5. Allemagne : de la conquête de l'Ouest à la ruée vers l'Est

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5. Allemagne : de la conquête de l'Ouest à la ruée vers l'Est

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Spécial Prévisions 2011- 2012
5. Allemagne : de la conquête de l’Ouest à la ruée vers l’Est Alexandre Mirlicourtois, Directeur des études économiques – Xerfi France
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Tableaux et slides à la fin de l’article
C’est lasuccess storyl’année en 2010. La croissance allemande a atteint son de record depuis la réunification au deuxième trimestre avec une progression du PIB de 2,3% et affiche encore un glorieux 0,7% au troisième trimestre. Ainsi, même avec des hypothèses conservatrices pour la suite de l’année, la croissance d’ensemble ressortirait à 3,5% en 2010. Il n’en fallait pas plus pour que l’on annonce à cor et à cri que l’Allemagne en avait fini pour de bon avec la crise. L’Allemagne revient ainsi au centre du jeu de la zone euro. Elle serait, LA référence à partir de laquelle tous les autres membres de l’alliance doivent se positionner. Un modèle qu’il faudrait singer selon certains. Encore faut-il déterminer quel est l’axe stratégique choisi et encore plus quels leviers ont été actionnés pour mettre en œuvre cette stratégie. Une économie extravertie D’abord, l’Allemagne joue à l’extérieur. C’est une évidence dès lors que l’on superpose les graphiques des contributions nettes des exportations (c'est-à-dire du commerce extérieur) et celle du PIB (slide 5.1). Cela dévoile de façon évidente que ce sont ses exportations nettes qui donnent le tempo de sa croissance. En d’autres termes, le modèle allemand est celui d’une économie extravertie. L’économie de bazar, un atout maître dans le jeu allemand Ensuite, cette stratégie s’appuie sur des avantages naturels : géographiques, culturels, linguistiques et historiques. On ne peut pas comprendre la stratégie ème allemande sans une carte(slide 5.2).Durant le 20 siècle, l’Allemagne s’est tournée vers l’Ouest. Ne serait-ce que pour assurer sa sécurité face au bloc soviétique. Une parenthèse historique car l’Allemagne est naturellement attirée par l’Est et certainement aujourd’hui par l’extrême Orient. Cette attirance pour l’Est lui a
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donné un atout de première main après la chute du mur de Berlin. Au début des années 90, après sa réunification, l’Allemagne s’est trouvée sur son flanc Est face à des pays en manque de compétitivité, disposant d’un réservoir de main d’œuvre qualifié et peu rémunéré mais aussi de monnaies faibles. Une véritable opportunité qui s’est concrétisée par une ruée vers l’Est car elle permettait la mise en place d’une économie de bazar. Un business model qui consiste à délocaliser une partie de la chaîne de valeur, pour ensuite importer des modules aux coûts réduits, contrôlés et assemblés sur le territoire allemand et estampillés « made in Germany ». L’analyse des échanges extérieurs des pays situés à la frontière Est de l’Allemagne est sans équivoque(slide 5.3). Que ce soit pour la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie jusqu’à la Russie, l’Allemagne est à la fois le premier client mais aussi le premier fournisseur. Dans certains pays, sa position est hégémonique alors même que ces pays, pris un par un, pèsent peu dans les exportations allemandes. Cela révèle bien une liaison de type donneur d’ordres sous-traitants. Cette stratégie s’accommode naturellement d’un euro fort, le coût des modules importés étant réduit La conquête de l’Ouest Cet avantage, naturel, a permis aux entreprises allemandes de bénéficier de prix avantageux et de partir à la conquête de l’Ouest, dont l’expression la plus évidente est donnée par l’évolution de la balance commerciale allemande vis-à-vis de ses principaux partenaires (slide 5.4). Encore anecdotique, avec moins de 15 milliards d’euros au début des années 90 (pour l’ensemble constitué par l’Italie, le Royaume-Uni, la France et l’Espagne), l’excédent a explosé pour atteindre 103,3 milliards d’euros en 2007, soit un rapport de 1 à 7. La crise de 2009 et les résultats de 2010, montrent néanmoins les limites de cette stratégie dont le talon d’Achille est, bien évidemment, son accro-dépendance aux importations européennes. C’est pourquoi les efforts sont menés pour se redéployer vers l’Orient, principalement la Chine, l’Inde ayant un rôle plus mineur (slide 5.5). Au tournant des années 2000, les exportations germaniques vers l’empire du Milieu représentaient à peine plus de 9 milliards d’euros. Aujourd’hui, la barre des 50 milliards est sur le point d’être franchie. Les expéditions vers l’Inde progressent également, mais n’ont pas encore dépassé le seuil des 10 milliards d’euros. Ensemble, ces deux pays ne sont pas loin de peser autant que la France et ses 87,6 milliards d’euros d’importations de produits allemands sur les 12 derniers mois.
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Les leviers de la croissance La stratégie de notre voisin s’appuie également sur des facteurs internes :  Les industriels d’outre-Rhin trônent depuis longtemps sur le haut de gamme. Souvent en situation de monopole, cela leur permet d’être ce que l’on appelle price maker, donc de se positionner dans une compétition hors coûts et de limiter ainsi l’impact d’un euro fort.  Autre facteur déterminant, la démographie. Faute d’une natalité suffisante, ème l'Allemagne a perdu 840 000 habitants depuis le 3 trimestre 2003 (pour information, la France en a gagné 2,6 millions sur la même période) avec pour conséquence immédiate un allégement considérable des efforts à conduire en matière d’éducation nationale (ce qui facilite d’ailleurs le contrôle des finances publiques) et individuelle donc pèse moins sur le budget des ménages. Cela permet également d’écarter toute flambée de l’immobilier donc de limiter le budget logement des ménages… donc d’accepter une pression salariale plus forte notamment dans les services par rapport à d’autres pays.
 Finalement, le coût de la vie est plus faible de l’autre côté du Rhin.  L’Allemagne est enfin un pays qui n’assume pas sa puissance. En d’autres termes, son effort en matière de défense est plus faible qu’en France ou au Royaume-Uni, de près de 1 point de PIB. Cela facilite évidemment le contrôle de ses finances publiques. La crise « accélérateur de stratégie » La récession puis maintenant la crise n’ont fait qu’accélérer les effets de la stratégie mise en place. Ainsi, l’industrie allemande est-elle la seule en passe de rejoindre son niveau d’avant crise alors que les autres pays s’approchent au mieux des niveaux en vigueur au milieu des années 90 (slide 5.6). En conclusion, l’Allemagne est un pays doté d’une véritable stratégie qui s’est renforcée au fil du temps. Après les années 90, marquées par la réunification donc le temps de la croissance organique, a succédé une phase de retour à la compétitivité dont l’étendard a été celui de l’agenda 2010. Aujourd’hui et pour les 10 années à venir, c’est le temps du redéploiement vers l’Orient.
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5.1. Allemagne – prévisions 2011-2012 Un modèle économique extraverti
Exportations nettes (contribution à la croissance) 4
2
0
-2
-4
-6 2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
Previsions
2012
Source : calculsXerfi(données, Bbk, dernières données disponibles T3 2010; 4 derniers trimestres / 4 trimestres de l’année précédente)
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5.2. Allemagne – prévisions 2011-2012 Redéploiements géoéconomiques
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5.3. Allemagne L’avantage naturel de la géographie
Pologne
Exports. Imports vers en provenance Allemagne (25,8%) Allemagne (28,4%) Italie (6,7%) Russie (7,7%)
R. Tchèque Allemagne (32,2%) Allemagne (31,0%) Slovaquie (7,5%) Chine (6,5%)
Autriche Allemagne (31,2%) Allemagne (47,2%) Italie (9,2%) Italie (7,4%)
Slovaquie Allemagne (23,1%) Allemagne (20,0%) R. Tchèque (12,8%) R. Tchèque (13,5%)
Hongrie Allemagne (27,4%) Allemagne (27,4%) Italie (5,8%) Autriche (6,3%)
Russie Allemagne (10,0%) Allemagne (17,4%) Turquie (5,8%) Chine (11,6%) Source : Chelem
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5.4. Allemagne – prévisions 2011-2012 La conquête de l’Ouest
Excédent commercial (milliard d'euros) 30
25
20
15
10
5
0
0,8
4,1
4,6
1991
5,1
19,8
28,8 27,8 26,9
2007
Source : calculs et estimationsXerfi(données StBAviaFeri)
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13,1
21,3
27,6
2010e
11,8
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5.5. Allemagne – prévisions 2011-2012 Basculement à l’Orient
Exportations allemandes (cumul 12 mois en Mds €) 50
40
30
20
10
0 91 92 93 94 95 96 97 98 99 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11
Source : calculsXerfi(données StBAviaFeri, dernières données août 2010)
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5.6. Allemagne – prévisions 2011-2012 Crise accélérateur de stratégie
100 = 1995
150
140
130
120
110
100
INDUSTRIE ALLEMANDE
2006
90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11
Source : calculsXerfi(données INSEE, Bundesbank via Feri, dernières données août 2010)
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Face à la guerre économique et monétaire Les prévisions économiques de Xerfi 2011 – 2012 le Monde, l’Europe, la France Numéro spécial N° 159 Voir toutes les vidéos des révisions économi ues 2011-2012SOMMAIRE de Xerfi Previsis n°159, novembre – décembre 20101. La guerre monétaire aura bien lieu 4 parLaurent Faibis2.Un monde de bras de fer 11 parAlexander Law3.Zone euro : de la convergence à la divergence 27 parAlexandre Mirlicourtois4.39Royaume Uni : la fracture ou la rupture parAlexander Law5.Allemagne : de la conquête de l’Ouest à la ruée vers l’Est 52 parAlexandre Mirlicourtois6.61Ménages et distributeurs face à la menace déflationniste parIsabelle Senand7.France : l’enlisement ou le sursaut 76 parAlexandre MirlicourtoisACCEDER A L’INTEGRALITE DU NUMERO SPECIAL
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n°159 – NOVEMBRE- DECEMBRE 2010
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