Conférence de M. Allain Glykos, écrivain, philosophe, maître de ...

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Conférence de M. Allain Glykos, écrivain, philosophe, maître de ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Conférence de M. Allain Glykos,
écrivain, philosophe,
maître de conférences
Université Bordeaux I
1453
M Allain Glykos
rappelle en préambule que son intervention reprend de façon
synthétique la conférence qu’il a donné lors du Colloque européen« 1453 » organisé
en octobre 2003 par l’Université Bordeaux 1, en collaboration avec le laboratoire
Epistémé (EA 2971) et le soutien du Conseil Régional d’Aquitaine, de la DRAC
Aquitaine et du Pôle Universitaire de Bordeaux.
Pourquoi 1453? Quels liens entre l’histoire des arts et cette date ?
1453, c’est bien sûr l’année de la Bataille de Castillon qui mit fin à la guerre de Cent
Ans. Mais bien d’autres événements de grande importance eurent lieu en Europe
cette année-là : la chute de Constantinople, qui modifia les rapports de force entre
l’Orient musulman et l’Occident chrétien, la parution du
Traité de la perspective
de
Piero della Francesca, qui marqua le début d’un nouveau rapport à l’infini, non plus
seulement considéré comme une attribution divine mais aussi comme une réalité
mathématique, l’impression de la première bible en allemand à Mayence, par
Gutenberg.
Le surgissement simultané de ces événements est sans nul doute le signe qu’en
cette fin de XV
e
siècle l’Europe vit la fin du Moyen Âge et le début du monde
moderne, de la Renaissance, des révolutions scientifiques et philosophiques, des
mutations culturelles, techniques et religieuses qui allaient bouleverser le monde
occidental.
1453 c’est le moment où�� la problématique des arts des sciences et des techniques
se mêlent pour donner aux occidentaux une nouvelle représentation du monde.
On est bien au cœur de la question de l’histoire des arts.
Désir de connaissance et de reconnaissance des artistes.
Allain Glykos
rappelle l’aphorisme de T. Godin
la reconnaissance
précède toujours
la connaissance
qu’il prolonge en affirmant
la culture précède toujours le savoir.
Pour les artistes de la Renaissance, c’est bien la démarche dans laquelle ils
s’inscrivent. Ce qui caractérise aussi la nouvelle position des artistes est bien le
besoin de reconnaissance sociale. En ce sens la Renaissance est à l’évidence un
tournant décisif dans l’histoire des arts. C’est l’époque qui oblige à revenir sur les
définitions traditionnelles de sofia, la sagesse, de techne, l’ars latin, le métier,
d’epistémé la science mais aussi dans certains textes grecs l’habileté, de poiesis qui
a donné poésie mais en grec qui signifie avant tout fabrication. De tous ces mots on
peut retenir que la frontière entre manuel et intellectuel est ténue.
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C’est parce qu’il a des mains que l’homme est le plus intelligent des hommes
affirme le préhistorien Leroi-Gourhan, citant le philosophe Anaxagore.
Tout a commencé au Vème siècle.
Platon dans le livre VI de
La République,
dans le passage du Préalable de la ligne,
réfléchit sur la démarche qui mène de l’ignorance à la connaissance et affirme que
l’attitude qui nous éloigne le plus de la vérité, c’est l’art.
Un schéma résume sa pensée :
SENSIBLE
INTELLIGIBLE
I____ _____I___________I____________I___________I
Simulacre
réalité
science
contemplation
Art
perception
géométrie
philosophie
Il y a pour Platon une dialectique ascensionnelle vers la vérité. Il faut ne pas prendre
l’ombre pour la proie (c’est le mythe de la caverne) pour pouvoir accéder aux idées.
En ce sens le premier pas vers l’intelligible, c’est la géométrie et le dernier moment
c’est la contemplation, la philosophie.
La principale injonction de Platon :
- Chasser les poètes de la cité qui masquent la vérité
:
Que nul n’entre ici si il n’est géomètre
est la devise de l’Académie.
Et pourtant les artistes sont bien présents dans la Grèce Antique, ils sont célébrés et
reconnus et signent leurs œuvres.
Au Moyen- âge l’héritage de l’antiquité se marque par la division des
Arts
entre
arts
mécaniques
, tous ceux qui sont marqués par le mouvement du corps sur la matière :
Architecture, peinture, sculpture, orfèvrerie…et
Arts libéraux : le trivium et le
quadrivium (arithmétique, musique, astronomie et géométrie).
Etre diplômé en arts libéraux est naturellement ce qu’il y a de plus valorisant.
Quand on observe attentivement les détails du célèbre tableau
Les Ambassadeurs
de 1533 d’H.Holbein aujourd’hui à Londres on a l’exemple même d’une peinture
savante. Tous les objets disposés par le peintre dans la scène renvoient au fameux
quadrivium :
- Un globe, l’astronomie
- Un livre de géométrie avec des instruments de géométrie, la géométrie
- Un instrument de musique, la musique
- Un livre d’arithmétique, l’arithmétique
Ces personnages représentés, peints, sont des lettrés mais le peintre est lui aussi
cultivé puisqu’il met en évidence ces disciplines.
C’est une peinture qui demande une reconnaissance.
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L’Art est au croisement d’Ars et de Techné, de l’artiste et de l’artisan.
Jusqu’au XVIIIé siècle les artistes restent considérés comme des artisans. Même
Diderot le fin amateur et critique d’art, renvoie la définition du mot art à celle de
techné dans l’Encyclopédie.
Le Beau et l’utile ne se distinguent vraiment qu’au XIXème siècle.
C’est dans la langue allemande sans doute que le mot Kunst qui signifie art associe
le plus clairement la techné et l’ars.
Le mot Kunst se forme à la fois du verbe Kennen / connaître et du verbe Könen/
pouvoir.
Cette réflexion ramène à St
Augustin pour qui le faire était l’étape préalable à la
connaissance :
Faire c’est nous préparer à la connaissance de Dieu.
C’est aussi rappeler Montaigne qui passait en son temps pour un provincial à Paris
parce qu’il était un travailleur et en cela n’illustrait pas l’idéalisme, c’est à dire la
supériorité de l’esprit sur la matière.
Lorsqu’un peintre comme Raphaël signe un tableau comme le
Mariage de la Vierge
de 1504, il ne faut pas envisager la signature avec la fonction qu’elle occupe
aujourd’hui. L’historien P.Burke dans son livre sur la Renaissance européenne
précise qu’un grand peintre qui signait une œuvre garantissait ainsi la provenance
de l’atelier dont il était le maître.
L’école d’Athènes,
œuvre commencée par Raphaël en 1509, qui est un des
éléments les plus importants de la chambre de la signature dans les appartements
du pape au Vatican, est une œuvre savante.
Au moment où Marcile Ficin à Florence fait naître l’académie Laurentine, Raphaël
peint l’école d’Athènes, c’est à dire l’Académie de Platon.
Cette peinture évoque ce qu’il y a de commun entre les
artistes et les scientifiques,
et permet de rendre claire la pensée du peintre.
Au centre de l’œuvre Platon, main vers le ciel, le ciel des idées, celui que l’on trouve
exprimé dans le prologue du Timée que le philosophe a en mains.
A ses côtés
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Aristote, main vers le sol, évoquant l’observation du monde, la science
expérimentale, et portant lui L’Ethique à Nicomaque. Autour d’eux toutes les
grandes figures de la philosophie et de la science : Epicure, Pythagore, Héraclite,
Diogène, Euclide (géomètre) et Averroes. Pythagore lit et explique le diatesseron.
Michel Ange est représenté sous les traits du mélancolique Héraclite.
Bramante
figurant Euclide se penche sur une carte et tient une boussole. Raphaël lui-même
est présent à droite avec un chapeau foncé. Pendant bien longtemps on a vu sous
les traits de Platon Leonard de Vinci, affirmation remise en question aujourd’hui par
l’historien d’art Daniel Arasse. Cette œuvre de Raphaël est un véritable manifeste.
Pour P.Burke, les plus grands artistes révolutionnaires ne sont pas ceux qui
appartiennent à des familles d’artistes.
L’invention de la perspective.
Sur la question de la perspective, il y a l’excellent ouvrage de Charles Bouleau
Charpentes, la géométrie secrète des peintres
. Réedité au Seuil en 1963, le livre
explique que les toiles passées aux rayons X livrent leurs lignes de composition.
La perspective, ce n’est pas de l’inné, c’est de l’acquis, c’est une convention de
représentation.
Avant la perspective géométrique, existaient d’autres formes de représentation de
perspective matérielle. C’est l’exemple de certaines miniatures du XIVème siècle : il
n’y a pas de règles de la perspective mais les personnages les plus importants sont
plus grands, leur taille est le reflet de leur rang social.
La première représentation en perspective est celle que
l’on trouve dans
l’Annonciation
de 1344 d’Ambrogio Lorenzetti.
Ce n’est pas par hasard que le thème de l’annonciation est celui où�� s’expérimente
en premier la perspective, c’est d’une certaine manière la laïcisation de l’infini qui
s’impose. Jusque là l’infini c’était le divin et comme le dit la philosophe Marie José
Mondzain avec l’annonciation le divin est dans l’utérus.
La perspective est fille de la Géométrie.
En 1415 Filippo Brunelleschi réalise sa première expérience sur la place San
Giovanni à Florence, il peint une vue extérieure du baptistère et met au point un
dispositif qui permet de faire coïncider cette peinture avec l’édifice : la tavoletta. Le
tableau est peint sur une face de la tavoletta qui est percée d’un œilleton. On tient la
tavoletta face à soi du côté qui n’est pas peint et l’on regarde l’édifice par l’œilleton.
On intercale alors un miroir tendu à bout de bras entre la tavoletta et l’édifice. Si tous
les éléments du dispositif sont correctement disposés, l’image de la peinture reflétée
par le miroir coïncide avec une partie de l’édifice.
C’est aussi par la suite la sainte Trinité de 1425 de Massacio, premier tableau
construit avec une perspective rigoureuse.
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Les peintres de la Renaissance imposent un point de vue. Le meilleur exemple c’est
l’anamorphose du crâne dans le tableau d’Holbein
Les Ambassadeurs
qui fait de ce
tableau une vanité. Le crâne n’est visible que lorsque le spectateur se positionne à
gauche et en contrebas du tableau. Cette position lui permet de voir le crâne et en
même temps le christ masqué par une partie du rideau arrière. C’est une façon
d’affirmer l’illusoire de tous les savoirs et connaissances face à ce memento mori /
souviens toi que tu vas mourir.
C’est Leone Baptista Alberti qui donne la première définition rigoureuse de la
perspective sans employer le mot lui-même.
En Allemagne les artistes savent qu’en Italie les modes de représentation en
perspective s’imposent. Albrecht Dürer après plusieurs voyages d’étude en Italie
éalise de retour en Allemagne un appareil le perspectographe qui doit faciliter le
travail de représentation en perspective. Ce sont les domaines technique et
artistique qui se conjuguent dans cette aventure.
En 1453, l’année de la bataille de Castillon, de la chute de Constantinople, Piero
della Francesca réalise son chef d’œuvre
La Flagellation du Christ
. Ce tableau
apparaît comme une remarquable et parfaite application des théories de la
perspective.
Piero applique les principes qu’il théorisera dans son traité de 1480
De prospettiva
pingendi
dont peu de gens savent qu’il existe un exemplaire original à la
Bibliothèque de Bordeaux.
Conférence de Marie-Françoise NOTZ
Professeur émérite à Bordeaux III
La poésie à l’époque de François Villon.
Mme M.F. Notz évoque dans un premier temps la question de la modernité de la
poésie au XVème siècle.
Ce qui change dans la poésie au XVème siècle c’est la
notion de temps.
Au XIIIe siècle dans le Roman de la Rose, le rêveur fait le tour du jardin d’amour et
découvre que neuf vices anti-courtois sont rejetés de ce jardin dont la pauvreté et la
vieillesse.
La vieillesse pour les troubadours de ce temps était une vieillesse de posture et pas
d’âge.
La vieillesse comme représentation du temps qui passe s’impose au XIVème siècle.
C’est de cette conception du temps que les poètes du XVème vont s’emparer et
donc évoquer la vieillesse.
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Au XVème siècle la conception de la mort en tant que passage assez cruel devient
un
thème récurrent. La mort s’impose par des poèmes, des peintures mais aussi
concrètement c’est la promenade au charnier des Innocents et les danses
macabres. Un auteur de la fin du XVème siècle a fait notamment une danse
macabre des femmes qui réunit trois femmes, la reine, la duchesse et la femme de
village, toutes pourchassées par la mort.
François Villon parle aussi de la mort. C’est l’époque où�� s’imposent les transis, ces
gisants squelettiques qui passent de vie à trépas, le transi c’est celui qui passe de
l’autre côté.
L’amour de la nature vient compenser la mort inévitable.
Au XVème siècle
Le dit de Franc Gontier
connaît un succès extraordinaire. Un siècle
plus tard Villon écrit
Les contredits de Franc Gontier.
Il se moque des épisodes
rustiques de son modèle.
Dès le XIVème siècle la musique a divorcé de la poésie, c’est la fin des troubadours,
Guillaume de Machaut a été le denier représentant de ces poètes/chansonniers.
Le sonnet, originellement strophe de troubadour est venu d’Italie et s’est largement
diffusé au XIVème siècle. On a durant ce siècle des formes fixes : ballades et
rondeaux. Villon écrit des ballades et des rondeaux mais en même temps nuance
les genres.
A sa cour de Blois Charles d’Orléans écrit des Ballades qui marquent la fin de
l’amour courtois.
Plagiant le célèbre sujet de dissertation, on pourrait dire : avec Charles d’Orleans,
c’est un monde qui finit, avec Villon, c’est un monde qui commence.
Villon réutilise des topoï de la poésie médiévale notamment le topos « Ubi sunt »
dans la ballade des dames du temps jadis. Les Neiges d’antan/ de l’an dernier.
Villon est un adepte du nominalisme
qui triomphe au XVème siècle et qui se définit
par le refus d’une idée incarnée dans un mot, le mot c’est l’arbitraire.
Stat rosa pristina nomine nomina nuda tenemus
. Le mouvement nominaliste est né
au XIIème siècle mais connaît un vrai regain d’intérêt au XVème sècle.
Villon adepte du nominalisme,se débarrasse de tout un tas de topoï dans les
nombreuses ballades qu’il a écrites.
Dans ses ballades il y a toujours un refrain.
Villon est bien connu pour avoir développé dans sa poésie, ses ballades,
la ballade
des menus propos
en est un bon exemple, une exposition d’un moi très subjectif,
c’est aussi ce qui fait sa modernité.
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