Discours Tucci

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Discours Tucci

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Discours de S.E. Monsieur Stanislas de Laboulaye,
Ambassadeur de France près le Saint-Siège
à l’occasion de la remise des insignes de
Commandeur des Arts et des Lettres
à S.E.R. le Cardinal Roberto Tucci
Villa Bonaparte
Jeudi 10 septembre 2009
Eminence,
Excellence,
Mesdames, Messieurs,
Nous sommes réunis ce soir pour rendre hommage au Cardinal Tucci qui, depuis près de
soixante ans, accomplit son ministère au service de l’Eglise, de la Compagnie de Jésus, du
Saint-Siège, mais aussi, si vous le permettez, au service du monde.
Eminence, par vos origines mêmes, vous êtes en effet un citoyen du monde. Issu d’un père
napolitain et d’une mère anglaise de confession anglicane, vous mêlez avec un bonheur
inimitable l’esprit napolitain et l’humour britannique.
Permettez-moi de résumer en quelques phrases les grandes étapes de votre itinéraire
personnel, ce qui, au vu de l’importance des fonctions que vous avez exercées, relève de la
gageure.
Dès l’âge de quinze ans, vous entreprenez votre noviciat dans la Compagnie de Jésus, à Vico
Equense. Vous suivez brillamment des études de philosophie et de théologie, notamment à
l’Université pontificale grégorienne et à l’université de Louvain.
C’est précisément à Louvain que votre parcours personnel vous rapproche une première fois
de notre pays : vous découvrez en effet la nouvelle théologie française, en particulier vos
confrères Henri de Lubac, Jean Daniélou et Gaston Fessard. Ces lectures suscitaient à
l’époque l’inquiétude de vos supérieurs, compte tenu des réserves que le Pape Pie XII venait
d’exprimer. J’imagine également que c’est à Louvain que vous avez parfait votre maîtrise
admirable de notre langue.
Ordonné prêtre en 1950, vous entamez peu après ce que j’appellerai la première page de votre
carrière, celle de directeur de revue. Avec d’autres enseignants de la Faculté de théologie de
Saint Louis à Naples, vous fondez la revue Digest religioso, qui deviendra plus tard Rassegna
di Teologia.
En 1956, vous êtes appelé à entrer dans le collège des rédacteurs de la revue Civiltà cattolica,
dont vous prenez la direction trois ans plus tard. Je saisis d’ailleurs cette occasion pour saluer
l’actuel directeur de la Civiltà, le Révérend Père Salvini, qui nous fait l’amitié d’être avec
nous ce soir. A la Civiltà cattolica, votre admiration ancienne pour Jacques Maritain s’est
exprimée de façon efficace dans le rôle discret que vous avez joué pour préserver sa
réputation.
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Vous prenez une part active aux travaux du concile Vatican II, de la phase préparatoire à la
phase post-conciliaire. Vous contribuez notamment à la rédaction du décret sur l’Apostolat
des Laïcs et de la Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde.
Pendant la période des deuxième, troisième et quatrième sessions du Concile, vous organisez
une conférence de presse quotidienne à l’attention des journalistes accrédités au Saint-Siège.
Parmi eux, vous vous êtes plus particulièrement lié au Père Antoine Wenger, qui était le
correspondant du quotidien français La Croix, un journal que, je crois, vous appréciez
beaucoup. Première incursion remarquée dans le monde de la communication audiovisuelle,
que vous ne quitterez plus.
Nommé consulteur du Conseil pontifical des Communications sociales en 1965, vous
êtes ainsi membre du comité de rédaction de l’instruction sur la Communication sociale
Communio et progessio.
En 1973, vous êtes appelé par le Pape Paul VI à prendre la tête de Radio Vatican,
succédant ainsi à l’un de vos confrères, le Révérend Père Martegani. Il vous incombe
notamment de mettre en oeuvre le plan de développement décidé par le Pape en 1966, centré
notamment sur la production éditoriale. Vous vous entourez de professionnels de la
communication pour créer de nouveaux programmes et un nouveau style. Vous affirmez
volontiers qu’en arrivant à Radio Vatican, vous n’aviez aucune expérience radiophonique.
J’imagine que vous vous êtes laissé guider par votre amour pour la radio, dont vous dites
volontiers qu’elle est votre media préféré, parce qu’elle invite à la réflexion et à un rapport
personnel entre les auditeurs et le journaliste. Je suis heureux de voir parmi nous de nombreux
collaborateurs de Radio Vatican, qui témoignent ainsi de l’affection qu’ils vous portent.
Après son élection, le Pape Jean-Paul II vous confirme dans vos fonctions à la tête de
Radio Vatican et vous confie, en outre, l’organisation de ses déplacements à l’étranger. Tâche
exaltante en même temps qu’extraordinairement prenante, s’agissant du souverain pontife qui
a effectué le plus grand nombre de visites à l’étranger. D’après les spécialistes, de 1982 à
2001, date de votre élévation à la dignité cardinalice, vous avez été amené à faire au moins
trois fois les mêmes voyages que Jean-Paul II, ce qui porte votre compteur personnel à plus de
300 visites !
Et c’est notamment en préparant sept des huit déplacements du Pape Jean-Paul II en
France – la visite de 1980 manquant à votre palmarès -, que vos liens avec notre pays ont été
encore renforcés. Je puis témoigner combien sont nombreux les amis que vous vous êtes faits
en France en ces différentes occasions, et qui vous témoignent tous amitié et admiration. Je
sais que ces relations d’estime et d’amitié sont réciproques. Je vous entendais ainsi ce matin –
sur Radio Vatican bien sûr ! – dire que vous admiriez les préfets pour la discrétion et
l’efficacité avec laquelle ils assuraient la sécurité des déplacements du Pape. J’espère que
vous classez les ambassadeurs français dans une catégorie assez proche des préfets !
La France a déjà eu l’occasion d’exprimer le respect qu’elle vous porte lorsque vous
avez été nommé chevalier de la Légion d’Honneur, en 1975. Plus de trente ans après, il a
semblé au gouvernement français qu’un nouveau geste symbolique de notre estime devait
vous être fait. Vous avez été ainsi nommé, en 2007, au plus haut grade de l’ordre des arts et
lettres, celui de commandeur, en reconnaissance de l’oeuvre intellectuelle que vous avez
accomplie et de votre contribution au rayonnement de notre culture au sein de l’Eglise. Mon
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prédécesseur, Bernard Kessedjian, avait prévu de vous remettre cette distinction mais la
maladie l’en a malheureusement empêché. En cet instant, mes pensés se tournent vers lui.
Eminence, sachez combien la France est heureuse de distinguer ce soir le théologien,
le prêtre épris des théologiens français, l’homme de communication et l’infatigable
organisateur des voyages pontificaux que vous êtes tout à la fois.
Cardinal Tucci, au nom du ministre de la culture, je vous remets les insignes de
commandeur de l’ordre des Arts et Lettres./.
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