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Coûts et financement de l’enseignement supérieur 1dans les pays d’Afrique francophone Mathieu Brossard et Borel Foko Pôle de Dakar (UNESCO-BREDA) Résumé exécutif (11 Juin 2006) Des défis importants à relever 1. Une faible couverture mais une demande sociale très forte Avec un faible taux de scolarisation (estimé à moins de 3% en 2004, contre 7% dans l’ensemble des pays du monde à faibles revenus), les systèmes d’enseignement supérieur des pays d’Afrique francophone font face à un immense défi quantitatif. Le désir d’expansion forte est par ailleurs soutenu par une demande sociale croissante et qui devrait continuer de croître. La pression interne du système éducatif (avancées vers la scolarisation primaire universelle, expansion du secondaire) conduira à une demande sociale pour l’enseignement supérieur estimée à un peu moins de 1,8 millions d’étudiants dans les pays d’Afrique francophone en 2015, soit 2,5 fois plus qu’en 2004 (800 000 étudiants). Graphique 1 : Evolution des effectifs d’étudiants et projection de la demande sociale (Ensemble Pays d’Afrique francophone) Tendance de la demande sociale 2004-20151980-20041 950 0001 853 0001 800 0001 650 0001 500 0001 350 0001 200 0001 050 000900 000760 000750 000600 000450 000272 000300 000150 00001980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 1 Etude réalisée avec le soutien de la Banque mondiale. vi 2. Des problèmes flagrants de ...
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Coûts et financement de l’enseignement supérieur
1dans les pays d’Afrique francophone


Mathieu Brossard et Borel Foko
Pôle de Dakar (UNESCO-BREDA)
Résumé exécutif
(11 Juin 2006)
Des défis importants à relever

1. Une faible couverture mais une demande sociale très forte

Avec un faible taux de scolarisation (estimé à moins de 3% en 2004, contre 7% dans l’ensemble des
pays du monde à faibles revenus), les systèmes d’enseignement supérieur des pays d’Afrique
francophone font face à un immense défi quantitatif. Le désir d’expansion forte est par ailleurs
soutenu par une demande sociale croissante et qui devrait continuer de croître. La pression
interne du système éducatif (avancées vers la scolarisation primaire universelle, expansion du
secondaire) conduira à une demande sociale pour l’enseignement supérieur estimée à un peu moins de
1,8 millions d’étudiants dans les pays d’Afrique francophone en 2015, soit 2,5 fois plus qu’en 2004
(800 000 étudiants).

Graphique 1 : Evolution des effectifs d’étudiants et projection de la demande sociale
(Ensemble Pays d’Afrique francophone)
Tendance de la demande sociale 2004-2015
1980-2004
1 950 000
1 853 000
1 800 000
1 650 000
1 500 000
1 350 000
1 200 000
1 050 000
900 000
760 000750 000
600 000
450 000
272 000
300 000
150 000
0
1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015


1 Etude réalisée avec le soutien de la Banque mondiale.
vi 2. Des problèmes flagrants de qualité et d’efficacité externe

A côté du défi de la quantité se pose celui de la qualité et de la pertinence des formations
dispensées. Dans les pays d’Afrique francophone, ce sont parmi les sortants de l’enseignement
supérieur que l’on compte les plus grandes proportions de chômeurs (ou de sous-emplois par rapport
aux niveaux d’éducation reçus). Même si une partie de ce chômage s’explique par des contextes
2économiques limités en termes de capacités d’absorption de la main d’œuvre la plus qualifiée (ce qui
d’ailleurs doit nous amener à réfléchir sur les rythmes d’expansion quantitative souhaitable d’un point
de vue économique), il est certain qu’une amélioration de la qualité des formations (ou l’arrêt de
sa détérioration) et une meilleure mise en correspondance de l’offre de formations avec les
besoins nationaux du marché du travail sont souhaitables pour améliorer l’efficacité interne et
externe de l’enseignement supérieur et mieux justifier son financement, notamment public.


Les systèmes d’enseignement supérieur des pays d’Afrique francophone sont
dans un contexte de ressources contraintes

3. Une croissance économique encore faible et des contextes macro-économiques et fiscaux
difficiles

Les systèmes éducatifs africains francophones évoluent dans des contextes macroéconomiques et
fiscaux structurellement plus difficiles qu’ailleurs. La croissance économique est encore faible et
irrégulière même si depuis le milieu des années 1990, l’environnement macroéconomique semble
s’être amélioré dans certains pays. D’autres pays, en revanche, du fait de contextes socio-économiques
encore fragiles, peinent à retrouver un sentier de croissance économique forte. Les recettes fiscales
quant à elles ne représentent en moyenne que 15% du PIB contre près de 22% dans les pays
anglophones à faibles revenus (cf. tableau 1).

4. Une priorité budgétaire pour l’éducation qui décroît

A ces contraintes macroéconomiques et fiscales s’est ajouté une baisse de la part budgétaire pour les
dépenses courantes d’éducation qui en 2003 est nettement inférieure à celle des pays anglophones (18
contre 22%). Ces difficultés macroéconomiques et budgétaires conduisent à ce que les ressources
pour l’éducation en % du PIB dans les pays francophones sont, en moyenne, beaucoup plus
faibles que celles des pays anglophones (2,7% contre 4,5%).

5. Une priorité pour le supérieur à l’intérieur des dépenses publiques d’éducation plus
forte qu’ailleurs mais qu’il est difficile de justifier

En revanche, la priorité pour le supérieur à l’intérieur des dépenses publiques d’éducation est
restée plus forte en Afrique francophone qu’ailleurs pendant les 15 dernières années. Le sous-secteur
de l’enseignement supérieur mobilise en moyenne 21% des dépenses publiques courantes d’éducation
(avec une variation de 8 à 40%), contre 14% dans les pays à faibles revenus situés en dehors de
l’Afrique et 20% dans les pays d’Afrique anglophone. Cette priorité n’est cependant pas en
cohérence avec la forme actuelle de la pyramide scolaire dans de nombreux pays (du fait d’un
achèvement du primaire loin d’être universel, la priorité budgétaire devra certainement être marquée
pour les niveaux bas du système éducatif). En conséquence elle pourra difficilement augmenter
dans la plupart des pays (voire même devoir baisser en proportion de l’ensemble des ressources
publiques pour l’éducation).


2 Les économies africaines francophones sont essentiellement duales avec un secteur traditionnel/agricole largement
majoritaire et un secteur moderne assez étroit (offrant moins de 10% des emplois en moyenne, avec une variation de 2 à 25%
selon les pays).
vii 6. Des ressources publiques pour le supérieur très contraintes

Ainsi, les ressources publiques allouées à l’enseignement supérieur seront fortement contraintes
dans la plupart des pays (sauf dans les cas où un desserrement des contraintes macroéconomiques et
des arbitrages budgétaires plus favorables au secteur de l’éducation sont possibles) et d’autres
sources/mécanismes de financement doivent être envisagés.

Tableau 1 : Ressources, modes d’organisation et couverture de l’enseignement supérieur
(pays à faibles revenus, année la plus récente 2000-2005)

Afrique
Pays hors
a/ Afrique Francophone Anglophone Afrique
Recettes publiques, hors dons, en % du PIB 15,1 21,5 17,6 15,9
Dépenses publiques courantes d’éducation
En % des Recettes publiques hors dons 22 20 19 18
En % du PIB 2,7 4,5 3,4 3,1
Dépenses publiques courantes pour le supérieur
En % des dépenses publiques courantes d’éducation 21 20 21 14
En % du PIB 0,52 0,79 0,6 0,35
Couverture du supérieur
Etudiants pour 100 000 habitants 328 512 446 953
b/Couverture pour 1% du PIB alloué au supérieur 631 648 743 2 723
c/Coût unitaire public du supérieur (PIB/tête) 3,97 3,24 0,69 2,82
Comme multiple de celui du primaire 25 29 26 7
Comme multiple de celui du secondaire 14 9 4 7
d/% Etudiants dans le privé 19 15 19 24
% Elèves dans le privé au secondaire 24 17 20 8

a/ Il s’agit de l’ensemble des pays africains à faibles revenus.
b/ Rapporte le nombre d’étudiants pour 100 000 habitants aux dépenses publiques courantes pour le supérieur en % du PIB.
c/ Rapporte la dépense publique courante pour le supérieur (nette des bourses à l’étranger et des transferts aux établissements privés) au
nombre d’étudiants dans le supérieur public. Ce résultat est exprimé en unités de PIB/tête pour pouvoir comparer les pays.
d/ Moyenne pour 5 pays uniquement.



Des résultats faibles, au regard des ressources mobilisées

7. Une mauvaise transformation des ressources en résultats…

En comparaison des ressources publiques mobilisées, les systèmes d’enseignement supérieur des
pays d’Afrique francophone ont une performance loin d’être satisfaisante. Comme le montre le
tableau 1, l’efficience quantitative est faible. En moyenne, 1% du PIB dépensé dans l’enseignement
supérieur est associé à une couverture égale à 631 étudiants pour 100 000 habitants dans les pays
d’Afrique francophone, contre 743 en moyenne sur le continent ou 2 700 étudiants (soit quatre fois
plus) dans les pays à faibles revenus non africains. Sur le plan de l’efficacité interne et externe les
résultats sont également peu reluisants : i) les redoublements et les abandons en cours de cycle sont
importants et ii) les sortants du supérieur ont d’énormes difficultés pour s’insérer sur le marché du
3travail.


3 Une étude récente souligne que l’augmentation de la couverture de l’enseignement supérieur joue un rôle dans la promotion
de la croissance économique en Afrique (voir Bloom, Caning et Chang 2005). La présente étude souligne, en revanche, qu’il
doit s’agir d’une augmentation qui permette d’aboutir à une offre d’enseignement supérieur raisonnablement en ligne
(quantitativement, mais aussi qualitativement) avec les capacités d’absorption des économies africaines.
viii 8. …Due à un coût public par étudiant plus élevé qu’ailleurs

La raison principale de la faiblesse de l’efficience quantitative réside dans le fait que les coûts
unitaires publics sont plus élevés dans les pays à faibles revenus d’Afrique francophone (la dépense
publique par étudiant dans le supérieur se situe à une moyenne de 2,82 unités de PIB par habitant,
contre une moyenne de 1,62 unités de PIB par habitant dans des pays à niveaux de développement
économique comparables).

9. En particulier les aides sociales sont d’une ampleur considérable

Cette cherté de l’enseignement supérieur public en Afrique francophone tient à plusieurs facteurs, dont
les plus importants sont i) l’ampleur excessivement élevée des dépenses sociales qui mobilisent en
4moyenne 45% des budgets courants d’enseignement supérieur (un chiffre pouvant aller jusqu’à
570%), contre tout au plus 20% dans les autres régions du monde et ii) l’existence de coûts fixes très
élevés, en partie imputables à la prédominance de personnels administratifs dans les
établissements (ils représentent près de 60% du personnel public dans l’enseignement supérieur
francophone).


La couverture progresse beaucoup plus que les ressources et conduit à un
effondrement des taux d’encadrement et des dépenses pédagogiques dans la
plupart des pays d’Afrique francophone

10. Les coûts unitaires baissent car les ressources ne peuvent pas suivre la forte progression
des effectifs d’étudiants

Même si elle reste faible, la couverture moyenne des systèmes d’enseignement supérieur des pays
francophones progresse fortement. En 2004, on compte en moyenne 328 étudiants pour 100 000
habitants dans les pays à faibles revenus d’Afrique francophone, contre 171 en 1991 (une
6augmentation de 92%), comparée à celle observée pour l’ensemble des pays à faibles revenus du
monde (une progression de 497 étudiants pour 100 000 habitants en 1991 à 808 en 2004, soit une
augmentation de 63%). La baisse des coûts unitaires a donc logiquement été plus forte dans les
pays à faibles revenus d’Afrique francophone. Ceux-ci y ont baissé d’environ 30% en moyenne
entre 1990 et 2003, contre 15% pour l’ensemble des pays à faibles revenus. Dans certains pays
francophones, les coûts unitaires publics, exprimés en unités du PIB/tête, se sont réduits de moitié,
voire plus.

11. Les salaires et aides sociales étant rigides à la baisse, la réduction des coûts unitaires se
fait par une détérioration des conditions d’enseignement

Dans la mesure où les bourses, les salaires et le personnel administratif sont assez rigides à la baisse
(car politiquement plus difficiles à changer), la baisse des coûts unitaires publics s’est essentiellement
traduite par une raréfaction des matériels pédagogiques et une dégradation de l’encadrement
pédagogique. Dans les pays d’Afrique francophone, on est passé d’une moyenne de 16 étudiants par
enseignant à la fin des années 1980 à 24 étudiants par enseignant au début de la décennie en cours. Il
existe tout de même une extrême disparité entre les pays sur ce plan (ces taux d’encadrement moyen

4
Ceci constitue une estimation basse dans la mesure où dans certains pays certaines dépenses d’aide sociale sont « cachées » sous d’autres
dénominations. Par exemple en Côte d’Ivoire, la SOTRA (Sociéte de Transport Urbain) recevait chaque année une subvention de plus de 2
milliards de F CFA pour compenser le coût réduit des cartes de transport des étudiants. Ce montant n’apparaissait pas sur le budget de
l’Enseignement Supérieur.
5 De plus, ces dépenses sociales sont globalement inéquitables : i) elles ne sont pas toujours ciblées vers les plus démunis et vers les filières
les plus porteuses de développement, ou attribuées selon des critères d’excellence et ii) pour le système éducatif dans son ensemble,
puisqu’une réallocation d’une partie de ces ressources vers le primaire pourrait aider au financement de la scolarisation universelle, donc en
particulier de celle des plus pauvres, des filles et des ruraux, qui achèvent plus tôt leur scolarité et atteignent plus rarement le supérieur.
6 La croissance des effectifs a même augmenté au cours des dernières années dans les pays d’Afrique francophone : d’une croissance
moyenne annuelle de 7,8% entre 1991 et 2000 à 8,6% entre 2001 et 2004.
ix varient d’un facteur 1 à 5 entre ces pays) et davantage à l’intérieur de certains d’entre eux, selon
les types d’établissements (les taux d’encadrement étant souvent moins bons dans les universités
publiques que dans les autres établissements supérieurs publics, les instituts spécialisés par exemple)
ou selon les disciplines (les filières de droit et sciences sociales présentant souvent des taux
d’encadrement moins bons que la moyenne).

12. Les dépenses pour la qualité ne représentent plus qu’une faible part de la dépense
publique totale

Pour la période la plus récente pour laquelle des données sont disponibles, on estime à environ 13%
en moyenne la part des dépenses courantes publiques consacrée aux dépenses
pédagogiques/scientifiques dans les établissements d’enseignement supérieur publics dans les pays
d’Afrique francophone. Ceci est particulièrement faible, si ces dépenses doivent permettre, outre
l’achat des biens et services de fonctionnement courant (matériel didactique) le financement
d’activités de recherche, la formation continue des enseignants ou, dans certains cas, l’équipement de
bibliothèques et laboratoires universitaires.

13. Les filières non-universitaires technologiques ont des coûts unitaires plus élevés, qui
peuvent se justifier par une meilleure efficacité d’insertion sur le marché de l’emploi

L’option prise par certains pays de renforcer les filières scientifiques/technologiques (sous forme
d’instituts ou de grandes écoles) est plus porteuse d’emploi et de croissance pour les pays, mais
elle est aussi plus coûteuse, ce dont il faudrait nécessairement tenir compte dans les stratégies futures
d’expansion des systèmes.



Les marges de manœuvre pour rendre plus efficientes les politiques
éducatives de l’enseignement supérieur dans les pays d’Afrique francophone
dans un cadre soutenable à la fois budgétairement et socialement.

L’état des lieux et des tendances actuelles faisant apparaître que beaucoup de systèmes
d’enseignement supérieur d’Afrique francophone sont caractérisés par une tendance au financement de
l’expansion quantitative par une détérioration implicite des conditions d’enseignement, les plans de
développement futur de ces systèmes doivent, dans la majorité des pays francophones, être en mesure
de proposer pour le moyen et le long terme des équilibres meilleurs que ceux en vigueur actuellement,
très souvent imposés par les systèmes plutôt que choisis par des politiques volontaristes.


La régulation des flux d’élèves dans le secondaire et à l’entrée du supérieur est
une nécessité

14. Répondre entièrement à la demande sociale prévue avec les modes d’organisation actuels
est budgétairement insoutenable

Les rythmes d’expansions quantitatives actuels (avec les modes d’organisation et de financement
actuels) ne seront ni financièrement soutenables ni économiquement souhaitables (vu l’étroitesse
du secteur de l’emploi moderne) dans la plupart des pays d’Afrique francophone. D’une part, les
rythmes d’expansions quantitatives actuels conduisent à une demande sociale estimée à près de 2
millions d’étudiants en 2015 (voir graphique 1), soit le double de ce qui serait économiquement
souhaitable en 2015 compte tenu du niveau de développement économique des pays et de la structure
des emplois anticipés à cette date. D’autre part, le maintien des modes d’organisation (le niveau des
coûts unitaires publics que l’on sait élevé dans la plupart des pays) et de financement (par exemple, le
degré de privatisation de l’enseignement) actuels aboutit, pour l’ensemble des 18 pays d’Afrique
x francophone dont les données sont disponibles, à un déficit de financement du supérieur public de
l’ordre de 3,3 milliards de dollars sur l’ensemble de la période 2004-2015 si l’on veut répondre
complètement à la demande sociale (voir tableau 2). Seuls 3 pays sur 18 pourraient être en mesure
de répondre complètement à la demande sociale pour leur enseignement supérieur (le Niger, la
Mauritanie et la RDC) avec les modes d’organisation et de financement actuels. L’excédent de
financement indique des marges de manœuvre pour améliorer la qualité en augmentant le coût
unitaire. Cela dit, cet excédent pour améliorer la qualité parait modeste en Mauritanie et au Niger, à
moins d’un contrôle du poids excessif des dépenses sociales. En RDC, cette marge de manœuvre tient
essentiellement à des niveaux de coûts unitaires publics assez faibles en termes comparatifs
international. Cette faiblesse peut néanmoins être un atout pour le système, si elle est accompagnée
7d’une vigoureuse politique de partage du financement avec les étudiants et avec le secteur privé.


Tableau 2 : Déficit de financement public courant sous l’hypothèse d’une «réponse complète» à la demande sociale ou
d’une régulation des flux d’étudiants au secondaire et à l’entrée au supérieur (avec les modes actuels
de fourniture des services éducatifs : mobilisation des ressources, coûts unitaires et part des effectifs dans le
privé)*
2004 ou proche 2015 scénario statu quo
Ressources Demande sociale Régulation des flux
Coût unitaire Dépenses pour les
courant public courantes dép. Gap cumulé Gap moyen Etudiants Gap cumulé
Etudiants Dépenses. en % du PIB en % du Courantes
2004-2015 annuel pour 2004-2015
pour 100 000 courantes par tête PIB en % du
(millions de $ de (millions de 100 000 (millions de $ de
habitants en % du PIB PIB
2004) $ de 2004) habitants 2004)
Côte d’Ivoire 137 0,69 0,71 1 827 1,72 809 73,6 698 (40) Pas de Gap
Cameroun 84 0,41 0,41 1 249 0,96 485 44,1 526 (1) Pas de Gap
Sénégal 246 1,11 1,14 1 121 2,18 442 40,2 506 (66) Pas de Gap
Rwanda 733 0,89 0,98 715 3,00 377 34,3 298 50
Mali 193 0,41 0,41 762 1,29 259 23,5 267 12
Bénin 149 0,79 0,85 1 653 2,01 247 22,5 588 (28) Pas de Gap
Guinée 231 0,51 0,64 459 0,94 8,7 314 96 2
Burkina Faso 550 0,46 0,58 433 2,15 39,7 247 437 179
Burundi 719 0,86 0,86 360 1,81 57 5,2 219 14
Togo** 112 0,61 0,61 833 0,93 38 3,5 394 (19) Pas de Gap
Comores** 130 0,29 0,29 1 194 1,55 2,8 330 31 3
Congo 274 0,77 0,77 346 0,87 30 2,7 346 30
Madagascar 189 0,43 0,54 342 0,60 1,7 289 (14) Pas de Gap 19
Tchad 386 0,32 0,80 277 0,85 8 0,8 267 3
RCA 156 0,27 0,31 236 0,35 3 0,3 236 3
Mauritanie 109 0,36 0,81 537 0,59 (21) Pas de gap 425 (33) Pas de Gap
Niger 565 0,33 0,45 74 0,32 (25) Pas de gap 74 (25) Pas de Gap
RDC 57 0,12 0,33 489 0,23 (38) Pas de gap 332 (66) Pas de Gap
Ensemble 18 pays 279,2 0,53 0,63 717 1,24 3 337 303,7 353 267

* Les pays sont classés par ordre décroissant de l’ampleur du gap de financement. Le terme gap désigne un déficit de financement dans le scénario
«demande sociale»; Les chiffres entre parenthèses expriment l’excédent de financement cumulé sur 2004-2015, indiquant les marges potentielles pour
améliorer la qualité en augmentant le coût unitaire.
Les simulations pour le Gabon et Djibouti ne sont pas présentées du fait de données non disponibles ou insuffisamment cohérentes.
** Les simulations n’incluent pas les effectifs des établissements privés.



7 Dans une telle situation, l’excédent de financement pourrait être consacré à la formation continue des enseignants, la
promotion de la recherche et le recrutement d’enseignants qualifiés dans la perspective de l’expansion du système.
xi 15. L’impossibilité pour les marchés du travail d’absorber l’ensemble de la demande sociale
milite pour une régulation des flux d’élèves/étudiants

Pour l’ensemble des pays, l’ampleur du déficit de financement milite fortement pour un ajustement
quantitatif de l’offre d’enseignement supérieur à l’intersection de la demande sociale et de la demande
économiquement souhaitable, d’où la nécessité d’une régulation des flux d’élèves/étudiants dans le
secondaire et à l’entrée du supérieur, pour ne pas détériorer la qualité plus qu’elle ne l’est déjà.
Cette régulation des flux est économiquement souhaitable, dans la mesure où, même si le secteur de
l’emploi moderne (secteur d’accueil naturel des sortants du supérieur) se développe, il restera très
minoritaire, en termes d’emplois offerts, dans les 15 prochaines années. Dans certains pays (à
Madagascar notamment), l’instauration de la pré-sélection dans les filières universitaires longues a
réduit le taux d’entrée dans celles-ci. Nombreux sont cependant les pays d’Afrique francophone où
seule l’obtention du Baccalauréat ouvre les portes de l’université.

A titre d’exemple positif, la Tunisie effectue une planification serrée des flux et une régulation à tous
les niveaux. Au sommet de l’édifice de la régulation, le pourcentage d’admis au baccalauréat est
strictement établi en fonction des places disponibles dans les universités et les bacheliers sont orientés
dans les différentes filières en fonction de leurs résultats. Un système similaire est en cours de mise en
œuvre au Togo à l’université de Lomé.

16. La régulation des flux est également nécessaire d’un point de vue socio-politique

De façon complémentaire aux arguments de soutenabilité budgétaire et d’efficacité externe, il existe
aussi dans de nombreux pays des arguments d’ordre socio-politique prônant la mise en place d’une
véritable régulation des flux d’élèves. Il est en effet de plus en plus fréquent de voir les étudiants
manifester dans les pays (souvent devant les ministères de l’enseignement supérieur) pour se plaindre,
à juste titre, de conditions d’enseignement déplorables et de bourses payées avec retard (ou non payées
du tout). Dans la mesure où une expansion non régulée aura pour conséquence de détériorer encore
plus conditions d’enseignement et paiement des bourses, des politiques de « laisser aller » sans
régulation des flux auraient pour conséquence une augmentation de ces mouvements sociaux, pouvant
dans certains cas aller jusqu’à de véritables crises politiques.

17. Dans certains pays, la régulation des flux doit être accompagnée par l’utilisation
d’autres leviers de politiques éducatives

Pour certains pays, la régulation des flux ne sera pas suffisante pour accueillir les étudiants dans
les mêmes conditions qu’actuellement (et encore moins dans des conditions meilleures). D’autres
leviers de politiques devront être explorés, en particulier le partage du financement entre l’Etat,
le secteur privé et les ménages ainsi que la réduction des coûts unitaires publics en préservant les
dépenses de qualité.


Partage du financement : rôle du secteur privé et des ménages, importance des
incitations de l’Etat

18. On observe une tendance à la privatisation de l’enseignement supérieur mais elle reste
faible

Le secteur privé connaît une expansion remarquable dans de nombreux pays, mais, cette
expansion est inégale selon les pays. Dans les pays à faibles revenus d’Afrique francophone, la part
d’étudiants inscrits dans des établissements privés varie dans une fourchette de 8 à 40% (un facteur 1 à
5). Contrairement à ce qui s’observe en moyenne au niveau mondial, on note que dans la plupart des
pays d’Afrique francophone, la privatisation de l’enseignement supérieur est moins forte que celle du
secondaire (19%, contre 24% au secondaire, cf. tableau 1 plus haut).
xii19. Le financement privé de l’enseignement supérieur reste moins élevé en Afrique
francophone qu’ailleurs

Cette étude indique que les ménages contribuent assez faiblement au financement de l’enseignement
supérieur dans les pays d’Afrique francophone; l’Etat est le principal financeur net du supérieur dans
beaucoup d’entre eux (la contribution des ménages au financement de l’enseignement supérieur
est inférieure aux transferts reçus de l’Etat sous forme de dépenses sociales). Ainsi, il existe des
marges d’augmentation de la contribution des ménages au financement de l’enseignement supérieur
dans les pays d’Afrique francophone. Des stratégies nouvelles de transfert des coûts aux étudiants
ont vu le jour dans de nombreux pays, y compris en Afrique, mais quelques-uns seulement de ces
pays sont issus de l’Afrique francophone.


20. La prépondérance du financement public du supérieur a tendance à s’ajuster par une
privatisation du primaire, qui a pourtant un caractère de bien public plus prononcé, ce
qui pose des problèmes d’équité

La privatisation de l’enseignement primaire a tendance à être plus forte dans les pays où la
privatisation de l’enseignement supérieur est faible (graphique 2). Les pays dans lesquels la part du
financement public dans le supérieur est la plus élevée semblent manquer de ressources publiques pour
financer le cycle primaire à hauteur de la demande, ce qui s’ajuste par une privatisation à ce cycle. Ce
constat pose des problèmes d’équité dans la mesure où les écarts entre riches et pauvres dans l’accès à
l’enseignement croissent avec le niveau. Les couches sociales les plus aisées sont largement
surreprésentées dans l’enseignement supérieur alors que ceci est beaucoup moins avéré dans les
niveaux bas du système.

Graphique 2 : Part d’élèves/étudiants inscrits dans des établissements privés,
année la plus récente (2000-2004)
45
Rwanda
40
2
R = 56,3%
35
Burundi
Côte d'Ivoire
30
25
Niger TchadSénégal
20
Bénin
15
Guinée
Mali Cameroun
10 Congo
Burkina
Madagascar
5
0
0 5 10 15 20 25 30
Primaire (%)



21. Il existe des possibilités d’incitation du secteur privé

Par des mesures incitatives, l’Etat peut favoriser l’essor du secteur privé dans l’enseignement
supérieur (subventions diverses, incitations fiscales et non fiscales, etc.) en échange d’un contrôle
des programmes et de la qualité des services offerts. Par exemple, des subventions ont favorisé
l’essor du secteur privé en Côte d’Ivoire (plus de 30% des étudiants sont aujourd’hui inscrits dans le
privé, contre moins de 5% au début des années 1990).
xiii
Supérieur (%)Le défi de la réduction des coûts unitaires publics sans détériorer la qualité

22. L’expansion du supérieur devient budgétairement soutenable si les coûts unitaires
publics sont réduits

La cherté de l’enseignement supérieur public en Afrique francophone constitue une entrave importante
à son expansion. Cette expansion future passe inéluctablement par une réduction des coûts
unitaires avec le défi de préserver les dépenses pour la qualité. Combinée à la nécessaire régulation
des flux, l’ajustement des coûts unitaires publics actuels à des niveaux compatibles avec le niveau
de développement des pays (en 2015, pour l’ensemble des pays d’Afrique francophone, ces coûts
représenteraient alors 60% de leur niveau moyen actuel) fait passer le déficit de financement sur
8l’ensemble des 18 pays de 3 milliards à moins 200 millions de dollars (voir tableau 3).

Tableau 3 : Simulation du déficit de financement du supérieur d’ici à 2015, sous l’hypothèse d’une régulation des flux
d’étudiants et d’un ajustement des coûts unitaires publics à des niveaux compatibles avec le niveau de
développement
a/2015 : scénario Efficacité pour le coût unitaire,
part du privé constante et 2004 ou proche
scénario « Fast Track » pour la mobilisation des ressources
Coût Dép. Ress. Gap 2004-2015 (millions Coût unitaire Dép. Etudiants
unitaire Courant pour dép. c/ de $ de 2004) courant Courantes pour
courant es en % courantes
public en % en % du 100 000
public en % du PIB en % du
du PIB/tête PIB habitants Cumulé Annuel moyen du PIB/tête 2015 PIB
b/ Rép. Démocratique du Congo 57 0,12 332 0,97 0,56 14 360 154
Bénin 149 0,79 588 137 0,66 0,77 (23) Pas de Gap
Burkina Faso 550 0,46 247 187 0,42 0,61 (55) Pas de Gap
Burundi 719 0,86 219 321 0,49 0,77 (16) Pas de Gap
Cameroun 84 0,41 526 96 0,45 0,77 (267) Pas de Gap
Comores (public seul) 130 0,29 330 143 0,47 0,76 (7) Pas de Gap
Congo 274 0,65 346 84 0,27 1,28 (309) Pas de Gap
Côte d’Ivoire 137 0,69 698 104 0,50 0,88 (308) Pas de Gap
Guinée 231 0,51 314 129 0,36 0,56 (63) Pas de Gap
Madagascar 189 0,43 289 189 0,50 0,64 (47) Pas de Gap
Mali 193 0,41 267 184 0,43 0,66 (66) Pas de Gap
Mauritanie 109 0,36 425 143 0,61 1,50 (84) Pas de Gap
Niger 565 0,33 74 236 0,13 0,67 (102) Pas de Gap
République centrafricaine 156 0,27 236 182 0,41 0,56 (11) Pas de Gap
Rwanda 733 0,89 298 170 0,29 0,56 (50) Pas de Gap
Sénégal 246 1,11 506 119 0,48 0,82 (147) Pas de Gap
Tchad 386 0,32 267 199 0,42 0,70 (45) Pas de Gap
Togo (public seul) 112 0,61 394 166 0,65 0,66 (1) Pas de Gap
Ensemble 18 pays 279 0,53 353 175 0,47 0,76 154 14

a/ Dans ce scénario, les coûts unitaires publics baissent de 40% en moyenne entre 2004 et 2015, mais différemment selon les pays; d’ailleurs, il est supposé augmenter dans
certains (Cameroun, Comores, Congo RDC, Mauritanie, RCA et Togo) ou se stabiliser dans d’autres (Madagascar). On fait ici l’hypothèse que les pays optent pour une
stratégie optimale de mobilisation de ressources, en s’alignant progressivement sur les paramètres cibles du cadre indicatif de l’initiative Fast Track. Le cadre indicatif de
l’initiative Fast Track de financement de l’achèvement primaire universel prévoit un minimum de 20% des ressources publiques pour les dépenses courantes d’éducation. Il
prévoit également la sécurisation de 50% des dépenses courantes d’éducation pour le cycle primaire, ce qui laisse 50% pour l’ensemble des autres cycles d’enseignement, y
compris le supérieur. Dans la mesure où le préscolaire, le secondaire général et le technique/professionnel ne manqueront pas d’argumenter pour obtenir au moins les
mêmes proportions budgétaires que maintenant, nous avons considéré qu’une part de 20% des dépenses courantes d’éducation pour l’enseignement supérieur était le
maximum négociable et c’est cette valeur qui est utilisé dans ce scénario.
b/ On peut noter que dans la mesure où les ménages contribuent assez significativement au financement de l’enseignement supérieur public en RDC, un simple doublement
des coûts unitaires publics permettrait d’éponger le déficit de financement. Ces ressources publiques supplémentaires pourraient être consacrée à la recherche et à la
formation des enseignants.
c/ Les chiffres entre parenthèses expriment l’excédent de financement cumulé sur 2004-2015, en millions de dollars des Etats-Unis de 2004, indiquant les marges
potentielles pour améliorer la qualité.

8 Cet ajustement suppose aussi un relèvement des coûts unitaires publics dans les pays où ils sont jugés assez faibles. C’est le
cas au Cameroun, aux Comores, en RCA, en Mauritanie, au Togo et en RDC.
xiv L’observation de la variété existante sur le continent en termes d’options
choisies montre que des marges de manœuvre existent

L’existence de leviers ou paramètres de politiques éducatives (certainement plus nombreux que pour
les autres cycles d’enseignement) et l’observation de la variété importante dans les options prises par
les différents pays sur ces paramètres, sont la preuve de l’existence de marges de manœuvre,
spécifiques à chaque pays, permettant de réduire les coûts unitaires publics. Quatre leviers ont été
identifiés.

23. La diminution de la part des ressources allouée aux aides sociales est nécessaire

La réduction des coûts unitaires publics passe, en premier lieu, par une rationalisation et un ciblage
des dépenses sociales (vers les plus démunis et/ou sur critères d’excellence et vers les filières les plus
porteuses économiquement). Du fait de son incidence financière directe, la réduction du poids des
dépenses sociales dans les 13 pays francophones où celles-ci grèvent une part très importante des
budgets d’enseignement supérieur (d’une moyenne de 45% en 2004 à 20% en 2015) permettrait, à elle
seule, de financer 40% de places en plus dans les établissements publics de ces pays, avec le même
effort budgétaire qu’actuellement (même proportion du PIB allouée aux dépenses publiques
d’enseignement supérieur). En termes absolus, cette politique de rationalisation des dépenses
sociales permettrait, à elle seule, de financer 117 000 places supplémentaires en 2015 par rapport
au nombre de places financées actuellement sur fonds publics, soit l’équivalent de 22% de la
demande économiquement souhaitable en 2015 pour ces 13 pays, comme le montre le graphique ci-
dessous. Cette rationalisation de l’attribution des bourses et autres aides sociales peut aussi avoir
comme bénéfice « collatéral » la facilitation de la nécessaire régulation des flux d’élèves/étudiants
évoquée plus haut et permettre l’accroissement des ressources pour les dépenses pédagogiques. Le
maintien des aides sociales à 20% des dépenses courantes permettrait de préserver des marges de
manœuvre pour ne pas fermer l’accès au supérieur aux plus démunis. Notons cependant que dans la
plupart des pays africains francophones, la quasi-totalité des plus démunis quitte le système éducatif
bien avant l’entrée au supérieur ce qui milite pour une augmentation des aides sociales aux niveaux
pré-universitaires.


Graphique 3 : Gain en scolarisation imputable à la réduction du poids des dépenses sociales
(simulations à budget public pour le supérieur constant en % du PIB).*
% dépenses sociales (hors études à l'étranger), année la plus récente
% places offertes en plus dans le public (si baisse de % social à 20%)
100%
90%
80%
70%
60%
50%
40%
30%
20%
10%
0%

* Pays d’Afrique francophone où plus de 20% des dépenses courantes sont affectées aux dépenses sociales

xv
RCA 2005
Côte d’Ivoire 1999
Congo 2003
Togo 2005
Rwanda 1999
Mali 2005
Moyenne
Burundi 2004
Bénin 2004
Tchad 2003
Guinée 2003
Sénégal 2004
Niger 2002
Burkina Faso 2004

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