Exposé introductif de la Séance de l'Académie d'Agriculture du 17 ...

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Exposé introductif de la Séance de l'Académie d'Agriculture du 17 ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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APPROVISIONNEMENT VIVRIER DES VILLES DU SUD :
LES ENJEUX ET QUESTIONS D'UNE AGRICULTURE DE
PROXIMITÉ
par Jacky
Ganry
1
Le concept d'agriculture est la plupart du temps lié à celui de développement rural et
d'activités en zone rurale, à telle enseigne que dans nombre de pays, le Ministère de l'Agriculture est
souvent dénommé Ministère du Développement Rural. Le concept d'agriculture urbaine ou
périurbaine reste encore un concept flou, qui a du mal à trouver sa place. Or une caractéristique
forte du monde d'aujourd'hui est l'accélération de la croissance démographique dans les zones
urbaines. Ce phénomène d'urbanisation accélérée est surtout très fort dans les pays du Sud d'Asie,
d'Afrique et d'Amérique Latine où se trouvent les populations les plus pauvres de la planète. On
estime qu'au cours de la prochaine décade, 50 % de la population mondiale vivra dans les villes
dont 75 % dans les villes du Sud, soit près de 3 milliards d'individus (
Source Urban Harvest
).
Face à une telle situation il apparaît nécessaire de se préoccuper des capacités alimentaires
dans ces zones urbaines des grandes métropoles du Sud à la fois en termes de qualité et de quantité
et surtout en ce qui concerne les produits périssables tels les fruits et légumes ou les produits laitiers
ou carnés.
Alors que dans les pays du Nord existent des marchés gare à proximité des villes, tel Rungis
pour la région parisienne, comment se présente la situation dans les pays du Sud ?
On y observe un accroissement de productions agricoles à la périphérie des villes, qualifiées
d'agriculture périurbaine, mais aussi dans la ville, qualifiée d'agriculture urbaine, pouvant prendre la
forme de cultures hydroponiques sur les terrasses des maisons dans les pays asiatiques. La
périssabilité des produits maraîchers, carnés ou laitiers, impose d'en rapprocher la production des
lieux de consommation face à la déficience des infrastructures de transport, de stockage ou de
réfrigération. On estime que plus de 800 millions d'individus sont impliqués dans une activité
agricole en zones urbaine ou périurbaine (1). En terme financier on estime que plus de 500 millions
de dollars de fruits et légumes sont produits mondialement dans les fermes urbaines (1).
Ainsi les banlieues des grandes métropoles d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine hébergent
de réelles activités agricoles et un important cheptel de bovins, chèvres, porcs, poulets et de lapins,
que l'on retrouve souvent à l'intérieur même de la ville.
Il convient de rappeler que lors de l'épidémie de grippe aviaire qui a frappé Hong-Kong en
1997, plus d’un million de poulets logés dans les zones résidentielles ont dû être sacrifiés (1).
Le développement d'une telle agriculture, souvent intensive et polluante, en zone à forte
démographie et hautement urbanisée génère des contraintes dans certains domaines tout en offrant
des opportunités intéressantes dans d'autres domaines. Les contraintes s'expriment en terme de
pollution des sols et des nappes, de conflits entre zones bâties et zones cultivées, voire de qualité
sanitaire des produits récoltés. Les opportunités s'expriment en termes d'emploi, d'activité
économique et surtout d'approvisionnement alimentaire des populations urbaines en produits frais.
1
Correspondant de l’Académie d’Agriculture, directeur adjoint chargé des affaires scientifiques, CIRAD-FLHOR, TA
50/PS4, boulevard de la Lironde, 34398 Montpellier cedex.
C.R.Acad. Agric. Fr., 2003, 89
, n°4. Séance du 17 décembre 2003.
Lors de crises politiques ou économiques sévères, comme récemment en Asie du Sud Est, les
populations urbaines sont particulièrement exposées au chômage, à la pauvreté voire à la
malnutrition. Le développement d'une production alimentaire urbaine est alors une réponse à ces
problèmes, constituant une stratégie antirisque face à de telles crises.
Dans la dynamique d'ouverture des séances de l'Académie d'Agriculture de France au monde
tropical, il est apparu souhaitable de s'intéresser à ce pan entier de l'agriculture souvent méconnu,
compte tenu des enjeux qu'il représente.
Un premier questionnement
porte sur les enjeux socio-économiques d'une agriculture de
proximité dans les pays du Sud, avec en clé de voûte l'approvisionnement des villes face à une
demande alimentaire croissante de la part des populations urbaines. Se pose la question des
capacités d'approvisionnement et d'accès aux ressources à la fois aux plans quantitatifs et qualitatifs,
à partir des zones rurales et à partir des zones périurbaines et urbaines. Ce sera l'objet du premier
exposé de Paule Moustier qui examinera également le rôle économique et social d'une agriculture
urbaine et périurbaine.
Un deuxième questionnement
porte sur les caractéristiques propres d'une agriculture
périurbaine, en termes de pluriactivité,
d'utilisation des intrants, de recyclage des déchets, de taille
des exploitations, mais aussi sur le rôle multifonctionnel de cette agriculture. Ce sera l'objet du
second exposé d'André Fleury, Hubert de Bon, Christine Aubry et Marie-Hélène Dabat qui
s'appuiera sur les expériences des villes d'Hanoï et d'Ho Chi Minh Ville, au Vietnam, de Vintiane au
Laos, de Phnom-Penh au Cambodge et Antanarivo à Madagascar.
Enfin un dernier questionnement
porte sur les problèmes liés aux risques nutritionnels dans
un contexte d'urbanisation rapide. Ce sera l'objet du troisième exposé de Nicolas Bricas, Sandrine
Dury, Muriel Figuié, Bernard Maire et Francis Delpeuch.
La conclusion sera faite par Michel Petit, Professeur d'Economie à l'INAPG, Membre de
l'Académie.
Les travaux qui vont être présentés sont conduits essentiellement par des équipes françaises
du Cirad, de l'IRD, de l'INAPG et de l'INRA/SAD, en partenariat avec des institutions nationales et
internationales comme l'AVRDC, et avec le soutien du Ministère des Affaires Etrangères. Ces
travaux participent à un effort international qui est la résultante d'une prise de conscience
relativement récente de l'importance des enjeux.
À ce titre il convient de mentionner l'initiative stratégique du CGIAR sur l'agriculture urbaine
et périurbaine, dénommée URBAN HARVEST. Lancée en 2000, elle a pour mission d'initier et
catalyser des actions en Afrique, Asie et Amérique Latine, en liaison étroite avec les projets
existants, dont ceux des équipes françaises.
Malheureusement tous ces efforts n'apparaissent pas être à la mesure des problèmes posés,
que ce soit au niveau français, européen ou international. Si l'agriculture urbaine et périurbaine
constitue l'une des réponses aux problèmes de sécurité alimentaire dans les pays du Sud, en plus de
son important rôle social et paysager, est-on sûr de lui consacrer suffisamment de moyens en termes
de recherche et d'appui au développement ?
J'espère que les exposés qui vont être faits contribueront à renforcer la prise de conscience
autour de ces enjeux pour aller vers une mobilisation plus forte des équipes françaises et de la
communauté internationale face à ces nouveaux défis de notre siècle.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAP¨HIQUES
(1)
MILLSTONE E. et LANG T., 2003. – Atlas de l'alimentation dans le Monde. Ed. Autrement.
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