Dangers et opportunités de la crise mondiale pour les banques ...

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Dangers et opportunités de la crise mondiale pour les banques ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Dangers et opportunités de la crise mondiale pour les banques africaines Dhafer SAIDANE, Université LILLE3-EquippeAlainLENOIR,DirecteurgaléréndeSENCNAFI et Lille School of management Research CenterSANSREITNORFESLe Club des dirigeants des banques et établissements de crédits d’Afrique organisait son traditionnel forum d’été, avec le concours du Centre de Formation de laProfession Bancaire Français sur le thème d’une brûlante actualité : « L’impact de la crise financière mondiale sur les banques africaines» Soixante quinze banquiers et partenaires des banques, venus de seize pays d’Afrique et de France, se sont retrouvés les 22 et 23 juin au siège de la Fédération Bancaire Française pour échanger sur ce thème avec des représentants du Trésor Français, de l’Agence Française de Développement, de la Banque de France, de la Banque Africaine de Développement, du Conseil Français des Investisseurs en Afrique et d’experts comme Dhafer SAIDANE , Christian de BOISSIEU , Olivier ROBERT de MASSY et Guy LONGUEVILLE de BNP-PARISBAS. Le mot "crise" n'existe pas en chinois. Le sinogramme wei-jisignifie à la fois “Dangerset opportunités”.C’est bien l’approchequ’il convient d’envisager pour la banque africaine. Les dangers sont venus d’une crise mondialeque l’on aurait duprévoirdu fait de l’accumulation de mauvaises pratiques notoires. Les opportunités pourraient résulter de la capacité des banques africaines à réussir le pari des restructurations indispensables de leur appareil bancaire domestique face aux convoitises des banques étrangères. La criseétait donc prévisible : excès dans la distribution de certains crédits qui, à l’évidence risquaient un jour de ne pouvoir être remboursés, effets de levier et spéculation depuis plus vingt ans. Ces excès auraient du être autant de clignotants d’alerte.Quelques chiffres pour s’en convaincre.Entre 1950 et 1980, 1 dollar supplémentaire de croissance du PIB des pays de l'OCDE créait 1,5 $ de crédit. En 2007, cet effet de levier avait atteint 4,5 $ avec un marché trop largement ouvert à des clients américains « Ninja » = « No income, no job or asset ». En 1989, les flux spéculatifs dans les pays riches étaient 34 fois supérieurs aux transactions sur les biens et services. En 1998, 73 fois. En 2004, 102 fois. D’après les chiffres de 2007 de la BRI, la valeur notionnelle des produits dérivés sur les marchés financiers internationaux est passée de 10 000 milliards $ en 1986 à 80 300 milliards en 1998. Or la valeur « effective marchande » des sous-jacents ne représente que 3 230 milliards, soit 4% de ce total. Un effetde levier de 10 à 12 (actif = crédit) pour 1 (Fonds propres) constitue la référence habituelle d’unrisque raisonnable. Or le ratio actif total/fonds propresdes grandes banques d’investissement était : UBS : 63,9 pour 1 ; RBS : 60 ; Barclays : 52,7 ; Deutsch Bank : 52,5 ; Crédit Agricole : 34,8 ; BNP Paribas : 31,5, etc. Ces dérapages,aujourd’hui révélateurs de crise,n’ont hélas pas empêché la poursuite, voire l’amplification d’opérations qui ne poau-dessous desuvaient que conduire à la crise. Mais les solutions apportées sont espérances et des besoins. Les plans de sauvetage pour refinancer les banques et les Stress Tests constituent plus des apaisements psychologiquesque de véritables solutions techniques.En outre les réunions du G20 du 15 novembre 2008 et du 2 avril 2009devaient constituer pour certains un nouveau Bretton Woods. Ils ont été «la montagne qui accouche d’une souri» avec pour seul représentant du Continent la République sud africaine.  1
Sur le plan spécifiquement bancaire les raisons de douter de l’efficacité de l’industriebancaire mondialene manquent pas. Les faits les plus marquants sont les suivants. D’abord, la brutalité et l’importance des sinistres bancaires enregistrés en quelques semaines posent la question essentielle. Où en est le capitalisme financier basé sur les principes «Big is beautiful» et «Too Big To Fail» ?Des modèles bancaires comme la BFI (Banque de financement et d’investissement) ont été balayés par la crise. Les « Big Five US » ont disparu ou ont été rachetées- Merryll Lynch rachetée par Bank of America, Goldman Sachs et Morgan Stanley devenues des banques commerciales, Bear Stearns rachetée par JP Morgan, Lehman Brothers après 158 ans d’existence…a disparu...Les banques hollandaises, hier encore célèbres et leurs consœurs belges n’existent pratiquement plus.Par ailleurs, on vient de s’apercevoir que le système bancaire américain n’était pas en phase avec lamondialisation financière. En effet le Glass-Steagall Act de 1933, encore en vigueur dans la pratique, étaitplus qu’une «qui acorset »» un « Muraille de Chine étouffé les banques américaines ! Le Gramm-Leach-Bliley Act, libérant les banques n’a été adopté qu’en 2000. Cette crise peut être une opportunité pour les banques africaines, l’occasion de revoir leur stratégie de croissance et de développement. Dans ce contexte mondiale perturbé, les banques africaines apparaissent plus vertueuses mais aussi par absence de moyens «superflus », sont restées dans le contexte de leur mission : «l’intermédiation financière». Les banques africaines sont toujours, de ce fait, intrinsèquement saines. Des changements sont néanmoins en perspective et même souvent en cours. Ainsi, face à cette crise aux multiples facettes (liquidité, confiance, croyance, et même modèle), vers quel avenir évoluent les banques en Afrique ? Voyons d’abordle contexte macroéconomique. Les banques africaines sont de plus en plus efficaces et constituent, de l’avis même des chefs d’entreprisesfrançais installés en Afrique (CIAN - Conseil Français des Investisseurs en Afrique.) l’un des secteurs professionnels les plus sains. Dans le camp des plus optimistes : l’Afriqueest un continent en croissance avec de très fortes potentialités.Pour l’OCDE, l’Afrique aura une croissance de 2,8 % en 2009, alors que tous les autres continents seront négatifs. Les finances publiques ont connu un: excédent de 2,8 % du PIB en 2008 contre un déficit de 1,4 % sur la période 2000-2005. L'endettement extérieur : grâce aux remises de dettes est revenu de 110 points de PIB en 2005 à 21 ème points en 2008. Pour McKinsey & Company - « L'Afrique est le 3contributeur à la croissance mondiale en 2009, après la Chine et l'Inde ». Selon le secrétariat de la Communauté de l'Afrique de l'Est, les économies africaines ne ressentent pas les conséquences de la crise financière mondiale. Du côté des réalistes : malgré la bonne santé des banques, la crise nécessite des réactions urgentes mais à ce jour lesmoyens proposés paraissent bien insuffisants.Ainsi pour l’OIT, l’Afrique est entrée de plain-pied dans la crise de l'emploi, comme les autres continents. La BAD reconnaît que si l’Afrique n'a pas connu de crise bancaire, il est néanmoins nécessaire de renforcer la surveillance du secteur financier, pour éviter les crises systémiques toujours possibles: « l'heure n'est plus de passer du temps à faire des analyses mais plutôt de mettre en œuvre et en pratique ».(D.Kaberuka).
Bref il y a sixmois l’Afrique pouvait se sentir à l’abritant et si bien que l’on ne parlait des crises que par référence aux autres.Aujourd’hui, les conséquences sont évidentes et paraissent être relativement douloureuses. Il en est des baisses des recettes fiscales, des transferts des émigrés, des investissements étrangers et des aides, ainsi que du commerce régional.L’Afrique subirait une baisse de la croissance du PIB de 50% en 2009 par rapport à 2008 (FMI et Standard & Poor’s, avril 2009). L’impact négatif sur la qualité des actifs des banques africaines, notamment des créances dont les recouvrements risquent d’être de plus en plus difficiles.
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Malgré ce contexte de crise les «success stories» bancaires existent en Afrique. Les banques qui progressent le mieux en Afrique sont celles qui ontengagé il y a plusieurs années d’audacieux programmes de modernisation (rationalisation de la production et maîtrise des coûts, restructuration et recapitalisation des banques, lutte contre la sous-bancarisation, consolidation du maillage bancaire…). Les banques africaines sont de plus en plus efficaceset n’ont généralement rien à envier à leurs consœursdes autres continents.
Ces succès n’occultent pas les risques.Ainsi, depuis quelques mois, dans ce contexte de crise on parle d’une véritable» qui se manifeste par des stratégies de GBBAGrande bataille bancaire africaine: « « conquête »qui partentde Lagos et de Casablanca. A l’étroit sur leurs marché domestiques elles sont une dizaine de banques nigérianes et marocaines que l’on n’hésite pas à traiter de «prédatrices».
Exemples de GBBA : la stratégie africaine des banques marocaines
Acquéreur CibleAnnée Attijariwafa BankCrédit agricole du Cameroun - 65% en cours2009 Attijariwafa BankCompagnie bancaire de l’Afrique occidentale (Sénégal)- 79,15%2008 Attijariwafa BankBanque Internationale du Mali51% 2008 Attijariwafa BankBanque Sénégalo-Tunisienne66.6 2007 Attijariwafa BankBanque du Sud (Tunisie) - 33,54%2005 BCP Bicec(Cameroun)200952,47% en cours BMCE Bankof Africa (Group)42,5% 2008 BMCE AxisCapital (Tunisie)50% 2005 BMCE LaCongolaise de Banque25% 2004 BMCE Banquede développement du Mali27,38 1989 Source: d’après les auteurs –sites des banques Ce processusd’expansion «trop » rapidesuscite trois interrogations qui demeurent pour le moment sans réponses. Les cultures bancaires sont-elles miscibles en si peu de temps ? Ces rachats améliorent-ils le financement de l’économie réelledu paysd’accueil? Ces opérations ont-elles un «effet d’entraînement» ou de « démonstration » sur le reste du système bancaire (amélioration de la productivité, savoir-faire des autres banques, meilleures conditions à la clientèle…) ?SelonStandards&Poor’sces opérations peuvent coûter chers et nuire aux comptes des banques du pays ». Pour éviter de rajouter de l’instabilité dans un contexte de crise, quelques pistes pourraient être proposées. Il s’agit de promouvoir une stratégie de fusion et de consolidation entre banques domestiques pour faire obstacleà l’entrée desautres. Actuellement les marchés domestiques sont trop morcelés (voir «Jeune Afrique 21-27 juin 2009 «avis deséisme en Afrique de l’Ouest») : trop de banques sur des marchés très étroits. Cette situationpourrait rapidement devenir intenable si les agréments continuaient à être aussi largement donnés. Du fait de la faiblesse de leurs capitaux propres un certain nombre de jeunes banques constituent des« proiespotentielles »pour les «prédateurs ».La meilleure défense étant l’attaque, il apparaît nécessairedemettre en place les moyens d’une« contre offensive » par une solidarité de place que la concurrence peut il est vrai rendre difficile. Créer sur chaque place deux ou trois «champions nationaux » constituerait une bonne parade. En tout état de cause la banque africaine se doit de relever les défis de la crise qui, une fois n’est pas coutume, affecte plus les autres qu’elles mêmes. Elle en a les moyens à condition toutefois de satisfaire rapidement à ces trois exigences : renforcer les qualités managériales et les compétences professionnelles, respecter des règles de gestion de plus en plus rigoureuses, reconnaître les priorités commerciales sans
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pour autant négliger les risques qui restent, par le crédit, le fondement même du métier de la banque. Les banques qui ne sauront pas s’y adapter disparaitront.
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