dire, — je redoute pour la
juges qui demeurent jusqu’au dernier jour()Bravos. — Applaudissements. France encore autre chose, et la réaction ne
sous l’épée qui les menace, fièrement drapés me rassure pas plus que l’anarchie. Je le
dans leur indépendance ; rien de plus beau C’est là qu’est l’indifférence politique, et répète, je ne veux pas être injuste pour mon
que ces trois cents magistrats qui déposent c’est d’elle que l’illustre et à jamais regretté pays ; mais, après tant de révolutions, après
leur toge pour ne pas courber leurs fronts... cardinal Pie (bravos prolongés) a pu dire qu’elle tant et de si persistantes confusions, après
(Très bien ! — Bravos) ; rien de plus beau que ne sera jamais qu’une vaine formule. tant de changements, de systèmes divers
ces sacrifices constants, ces dévouements « Quiconque, — ce sont ses propres paroles, tour à tour essayés et rejetés, je me demande,
infatigables qui donnent à la défense — quiconque s’épuise à vous dire qu’il n’a pas Messieurs, ce qu’il adviendrait du brusque
religieuse du pays ses ressources et ses d’opinion politique, et que le mieux est de revirement d’une opinion affolée par l’excès
serviteurs. Cette lutte, Messieurs, cette n’en pas avoir, termine rarement son révolutionnaire, ce qui se passerait ce jour-là
protestation de tous les catholiques, de tous discours sans vous démontrer qu’il en a une dans ce pays où la foi est si profondément
les hommes de liberté contre le despotisme mauvaise et qu’il veut vous la faire partager troublée, où la notion du juste et de l’injuste a
grrévolutionnaire, il faut qu’elle continue sans reçu de si rudes atteintes, où l’habitude du(Œuvres de M Pie, évêque de Poitiers, t. II, p.
trêve et sans repos : c’est le devoir, c’est fait accompli a pris un tel empire ! Je me le321). » (Bravos. — Applaudissements.)
l’honneur, c’est le moyen de faire hésiter les demande avec effroi, et je ne suis pas sûr que
persécuteurs, d’entraver leur marche, de l’indifférence politique ne nous mènerait pasVoilà ce que c’est que la neutralité
retarder enfin autant que possible alors tout droit dans les bras d’un sauveurpolitique, et c’est pourquoi je dis qu’elle est
l’exécution de leurs desseins. d’aventure qui, pour prix de l’ordre matériel,aussi impraticable que dangereuse.
nous donnerait un despotisme nouveau.
Mais je suis ici pour vous dire, parce que ()Très bien ! très bien ! — Applaudissements.Une nation ne peut pas se passer de
c’est ma conviction, que ce n’est pas assez. gouvernement, et la forme qu’aura ce
Cette politique-là, cette politique de la le principe sur lequel il
Ce n’est pas assez, parce que cela ne résout réaction au hasard et sans principes, c’est lareposera, le choix de celui qui en sera le
pas la question politique, et que, la question politique des catastrophes, et ce n’est pas ladépositaire, rien de tout cela ne peut être
politique en suspens, c’est le lendemain plein mienne. (Très bien ! très bien !) Ce que je veux,indifférent, je ne dis pas à un homme qui
de périls et d’incertitudes, c’est l’avenir du c’est arrêter le mal, c’est prévenir laaime son pays, mais à un homme qui prétend
pays livré à tous les dangers que j’ai essayé de catastrophe, et je dis que, pour cela, il faut uny vivre, parce que ce sont autant des
vous montrer ; je me trompe, c’est l’avenir du gouvernement ; que du choix de cequestions intimement liées à l’ordre social
pays condamné à l’irrémédiable catastrophe dépendent l’avenir et latout entier, à la prospérité publique, à la
morale et matérielle dont j’ai fait tout à sécurité du pays, et qu’il est du devoir de toussécurité du lendemain, à la paix de la
l’heure passer le tableau sous vos yeux. les hommes politiques, de tous ceux qui ontconscience et au repos de la famille. Et, si
quelque action sur l’opinion de leur temps,cette nation est la France, la question est plus
Voulons-nous abandonner notre patrie à la de dire ce qu’ils pensent d’une si gravepressante, plus inéluctable encore, parce que
ruine, nos intérêts les plus chers à question, de tout faire pour éclairer leursdans l’état où la Révolution l’a mise, le
l’exploitation d’une politique coupable, nos concitoyens et pour hâter l’heure de cettegouvernement, l’ordre légal, a un si grand
enfants à l’impiété, nous-mêmes à la délivrance nécessaire.empire, une puissance si accablante, que, s’il
persécution ; nos champs, nos ateliers et nos est mauvais, s’il est vicié dans ses origines,
usines à une législation qui les épuise ; nos dans ses doctrines et dans ses représentants, Nous périssons par la des-
droits et nos libertés à un despotisme sans il a sur les destinées du pays une influence truction de nos croyances,scrupule ; notre dignité, notre sécurité chaque jour plus funeste, et qu’il arrive une
nationale aux entreprises inavouées ? Ou par l’éducation sans Dieu,heure où le despotisme de l’État finit par
bien, comme des citoyens pénétrés de leurs étouffer la révolte de la conscience. par le gaspillage de nos
devoirs envers leur pays, comme des hommes
finances, par le désordrejaloux de leur indépendance, comme des M. de Martignac a dit un jour cette belle
chrétiens dévoués à leur foi, voulons-nous à de notre administration,parole : « C’est un grand mal dans un pays
tout prix tenter un effort héroïque pour quand la loi ordonne ce que l’honneur par la crise économique.
sauver notre patrie et nous sauver nous- défend : en France, c’est toujours la loi qui
mêmes ? Voilà la question. (Mouvement.) succombe ! » Messieurs, Dieu me garde de
Nous périssons. Voilà la vérité... (Oui ! oui !vouloir offenser mon pays ! Mais, laissez-moi
Messieurs, je n’ai jamais compris — Très vrai) et le cri d’alarme de tous les bonsvous le dire, quelle que soit encore sa vigueur
l’indifférence politique. Je sais très bien, et citoyens. Nous périssons par la destructionmorale, quelque ressource qu’il y ait dans
tous les catholiques savent avec moi que, si la de nos croyances, par l’éducation sans Dieu,l’énergie de sa conscience, je ne crois pas qu’à
soumission à la loi divine est la condition par le gaspillage de nos finances, par lel’heure où nous sommes cette parole soit
essentielle qui s’impose à tous les désordre de notre administration, par la crisevraie. La loi, la légalité a chez nous une
gouvernements humains, Jésus-Christ n’a économique. Il n’y a personne parmi les pluspuissance presque sans bornes, et, quand elle
pas cependant dicté aux nations chrétiennes timides, parmi les plus indifférents, qui ne leest maniée par des hommes que le scrupule
la forme de leur constitution politique, et croie et qui, rentrant à son foyer, après sesn’arrête pas, elle devient une oppression plus
que c’est là une question libre au-dessus de affaires ou ses plaisirs, ne répète avec l’accentforte que toutes les protestations. L’honneur
laquelle l’Église demeure immuable dans sa de la douleur, de la colère ou duse révolte et s’indigne sans doute, mais la loi
constitution divine. Si l’indifférence découragement : Nous périssons !impose silence à ses gémissements, et, quand
politique était là, s’il s’agissait d’une thèse une pareille expérience a été faite souvent,
aussi manifeste pour un esprit chrétien, je Eh bien ! Messieurs, je ne consentirai pas,quand la terreur s’ajoute à la lassitude, alors,
n’en parlerais que pour y souscrire. Je dirai quant à moi, à m’asseoir sur le tombeau de laMessieurs, oui, je l’avoue, je crois que
davantage : si l’indifférence politique n’était France ! (Bravos ! — Applaudissementsl’honneur peut succomber... C’est le règne du
que la préoccupation exclusive, chez ceux prolongés.) Nous périssons parce que nous nedespotisme... (Bravo ! — Mouvement
qui en ont la garde, d’intérêts sacrés plus voulons pas nous sauver, et que nous sommesprolongé), et, quand je parle du despotisme de
hauts que les intérêts humains, je n’élèverais un peuple partagé en deux parts : l’une quila légalité dans l’année qui a vu l’application
pas la voix pour la condamner. Mais ce n’est s’endort au lendemain de chaque tempête,des lois existantes, je ne crois pas que je parle
pas là, ce n’est pas dans cette affirmation sans souci de la tempête du lendemain, sousd’une chimère. (Non ! Non ! Bravo !) Cela ne
d’un principe certain, dans ce sentiment d’un la tente qui lui offre un abri de passage ;dure pas ! me dit-on, et l’excès même de la
devoir supérieur, qu’est l’indifférence l’autre qui use ses forces contre latyrannie amène tôt ou tard un réveil deoLes documents contrerévolutionnaires n 20 — Décembre 2001 5
militaire, pour proposer l’article 7, pour France en la déchirant en lambeaux ; je dis
Si nous laissons les détruire pièce à pièce l’enseignement qu’il n’y a pour nous que la perpétuelle et
supérieur et secondaire, pour expulser les mortelle oscillation de l’anarchie augénérations qui grandissent
religieux, pour décréter sans despotisme.entre les mains de la
Dieu ? Ont-ils attendu d’avoir un prétexte
République, elle tuera en pour déchaîner la guerre religieuse, pour La tradition nationale, Messieurs ! son
exciter contre les catholiques toutes les prestige a tenté tous ceux à qui Dieu a permiselles l’âme de la France.
mauvaises passions et pour donner en mot de commander un jour à notre pays, et ils en
d’ordre à leurs troupes : « Le cléricalisme, ont si bien senti la puissance, que tous ontRévolution, sans point d’appui suffisant pour
voilà l’ennemi ! » voulu s’y rattacher par quelque lien, enla vaincre, et qui roule ainsi sans espoir le
essayant de cacher la pauvreté de leurrocher sous lequel elle retombe épuisée.
En vérité, quand on entend les hommes berceau avec un bout du manteau dont lesMessieurs, je parle aux uns et aux autres, mais
qui, depuis dix ans, poursuivent la religion siècles ont couvert les épaules de la France...peut-être à ceux-ci plus encore qu’aux
d’une haine insensée, parler de (Bravos. — Applaudissements) : tous, l’empire,premiers, et je leur dis : Il n’y a plus d’illusion,
compromissions regrettables et prétendre qui se donnait, avec l’éclat passager de sesplus d’hésitation possible ! Si nous laissons
rejeter sur nous la responsabilité de la guerre institutions, comme la forme nouvelle deles générations qui grandissent entre les
qu’ils ont allumée ; quand on songe que ce l’antique monarchie ; tous, et la Républiquemains de la République, elle tuera en elles
sont les hommes de Romans, de l’article 7 et elle-même, qui se cherche des titres dans lesl’âme de la France. Hâtons-nous ! (Oui ! oui !)
du 29 mars qui jouent cette comédie, en ruines qu’elle a faites, et jusqu’à M. JulesLe temps presse ! Le mal est déjà profond,
vérité le sang monte au visage, et on se Ferry, qui, s’étant un jour affublé d’une loidemain il pourrait être sans remède.
demande qui donc ils se flattent d’abuser ? ramassée dans les décombres de l’ancien
()Bravos. — Applaudissements prolongés. régime, s’est pris pour un successeur desJ’ai le droit, Messieurs, de tenir un pareil
monarques d’autrefois. (Rires ironiques. —langage, et je suis, en parlant ainsi, dans une
Non, Messieurs, les confusions qu’on Applaudissements.)incontestable légalité ; la constitution qui a
invoque, nous les dissipons à l’avance ! Leorganisé la République est revisable, c’est-à-
prétexte qu’on cherche, nous en repoussons La tradition nationale ! on n’est pas libre dedire qu’elle peut être modifiée, non
la prétention ! la dénaturer et de l’invoquer à son gré : elleseulement dans ses détails, mais dans la
s’est façonnée dans le sillon des siècles, etforme même du gouvernement : les
La persécution ne tient pas à notre silence depuis quatorze cents ans elle porte un nomdéclarations les plus formelles et les plus
ou à nos discours : les causes en sont ailleurs qui la résume tout entière, avec ses grandeursexplicites ont établi de cette manière le sens
et bien autrement profondes, et les effets en et ses revers, avec ses origines et sesde l’article 8 des lois constitutionnelles, et
sont venus à ce point que ce qui doit nous transformations successives : elle s’appelle laconsacré à cet égard un droit absolu. C’est
occuper devant cet incendie déchaîné de royauté française. (Bravos répétés. —aux Chambres qu’il appartient d’en faire
toutes parts, c’est de courir aux pompes pour Applaudissements.) Voilà pourquoi, voilàusage dans des conditions déterminées, et,
le tarir dans sa source ! L’heure des comment je suis royaliste. Je le suis dans ladans une année qui sera marquée par les
ménagements illusoires est passée : ce qu’il sincérité de ma conscience de catholique etélections législatives, qui se terminera par un
faut, c’est opposer au mal un remède de Français... (Oui ! oui ! — Bravo !), sans rienrenouvellement du Sénat, c’est le droit des
énergique, et je n’en connais qu’un ; ce qui confondre et sans rien séparer de tout ce quicitoyens de se préoccuper de cette question
presse, c’est d’empêcher la ruine de la patrie fait battre mon cœur d’amour, d’espérance etde revision, c’est le devoir des hommes
et des choses saintes, et je ne sais qu’un de foi !publics de dire ce qu’ils en pensent, s’ils la
moyen d’y réussir, c’est de donner à la Francecroient nécessaire et comment ils
un gouvernement qui la sauve. (Bravo ! Messieurs, il faut aller jusqu’au bout ; nousl’entendent.
bravo !) Quel sera ce gouvernement ? Encore voulons le roi, et non pas seulement un roi.
une fois, voilà la question. Pourquoi, et qu’est-ce donc que le roi ?La revision ne serait qu’un mensonge si un
tel droit pouvait nous être refusé, et nous
Messieurs, « la forme sociale et politique Je pourrais vous parler de sa personne, dumanquerions, nous royalistes, à notre
dans laquelle un peuple peut entrer et rester charme qu’il exerce, de l’attrait qu’il inspire,honneur, à notre loyauté, à notre sincérité, si
n’est pas livrée à son arbitraire, mais de l’étreinte qui serre le cœur quand, aprèsnous ne disions pas nettement à cette heure
déterminée par son caractère et son passé l’avoir vu et entendu, il faut quitter cettesolennelle pourquoi nous adjurons notre
(Taine, Les Origines de la France demeure de l’exil où il semble qu’on laissepays de repousser la République et
Contemporaine : l’ancien régime,p. III dela derrière soi l’âme de la France. (Sensation.) Jed’acclamer la Monarchie. (Bravo ! bravo !)
Préface). » (Bravo ! bravo !) Ce n’est pas moi pourrais vous dire longuement tout cela, et
qui le dis, ce n’est pas un catholique, ce n’est ce ne serait pas satisfaire une vaine curiosité ;Sans doute, si nous étions en face
pas un royaliste, c’est M. Taine qui l’écrit car enfin, dans un temps où les hommesd’hommes trompés et sans partis pris, qui
avec sa bonne foi habituelle. Voilà la vérité ! pèsent dans la balance d’un poids si lourd,n’eussent d’autre souci que de défendre leurs
dans un temps où l’on parle couramment deinstitutions politiques, nous pourrions
La France n’est pas née d’hier ; ce n’est pas la dictature de M. Gambetta, c’est bienhésiter à faire une pareille déclaration, dans
un peuple neuf, improvisé sur une terre quelque chose que ce prestige du dehors et cela crainte de paraître, malgré nous, donner un
vierge, c’est une antique nation, dont le nom décor extérieur du commandement.prétexte à nos adversaires pour aggraver la
et les actes ont rempli l’histoire pendantpersécution religieuse. Car ce serait une
quinze siècles, et qui a trouvé sur sa route, Je pourrais vous dire ce que j’ai vu quand jegrande responsabilité que d’accroître le
dans ce long chemin parcouru, assez de gloire suis allé à Frohsdorf : je n’y suis pas allémalentendu, d’entretenir la confusion et
et de douleurs pour que ses fils soient seulement pour y porter un hommage ded’être ainsi pour quelque chose, à notre insu
passionnément attachés au souvenir des unes respect et de fidélité ; je n’y suis pas allé nonmême, dans les maux de l’Église.
et des autres, et pour qu’il ne leur soit pas plus en conspirateur ; j’y suis allé dire tout ce
permis, sous peine de renier le nom de leurs que je viens de répéter ici loyalement et auMais, je vous le demande, en sommes-nous
pères, de répudier ce passé plein d’honneur. grand jour, dans le libre exercice d’un droitlà ? Y a-t-il une confusion et un malentendu ?
()Bravo ! Bravo ! — Vive le roi ! que, cette année, les élections et les(Non ! non !) Est-ce que les hommes que nous
perspectives de revision rendent plusavons en face de nous ne sont pas des
Ce passé, cette histoire illustre, c’est la immédiat que jamais ; et ce que j’ai trouvé, jesectaires qui ont entrepris sciemment,
tradition nationale, et je dis que c’est là qu’est vais le dire : j’ai trouvé un princevolontairement, la guerre religieuse, qui l’ont
le fondement nécessaire de la constitution admirablement chrétien dans sa vie, dans sonétudiée comme une science, qui en ont fait le
politique ; je dis que, hors de là, il n’y a que caractère et dans ses principes, uniquementdrapeau de leur vie politique et le
des expédients, des remèdes d’empirique, occupé de deux pensées : la France et sonprogramme de leur gouvernement ? Quoi !
des préoccupations personnelles ou des devoir... (Bravo ! bravo !) ; pénétré de nosnous leur donnerions un prétexte ! Mais ont-
calculs d’égoïsme. Je dis que, hors de là, il n’y besoins et des conditions actuelles de lails attendu d’en avoir un pour chasser les
a qu’une route semée d’abîmes et société, prêt à gouverner et sachant que,Frères et les Sœurs, pour abolir l’aumônerie
d’escarpements, sur laquelle on traînera la pour faire son œuvre, pour réformer leso6 Les documents contrerévolutionnaires n 20 — Décembre 2001
mœurs et les institutions sociales de ce pays, sans responsabilité qu’on appelle le nombre, qui domine, ce qui éclate, je le répète, c’est la
il faut d’abord lui donner un gouvernement je vous le demande, depuis que nous vivons déception et le sentiment profond de la
fort, qui rétablisse l’ordre et la paix publique, sous cet empire redoutable, qu’y avons-nous banqueroute révolutionnaire. (Très bien ! très
qui fasse taire ceux qui les troublent et qui gagné ? bien !) A ce peuple on a tout promis : la
rende à tous la sécurité du lendemain. J’ai puissance, la richesse et l’indépendance. On
trouvé, si je puis ainsi parler, un prince qui est Ah ! je sais bien ce que nous y avons perdu. ne lui a donné que le masque d’une
un honnête homme et un homme de L’autorité d’abord, l’autorité qui se meurt, souveraineté chimérique, et, derrière ce
gouvernement. Je pourrais dire : Voilà ce que qui est brisée partout, dans la vie sociale, masque, il n’y a qu’un esclave, un esclave qui
c’est que le roi ; et, dans la crise qui nous dans l’école, dans l’atelier, et qu’on a porte sur ses épaules les politiciens dont il a
menace, ce ne serait pas peu de chose. remplacée par l’arbitraire, qui est l’autorité fait la fortune... (Bravos. — Applaudissements),
des despotes : l’arbitraire dans le un esclave qui appartient corps et âme à la
Je pourrais vous dire plus encore... gouvernement, dans l’éducation, fournaise industrielle où on le jette comme
Messieurs, je me souviens d’un magnifique l’arbitraire jusque dans la loi. une marchandise.
discours de M. Thiers au Corps législatif de
l’empire : il parlait de la question romaine, et, On a tout promis à l’ouvrier. Mais sonVoilà le plus grand mal, la
dans un superbe mouvement, après avoir repos, sa santé, sa vieillesse, son foyer, sonplus grande ruine que nousénuméré la multitude de catholiques, après avenir, ses intérêts professionnels, qui s’en
aient faite les gouverne-avoir dit que leur culte était le vieux culte de soucie ? Après quatre vingt- dix ans, on en est
la patrie et qu’il en avait béni les gloires et à discuter s’il est convenable de lui rendrements révolutionnaires.
inspiré le génie, il s’arrêta tout à coup sur ces une parcelle du droit d’association que laIls ont tué l’autorité.mots : « Je pourrais vous dire tout cela ; mais Révolution lui a ravi ; et c’est tout ce qu’on
non, Messieurs, je ne vous ne le dirai pas, car sait faire pour essayer de résoudre cette
il y a quelque chose de plus respectable que le Messieurs, voilà le plus grand mal, la plus question sociale, cette question économique
nombre, que le génie, que la gloire : c’est le grande ruine que nous aient faite les qui est la question vitale du temps moderne,
droit. » gouvernements révolutionnaires. Ils ont tué qui s’impose à tous les gouvernements de
l’autorité, et du même coup ils ont tué la l’Europe, et dont l’intérêt public devrait au
Moi aussi, je pourrais vous dire que le roi liberté ; car ce sont deux compagnes moins, à défaut du sentiment de la justice,
c’est l’incarnation de toutes les vieilles inséparables, et, dans une société fondée sur faire comprendre l’importance.
gloires de la France ; mais j’aime mieux vous l’oubli des droits de Dieu, la confusion
dire qu’il est quelque chose de plus grand, de s’établit sur tous les droits humains, de telle Messieurs, j’ai nommé la justice. Où est-
plus auguste, de plus fort : il est le droit. sorte que la porte est ouverte tour à tour, et elle, à l’heure où je parle ? Elle est comme la
()Bravo ! bravo ! Vive le roi ! quelquefois tout ensemble au despotisme et liberté ; elle est comme l’autorité, elle est
à l’anarchie. (Très bien !) morte, la Révolution l’a tuée. (Sensation.) Et
Le droit, Messieurs, fondé sur l’antique quand un gouvernement, qui n’a pour lui ni la
alliance de la nation française et de la Voilà ce que nous avons perdu, et, je le tradition nationale, ni l’antiquité des services
monarchie, sur cette alliance que n’ont pu répète, qu’avons-nous gagné ? C’est au rendus, ni l’éclat de la gloire, ne donne pas
rompre les violences sanglantes d’un peuple peuple surtout qu’il faut le demander ; c’est même l’autorité, ni la liberté, ni la justice, je
égaré, ni les votes de circonstance, émis sous aux faibles, à ceux qui souffrent, à ceux qui le demande, de quoi peut-il se prévaloir ?
la pression d’événements astucieusement travaillent ; car c’est à eux que la Révolution a
préparés ; le droit, que son représentant tout promis, et c’est dans leur sang que la Voilà la seconde raison pour laquelle je suis
injustement déchu n’a pas cessé d’affirmer et République a assis son trône. royaliste. C’est qu’à l’abri du droit, du
de revendiquer par ses nobles protestations principe qui m’apporte la stabilité, c’est-à-
chaque fois que la France a changé de caprice Messieurs, je ne suis pas un enfant du dire la sécurité du lendemain, je suis sûr de
ou de meneurs ; le droit, dont l’empire est si peuple ; mais, permettez-moi de le dire, j’ai voir renaître et se rétablir, à tous les degrés de
grand que ceux même qui le foulent aux pieds vécu assez près de lui pour le connaître et l’échelle sociale, l’autorité, l’autorité forte et
n’osent pas en renier la puissance, et qu’ils avoir le droit d’en parler ; depuis dix ans, paternelle, parce qu’elle a confiance dans sa
forgent à leur usage, plutôt que d’avouer leur depuis le lendemain des grandes légitimité ; je suis sûr de retrouver la liberté
usurpation, un droit de fantaisie qui catastrophes de 1871, j’ai vécu tout entier au dont j’ai besoin, non pas la liberté de tout
s’appellera peut-être demain l’élection service d’une idée, le salut de la classe faire, de tout dire et de tout écrire, que je ne
dictatoriale ! ( Très bien !) ouvrière... (Bravos énergiques), son salut moral désire pas parce qu’elle n’est presque
et le progrès de sa condition matérielle, tous toujours que la liberté du mal... (Très bien ! très
Messieurs, la force est une nécessité de deux inséparables dans ma conviction. J’ai bien !), mais la de la conscience, la
gouvernement, et je ne suis pas de ceux qui vécu, je devrais dire nous avons vécu, car je ne liberté de la famille, la liberté individuelle
croient qu’il faille s’en passer. Mais la force suis qu’un des soldats de l’armée catholique que la république me retire... (C’est vrai ! c’est
n’est pas un principe : nous avons connu son qui s’est consacrée à cette tâche, nous avons vrai !) ; je suis sûr enfin de voir entreprendre
règne, et la gloire, pendant un temps, lui a fait vécu courbés, pour ainsi dire, sur cette la grande œuvre de justice que le peuple
cortège... La gloire a succombé, la force s’est pensée unique : servir la cause des attend depuis un siècle et à laquelle vient
émoussée, et le gouvernement s’est écroulé travailleurs. (Bravo ! bravo ! — nécessairement aboutir toute la politique
tout entier. La force, c’est toujours un Applaudissements.) contemporaine : œuvre, immense et
homme, et, quand l’homme tombe, il n’y a magnifique, qui est faite pour tenter
plus rien. Et si la force est impuissante, est-ce Nous avons entendu leurs plaintes, nous l’ambition d’un roi, quand ce roi se sent l’âme
l’acclamation populaire, est-ce la majorité avons vu leurs souffrances, et, au fond de tous assez haute pour l’envisager sans effroi.
des suffrages avec tous ses caprices, toutes ces cœurs trompés, fatigués de la lutte
ses faiblesses et tous ses entraînements qui politique, nous avons trouvé un immense Certes, je ne veux pas dire que la
sera le fondement du pouvoir, ou bien la découragement et le vide d’une profonde monarchie suffise à elle seule pour résoudre
révolte heureuse ou l’émeute triomphante déception. Sans doute le grand nombre ne la question sociale, mais je dis qu’elle seule
avec ses excès ou ses passions ? La majorité, voit pas la vérité, et il y a dans les âmes peut y travailler avec fruit, parce est la
c’est le droit quand elle dit : oui ; quand elle populaires des montagnes de préjugés base nécessaire de tout l’ordre politique ; je
dit : non, on l’invalide. (Rires ironiques. — inexpliqués, de haines aveugles, de ne dis pas qu’elle la résoudra en un jour, mais
Applaudissements.) L’émeute, c’est le droit ressentiments injustes, qu’y ont accumulé la je dis y travaillera sans relâche,
quand elle réussit ; quand elle échoue, c’est corruption systématique, le défaut honnêtement, loyalement, non pas avec des
un crime ! d’éducation morale, et, il faut bien le dire phrases, des promesses et des formules
aussi, de notre part à nous, l’oubli du devoir théoriques, mais avec des principes et des
Messieurs, nous avons connu tous ces social. institutions, avec des encouragements aux
régimes, et, depuis si longtemps que, pour ne hommes de bonne volonté, avec le concours
pas reconnaître un roi, nous nous livrons à ce Mais dans ces âmes troublées, que l’appât pratique des hommes spéciaux. Je le dis
souverain terrible, tour à tour esclave et des biens terrestres a violemment parce que la monarchie que j’attends pour
tyran, à ce souverain sans nom, sans corps et détournées des croyances surnaturelles, ce mon pays porte avec elle un principe quioLes documents contrerévolutionnaires n 20 — Décembre 2001 7
rassure mon âme à l’avance et lui donne une promené la Révolution, l’exemple, qu’il lui matériel, mais à tous les hommes de travail,
confiance absolue dans son programme : elle doit en retour, de la Révolution vaincue par de foi, de liberté, qui sont soucieux de leurs
est la monarchie chrétienne. (Bravos le Christianisme. (Très bien ! très bien ! — intérêts, de leur religion, de l’éducation de
redoublés. — Applaudissements prolongés.)Oh! Applaudissements prolongés.) leurs enfants, qui ont besoin, pour vivre, de la
Messieurs, je sais bien ce qu’on dit ; je sais paix, de la prospérité, de la sécurité du
bien par quel argument on nous combat. La Voilà ce que j’appelle la monarchie lendemain, à tous ces hommes de bonne
monarchie chrétienne, on dit que ce sera le chrétienne, et c’est la troisième raison pour volonté, je dirai : Qu’attendez-vous pour
gouvernement des curés, la dîme rétablie, les laquelle je suis royaliste. Je le suis parce que venir à nous ? (Bravos. — Acclamations. —
droits féodaux et les privilèges de la noblesse j’aime passionnément mon pays, que, Vive le roi !)
restaurés. Voilà ce qu’on dit, et ceux qui le suivant la parole de Berryer, je suis patriote,
croient le moins sont ceux qui le font croire très bon patriote. (Vive le roi ! Vive M. de La monarchie est là toute prête, avec un roi
aux autres... (Bravos) ; on se sert d’un Mun !) chrétien, honnête et loyal, avec des princes
mensonge comme d’une arme politique, et unis derrière lui dans une commune pensée
on sait bien que c’est un mensonge. Messieurs, j’ai trop abusé de votre de patriotisme ; la monarchie avec son
attention, et je me hâte de finir ; j’ai tâché de principe de stabilité, ses traditions, les
Mais c’est assez qu’on le dise pour que nous vous dire pourquoi la monarchie m’apparaît preuves de son passé ; et, en face, ilyala
ayons, nous, le devoir de le démentir sans comme le seul et nécessaire port de salut. Je république avec la guerre à Dieu, la sécurité
cesse, d’abord en y opposant la parole même regarde autour de moi, et je ne vois plus menacée au dedans et au dehors, l’anarchie
du prince qui l’a cent fois donnée, puis, même d’abri provisoire qui puisse tenter les dans l’armée, dans la justice, dans
comme cela n’embarrasse pas les trompeurs hésitants ; je n’en vois plus d’aucune sorte. La l’administration ; la république avec sa
de profession, en y répondant par l’évidence, république conservatrice ? (Rires ironiques.) tyrannie, sa mobilité, et, elle aussi, avec ses
en répétant que l’ancien régime est mort avec Nous l’avons vue avec M. Thiers ; elle est traditions et les preuves de son passé...
ce qu’il avait de bon, et avec les abus qui s’y venue s’évanouir dans les bras de M. Barodet. (Bravos redoublés) : mais la république, faites-y
étaient introduits ; et que, s’il est vrai M. Dufaure a essayé d’en relever les débris ; bien attention, où tout le monde s’unit pour
qu’après un siècle de révolution, nous avons ils sont tombés avec lui, et il n’a plus trouvé, combattre, à l’heure du péril, autour du chef
besoin d’une réorganisation sociale, il ne l’est pour sa sincérité religieuse, d’autre ressource et du drapeau commun, tous, radicaux et
pas moins qu’elle ne peut être faite que que de mettre son éloquente parole au modérés, intransigeants et opportunistes,
lentement, par un accord intime entre la service des causes justes et saintes tous, sans distinction de nuances, d’opinions
tradition et les conditions actuelles de la persécutées par la république. M. de et de préférences. Voilà ce que je demande.
société... (Très bien !) ; et, quand au Freycinet disait à Bordeaux, en 1878, qu’il Je demande que nous suivions cet exemple
gouvernement des curés, je crois pouvoir voulait une république où l’on ne blessât ni fécond et que tous, chrétiens et
dire que les évêques et le clergé n’ont pas plus les personnes ni les intérêts, où l’on fût conservateurs, hommes de foi, d’ordre et de
envie de se charger du fardeau de tolérant et conciliant ; étant devenu chef du liberté, nous oubliions les nuances, les
l’administration civile que le roi celle de le pouvoir, il a chassé les Jésuites... (Rires opinions, les préférences qui nous divisent
leur offrir, et que nos vœux se bornent à voir ironiques) ; puis il a cru qu’ayant fait la part du pour nous rallier autour du roi et du drapeau
l’un et l’autre pouvoir dans une harmonie feu, ayant sacrifié un nombre respectable de la monarchie nationale. (Bravos. —
dont la république elle-même, si j’en crois la d’innocents, il pourrait gouverner sans faire Applaudissements prolongés. — Vive le roi !)
renommée, paraît quelquefois sentir le de victimes nouvelles ; c’est à quoi se
besoin. (Rires ironiques. — Applaudissements.) réduisait alors la république conservatrice. Je le demande, Messieurs, dans toute
(Nouveaux rires.) M. de Freycinet est tombé l’ardeur de mon patriotisme, dans la sincérité
Messieurs, il faut bien répondre à ces sous cette illusion. On dit que M. Gambetta d’une conviction que les événements
accusations, mais il faut aussi parler est devenu aujourd’hui le représentant de la fortifient chaque jour, heureux si ma voix
sérieusement et dire ce que c’est que la république conservatrice... Voilà ce qui nous peut être entendue de quelques-uns et si je
monarchie chrétienne ; pour moi c’est, en reste ; et déjà, pendant qu’on offre au pays puis, par mon exemple et pour ma faible part,
deux mots, un pouvoir soumis à la loi divine, cette extrémité comme une ressource contribuer à former, pour le salut de la
qui fait respecter Dieu et qui laisse l’Église suprême, la Commune relève partout sa tête France chrétienne, la grande armée de la
libre dans son culte, dans sa parole, dans ses triomphante, les amnistiés s’assoient dans conservation sociale, à qui la tradition des
institutions et dans son gouvernement. l’Assemblée nationale, et la république de siècles a légué ce cri de ralliement, qui vaut
(Bravo ! bravo !) C’est un pouvoir honnête et demain montre son visage à travers les tout un programme : Dieu et le roi.
soucieux du bien-être de ceux qu’il gouverne, mailles largement ouvertes de la politique (Bravos.— Longue salve d’applaudissements. —
qui épargne leurs finances et protège le opportuniste. Je demande, après cette Vive le roi ! — Vive M. de Mun ! — L’orateur est
travail national ; c’est un pouvoir dont expérience de dix ans, ce qu’on attend pour )entouré et vivement félicité.
l’ambition est le bien public, et qui appelle à se convaincre. ( )Bravos.
lui, pour l’aider à le faire, tous ceux qui 9
veulent et qui peuvent y contribuer, sans L’empire, Messieurs, l’empire est mort,
distinction d’origine, sans préoccupation du mort dans une catastrophe sans égale, qui a Ce discours souleva dans la presse entière
passé, à cette seule condition d’apporter avec trouvé nos cœurs d’autant mieux ouverts à une vive émotion. Accueilli avec un véritable
eux une entière bonne volonté et une une respectueuse sympathie, qu’en nous enthousiasme par l’Univers et par le plus
parfaite loyauté... ( inclinant devant ce grand deuil d’un partiTrès bien ! très bien ! — Vive grand nombre des journaux catholiques des
) ; c’est un régime dont celui qui en est nous pouvions saluer en même temps unele roi ! départements aussi bien que par l’Union et
pour nous l’auguste représentant a donné lui- gloire de plus pour l’histoire nationale. (Très par tous les organes du parti légitimiste, il
même la formule, quand il a écrit cette ) L’empire est mort, car ce n’est pas vivrebien ! fut, au contraire, violemment attaqué par la
magnifique parole:«Il faut, pour que la que d’avoir un représentant renié par tous presse républicaine et libérale, à laquelle
France soit sauvée, que Dieu y rentre en ceux qui veulent sauver la religion et l’ordre firent malheureusement écho, avec plus de
maître pour que j’y puisse régner en roi. » social. ( )Bravos. modération dans la forme, quelques journaux
()Bravos et applaudissements prolongés. catholiques de Paris. Des récits fantaisistes,
Eh bien, aux désabusés de la république qui où la vérité était dénaturée, présentèrent
Voilà comment je conçois la monarchie ne veulent pas de ses violences et qui l’attitude de M. de Mun et les motifs qui
chrétienne, et, permettez-moi de vous le n’espèrent plus dans sa modération, aux avaient inspiré sa conduite sous un jour
dire, j’y vois quelque chose de plus encore : j’y survivants de l’empire qui demandent un absolument faux. Une polémique ardente
vois ce pays reprenant dans le monde son gouvernement fort, un gouvernement s’ensuivit et se prolongea pendant plusieurs
rang et son prestige par la dignité de son d’ordre et d’autorité, et qui gardent semaines.
langage et de sa conduite, imposant aux pieusement dans leur cœur la mémoire des
empires voisins, par le grand nom du roi de princes qu’ils ont perdus, aux conservateurs M. de Mun ne voulut y prendre aucune
France, le respect et la confiance, se plaçant enfin de tous les partis de la nation, non pas à part ; il trouva d’ailleurs une suffisante
avec lui à la tête des gouvernements ceux qui sont prêts à s’accommoder de tous compensation à ces attaques injustifiées
conservateurs et montrant à l’Europe, où il a les régimes en échange d’un peu d’ordre dans la lettre suivante, dont M. le comte deo8 Les documents contrerévolutionnaires n 20 — Décembre 2001
Chambord daigna l’honorer : «HENRI.» - Librairie Saint-Louis, C. P. 49604, 5122
Côte-des-Neiges, Montréal, Qc, H3T 2A5,
« Goritz, 25 mars 1881. Peu de jours après la publication de cette Canada.
lettre, M. de Mun recevait de M. le comte de
« Je n’attendais pas moins de vous, mon Chambord la mission d’organiser par toute la - Bibliothèque Saint-Michel, 201 rue
cher de Mun. Le discours que vous venez de France un large mouvement de propagande Sainte Christine, 83000 Toulon, France.
prononcer à Vannes est bien celui de royaliste. MM. Lucien Brun, sénateur, et le Tél./Fax : 04 94 03 16 74.
l’homme qui, mesurant l’étendue du péril vicomte Mayol de Lupé, rédacteur en chef de
social, avait tant de fois déjà trouvé dans son l’Union, donnèrent, par deux grandes - Les Amis de Jeanne d’Arc,85rue
patriotisme le courage de dire à la conférences, le signal d’une campagne à Petit, 75019 Paris, France. Tél. : 01 40 03 96
Révolution ce qu’elle est et à la contre- laquelle prirent part les orateurs les plus 35, fax : 01 40 03 96 50. Association fondée en
révolution ce qu’elle doit être. C’est avec une autorisés et les plus brillants du parti. 1953 sous la présidence d’honneur du général
grande joie que je m’associe à votre nouveau Alimentée constamment par des banquets, Weygand . Sa mission est de « prolonger la
triomphe et que je vous adresse, avec mes des meetings, des réunions publiques et mission de la Sainte de la Patrie par la prière
félicitations les plus vives, mes privées, soutenue par une large diffusion de et l’apostolat » (mandat fixé par Pie XII), et
remerciements les plus sincères. brochures et d’écrits politiques, cette d’« approfondir la connaissance de Jeanne
campagne se prolongea pendant deux ans, d’Arc sous tous ses aspects : scientifiques,
« Tout est vrai dans le tableau que vous sous la direction de M. de Mun, artistiques, moraux, mystiques ».
faites de la prospérité factice de nos finances puissamment secondé par un jeune magistrat
et de la situation lamentable de notre démissionnaire, M. de la Guillonnière, - Faits & Documents, lettre d’infor-
industrie, de notre agriculture. Tout est vrai jusqu’au moment où la maladie et la mort de mations confidentielles d’Emmanuel Ratier,
dans le récit indigné de ces expulsions M. le comte de Chambord vinrent, en l’un des hommes les mieux informés. Pour
d’humbles et saints religieux qu’entourait le modifiant les conditions de la lutte politique, savoir ce qui se passe dans les coulisses
respect de tous, et que l’on a chassés comme y mettre nécessairement un terme. révolutionnaires (franc-maçons, sectes,
de vils malfaiteurs au nom de la civilisation. mondialistes, lobbies cosmopolites...) aussi
Dans l’intervalle, les élections législatives bien que chez les contrerévolutionnaires. BP
« Vous n’avez pas oublié, et je vous en avaient eu lieu le 21 août 1881. 254-09, 75424 Paris cedex 09, France.
remercie, de saluer en passant ces hommes L’arrondissement de Pontivy, en raison du Tél./fax : 01 40 16 80 92 ; http://www.faits-et-
de désintéressement et de sacrifice, chiffe de sa population, avait été scindé en documents.com.
l’honneur de la magistrature, qui ont deux circonscriptions. A la suite d’une
noblement refusé d’abaisser leur conscience réunion du comité royaliste du Morbihan, la
au caprice de l’injustice et de l’impiété première fut attribuée à M. le comte 99triomphantes. L’estime publique leur est Lanjuinais, et la seconde (comprenant les
acquise ; qu’ils comptent aussi sur ma plus cantons du Faouët, de Gourin et de
Prière à saint Michel Archangevive reconnaissance. Guéméné), réservée à M. de Mun, qui y fut
élu par 4476 voix contre 3560 données à M. le
Saint Michel Archange, défendez-nous« Mais si vous avez dit vrai, dans la triste Fur, paysan du canton de Guéméné et
dans le combat ; soyez notre secours contreénumération de nos abaissements et de nos républicain exalté, que ses adversaires
la méchanceté et les embûches du démon.humiliations, vous n’êtes pas moins heureux avaient cru habile de lui opposer.
« Que Dieu lui commande », nous lequand vous indiquez le remède à tant de
demandons en suppliant ; et vous, Prince demaux. Avec la monarchie traditionnelle, ce La nouvelle Chambre se réunit à la fin
la milice céleste, repoussez en enfer, par laqui signifie la chrétienne, vous d’octobre 1881, et l’élection de M. de Mun fut
puissance divine, Satan et les autres espritsvous faites fort de résoudre tous les validée sans débat dès la première séance.
mauvais qui rôdent dans le monde pourproblèmes contemporains, et vous avez
perdre nos âmes. Ainsi soit-il.raison.
(Indulgence de trois ans ; plénière, une fois par mois, pour la
« Que l’indifférence en matière politique se récitation quotidienne, aux conditions ordinaires (confession,Y Y Y
communion, visite d’une église avec prière aux intentions duscandalise da la netteté de vos affirmations,
Souverain Pontife). Pén., 12 novembre 1932.)que les pusillanimes s’en effrayent, que les
révoltés s’en indignent, je le comprends, la Ouvrages recommandés
vérité est toujours importune aux époques de Au terrible torrent de boue constitué par les
troubles et de défaillance ; mais quand livres sortis de l’officine ténébreuse des impies,• Abbé Vial, Jeanne d’Arc et la monarchie,
l’erreur, sous mille formes diverses, se sans autre but, sous leur forme éloquente et leurréédition Expéditions pamphiliennes.
produit de toutes parts et au grand jour, sel perfide, que de corrompre la foi et les mœurs et
n’est-ce pas pour nous un devoir d’affirmer le • Henri, Comte de Chambord, Textes d’enseigner le péché, le meilleur remède, on en
droit, la justice, la vérité, et d’opposer à politiques, 1995. Disponible à la SA D. P. F. peut être assuré, est de leur opposer des écrits
l’audace du mal la probité et l’honneur ? salutaires et de les répandre.
• Jean Vaquié, Les origines et les finalités
surnaturelles de la monarchie française, S. S. Léon XII, Lettre Diræ librorum, 26 juin 1827.« Il s’agit de savoir si le monde doit
réédition Éditions Saint-Rémi, 2000. 9retourner à la barbarie et s’il ne doit pas
Les documents contrerévolutionnairesdemander compte à la Révolution de ses • Bernard Basse, La constitution de l’ancienne reproduisent des textes de doctrine etexécrables forfaits. Il s’agit de savoir si la France, Dominique Martin Morin, 1986. d’histoire contrerévolutionnaires. Face austabilité d’un principe qui domine les Disponible à la SA D. P. F. déferlement de littérature révolutionnaire àvicissitudes humaines et qui leur survit n’est
vil prix qui outrage la majesté divine, détruitpas supérieure à toutes les combinaisons du Adresses la morale chrétienne, incite aux pires péchés,hasard et de l’intrigue pour protéger la
et perd les âmes par millions, c’est le devoirdignité des consciences ainsi que la liberté - SA D. P. F., BP 1, 86190 Chiré-en- des catholiques de redoubler d’effort pourdes âmes, et assurer à cet ouvrier qui vous est Montreuil, France. Tél. : 05 49 51 83 04 ; fax : diffuser la saine littérature catholique.si cher et auquel vous avez si généreusement 05 49 51 63 50 ; http://www.sadpf.com.
consacré votre vie, la sécurité du pain
Abonnement gratuit sur demande.quotidien. - Éditions Saint-Rémi, BP 79, 33410
Cadillac, France. Tél./fax : 05 56 76 74 80 ; Toute reproduction est autorisée.« On ne démontrera pas mieux que vous ne http://www.litoo.com.
l’avez fait ces grandes vérités ; on ne prouvera
Courrier. : I. Kraljic, C.P. 49604, 5122 Côte-des-pas mieux, pour recouvrer tant de bienfaits - Expéditions pamphiliennes,B.P.51, Neiges, Montréal, Qc, H3T 2A5, Canada. Email :perdus, la nécessité de rendre à la France son 67044 Strasbourg cedex, France. documents@contrerevolution.org. URL :Dieu et son roi.
http://www.contrerevolution.org
>

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.